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Full text of "Polybiblion; revue bibliographique universelle"

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TORONT&yPlfffi-IC  LiBRARY. 

Référence   Department, 


THIS  BOOK  MUST  NOT  BE  TAKEN    OUT  OF   THE    ROOM. 


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r.9' 


PÔLY  BI  BLION 


REVUE 
BIBLIOGRAPHIQUE  llNlVEliSELLE 


Janvier  l'JTi  T.  CXXIV.  1. 


POLYBI  BLION 


REVUE 


BlBIJOGHAPeilillK  UNIVERSELLE 

PARAISSANT     TOUS      LES      MOIS 


PARTIE   LITTÉRAIRE 


DEUXIÈME    ïiÉRIE.    —   TOME    SOIXAIMTE-QIIII^IXIÈME 

(cent  VlNGT-QUATKIK.Mh;    Dli    LA    COLLECTION) 


^- 


PARIS    (7^) 


AUX      BUREAUX     DU      P  O  LY  B  I  B  LI  O  N 

S,    RUE   SAINT-SIMON,   5 


1912 


A-'fet^<=c,3 


MAY  2  2  1922 


POLTBIBLION 

REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


DERNIÈRES   PUBLICATIONS   ILLUSTREES 

i.  Le  Tour  du  monde.  Journal  des  voyages  et  des  voyageurs.  Année  1011.  Paris,  Ha- 
chette, gr.  in-4  de  636-xiv-430  p.,  avec  de  nombr.  illustrations.  Brorhé,  25  fr.  : 
relié,  32  fr.  50.  —  2.  La  Belgique  illustrée,  par  Dumont-Wiluf.n.  Paris,  Larousse, 
8.  d.  (1912),  gr.  in-4  de  iv-304  à  2  colonnes,  illustré  de  570  reprod.  photogr.,  22 
cartes  et  plans  en  noir,  10  planches  hors  texte  en  noir,  6  cartes  et  3  planches 
hors  texte  en  couleurs.  Broché,  20  fr.  ;  relié,  26  (r.  —  3.  Tseu-Hi,  impératrice 
douairière  (la  Chine  de  1835  à  1909,  d'après  les  papiers  d'État,  les  Mémoires 
secrets,  les  Correspondances),  par  J.-O.  Bland  et  E.  Blackhouse.  Paris,  Hachette, 
1912,  in-8  illustré  de  2  fac-similés  en  couleurs,  24  planches  en  ncir  et  d'un  plan 
de  Péking.  Broché,  15  fr.  ;  cartonné,  20  fr.  —  4.  Les  Merveilles  de  la  science. 
Aerostation,  aviation,  par  Max  de  Nansot;ty.  Paris,  Boivin,  s.  d.  (1912),  gr.  in-8 
de  759  p.  à  2  colonnes,  illustré  de  582  grav.  Broché,  15  fr.:  cart.  toile,  fers  spé- 
ciaux, 17  fr.  50.  —  5.  Les  Voleurs  de  foudre,  par  Paul  d'Ivoi.  Paris,  Boivin,  s. 
d.  (1912),  gr.  in-8  de  460  p.,  illustré  par  L.  Bombled.  Broché,  10  fr.:  relié  toile, 
plaques  spéciales  en  couleurs,  tr.  dorées,  12  fr.  —  6.  L^s  Aviateurs  des  Andes,  par 
Marc  Janin.  Paris,  Boivin,  s.  d.  (1912),  gr.  in-8  de  284  p.,  illustré  par  Ray- 
mond Tournon.  Relié,  plaque  spéciale,  tr.  dorées,  8  fr.  —  7.  Jehan,  le  meneur  de 
loups,  par  Jean  Floryde.  Paris,  Delagrave,  s.  d.,  gr.  in-8  de  240  p.,  illustré 
de  M.  Raynolt.  Broché,  3  fr.  50;  relié,  5  fr.  —  8.  Au  pays  des  Chansons,  par  G. 
MoNTORc-l'EiL.  Paris,  Boivin,  s.  d.  (1912),  album  in-4  de  56  p.,  illustré  d'aqua- 
relles par  .Ion.  Relié  toile,  plaques  en  couleurs,  tr.  dorées,  9  fr.  —  9.  Les  Veillées 
des  chaumières,  journal  bi-hebdomadaire  illustré.  34°  année.  Paris,  Henri  Gau- 
tier, 1910-1911,  in-4  de  836  p.,  avec  de  nombr.  grav.  Broché,  6  fr. ;  cart.  toile, 
7  fr.  50.  —  10.  La  Poupée  modèle.  Revue  des  petites  filles.  48"  année.  Paris,  3,  rue 
du  Quatre-Septembre,  gr.  in-8  de  290  p.,  avec  de  nombr.  grav.  et  planches. 
Paris,  7  fr.  ;  Seine,  8  fr.  ;  départements,  9  fr.  ;  Union  postale,  11  fr.  —  11.  Xes 
JJ'-res  roses  pour  la  jeunesse,  publiés  par  la  librairie  Larousse.  3'^  série  de  24  vol. 
in-12  de  60  à  64  p.  (n"  49  à  72),  illustrés  d?  nomlir.  grav.  Brochés,  réunis  dans 
un  élégant  éfui,  3  fr.  90.  —  12.  Paris,  par  Philippe  Dufour.  Paris,  Jouve,  1912, 
in-8  de  xv-184  p.,  avec  70  illustrations  cVapris  des  eaux-forte-:,  des  dessins 
et  des  croquis   d^   Jean-Jules  Dufour.    Broché,   5  fr. 

Encore  douze  publications  illustrées,  dont  plusieurs  sont  de  tous  les 
temps,  et  d'autres  auxquelles  nos  lecteurs  pourront  se  reporter  à  la 
fin  de  la  présente  année,  quand  ils  auront  à  arrêter  leur  choix  en  vue 
des  étrennes.  Ces  ouvrages,  qui  ont  été  sommairement  annoncés 
dans  notre  précédente  livraison  (p.  54®),  nous  sont  arrivés  trop  tard 
pour  être  compris  dans  le  compte  rendu  général. 

1.  —  C'est  un  vieil  et  cher  ami  que  le  Tour  du  monde  ;  jamais  on 
ne  s'ennuie  en  sa  compagnie,  et  c'est  toujours  avec  un  vif  sentiment 
de  curiosité,  avec  une  indicible  satisfaction  que  l'on  rouvre  un  de  ses 
volumes,  alors  même  qu'on  vient  seulement  de  le  quitter.  Aussi  quelle 
joie  est  'a  nôtre,  lorsque  chaque  année,  au  moment  des  ('trennes, 
nous  voyons  arriver  l'ensemble  des  livraisons  parues  au  cours  des 
douze  mois  précédents  !  Quelles  bonnes  heures  nous  passoTis  à  faire 
connaissance  avec  ce  nouvel  ami  !...  Il  s'est  fait  un  peu  attendre  cette 


—  a  — 

annoo.  o\  c'est  pourquoi  nous  n'nvons  pas  ]iu  1p  pivsontor  de  bonne 
heure  à  nos  lecteurs;  mais  le  voici,  enfin,  avec  une  remarquable 
collection  de  récits  de  voyasre  dans  les  différentes  parties  du  monde. 
Kn  Europe,  ce  sont  des  parties  admirables  de  l'Autriche,  le  S.ilzkam- 
merirut.  les  Alpes  de  Sal/bourc:  et  les  llohe  Tauern,  }i!!is  les  côtes 
orientales  de  la  mer  Adriatique  entre  Trieste  et  Corfou — des  pays 
peuplés  de  nationalités  rivales  —  que  décrivent  MM.  .T.  Du  Plessis 
de  Grénédan  et  B.  de  Jandin;  en  Asie,  nous  gravissons  le  mont 
Ararat  avec  M.  T.ouis  Seylaz  et  nous  nous  arrêtons  longuement 
dans  les  parties  orientales  du  continent,  en  Ri'manie  avec  le  com- 
mandant Pilate,  en  Annam  avec  M"<=  Gabrielle  M.  ^^assal,  le  long 
du  chemin  de  fer  du  Yunnan  avec  le  capitaine  Am.  Aymard,  dont 
nous  connaissons  déjà  un  bon  livre  sur  les  Touareg.  Passons  de  là  en 
Océanie  pour  y  voir,  sous  la  conduite  de  M.  René  La  Pruyère,  ces 
trois  archipels  de  la  Pohiiésie  qui  sont  les  *^amoa,  les  Iles  sous  le 
Vent  et  les  ^Tarquises  :  puis  regagnons  l'Furope  par  l'Amérique 
où  M.  Emile  Desc]iomps  veut  nous  faire  monter  au  sommet  du 
Tamalpaïs  californien,  où  le  comte  Maurice  de  Périgny  entend 
faire  aux  lecteurs  du  Ton?-  du  monde  les  honneurs  de  quelques 
villes  mortes  de  l'Amériaue  centrale,  en  particulier  de  ces  ruines 
de  Nackun,  qu'il  a  découA^ertes....  Géographie,  ethnographie, 
politique,  archéoloerie,  tout  se  trouve  représenté  dans  ces  récits  vi- 
vants, alertes,  illustrés  de  superbes  gravures;  la  colonisation  contem- 
poraine, avec  ses  procédés  si  humains,  si  intelligents,  y  apparaît 
parfois,  —  beaucoup  moins  toutefois  aue  dans  le  .Tournai  du  corps 
de  débarquement  de  Casablanca  à  travers  la  Chaouia  dont  le  capi- 
taine Grasset  est  l'auteur,  beaucoup  moins  surtout  que  dans  le  tra- 
vail de  M.  Eouis  Sonolet  sur  les  progrès  de  l'Afriaue  occidentale 
française.  Enfin,  aux  chasseurs  donneront  satisfaction  les  récits 
d'excursions  t  de  chasses  en  ^bvssinie  à^  M.  Georges  Rémond...  — 
Quel  regret  pour  nnns  d'être  obligés  de  nous  en  tenir  à  cette  sèche 
nomenclature,  et  de  ne  pouvoir  faire  ressortir  les  aualités  particu- 
lières de  chaaue  auteur,  les  mérites  de  telle  ou  telle  relation,  les 
beautés  de  l'illustration  !  Et  voici  q\^Q,  non  moins  rapidement,  il  nou« 
faut  passer  «ur  «  A  travers  le  monde,  »  sur  ses  courtes  notices,  si 
précises  et  si  variées,  si  pleines  de  renseio-nements  de  tfuite  nature, 
véritable  mine  où  peuvent  puiser  à  pleines  mains  les  géographes, 
les  professeurs,  les  touristes  et  les  bibliographes.  Une  table  des  ma- 
tières succincte,  mai=^  suffisante,  permet  de  trouver  très  vite,  dans 
ce  supplément  du  Tour  du  monde,  les  indications  que  l'on  y  cherche; 
elle  fait  d'  »  A  travers  le  monde»  un  véritable  instnmient  de  travail 
non  moins  instructif  et  non  moins  attrayant  que  les  récits  nlus  déve- 
loppés dont  nous  avons  débuté  par  dire  quelques  mots. 


2.  —  Non  moins  que  la  France,  do  M.  P.  Joussct,  dont  il  a  été 
question  dans  notre  dernier  numéro  (p.484-4'^5),  la  Belgique  illustrée^ 
de.  M  Dumont-Wilden,  est  un  superbe  livre  d'étrennes.  Que  de  gra- 
vures, en  effet,  et  dans  le  texte  et  hors  texte,  et  de  splendidea 
gravures  reproduisant  les  sites  les  plus  pittoresques  et  les  plus  admi- 
rables monuments  de  ce  véritable  musée,  plein  de  contrastes  et  plein 
de  souvenirs  du  passé,  qu'est  le  pays  confinant  au  nord  à  notre 
France  !  Des  rivages  de  la  mer  du  Nord  jusqu'à  la  Baraque  Michel  et  à 
la  frontière  allemande,  la  contrée  ne  cesse  d'aller  s'élevant,  si  bien 
que  l'on  passe  graduellement,  insensiblement,  des  polders  situés  au- 
dessous  du  niveau  des  hautes  marées  et  défendus  par  des  digues  contre 
l'invasion  des  flots  jusqu'à  une  altitude  de  400  mètres  et  plus  en  - 
traversant  des  plaines  basses,  puis  des  pentes  douces,  des  talus  molle- 
ment inclinés,  des  plateaux  que  coupent  les  fossés  des  rivières  dispa- 
raissant parfois  dans  les  calcaires,  et  que  couvrent  ailleurs  d'épaisses 
forêts...  Tous  ces  aspects  si  variés,  M.  Dumont-Wilden  les  a  signalés 
successivement  dans  son  texte,  de  manière  à  expliquer  la  succes- 
sion des  illustrations  qui  l'accompagnent;  mais.il  a  insisté  avec  plus 
de  complaisance  encore,  à  très  juste  titre,  sur  l'homme.  C'est  plaisir 
de  le  suivre  dans  ses  développements  sur  la  vie  du  mineur,  sur  les 
dentellières,  les  botteresses,  de  pénétrer  avec  lui  dans  les  béguinages,  - 
comme  aussi  d'évoquer  avec  lui  les  souvenirs  du  passé  de  la  Belgique, 
et  d'étudier  les  reliques  des  temps  qui  ne  sont  plus...  Deux  chapitres 
consacrés,  l'un  au  Congo  belge,  l'autre  au  Grand-Duché  de  Luxem- 
bourg, terminent  ce  beau  volume  dont  les  illustrations  en  noir  sont 
un  véritable  enchantement  pour  les  yeux,  dont  les  hors  texte  en  cou- 
leurs sont  très  réussis,  dont  les  cartes  sont  parfaitement  lisibles,  et 
qu'encadrent  une  brève  Introduction  de  M.  Emile  Verhaeren  et  une 
étude  sur  le  rôle  pacifiste  de  la  Belgique,  en  qui  M.  Louis  Frank  voit 
le  «  district  fédéral  du  monde.  » 

3.  ■ —  C'est  une  bien  curieuse  figure  que  celle  de  cette  impératrice 
douairière  Tseu-Hi  qui,  pendant  plus  de  quarante  années  consécu- 
tives et  durant  plusieurs  règnes,  fut  le  véritable  souverain  de  la 
Chine.  Née  en  novembre  1835  dans  une  famille  appartenant  à  un  des 
clans  mandchoux  les  plus  anciens,  Ye-ho-na-la  entra  d'abord  dès 
le  11  juin  1852  dans  la  Ville  interdite  en  qualité  de  concubine  du  3^ 
degré,  de  «  Kouei  jen,  «  c'est-à-dire  de  «  personne  honorable  »,  et 
ne  tarda  pas  à  arriver  au  premier  rang  en  donnant  à  l'empereur 
Hien-Foung  un  héritier  et  en  commençant  à  déployer  les  qualités 
d'homme  d'État  dont  elle  eut  si  souvent  à  faire  preuve  par  la 
suite.  Que  d'événements  d'une  importance  capitale  pour  l'histoire  de 
la  Chine  se  sont  succédé  depuis  le  moment  où  Ye-ho-na-la  a  pu- 
jouer  un  rôle  et  celui  où,  le  15  novembre  .1908,  est  morte,- .comblée 


d'honnenrs,  la  «  vieille  Bouddha  '>  qui  avait  reçu,  dès  1861,  de  son 
jeune  fils,  le  nouveau  nom  de  Tseu-Hi  (maternelle  et  propice)  !  La 
révolte  des  Taï-Pins:,  la  campacme  ansïlo-franraise  de  1859-60  et  la 
fuite  de  la  cour  à  Djéliol.  puis  les  différentes  interventions  européennes 
en  Chine,  les  «  Cent  jours  de  réforme  «  et  le  coup  d'Etat  de  1898,  la 
révolte  des  Boxeurs  et  l'entrée  du  monde  officiel  chinois  dans  la 
voie  des  réformes...  Dans  ce  demi  siècle  de  l'histoire  du  Céleste  Empire, 
Tseu-Hi  a  tenu  sa  part,  et  sa  très  large  part,  grâce  à  ses  trois  ré- 
gences et  à  son  influence  prépondérante;  l'administration,  la  politi- 
que intérieure,  la  politique  extérieure,  cette  femme  remarquablement 
intelligente,  mais  astucieuse,  perfide  et  cruelle,  a  tout  marqué  de 
son  empreinte,  si  bien  qu'on  peut  dire  qu'elle  a  été,  à  travers  plu- 
sieurs règnes  successifs,  la  véritable  maîtresse  de  l'Empire.  Par  quels 
moyens  et  à  travers  quelles  vicissitudes,  MM.   J.-O.  Bland  et  E. 
Blackhouse  l'ont  parfaitement  indiqué  dans  leur  excellent  ouvrage, 
plein  de  renseignements  précieux  et  de  documents  officiels,  relatif  à 
Tseu-Hi,  impératrice  (înuairière  de  Chine.  Rien  de  plus  attrayant  que 
ce  livre,  bien    plus   curieux    qu'un    roman,    rempli    de~^ révélations 
sur  les  mœurs  de  la  cour  de  Pékin,  les  intrigues  et  les  exactions  des 
eunuques,  etc.,  et    illustré    de   remarquables    photographies    repré- 
sentant les  principaux  personnages  du  gouvernement  chinois  de. la 
fin  du  xix^  siècle,  ainsi  que  les  plus  beaux  aspects  de  la  Ville  inter- 
dite. 

4.  —  Existe-t-il  quelqu'un  qui  ne  s'intéresse  pas  au  double  sujet 
Aérosiation.  Aviation!  M.  Max  de  Nansouty,  digne  continuateur  de 
Louis  Figuier,  nous  présente,  dans  un  magnifique  volume  sur  les 
Merveilles  de  la  science^  l'histoire  de  la  navigation  aérienne  depuis 
l'origine  jusqu'à  la  fin  de  1910.  Ce  volume  satisfera  aniplemeiitle  désir 
de  savoir  qui,  légitimement,  s'empare  du  grand  public.  Tous  les 
sphériques,  dirigeables,  aéroplanes  sont  décrits  avec  un  soin  minu- 
tieux et  les  voyages  notables  qu'ils  ont  accomplis  sont  signalés.  L'au- 
teur nous  fait  suivre,  pas  à  pas,  les  progrès  accomplis  dans  la  '^onquête 
de  l'air.  Mais  son  rôle  ne  se  borne  point  là.  Il  ne  se  cont  nte  pas 
d'être  historien,  il  est,  en  plus,  excellent  vulg^arisateur  de  sciences.  La 
direction  des  ballons,  la  construction  des  aéroplanes,  leur  stabilisa- 
tion, demande  la  solution  des  problèmes  mécaniques  les  y  lus  ardus. 
Par  des  explications  précises,  accompagnées  de  schémas  1res  clairs, 
M.  de  Nansouty  nous  fait  simplement  comprendre  ce  qui  îi^té  fait  et 
ce  qu'il  reste  à  faire.  Son  étude  ne  porte  pas  seulement  sir  la  navi- 
gation aérienne  en  France,  mais  bien  dans  l'univers  entier,  et,  s'il 
nous  donne  la  première  place,  ce  n'est  pas  par  faux  patriotisme,  mais 
parce  que  nous  la  mérilons.  Son  livre  le  prouve. 
•'•  —  Dans  ses  Voleurs  de  foudre.  M.  Paul  d'Ivoi  nous  -cause   l'im- 


pression  d'un  Jules  Verne  accommodé  à  la  façon  de  Ponson  du  Ter- 
rail.  Un  jeune  homme,  grâce  à  l'intervention  de  trois  jeunes  pickpoc- 
kets appartenant  au  beau  sexe,  parvient  à  entrer  en  possession    de 
titres    et    papiers    qui  lui  dévoilent  sa  qualité  de   prince  —  prince  de 
Valbéryl,    —    alors    qu'il    n'est     pourvu  que  d'un  simple    prénom  : 
Charles.  Parmi  ces  trois  ijetites  voleuses,  ■ —   singulières  protectrices 
tout  de  même  pour  un  jeune  homme  bien  élevé!  —  il  en    est  une, 
Régine,  qui  commande  aux  deux  autres  et  que  la  suite    des  événe- 
ments   nous    révèle    comme  la  fille  d'un  sultan  asiatique    dont   le 
minuscule  pays  est  convoité  à  la  fois  par  le  Siam  et  par  les  Anglais, 
lequel  sultan  avait  épousé  une  Française.  Les  premières  scènes  du 
récit  se  passent  au  Havre  où  l'unique  protecteur  du  prince  qui  s'ignore 
meurt  dans  d^s  conditions  mystérieuses,  frappé  chez  Uii  par  la  fou- 
dre, sans  qu'un  oras^e  ait  éclaté  sur  la  ville....  La  suite  nous  conduit, 
nous  jette,  nous  précipite  à  travers  le  monde,  au  Mexique,  en  Haïti, 
dans  une  île  déserte  de  l'Océanie,  et  nous  ramène,  après  des  aven- 
tures toutes  plus  extraordinaires  les  unes  que  les  autres,  en  France,  à 
Marseille  et  de  là  à  Saint-Germain  près  Paris,  où  Charles,  toujours 
escorté  de  ses  gardes  du  corps  enjuponnés,  d'un  dévouement  génial, 
est  reconnu,   en   dépit   des  oppositions  enragées  de  la  malfaisante 
association  de  'la  Mafia  et  de  son  grand  chef,  comme  prince  de  Val- 
béryl   et  mis   en   possession   d'une  fortune  colossale.   Le  prince  et 
Régine,  devenue  une  jeune  fille  parfaite,  —  car  au  contact  de  son 
ami  Charles  elle  n'a  pas  tardé  à  comprendre  combien  était  repréhen- 
sible   la   «   profession   »   aue   dos   misérables   l'avaient  contrainte  à 
excercer,  —  le  prince  et  Régine,  disons-nous,  vont  donc  s'épouser, 
quand    d'autres    événements,    qui  forment  la  deuxième    partie    du 
livre,  empêchent  cette  conclusion  naturelle.  Et,  tout  de  suite,  voilà 
le  lecteur,  un  peu  essoufflé,  obligé  de  courir  après  les  héros  et  les... 
héroïnes  de  M.  d'Ivoi  jusqu'en  Chine,  au  Siam,  en  Cochinchine,  où 
se  déroulent  les  péripéties  d'un  drame  aussi  palpitant,  aussi  inextri- 
cable que  le  premier,  mais  qui  —  Dieu  soit  loué  !  —  se  termine  non 
point  par  un,  mais  par  deux  mariages. 

6.  —  Autre  roman  étonnant,  renversant,  abracadabrant  :  Les 
Aviateurs  des  Andes.  En  un  style  aussi  correct  qu'imagé,  M.  Marc 
Janin  nous  raconté  l'histoire  d'un  brave  homme  de  colonel  qui,  s'étant 
engagé  à  donner  sa  fille  au  fils  de  son  meilleur  ami  mort  en  Afrique, 
n'arrive  pas  à  savoir,  en  dépit  de  soixante  lettres  et  de  nombreux 
télégrammes  non  parvenus  à  leur  destinataire,  si  son  gendre  en 
perspective,  qui  court  le  monde  comme  explorateur,  entend  épouser 
ou  s'il  ne  s'en  soucie  plus.  Entre  temps,  un  autre  parti  se  présente. 
Alors  le  colonel,  pour  être  fixé,  décide  qu'il  se  mettra  à  la  poursuite 
du   fiancé.  C'est  ainsi  qu'accompagné  du  nouveau  prétendant,  du 


—  10  — 

frère  et  de  la  sœur  de  celui-ci,  d'une  dame  de  compagnie  anglaise 
et  d'un  domestique,  ancien  zouave,  qui  n'a  pas  froid  aux  yeux,  il 
quitte  Paris  et  débarque  en  Amérique  où,  manquant  sans  cesse 
l'explorateur  fantôme  qu'il  veut  atteindre,  il  devient,  avec  sa  compa- 
gnie, tantôt  le  héros,  tantôt  la  victime  d'une  invraisemblable  série 
d'aventures  extraordinaires  où  tous  les  moyens  de  locomotion  et  de 
combat  sont  mis  en  action  par  les  amis  ou  par  les  adversaires,  tous 
également  braves  et  savants,  mais  les  premiers  aussi  honnêtes  que 
les  autres  gens  sont  des  scélérats,  savoir  :  trains  spéciaux,  automo- 
biles, bateaux,  hydroplanes,  sous-marin  perfectionné,  avion  mer- 
veilleux, torpilles,  bombes  de  grande  puissance  destructive  jetées 
dans  l'espace  depuis  l'avion,  etc.  Ce  fantastique  roman  est  bien  fait 
pour  donner  aux  lecteurs  ce  que  l'on  appelle  vulgairement  «  la 
chair  de  poule.  »  Les  amateurs  du  terrible,  de  l'ultra  dramatique  en 
auront  donc  pour  plus  que  leur  argent.  On  vient  de  voir  que  le 
volume  de  M.  d'Tvoi  se  clôt  par  deux  mariages;  celui-ci  se  ferme  sur 
trois!  L'un  et  l'autre,  d'ailleurs,  sont  admirablement  reliés  et  fort 
bien  illustrés.  Et.  s'il  nous  fallait  déterminer  une  préférence,  nous 
l'accorderions  sans  hésiter  à  l'œuvre  de  M.  Janin. 

7.  —  Jehan  ^  le  meneur  de  loups,  i)'est  que  le  premier  des  contes  et 
légendes  formant  le  recueil  que,  sous  ce  titT"e,  M  Jean  Floryde  vient 
de  publier  pour  la  plus  grande  joie  des  enfants.  Il  est  tout  imprégné 
du  sentiment  religieux.  Le  même  esprit  anime  les  Trois  Rois  de  Co- 
logne et  le  Voile  de  la  Vierge.  La  Légende  de  Vépée  est  émouvante  : 
c'est  celle  de  l'épée  de  Jeanne  d'Arc.  Les  treize  autres  récits  que  l'on 
trouve  dans  ce  volume  sont  surtout  des  contes  de  fées,  qui  raviront 
les  lecteurs,  petits  et  grands. 

8.  —  Le  plus  beau  des  albums  de  l'année  nous  est  arrivé  comme 
certain  héros  :  après  la  bataille,  c'est-à-dire  postérieurement  à  la  dis- 
tribution des  étrennes  aux  enfants.  Mais  ce  qui  est  différé  n'est  pas 
perdu;  et,  pour  la  fin  de  l'année  qui  vient  de  s'ouvrir,  il  importe  dès 
à  présent  d'attirer  l'attention  bien  particulière  des  parents  sur  l'al- 
bum intitulé  :  Au  Pays  des  Chansons.  Avec  l'esprit  qui  le  distingue, 
"M.  G.  Montorgueil  a  composé  un  texte  comique,  richement  et  très  artis- 
tiquement illustré  de  splendides  gravures  en  couleurs  par  Job.  Un 
beau  jour,  ^L  Dumollot  ayant  quitté  la  ville  de  Saint-Malo,  où  il 
demeure,  pour  accomplir  un  voyage  indéterminé,  veut  se  reposer  dans 
un  bois  qu'il  traverse;  le  sommeil  le  saisit  aussitôt.  Alors  il  rêve  qu'il, 
parcourt  "  le  pays  des  Chansons,  »  où  il  voit  défiler  tour  à  tour  le 
souverain  dudit  pays,  le  bon  roi  Dagobert,  la  mère  Michel,  qui  a 
épousé  son  vieil  ennemi  Lustucru  et  garde 'l'un  des  immeubles  de 
Cadet-Roussel,  puis  les  Compagnons  do  la  Marjolaino,  M.  de  la  Pa- 
lisse, Toto  Carabo,  Jean  de  Nivelle  fi  nombre  d'autres  ejusdem  farinae 


—  11  — 

qae  nous  ne  pouvons  nommer.  Enfin,  M.  Diimollet  achève  brusque- 
ment son  voyasje,  ou, «pour  dire  mieux,  son  rêve,  par  l'intervention 
d'un  voisin  qui  le  tire  d'un  sommeil  prolongé  sur  le  sol  où  il  n'a  que 
dos  rhumatismes  à  gagner. 

9.  —  Les  Veillées  des  chaumières  diffèrent  de  l'Ouvrier,  que  nous 
avons  prrspntô  le  mois  dernier  (t.  CXXII,  p.  500-501),  surtout  par  la 
date  à  laquelle  commence  l'abonnement  :  novembre  au  lieu  de  mai. 
Les  «  ^"'ari^''t('S  «  nombreuses  que  l'on  y  trouve  offrent  aussi  quelques 
différences,  tout  en  étant  également  instructives.  Pour  le  surplus, 
les  Veillées  des  chaumières  ont  ceci  de  commun  avec  l'Ouvrier  qu'elles 
donnent,  par  tranches  bi-hebdomadaires  (le  mercredi  et  le  samedi), 
une  série  de  grands  romans  inédits,  illustrés,  choisis  avec  soin  et  très 
intéressants.  Le  ?>'\^  volume  de  la  collection,  dernier  paru,  en  ren- 
ferme seize,  dont  voici  les  titres,  avec  les  noms  de  leurs  auteurs  : 
L'Affaire  de  Neuilh/,  par  M"^^  Marie  Thiéry;  Brin  de  jnimnsa,  par 
Mi"e  la  comtesse  Clo;  Le  Château-Rose,  par  M"^^  M.  Maryan;  Le 
Court- Circuit,  par  M™^  Jeanne  de  Coulomb;  Les  Débuts  d'un  juge 
d'instruction,  par  M.  La  Bruyère;  Feux-follets,  par  M.  Henry  Bister; 
Les  Fiancés  de  Scluvarzwald,  par  M.  J.  de  Lacrouzille;  Mariage  blanc, 
par  M.  Beudant:  Le  Mariasse  de  miniiit,  par  M^"^  B.  de  Buxy;  Le 
Miracle  de  la  Dame-du-Pont,  par  M.  J.  Lacaze-Bastard;  La  Montée, 
par  M.  pierre  Besbre;  La  Patte  blanche,  par  M.  L.  de  Kérany:  Le 
Roman  de  Mimose,  par  M"^^  Florence  O'Noll;  Le  Secret  de  sœur 
Delphine,  par  M^^e  pierre  du  Château;  Sur  le  sable,  par  M"^^  Marie 
Le  Mière.  et  Yvette  Leclerc,  par  M.  Reçrnaud.  Relié  en  toile  rouge,  ce 
volume  est  aussi  recommandable  que  cehii  de  l'Ouvrier. 

10.  —  Être  âgée  de  auarante-huit  ans  révolus  et  rester  fraîche, 
sémillante,  pimpante,  c'est  le  lot  enviable  de  la  Poupée  modèle.  Le 
texte  de  ce  gracieux  périodiaue  pour  fillettes  est  choisi  avec  beaucoup 
de  soin.  On  v  t'ouve  en  premier  lieu  des  contes,  nouvelles,  histo- 
riettes et  com-^dies  a"i  raviront  les  petites  lectrices.  Parmi  les  vingt 
titres  que  nous  pourrions  citer ,'^nous  en  noterons  quatre  seulement, 
car  nous  devon"  nous  borner  :  Les  Conquêtes  de  Mona,  par  M"^^ 
Ch.  Péronnet:  Histoire  merveilleuse  de  deux  petits  garçons  et  d'une 
petite  fille  qui  ne  savaient  pas  lire,  par  M.  J.  David;  La  Poupée  de 
Loulou,  par  M.  R.  Miguel;  Le  Five  O'Clock,  saynète  à  Quatre  person- 
nages, par  M.  J.  Preneuse.  A  signaler  aussi  des  devinettes  avec  leurs 
solutions,  des  poésies,  un  peu  de  musique,  des  renseignements  inti- 
tulés sévèrement  :  Économie  domestique,  qui  relèvent  de  la  simple 
friandise,  cmelaues  conseils  (pas  trop  :  les  petits  préfèrent  autre 
chose);  enfin  Hes  explications  de  travaux  et  surtout  des  nombreuses 
annexes  consistant  en  patvons  en  papier  et  en  étoffe,  planches  diverses 
en  couleurs  dont  plusieurs  sont  presque  somptueuses.  A  propos  de 


I 


—  12  — 

ces  planches  de  tontes  sortes,  une  aimable  rédactrice  qui  signe  «Bonne 
Amie  >\  s'adressant  à  ses  «  chères  petites  abonnées  »,  leur  dit,  entre 
autres  choses  alléchantes  :  «  D'habiles  architectes  ont  dressé  les  plans 
d'un  château  magnifique.  Tous  les  artistes  que  nous  avons  trouvés 
l'embellissent  à  qui  mieux-mieux  et  vous  allez  avoir  le'plaisir  de  rece- 
voir tour  à  tour  le  mobilier  de  chacune  des  pièces  de  rette  demeure 
splendide  :  salon,  salle  à  manger,  chambre  à  coucher,  toilette, 
cuisine,  et  quel  joli  mobilier  !  Une  maison  de  fée.  où  je  vous  vois 
rancreant  vos  armoires,  garnissant  vos  vases  de  fleurs,  maîtresses 
de  maison  accomplies!...  A  cette  construction  si  amusante,  nous 
joindrons  encore  de  jolies  robes  dessinées  sur  étoffe  et  prêtes  à  être  . 
cousues,  y  lesquelles  arriveront  «  pour  Pâques  fleuries,  pour  la  fête 
de  la  Sainte  Vierge,  pour  Noël...  »  Puis,  la  même  «  Bonne  Amie,  » 
rappelant  un~concours  de  couture,  entretient  ses  jiiignonnes  lectrices 
du  succès  obtenu  :  «  Si  vous  aviez  vu,  s'écrie-t-elle,  toutes  ces  gen- 
tilles robes,  ces  jupons  chauds,  ces  chemises  si  bien  taillées  et  cousues, 
vous  seriez  fières  d'avoir  pris  part  à  cette  rouvre  de  charité  qui  va 
réjouir  tant  de  pauvres  mères.  Dans  ses  visites  de  Nool,  le  Petit  .Tésus 
entendra  bien  souvent  parler  des  petites  abeilles  de  la  Poupée 
modèle  et  il  sera  '^ontent  de  vous  ..  «  N'est-ce  pas  que  voilà  un  pé- 
riodique enfantin  grandement  recommandable? 

11.  —  Il  y  a  un  peu  phis  d'un  an  f Polyhihlion  de  décembre  1910, 
t.  CXTX.  p.  52.3),  nous  avons  signalé  les  deux  premières  séries  des 
Livres  ros^s  pour  la  jeunesse,  que  publie  la  librairie  T^arousse.  Au- 
jourd'hui nous  donnerons  une  mention  à  la  troisième  série  de  cette 
collection.  D'abord  deux  sujets  mythologiques  amplement  racontés  : 
Les  Travaux  d'Herenle  et  Persée,  le  vainqueur  de  la  Gorgone.  Puis 
des  histoires  de  bêtes  :  Frère  Benard  et  Frère  Lapin:  Histoire  d'une 
tortue;  ensuite  des  Contes  de  Flandres,  des  Contes  de  Russie  et  des 
Contes  dp  Chine;  enfin  deux  comédies:  Jeannot  Lapin  et  les  Quatre 
Prunes.  Sur  les  vingt- quatre  volumes  de  cette  série,  douze,  c'est-à- 
dire  la  moitié,  sont  précédés  d'une  revue  du  mois  en  images,  avec  un 
texte  rapide,  qui  porte  son  enseignement,  et  terminés  par  des  «  Ré- 
créations, »  avec  gravures.' Tous  sont  illustrés  à  profusion,  de  très 
agréable  manière.  Leur  lecture  ne  distraiera  pas  les  seuls  enfants,  pour 
qui  cependant  ils  ont  été  composés. 

12.  —  Ce  qui  orécède  était  déjà  imprimé  lorsque  nous  est  arrivé  un 
volum?  de  poésies  uniquement  consacrées  à  Paris.  Cent  cinquante- 
deux  sonnets  sur  la  grande  ville,  ses  monuments  anciens  et  modernes, 
ses  rues  et  ses'coins  les  idus  pittoresques,  ses  vieux  hôtels,  ses  curio- 
sités le^  plus  rpmarquables  on  les  moins  connues,  rortaines  célébrités 
qui  ont  vécu  à  Paris  et  pour  Paris,  entre  autres  :  Corneille,  Molière, 
Racine.  Boileau,  La  Fontaine,  André  Chénier,  Danton,  (on  aurait  pu 
le  négliger),  Bonaparte,  Lamartine  Victor  Hugo,   Pasteur 


—  13  — 

iiomme  simple,  saviuil  plus  grand  qu  un  enipeieur, 

etc..  etc.  :  voilà  ce  que  nous  oit're  M.  Philippe  Dulour,  dans»  ce  re- 
cueil dont  le  titre  n'a  qu'un  mot,  mais  combien  magique  :  Paris,  et 
qu'un  véritable  artiste,  M.  Jean- Jules  Dufour,  fils  du  poète,  a  illustré 
de  la  façon  la  plus  charmante,  la  plus  prenante.  Pour  donner  une 
idée  du  trJent  de  M.  Dufour  (le  père,  le  poète),  nous  allons  repro- 
duire le  sonnet  intitulé  :  Sur  les  quais  : 

Quais  bénis,  coin  d'ombre  el  de  solitude  !... 

Calme  et,  curieux,  tout  à  son  plaisir, 

Le  bibliophile  y  fouille  a  loisir 

La  boite  a  bouquins,  douce  à  l'habitude. 

11  leuilletie,  lit,  s'attarde  à  choisir, 
Suppute  avec  joie  et  sollicitude 
L'âge,  le  renom,  la  vicissitude 
Du  volume  où  s'est  posé  son  désir. 

Somptueux  encore  ou  presque  minable, 
Mauuce,  elzévir,  princeps,  incunable, 
Tous  le  font  rêver,  hors  du  temps  présent. 

Déjà,  dans  le  soir,  la  Seine  se  cuivre 

Qu'il  est  toujours  là,  lisant,  relisant  : 

L'âme  et  l'œil   perdus  au  [ond  d'un  vieux   livre. 

A  i'intention  des  lecteurs  du  Polybiblion  était-il  possible  de  mieux 
choisir?  —  MM.  Edmond  Haraucourt  et  Charles  Géniaux  ont  écrit 
pour  GQjParis  peu  banal  deux  élogieuses  préfaces  qu'il  mérite  bien. 
Quant  au  second  M.  Dufour  (l'artiste,  le  fils),  disons  tout  simplement 
que  ses  vingt  gravures  hors  texte,  ses  dix  frontispices  et  ses  quarante 
culs-de-lampes  nous  ont  ravis.  Tous  ceux  qui  aiment  la  capitale 
française  ne  manqueront  pas  de  caser  en  bonne  place  ce  délicieux  hvre 
dans  leur  bibliothèque.  Visenot. 

ROMANS,  CONTES  ET  NOUVELLES 

Romans  divers.  —  1.  Isabelle,  par  André  Gide.  Paris,  Rivière,  1911,  in-l8  de  182 
p.,  3  fr.  .50.  —  2.  La  Mare  aux  gosses,  par  Jacques  des  Gâchons.  Paris,  Fonte- 
moing,  191 J,  in-12  de  334  p.,  illustré  par  Géo  Dupuis,  André  des  Gâchons,  Hellé, 
ûrazi  et  P.-A.  Vibert,  3  fr.  50.  —  3.  Hugues  Capet,  par  Antoine  Baumann.  Paris 
Perrin,  1912,  in-16  de  xi-268  p.,  3  fr.  50.  —  4.  L'Homme  qui  a  perdu  son  moi,  par 
André  Beaunier.  Paris,  Plon-Nourrit,  s.  d.,  in-16  de  v-324  p.,  3  fr.  50.  —  5. 
La  Bague  d'opale,  par  René  de  Sainï-Chéron.  Paris,  Plon-Nourrit,  s.  d.,  in-16  de 
327  p.,  3  fr.  50.  —  6.  Duels,  par  Louis  Goiffon.  Paris,  Falque,  1911,  in-12  de 
xn-294  p.,  3  fr.  50.  —  7.  Les  Insoupçonnés,  par  Henry  de  Forges.  Paris,,  Da- 
ragon,  s.  d.,  in-18  de  152  p.,  2  fr.  50.  —  8.  Une  Fille  de  rien,  par  Jules  Leroux; 
Paris,  Figuière,  1911,  in-16  de  216  p.,  3  fr.  50.  —  9.  La  Route  de  l'Est,  par  Alexis 
Gallies.  Paris,  Figui^'re,  1911,  in-16  de  208  p.,  3  fr.  50.  —  10.  Le  JPapillon  noir, 
par  Antoine  de  Lévis-Mirepoix.  Paris,  Lemerre,  1911,  in-18  de  276  p.,  3  fr.  50. 
—  11.  Nella^  jolie  fille,  par  Roger  Lalli.  Paris,  Figuière,  1911,  in-18  de  148  p., 
3  fr.  50.  —  12.  Les  Pauvres  d'amour,  par  Albert  Tournaire.  Paris,  Jouve,  1911, 
in-18  de  359  p.,  3  fr.  —  13.  L'Amour  dans  les  ruines,  par  Max  Deauville.  Paris, 
Librairie  générale  des  sciences,  arts  et  lettres,  s.  d.,  in-16  de  185  p.,  3  fr.  50.  — ■ 
14.   Idées  fatales,  par   Emile   Dousset.    Paris,  Figuière,   1911,   in-18  de  203  p., 


—  14  — 

3  fr.  ôO.  —  15.  I.rs  l m pass^ibles  Amours,  par  P.  Yignk  n'Or.iroN.  Pai'is,  Jouve, 
1912,  in-H>  de  -(il  ]).,  3  fr.  50.  —  lii.  La  Mère  et.  rcnjant,  i)ur  r.iiAP.i.r.s-L'Uus 
Philippe.  Paris,. Rivire,  s.  d.,  in-18  de  142  p.,  3  fr.  50.  —  17.  l.a  RrUtHn,  (lar 
Pavl  Hr.vzr..  Paris,  llirsch,  1911,  in-IS  de  334  p.,  3  fr.  50.  —  18.  Tiùur,  par 
Hubert  PiEugriN.  Paris,  Pion-Nmirril,  s.  d.,  in-16  de  \i-293  p.,  3  fr.  50.  — 
19.  La  Rencontre  dajis  le  carrefour,  par  Pieuhe-Jean  Jouve.  Paris,  Figuiore,  1911, 
in-18  de  187  p.,  3  tj.  50.  —  20.  Le  Nouveau  Docteur,  par  Jules  Phàvieux.  Paris. 
Ploii-Nourrit,  s.  d.,  in-16  de  289  p.,  3  fr.  50.  —  21.  Le  Couple.  Essai  d'entente, 
par  AuuEL.  Paris,  Kisïuière,  s.  d.,  in-16  de  350  p.,  3  fr.  50.  —  22.  Mimi-Munctle, 
par  Flambaut  pes  Bouds.  Paris,  l'icker,  1911,  in-16  de  v-275  p.,  3  fr.  5C.  —  23. 
VObsession  ( Moi  et  l'autre),  par  Jules  Clauetie.  Paris,  Lat'iUe,  s.  d,,  ia-16  de 
11-386  p.,  avec  'j^rav.,  3  fr.  50. 
Romans  de  femmes.  —  24.  La  Dame  à  l'oreille  de  velours,  par  Marie-Anne  de 
BovET.  Paris,  Lnmerre,  1911,  in-18  de  223  p.,  3  fr.  50.  —  25.  De  l'un  à. l'autre 
amour,  par  Noëlle  Roger.  Paris,  Perrin,  1912,  in-16  de  339  p.,  3  fr.  50.  — 
26.  L'Aube,  par  IIenui  Ardel.  Paris,  Plon-Nourrit,  s.  d.,  in-16  de  335  p.,  3  fr.  50. 
—  27.  La  Première  Blessure,  par  Mauguetute  Le.ieune.  Paris,  Figuière,  1911, 
in-18  de  226  p.,  3  fr.  50".  —  28.  La  Double  Montée,  par  Berthem-Bontroux.  Paris, 
Beauchesne,  1911,  in-16  de  330  p.,  3  fr.  50.- —  29.  Le  Seul  Amour,  par  Louis 
Lefebvre.  Paris,  Calmann-Lévy,  s.  d.,  in-18  de  293  p.,  3  fr.  50.  —  30.  Le  Des- 
tin nous  conduit,  par  Lucie  Gautiiey.  Paris,  Plon-Nourrit,  s.  d.,  in-16  de  276  p., 
3  fr.  50. 
Romans  étrangers.  —  31.  Figures  du  pays,  par  Hubert  Krains.  Bruxelles,  De- 
chenne,  1908,  in-16  de  277  p.,  3  fr.  50.  —  .32.  L' Ardennaise,  par  Henri  Davi- 
GNON.  Paris,  Pion- Nourrit,  s.  d.,  in-16  de  288  p.,  3  fr.  50.  —  33.  Frissons  de 
vie,  par  Georges  Rencv.  Paris,  Librairie  générale  des  sciences,  arts  et  lettres, 
s.  d.,  in-12  de  2G9  p.,  3  fr.  50.  —  34.  Haute  Plaine,  par  Hubert  Stiernet. 
Bruxelles,  Dechenne,  s.  d.,  in-16  de  257  p.,  3  fr.  50.  —  35.  Sir  George  Trcssadij, 
par  Mrs.  Humphry  Ward;  trad.  de  l'anglais  par  J.  de  Mestral  Combrkmont. 
Paris,  Perrin,  1912,  in-16  de  324  p.,  3  fr.  50.  —  36.  Brugglesmith,  par  Rudyard 
Kipling;  trad.  de  l'anglais  par  Albert  Savine  et  Georges  Michel.  Paris,  Stock, 
1911,  in-18  de  307  p.,  3  fr.  50.  —  37.  Terres  de  silence,  par  Edward  Wuite  ; 
trad.  de  l'anglais  par  J.-G.  Delamain.  Paris,  Stock,  1911,  in-18  de  281  p., 
3  fr.  50.  —  38.  Barnabe  Rudge,  par  Charles  Dickens;  trad.  de  l'anglais  sous 
la  direction  de  P,  Louain,  par  M.  Bonnomet.  Paris,  Hachette,  1911.  2  vol. 
in-16  de  iii-391  et  38ô  p.,  2  fr.  —  39.  La  Solitaire,  par  Mrs.  Henry  de  la  Pas- 
ture;  trad.  de  l'anglais  par  Heinecke.  Paris,  Hacliette,  s.  d.,  in-16  de  305  p  , 
3  fr.  50.  —  40.  Le  Fou  en  liberté,  par  J.  Storer  Glouston;  adapté  de  l'anglais 
par  Achille  Laurent  et  L.  Martin-Dupont.  Paris,  Laf'itte,  s.  d.,  in-16  de 
342  p.,  3  fr.  50.  —  41.  L'Ile  au  poison,  par  A.  T.  Quille r-Gouch;  adapté  de 
l'angiais  par  Jacques  des  Gâchons.  Paris,  Lafitte,  s.  d.,  in-16  de  366  p., 
3  fr.  50.  —  42.  Le  Napoléon,  par  Alfred  Bock.;  trad.  de  l'allemand  par  Ray- 
mond Darsiles.  Paris,  «  Les  Cahiers  du  Centre  »,  1911,  in-16  de  103  p.,  2  fr.  50. 

—  43.  Village  de  femmes,  par  Clara  Viebig;  trad.  de  l'allemand  par  Agnès 
Lebeau.  Paris,  Gornély,  s.  d.,  gr.  in-8  de  151  p.,  0  fr.  95.  —  44.  Œuvres  com- 
plètes du  comte  Léon  Tolstoï.  T.XXXVIl.  Résurrection,  2^  et  3^  parties; 
trad.  durasse  par  J.-W.  Bienstock.  Paris,  Stock,  1911,  in-18  de  516  p.,  2  fr.  50. 

—  45.  Pages  choisies  de  Maria  Koponicka.  Prométhée  et  Sisyphe,  etc.;  trad.  du 
polonais  par  H.  ('.  Paris,  Lethielleux,  s.  d.,  in-12  de  xvi-189  p.,  1  fr. 

Romans  divers.  —  1.  —  Quel  malheur  que  la  fable  à' Isabelle  soit 
si  faible,  et  compose  en  somme  un  fond  si  peu  attachant  !  Les  acces- 
soires en  sont  parfaits.  C'est  un  vieux  domaine  de  province,  où  deux 
couples  achèvent  leur  vie  :  les  Saint- Auréol  et  les  Floche.  Les  Saint- 
Auréol,  prolongement  pittoresque  et  vieillot  de  noblesse  ancienne; 
les  Floche,  reliés  au  monde  d^  U  science  de  Paris  à  cause  des  recherches 


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d'archives  que  mena  Floche,  mais  depuis  longtemps^engourdis  par  la 
province,  qu'ils  ne  quittent  pas.  Une  gouvernante,  M ^''^  Olympe  Ver- 
dun, complète  ce  tableau  de  vieilles  gens  cocasses  et  bons,  au  milieu 
desquels  tombe  tout  à  coup  un  jeune  Parisien,  attiré  par  des  recherches 
aux  archives  du  château.  :\1.  André  Gide  a  peint  l'elTet  produit  sur 
lui  au  moyen  des  traits  les  plus  agréables,  les  plus  littérairement  distin- 
gués. Dans  ce  milieu  grandit  un  orphelin,  Casimir  de  Saint- Auréol, 
infirme  et  médiocrement  soigné,  figure  touchante,  que  rend  plus  tou- 
chante encore  l'amitié  dont  il  s'éprend  pour  le  Parisien.  Tout  cela 
est  excellent  ;  le  reste  est  moins  bien  inventé.  Isabelle,  fille  des  Saint- 
Auréol,  est  la  mère  coupable  de  cet  enfant.  Elle  mène  hors  du  pays 
une  vie  de  galanterie,  interrompue  de  visites  qu'elle  fait  pour  deman- 
der de  l'argent.  C'est  une  mystérieuse  histoire,  que  le  Parisien  ne 
démêle  qu'avec  peine  et  par  le  secours  d'une  lettre  trouvée,  qui  ne 
va  pas  sans  invraisemblance.  L'auteur  a-t-il  craint  de  nous  refaire, 
après  tant  d'autres,  l'histoire  sentimentale  de  la  pécheresse  attendris- 
sante ?  11  a  privé  soigneusement  la  sienne  de  cet  attrait.  Réaction  de 
volonté  chez  un  protestant?  Je  le  crois.  M.  André  Gide  est  de  la  reli- 
gion réformée,  mais  aon  à  la  façon  béate  et  naive  de  quelques  autres  de 
M.  Lichtenberger  par  exemple.  Toute  une  partie  de  sa  culture  échappe 
à  cette  tare  d'origine.  Tout  ce  que  j'ai  loué  dans  Isabelle  est  du  meil- 
leur fonds  français;  aussi  puis- je  bien  imaginer  qu'il  a  conçu  du  re- 
ment son  personnage  de  fille  coupable,  exprès,  et  en  contradiction 
avec  ce  que  la  sentimentalité  huguenote  eût  dicté  à  d'autres.  Un 
écrivain  de  notre  éducation  eût  peut-être  eu  moins  peur  de  cela.  Car 
rien  n'empêche  dans  la  réalité  que  ce  caractère  soit  touchant, et  celui  qui 
n'a  pas  en  soi  de  pente  à  l'exagérer  aurait  pu  l'essayer  dans  cette  cir- 
constance. Donc,  Isabelle  enfin,  connue  tout  entière,  est  méprisée.  Le 
Parisien  dit  adieu  au  rêve  qu'il  avait  fait  à  son  sujet.  Et  il  faut,  nous, 
que  nous  disions  adieu  à  tout  ce  que  la  peinture  de  ce  milieu  de  vieilles 
gens  et  de  choses  anciennes  nous  avait  préparés  à  goûter  d'émotions. 
L'épisode  de  Casimir  même  ne  mène  à  rien;  et  c'est  de  quoi  le  lecteur 
a  peine  à  se  consoler.  Ce  qui  paraît  le  plus  manqué  en  cette  affaire, 
c'est  le  personnage  de  l'abbé  précepteur  :  à  la  fois  dur  et  irréel.  On 
ne  l'imagine  bien,  ni  dans  son  intérieur,  ni  dans  ses  gestes,  ni  même 
dans  la  part  qu'il  prend  aux  événements.  Il  faudrait  citer  vingt  dé- 
tails. Voici  une  citation  trop  unique  et  trop  brève,  qui  donnera  une 
idée  du  charme  de  ce  livre  :  «  Tandis  que  M"^^  de  Saint- Auréol  nous 
invitait  à  la  revanche,  le  premier  jacquet  finissait;  parfois  alors, 
M.  Floche  prenait  la  place  de  son  beau- frère;  ni  M.  Floche,  ni  l'abbé 
n'annonçaient  les  coups;  on  n'entendait  de  leur  côté  que  le  roulement 
des  dés  dans  le  cornet  et  sur  la  table;  M.  de  Saint  Auréol  dans  la 
bergère  monologuait  ou  chantonnait  à  demi-voL\,  et  parfois  tout  à 


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coup  flanquait  un  énorme  coup  de  pincette  en  travers  du  feu,  si 
impertinemmeut  qu'il  en  éclaboussait  au  loin  la  braise;  M"*^  Olympe 
accourait  précipitamment  et  exécutait  sur  le"  tapis  ce  que  M'"*-'  de 
Saint- Auréol  appelait  élégamment  la  danse  des  étincelles.  Le  plus 
souvent,  M.  Flociie  laissait  le  baron  aux  prises  avec  Tabbé  et  ne 
quittait  pas  son  fauteuil;  de  ma  place  je  pouvais  le  voir,  non  point 
dormant,  comme  il  disait,  mais  hochant  la  tête  dans  l'ombre;  et,  le 
premier  soir,  un  sursaut  de  flamme  ayant  éclairé  brusquement  son 
visage,  je  pus  distinguer  qu'il  pleurait.  ;> 

2.  —  La  Mare  aux  gosses  donne  son  titre  au  livre  de  M.  Jacques 
des  Gâchons  :  ce  n'en  est  pourtant  pas  le  meilleur  conte.  11  a  de  l'amer- 
tume, dans  un  genre  qui  fut  à  la  mode  il  y  a  quinze  ans,  et  qui  semble 
aujourd'hui  bien  passé.  Le  Miracle  d'après-demain  est  du  genre  fan- 
tastique ;  la  Récolte  du  pétrole  est  mêlée  de  fantastique  et  de  réalité. 
Le  détail  de  tout  cela  est  plein  de  mérite,  et  le  lecteur  voit  passer 
en  des  coins  de  tableaux  et  en  de  courtes  réflexions  toute  la  monnaie 
d'un  talent  vif  et  charmant;  cependant  j'avouerai  que  rien  ne  m'a 
plu  dans  ce  recueil  comme  les  contes  dont  le  sujet,  existant  à  peine, 
laisse  tout  à  faire  au  style  et  à  l'exécution  :  les  JDeux  Myopes^  par 
exemple,  où  un  ministre  en  voyage,  ayant  perdu  son  lorgnon,  ne 
parvient  à  lire  son  discours  qu'au  moyen  d'un  lorgnon  prêté  par  un 
instituteur  stagiaire.  Le  maître  d'école,  de  passage  à  Paris,  va  rede- 
mander le  lorgnon,  et  le  ministre  le  fait  son  attaché.  On  ne  peut, 
imaginer  l'esprit,  la  vivacité,  le  naturel,  avec  lequel  cela  nous  est 
conté.  Les  Oies,  la  Garçonnière,  témoignent  d'une  imagination  pitto- 
resque, à  la  fois  comique  et  délicieuse.  Sous  un  chapeau  de  glycine 
n'est  qu'un  papotage  de  deux  ou  trois  femmes  chez  le  pâtissier;  rien 
cependant  n'est  si  divertissant.  Impossible  de  tirer  d'une  aventure 
commune,  de  ce  qui  n'est  pas  même  une  aventure,  plus  d'imprévu  et 
même  de  fantastique,  que  l'auteur  ne  fait  dans  le  conte  de  la  Car- 
casse. Ajoutez,  sauf  dans  les  plus  longs  de  ces  contes,  une  bonne  hu- 
meur tout  à  fait  reposante.  Je  ne  sais  s'il  y  a  beaucoup  de  livres 
capables  de  procurer,  avec  moins  d'effort,  le  délassement  des  gens  de 
goût. 

3.  —  Le  roman  de  Hugues  Capet  offre  un  curieux  caractère,  unique, 
je  crois,  jusqu'ici  :  c'est  la  mise  en  parti  d'imagination,  des  enseigne- 
ments, du  ton,  quelquefois  du  style  même  de  Fustel  de  Cou- 
langes.  Cette  utilisation  de  l'histoire  et  d'un  historien  est  dans  l'ordre. 
Elle  a  eu  lieu  de  tout  temps.  Mais  p(mr  qu'elle  fût  réalisée  à  l'égard 
d'un  maître  si  grave,  dont  le  gros  des  lettrés  même  ne  fréquente  guère 
les  œuvres,  il  fallait  cette  rencontre  d'un  auteur  de  romans  attaché 
d'ailleurs  à  l'histoire,  et  s'y  adonnant,  chose  remarquable,  dans  une 
intention  de  philosophie.  M.  Antoine  Baumann  est  positiviste.  Il  a 


—  17  — 

lu  Fustel,  l'esprit  plein  des  idées  de  Comte  sur  le  développement  de 
l'humanité;  il  l'a  lu  avec  tout  le  goût  que  des  idées  générales  don- 
nent pour  des  faits  si  méthodiquement  exposés,  avec  tout  le  profit 
qu'elles  aident  àentirer.M.Baumann  est  membre  de  l'Action  française, 
un  de  ses  amis  de  la  première  heure,  et  converti  par  elle  à  la  monar- 
chie. En  écrivant  ce  roman,  il  a  voulu  servir  la  cause  du  rétablissement 
de  celle-ci.  H  y  a  donc  partout  de  la  politique.  Le  livre  se  termine  à 
l'élection  de  Hugues  comme  roi  de  France.  Tous  les  événements  qui 
le  composent  sont  représentés  en  marche  vers  cet  événement.  La 
guerre  contre  les  Germains,  les  intrigues  de  l'Empire,  celles  de  Charles 
de  Lorraine,  la  mort  de  Lothaire,  puis  de  Louis  V,  la  connivence  des 
comtes,  l'iritiative  d'Adalbéron  en  font  comme  les  étapes,  mises  sous 
nos  yeux  avec  toute  la  vraisemblance  qu'un  lecteur  attentif  et  un 
conteur  habile  peut  extraire  d'un  historien.  Les  personnages  sont 
très  attachants.  La  faiblesse  et  les  défiances  du  Roi,  la  jalousie  de  la 
reine  Emma,  l'ambition  sainte  de  Gerbert,  l'esprit  public  d'Adal- 
béron composent  autant  de  tableaux  moraux,  qui  mettent 
partout  la  substance  et  la  vie.  Je  ne  reprendrais  quelque  chose 
qu'au  tour  même  des  dialogues,  trop  moderne,  trop  plein  des  échos 
de  nos  propres  discours  familiers,  pour  ne  pas  détonner  quelquefois. 
Aussi  bien,  était-ce  chose  évitable,  de  la  façon  que  l'auteur  le 
prend?  Je  ne  crois  pas.  Le  roman  met  en  scène  des  mœurs  ;  les 
mœurs  sont  du  style  familier,  et  ce  style  ne  peut  que  ramener 
dans  l'esprit  la  triviale  image  des  propos  courants.  Le  seul 
remède  à  cela  eût  été,  je  crois,  d'éviter  le  discours  direct  et  de  le  rem- 
placer partout  par  l'indirect.  Car  on  ne  s'étonne  pas  de  trouver  le 
style  ordinaire  dans  le  narrateur  :  c'est  seulement  quand  les  person- 
nages parlent  qu'il  choque.  Et  qu'on  ne  dise  pas  que  le  système  est 
impossible.  L'un  des  plus  agréables,  des  plus  vifs,  des  plus  légers  ou- 
vrages de  la  langue  française,  les  Mémoires  du  chevalier  de  Gram- 
mont,  est  ainsi  composé.  Sauf  ce  défaut  intermittent,  le  livre  plaît 
dans  toutes  ses  parties.  J'en  dirai  le  plus  grand  charme  pour  de  cer- 
tains esprits  :  c'est  d'y  trouver  non  pas  les  odieuses  peintures  de 
ma^urs  barbares  dont  l'école  romantique  a  rempli  ces  époques,  mais 
celles  que  la  lecture  des  anciens  textes  découvre,  d'une  civilisation 
rompue  et  dégradée,  sensible  encore  dans  ses  débris.  Dans  ce  qu'elles 
ont  de  plus  matérielles,  ces  peintures  nous  entretiennent  de  la  der- 
nière empreinte  laissée  par  le  monde  romain  ;  dans  ce  qu'elles  ont  de 
moral,  de  la  noble  direction  imprimée  par  l'Église  aux  hommes  de  ce 
temps-là.  A  cet  égard,  le  mariage  de  Louis  V  et  de  la  duchesse  de 
Gothie,  l'office  tenu  par  Adalbéron  dans  l'antique  cathédrale  de  Reims 
sont  des  tableaux  tout  à  fait  nobles  et  touchants.  En  fait  de  scènes 
de  cour,  on  goûtera  beaucoup  celle  de  l'entrevue  de  l'empereur  Othon 
Janvier  1912.  T.  GXXIV.  2. 


—  18  — 

et  d'Hugues  Capet  à  Rome.  La  pompe  bornée,  mais  haute,  du  céré- 
monial, les  passions  vives,  mais  surveillées,  une  certaine  brusquerie 
dans  le  geste,  tempérée  par  toute  une  grandeur  environnante,  apportent 
une  impression  très  nette  de  la  rudesse  et  de  l'atrocité  germaine,  pliée 
à  l'essentiel  des  devoirs  du  vieux  monde.  Dans  la  guerre,  l'auteur  a 
renouvelé  discrètement  le  charme  des  combats  singuliers  dont  abon- 
dent nos  vieux  poèmes.  Sous  les  murs  de  Paris,  un  géant  de  Ger- 
manie est  défié  et  tué  par  un  preux  chevalier,  que  son  habit  fait  dès 
lors,  en  souvenir  de  cet  exploit,  décorer  du  nom  de  Grise  Gonnelle.  11 
y  a  aussi  des  souvenirs  littéraires  ;  un  poème  latin  du  siège  de  Paris, 
d'Abbon,  lu  au  fils  d'Hugues,  Robert,  par  Gerbcrt,  chargé  de  former  ce 
jeune  prince  aux  lettres,  en  même  temps  qu'à  la  fierté  de  sa  race. 
M.  Baumann  en  tire  une  description  de  Paris,  qui  fait  un  effet  déb- 
cieux. 

4.  —  M.  André  Beaunier  nous  donne  sous  ce  nom  :  L'Homme  qui  a 
perdu  son  moi,  une  édition  nouvelle  de  la  fameuse  contradiction  qu'il 
v  a  entre  la  pensée  et  la  vie.  Un  inventeur,  Bedée,  est  sommé  par  son 
maître,  vieux  chimiste,  fidèle  intransigeant  de  la  science,  de  s'absor- 
ber dans  son  invention,  de  vivre  pour  ses  recherches  et  d'oublier  le 
monde.  En  contradiction  avec  cette  sommation,  l'auteur  met  en  ligne 
troischoses  :  les  sollicitations  dans  l'amour,  dans  la  jeune  épouse  de  l'in- 
venteur; les  appels  de  la  foi  religieuse  dans  sa  mère  ;  enfin  l'exemple 
que  la  jeune  femme,  entraînée  par  unmédecin,donned'utiliserla  science 
pour  la  guérison,  partant  de  subordonner  la  pensée  à  la  vie.  Bedée  a 
inventé  le  sirium-,  M"^^  Bedée  ouvre  un  hôpital  où  le  sirium  sert  à- 
traiter  le^  malades.  Tout  cela,  la  vie,  la  foi,  l'utilité,  nous  est  montré 
comme  contraire  à  la  science,  à  la  science  pure,  comme  propre  à  la 
chasser  d'une  vie  d'homme,  comme  nécessairement  exclu,  si  cet 
homme  veut  se  donner  à  la  science.  Pourquoi?  J'avoue  que  je  n'ai 
pas  compris.  En  termes  très  ardents  et  sincères,  l'auteur  nous  repré- 
sente cette  pensée  dans  Renan  et  chez  feu  Gaston  Paris,  comme  ayant 
fortement  agi  sur  lui  et  sur  les  hommes  de  sa  génération.  Je  crois  que 
j'en  suis  :  cependant  ce  sens  me  manque.  Comment  le  goût  et  la  pas- 
sion du  vrai  imposerait^!  le  mépris  de  l'utile?  Est-ce  que  l'un  n'est 
pas  l'attribut  de  l'autre?  Et  quant  au  cœur,  il  est  tout  à  fait  impro- 
bable que,  chez  un  homme  d'ailleurs  normal,  l'amour  de  la  science 
soit  de  nature  à  l'accaparer  tout  entier.  Reste  la  foi.  Ceci  se  conçoit 
mieux.  La  science  a  sur  ce  point  ses  tentations;  pas  tout  à  fait  cepen- 
dant comme  les  entend  M.  Beannier,  pas  à  cause  d'une  opposition  du 
préjugé,  de  l'habitude  du  train  de  la  vie  avec  la  raison  pure.  Non. 
Si  j'avais  à  définir  ces  tentations,  je  dirais  plutôt  qu'elles  tiennent 
à  un  dégoût  inspiré  par  les  vérifications  discursives,  pour  tout  ce  qui 
procède  des  illuminations  intérieures.   En  sorte  que  le  remède  aux 


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tentations  de  la  science  doit  être  la  lecture  proportionnée  des  écri- 
vains spirituels.  Si  tant  de  gens  ont  failli  dans  ce  chemin  (je  ne  parle 
que  des  tentations  de  l'esprit),  c'est  pour  n'avoir  su  mettre  en  balance 
des  livres  qui  les  enivraient  de  matière  profane,  que  les  mœurs  et  la 
dévotion.  En  fait  d'application  intellectuelle  même,  l'équilibre  exige 
d'être  gardé.  Le  devoir  des  jeunes  catholiques  qui  lisent  est  de  lire, 
H  proposition  des  auteurs  profanes,  les  Pères  et  les  Saints  Livres,  les 
mystiques,  les  sermonnaires.  J'ai  peur  que  M.  Beaunier  se  fasse  une 
fausse  idée  de  l'état  philosophique  parfait.  Il  le  conçoit  comme  un 
évanouissement  de  la  personnalité  dans  l'idée  pure.  Il  en  prend  pour 
exemple  Spinoza.  Mauvais  choix.  Il  n'y  a  pas  un  philosophe  sérieux 
pour  adopter  le  panthéisme  mathématique  de,  Spinoza;  et,  si  l'on  cher- 
che ailleurs,  est-ce  que  Descartes,  est-ce  que  Leibniz,  est-ce  que  Male- 
branche,  est-ce  que  Platon  ou  Aristote,  est-ce  que  Kant  même,  con- 
duisent à  cet  anéantissement?  Si  je  pouvais  me  permettre  d'indiquer 
des  lectures  à  M.  André  Beaunier,  je  le  renverrais,  dans  les  Nouveaux 
Essais^  au  chapitre  de  la  Puissance  et  de  la  Liberté  (liv.  Il,  chap.  XXI), 
comme  è  un  modèle  de  ce  que  peut  la  pensée  pure  pour  éclairer 
le  concret,  l'ordonner,  le  rendre  propre  à  la  vie  même.  Le  roman  finit 
par  un  meurtre.  Le  vieil  alchimiste  empoisonne  Bedée  au  moyen 
d'une  injection,  pour  empêcher  qu'il  ne  soit  plus  longtemps  infidèle  à 
la  science,  et  se  tue  lui-même  après. 

5.  —  II  y  a  beaucoup  de  couleur,  et  sur  un  mode  varié,  dans  le  re- 
cueil auquel  M.  René  de  Saint-Chéron  avait  voulu  qu'on  donnât  ce 
nom  :  La  Bague  d'opale.  Ce  sont  des  contes  de  tous  les  âges  et  de 
toutes  les  civilisations,  formant  autant  de  nouvelles  distinctes.  Récits 
historiques,  légendes  de  saints,  mythes  populaires,  Rome,  la  Grèce, 
Venise,  l'Inde,  Byzance,  le  moyen  âge  français,  les  Arabes  d'Espagne, 
composent  une  série  aussi  attachante  par  les  sentiments  que  par  les 
mœurs.  Le  style,  orné  sans  surcharge,  est  tout  à  fait  propre  à  la  matière 
et  la  rend  parfaitement  agréable. 

6.  —  M.  Louis  Goiffon  nous  peint,  dans  une  suite  de  nouvelles,  les 
drames  de  la  vie  intérieure.  A  cause  de  cela,  il  appelle  son  recueil  : 
Duels.  Ces  duels  sont  pour  nous  les  résultats  des  sentiments  fomentés 
par  M.  Paul  Bourget  dans  s  :;n  fameux  livre  du  Disciple,  et  l'auteur 
lui  en  fait  hommage. 

7.  —  il  n'y  a  dans  les  Insoupçonnés  que  les  titres  qui  soient  vrai- 
ment piquants  :  Li  Marchand  d3  marottes,  le  Raccommodeur  de  ten- 
dresses, l'Archiviste  de  sentiments.  On  peut  dire  que  l'auteur  a  eu  les 
idéas,  mais  la  réalisation  est  vulgaire.  Elle  l'est  par  l'invention 
de  détail  et  par  le  style.  C'est  dommage  :  on  a  sans  cesse  l'impression 
de  quelque  chose  qui  devrait  divertir,  et  qui  ennuie. 

8.  —  Une  Fille  de  rien,  c'est-à-dire  une  fille  de  campagne,  mène 


à  la  ville  la  vie  galante.  L'auteur,  M.  Jules  Leroux,  nous  donne  là- 
dessus  nombre  de  détails  peu  convenables  à  la  décence.  L'intention 
en  gros  est  morale  ;  mais  le  pardon  du  mari  qui  termine  l'histoire 
montre  que'le  souci  des  sanctions  n'est  pas  le  fort  de  cette  morale-là. 
Il  y  a  bien  du  talent  littéraire  dans  ce  livre. 

9.  —  La  Route  de  l'Est,  c'est  le  chemin  de  la  Revanche.  Seuls  persis- 
tent à  la  tenir  les  officiers  fidèles  au  caractère  traditionnel  de  l'armée. 
En  face  de  ce  caractère,  M.  Alexis  Callies  nous  montre  celui  de  l'offi- 
cier, tel  qu'on  a  essayé  de  le  faire  depuis  l'affaire  Dreyfus,  pédagogue, 
humanitaire  et  pacifiste.  Tout,  dans  ce  roman,  est  à  l'honneur  du 
premier.  C'est  une  bonne  action  en  même  temps  qu'un  beau  hvre. 

10.  —  Un  roman  conjugal,  troublé  par  des  passions  que  la  rage  de 
s'analyser  sans  fin  attise,  dénoué  pour  finir  dans  la  médiocrité,  tel 
est  le  Papillon  noir,  pensé  avec  distinction,  écrit  d'un  style  trop  tendre, 
trop  exaspéré,  trop  plein  d'effets.  L'auteur,  le  comte  Antoine  de  Lévis- 
Mirepoix,  causerait  des  émotions  plus  vives,  s'il  s'exprimait  plus  sim- 
plement et  craignait  moins  la  banalité. 

11.  —  Des  tableaux,  tracés  avec  verve, du  monde  des  petits  théâtres 
et  de  la  jeune  littérature  composent  le  roman  de  Nella,  jolie  fille,  de 
M.  Roger  Lalli.  11  faut  avouer  que  le  sel  y  manque  parfois,  quoiqu'il 
y  ait  partout  de  la  vivacité.  Un  des  personnages  crie,  nous  dit  l'au- 
teur :  Vive  le  Boy  !  Peut-on  demander  à  M.  Lalli  comment  ce  person- 
nage a  pu  crier  Y  y? 

12.  —  L'amour,  que  M.  A.  Tournaire  nous  peint  en  défaut  dans 
les  Pauvres  d'amour,  est  de  diverses  sortes,  et  compose  différents  cha- 
pitres. L'amitié  et  les  amours  qui  naissent  de  la  famille  y  ont  leur 
place.  L'épisode  le  plus  dramatique  est  celui  d'une  étudiante,  que  la 
déception  d'amour  fait  tomber  à  la  galanterie  de  métier.  Il  y  a  de  la 
pesanteur  parfois,  mais  beaucoup  d'invention  et  d'intérêt. 

13.  —  L'Amour  dans  les  ruines  est  celui  qui  prend  son  refuge  dans 
les  ruines  de  l'existence.  Ce  refuge  de  l'amour  fait  le  dénouement  du 
livre  de  M.  Max  Deauville,  après  que  nous  ont  été  dépeintes  les  avances 
d'un  autre  amour,  qui  semblait  propre  à  faire  refleurir  la  vie.  Le 
roman  est  par  lettres,  et  contient  nombre  de  pages  d'une  fine  analyse 
morale. 

14.  —  Idées  fatales  :  histoire  d'une  désillusion  double,  celle  des 
idées  humanitaires  et  de  régénération  sociale;  celle  d'un  amour,  dont 
l'auteur,  M.  Emile  Dousset,  nous  donne  l'intéressante  histoire.  Il  y  a 
beaucoup  de  vérité  dans  ce  récit  et  un  heureux  ménagement  de  nuan- 
ces. 

15.  —  M.  Vigne  d'Octon  fut  député  et  est  retourné  à  la  littéra- 
ture. Sous  ce  nom  :  Les  Impossibles  Amours,  il  nous  donne  des  ta- 
bleaux  d'Afrique,   dont   le    plus  intéressant  offre  le  spectacle  des 


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obstacles  opposés  par  la  race  et  la  religion  à  l'attrait  de  l'amour  naï- 
vement ressenti.  Il  y  a  dans  ce  livre  l'agrément  anecdotique  de  tout 
ce  qui  touche  à  ces  contrées. 

16.  —  Voici  un  autre  ouvrage  posthume  de  Charles-Louis  Philippe, 
plein  de  choses  fortes  et  touchantes,  au  milieu  de  cette  littérature 
légèrement  emphatique  et  conventionnelle,  qui  tenait  à  l'effort  même 
que  l'auteur  faisait  pour  sortir  de  la  convention.  La  Mère  et  l'enfant 
est  une  espèce  d'autobiographie,  ou  de  souvenirs  d'enfance  généra- 
lisés. Ceux  qui  voudront  connaître  l'évolution  ressentie  dans  les  cercles 
les  plus  avancés,  vers  une  restauration  de  l'ordre  et  de  la  hiérarchie 
dans  tous  les  genres,  ne  pourront  omettre  cet  ouvrage-là. 

17.  —  Un  recueil  de  quelques  nouvelles,  dont  la  Relique  est  la 
plus  importante,  plaira  par  l'invention  féconde  des  aventures  et 
l'éclat  agréable  des  peintures.  La  Relique  est  l'histoire  d'un  moine 
d'un  couvent  de  l'île  de  Murano,  près  de  Venise.  L'auteur,  M.  Paul 
Heuzé,  s'est  rappelé  en  cette  rencontre  tous  les  meilleurs  modèles  du 
genre. 

18.  —  L'histoire  de  la  conquête  de  Palmyre  sur  Zénobie  par 
Aurélien  fait  le  principal  sujet  du  livre  auquel  M.  Hubert  Pierquin  a 
donné  le  nom  de  Tibur,  en  souvenir  des  auteurs  anciens.  Il  en  est  digne 
par  la  grâce  facile  du  récit  et  la  beauté  de  la  couleur  locale. 

19.  —  Une  aventure  galante,  dénouée  par  une  rupture,  c'est  le 
sujet  de  la  Rencontre  dans  le  carrefour.  Titre  malheureux,  en  ce  qu'il 
risque  d'aggraver  la  présentation  d'un  tel  sujet.  J'ajoute  que  l'au- 
teur, M.  pierre-Jean  Jouve,  ne  s'y  est  fait  faute  d'aucun  des  détails 
que  les  auteurs  décents  négligent.  Ce  genre  d'attrait  semble  destiné 
à  faire  le  plus  clair  des  mérites  du  livre. 

20  . —  Scènes  de  province,  innocentes,  mais  molles, tel  est  le  Nouveau 
Docteur  de  M.  Jules  Pravieux.  Dans  le  tableau  général  des  petites 
mœurs  bourgeoises,  se  déroule  l'affabulation  d'un  amour  honnête 
et  couronné. 

21.  —  Le  Couple.  Entendez  ce  sujet  dans  le  sens  le  plus  offensant 
du  mot.  Le  roman  appartient  au  genre  psychophysiologique  préten- 
tieux, et,  comme  l'union  conjugale  er  fait  le  thème,  on  peut  imaginer 
le  détail.  L'indignation  se  mêle  à  l'ennui.  «  Je  suis  sauvée  de  l'amour, 
donc  je  suis.  »  C'est  la  conclusion.  11  faut  aimer  et  dépasser  l'amour  : 
c'est  l'affranchissement  pour  une  femme.  Bene,  optime,  M.  Aurel. 

22.  —  Mimi-Musette  est  le  récit  d'une  liaison  galante,  que  le  jeune 
homme  qui  la  pratique  voudrait  terminer  par  un  mariage.  Mais  l'é- 
pouse prétendue  refuse,  alléguant  sa  stérilité;  la  naissance  d'un 
enfant  paraissant  à  tous  deux  la  condition  du  relèvement.  L'auteur, 
M.  Flambart  des  Bords,  prétend  ainsi  moraliser.  J'ai  peur  que  son 
action  soit  mince.  Le  style  est  long  et  raisonneur,   à  la  mode  de 


—  22  — 

1830,  parfois  chargé  de  tours  prétentieux  et  bizarres.  Les  sentiments 
tiennent  fâcheusement  du  mélodrame  sentimental. 

23.  —  M.  Jules  Claretie  a  lu  dan?  les  pathologistes  que  la  vie  de 
certaines  personnes  se  dédoublait,  qu'un  instant  de  sommeil  leur 
faisait  oublier  leur  vie  passée  et  en  commencer  une  nouvelle,  laquelle 
de  nouveau  retombait  à  l'oubli  par  un  nouvel  accès  de  sommeil. 
Alors,  les  souvenirs  effacés  renaissaient,  la  première  vie  renouée  ee 
poursuivait,  jusqu'à  ce  que,  de  nouveau  effacée,  elle  fût  remplacée 
par  la  seconde,  et  ainsi  de  suite.  M.  Claretie  a  fait  un  roman  là-dessus  : 
U Obsession.  Tous  les  gens  qui  ont  quelque  idée  des  lettres  jugeront 
une  telle  idée  absurde.  Si  quelque  chose  répugne  à  la  peinture  des 
mœurs,  au  dramatique,  à  l'intérêt  que  le  lecteur  attend  d'un  récit, 
c'est  en  effet  le  cas  pathologique.  M.  Claretie  n'a  vu  là-dedans  qu'une 
manière  d'être  moderne.  Pourtant  cela  n'est  déjà  plus  neuf  depuis 
longtemps.  Mais  les  gens  que  le  moderne  préoccupe  ne  sont  pas  exi- 
geants sur  la  nouveauté,  et  les  choses  qui  les  ont  étonnés  une  fois  ne 
perdent  jamais  le  prestige  du  neuf  pour  eux.  M.  Claretie  est  un  vieux 
primaire.  De  plus,  il  écrit  comme  un  feuilletoniste.  Rien  n'est  donc 
si  froid  que  ce  livre,  si  ennuyeux,  si  plat.  Détail  fameux  :  il  y  a  une 
chose  que  le  sujet  pathologique  de  M.  Claretie  n'oublie  pas,  c'est  son 
nom.  Dans  sa  première  vie  comme  dans  la  seconde,  il  s'appelle  André 
Fortes.  Il  le  sait;  et  cela  est  bien  plus  commode  pour  établir  les  qui- 
proquos. 

Romans  de  femmes.  —  24. — Voici,  de  M'"*^  Marie- Anne  de  Rovet, 
un  recueil  de  nouvelles.  La  Dame  à  l'oreille  de  velours  est  .inspirée 
de  Conan  Doyle.  C'est  l'histoire  de  la  vengeance  d'un  prince  hindou 
exercée  d'une  manière  mystérieuse  et  terrible.  Par  l'effet  d'un  fabu- 
leux pouvoir,le  baiser  de  cérémonie,  déposé  sur  la  bouche  d'un  gentil- 
homme anglais  et  sur  l'oreille  de  sa  fiancée,  entraîne  le  dessèchement 
de  la  langue  chez  l'un,  de  l'oreille  chez  l'autre.  Le  gentilhomme  se  tue 
de  désespoir,  la  dame  vit  retirée  à  la  campagne,  la  plaie  dissimulée 
sous  un  pompon  de  velours,  jusqu'au  jour  où  le  prince,  venu  à  Lon- 
dres pour  le  couronnement  d'Edouard  VU,  est  attiré  par  elle  dans  un 
guet-apens.  La  décharge  électrique  d'un  plot,  placé  sur  le  seuil  du  jar- 
din, consomme, en  foudroyant  le  prince, la  vengeance  de  la  fiancée.  L'in- 
vention est  curieuse  et  le  détail  agréable.  L'auteur  y  met  avec  aisanos 
le  menu  butin  de  ses  promenades  à  travers  la  société  anglaise  (dont 
elle  sait  parfaitement  la  langue),  en  mœurs,  en  caractères,  en  style. 
Les  curieux  d'analyse  préféreront  le  Sauvetage,  histoire  dti  partage 
d'un  galant  homme  entre  une  fiancée  de  cœur  lent,  mais  sûr,  et  une 
coquette.  L'originalité  de  l'histoire  est  que  cette  fiancée  l'a  sauvé  de 
la  mer,  dans  laquelle  il  était  sur  le  point  de  se  noyer,  et  que  la  coquette 
a  l'art  de  se  faire  sauver  par  lui  d'un  accident  de  cheval.  L'orgueil 


—  2.J  — 

masculin,  vu  par  les  yeux  d'une  femme  et  dépeint  avec  beaucoup  de 
grâce,  tend  à  déprendre  le  fiancé  et  à  le  rejeter  vers  la  coquette. 
C'est,  adaptée  avec  finesse  et  singulièrement  enrichie,  la  situa- 
tion de  comédie  que  Labiche  fait  à  M.  Perrichon.  De  plus,  la 
froideur  sérieuse  de  la  fiancée  compose  un  caractère  original,  que 
M"^^  de  Bovet  parvient  à  faire  aimer,  par  tout  ce  qu'elle  y  met  de  ri- 
chesse de  sentiment,  enveloppée  et  d'autant  plus  profonde.  Il  y  a 
dans  ce  portrait  une  belle  profession  de  foi  de  noble  réserve  en  face  de 
l'amour,  sans  refus  d'aimer  pourtant,  sans  sécheresse  ni  grimace. 
L'histoire  se  dénoue  à  la  confusion  de  la  coquette,  et  à  l'avantage  de 
la  fiancée,  au  moyen  de  certains  trucs  de  roman,  sur  lesquels  il  me 
semble  qu'on  saura  gré  à  l'auteur  de  n'avoir  pas  raffiné,  l'intérêt 
étant  tout  entier  dans  la  peinture  des  sentiments.  Les  autres  nouvelles 
sont  moins  fortes  et  plus  artificielles;  on  ne  les  en  lit  pas  moins  avec 
plaisir,  à  cause  des  réflexions  que  l'auteur  y  ajoute.  On  y  trouve  des 
choses  comme  celles-ci  :  «  Son  esprit  avait  en  cela  été  plus  vite  que 
n'aurait  voulu  son  cœur.  ïl  était  encore  amoureux  de  sa  femme  que 
déjà  il  ne  nourrissait  plus  guère  d'illusion  sur  la  valeur  de  ce  senti- 
ment. »  —  «  A  Paris  on  ne  vieillit  pas,  tout  au  plus  meurt-on.»  M^^ 
de  Bovet  me  permettra-t-elle  une  question?  Je  lis  dans  un  endroit  le 
mot  éçaltonné^  sans  parvenir  à  deviner  ce  qu'il  veut  dire. 

25. —  M™^  NotUe  Roger  nous  donne  un  livre  des  plus  intéressants,  à 
titre  de  document  de  l'epprit  protesta  it.i)e  l'un  à  l'autre  Amour,  tel  est 
le  nom  de  ce  livre. L'un  est  l'amour  simplement  charnel  et  humain, l'au- 
tre, l'amour  épuré  en  Dieu.  Ce  sujet,  ressenti  et  dépeint  avec  toute  la 
chaleur  et  toute  la  finesse  d'une  femme,  ne  laisse  pas  de    toucher, 
quoique  les  .  entiments  qu'il  expose  aient  leur  source  dans   une  fatale 
erreur  :  la  confusion  instituée  depuis  Luther  entre  la  fidélité  com- 
mune à    Jésus-Christ,  rt  la  sainteté  proprement  dite.  Annehse,  l'hé- 
roïne du  livre,  se  pose  l'alternative,  ou  de  mourir  à  toute  chose,  ou 
d'abandonner  la  foi.  Elle   ignore  le  bienfait  de  l'Église    catholique, 
qui,  malgré  les  mille  liens  du  monde  auxquels  l'âme  du  fidèle  se  sent 
retenue,  organise  nos  bonnes  volontés,  et  tire  de  nos  efforts   cette 
reprise  constante   et  les  éléments   de  cet  équilbre,    dont  se    forme 
l'essentiel  de  la  vie   chrétienne.  Il  est  vrai   qu'une   telle  vie  ne  peut 
se  constituer  sans  le  secours  des  sacrements,  des  pratiques,  de  l'obéis- 
sance des  hiérarchies.  Les  protestants   méprisent   ces   choses;  ils  ne 
reconnaissent   la   conversion    qu'aux    élans    magnifiques    de   l'âme, 
à  son  abnégation    totale,  à  son    absorption    dans  Jésus-Christ.  Tel 
est  le  programme  moral  que  la  Réforme  impose  sans  discernement 
à  tout  homme.  De  là  ne  peut  que  s'engendrer  chez  les  âmes    géné- 
reuses   l'effroyable   crise   morale   que   dépeint   M^^^  Noëlle    Roger. 
Chez  les  âmes  petites,  ou  sèches,  ou  uniquement    pratiques,  la  Ré- 


k 


—  24  — 

formation  se  cristallise  aisément  en  petites  attitudes  hypocrites,  qui 
laissent  le  fond  de  l'homme  à  la  dérive  avec  l'honnêteté  commune 
pour  seul  guide.  Chez  les  tempéraments  ardents  et  impatients,  elle 
aboutit  à  l'indifférence.  Chez  les  autres,  elle  soulève  des  tempêtes. 
Car,  si  rien  n'est  difficile  comme  de  pratiquer  le  renoncement,  rien 
n'est  si  naturel  à  certaines  âmes,  surtout  dans  la  jeunesse,  que  de 
^'imaginer  et  de  l'embrasser  dans  un  élan.  Ainsi,  d'une  part,  on  sent 
pour  Dieu  des  ardeurs  vives,  de  l'autre  on  éprouve  mille  obstacles 
dans  l'effort  fait  pour  les  fixer.  On  croit  fonder  la  vie  spirituelle  et 
l'on  tombe  dès  les  premiers  pas.  Là-dessus,  le  confesseur 
catholique  intervient.  «  La  sainteté,  dit-il,  est  œuvre  diffi- 
cile, œuvre  de  longue  haleine,  c'est  une  habitude,  presque  une 
profession.  Commençons  par  les  devoirs  vulgaires.  Ils  n'empê- 
chent pas  de  monter  plus  haut;  et,  si  l'on  y  demeure,  ils  suffisent.» 
Mais  le  protestant  n'a  de  guide  que  sa  propre  illumination  inté- 
rieure. Cette  illumination  ne  connaît  que  deux  termes  extrêmes.  Ce- 
pendant l'auteur  veut  conclure.  Elle  est  dans  le  fond  pour  Anne- 
lise,  qui  ne  peut  ni  ne  veut  renoncer  à  la  vie.  Et,  comme  il  faut  que 
l'ouvrage  sauve  la  fidélité  à  la  Réforme,  elle  fait  avouer  par  un  pasteur 
que  certaine  école  théologique  a  trop  méconnu  le  sentiment.  Quelle 
pitié  !  Je  le  dis  sans  irrespect,  mais  avec  un  sentiment  profond  :  quelle 
pitié  que  ce  pieux  illuminisme,  tempéré  de  romantisme  anarchique  ! 
Ce  n'est  pas  le  sentiment  qu'on  méconnaît,  mais  la  vraie  loi  de  l'Église 
et  de  l'Evangile,  qui  n'est  pas  seulement  essor  de  l'âme,  récompense 
mystique,  mais  remède  :  ad  medelam  percipiendom,  disent  les  prières 
de  la  messe  catholique  à  la  communion.  L'Église  sauve  les  infirmes; 
nos  frères  séparés  s'imaginent  qu'elle  ne  fait  qu'enregistrer  les  saints. 
26.  —  Dans  l'Aube,  qui  est  l'aube  de  la  vie  ou  du  mariage,  nous 
apercevons  les  affections  d'une  femme,  contrariées  par  l'infidélité 
d'un  mari,  sa  foi  religieuse  ébranlée,  puis  détruite  par  le  spectacle  de 
celle  d'un  estimable  ami.  Puis  le  raccommodement  se  fait  grâce  à 
l'amendement  de  l'époux,  et  la  foi  revient  grâce  aux  conseils  d'un 
prêtre.  Au  reste,  le  lecteur  pourra  remarquer  dans  cette  jeune  femme 
bien  des  dispositions  équivoques.  L'auteur,  Henri  Ardel,  nous  dit  que 
le  «  sentiment  de  la  justice  était  chez  elle  excessivement  puissant  »; 
dans  les  infidélités  conjugales,  elle  déteste  surtout  la  feinte  :  «  c'est 
si  dégradant  de  tromper;  »  enfin  elle  remet  la  pureté  du  mariage  à 
l'intensité  de  l'amour  :  «  Il  faut  tant  aimer  pour  être  fidèle.  »  Justice, 
sincérité,  amour  :  trois  choses  louables  et  excellentes,  mais  dont  la 
mise  en  vedette,  à  l'exclusion  du  reste,  accuse  l'empoisonnement  des 
meilleurs  esprits  de  ce  temps  par  la  morale  d'Ibsen  et  de  Tolstoï. 
En  bonne  morale,  la  justice  cède  à  l'équité,  la  sincérité  n'a  pas  de 
prix  sans  l'honneur,  et  le  devoir  commande  avant  l'amour. 


—  25  -^ 

27.  —  Voici  un  roman  légèrement  cynique  :  La  Première  Blessure. 
Les  choses  de  l'amour  y  sont  maniées  à  pleines  mains  et  sans  voiles. 
Jusque  dans  le  mariage,  on  s'applique  à  en  rendre  le  détail  précis. 
Une  galanterie  conduite  par  une  jeune  femme  dont  le  mari  est  en 
voyage,  galanterie  rompue  par  l'intervention  de  son  père,  en  fait  'e 
sujet.  A  ce  fond  parfaitement  choquant,  la  médiocre  philosophie  de 
l'affranchissement  des  jeunes  générations  joint  son  dégoût.  Vou- 
lant nous  dépeindre  les  hésitations  de  son  héroïne  devant  l'adul- 
tère, M'"^  Marguerite  Lejeune  écrit:  «  Collette  n'était  pas  assez  in- 
dépendante pour  s'en  moquer  comme  elle  J'eût  voulu,  et,  bien  qu'elle 
méprisât  les  médisances  du  monde,  elle  restait  prisonnière  de  leurs 
sottises.  ))  La  grammaire  n'est  pas  mieux  traitée.  «  Avant  qu'elle  ait 
eu  le  temps  de  s'échapper,  Michel  la  retint.  »  «  C'est  une  hérésie,  fit- 
il  à  mi-voix  pour  que  ses  voisins  n'entendent  pas.  » 

28.  —  Un  roman  d'amour  dans  les  montagnes  avec  de  beaux  pay- 
sages et  des  sentiments  touchants,  tel  est  la  Double  Montée  de  M"^*^ 
Berthem-Bontroux.  On  reprochera  quelques  longueurs,  avec  un  ton 
de  dissertation  qui,  par  endroits,  refroidit   la  peinture. 

29.  —  Le  Seul  Amour  :  c'est  tout  un  programme.  11  exclut  la  haine  et 
la  violence.  L'erreur  de  l'auteur  est  de  ne  pas  discerner  que,  s'il  dépend 
des  bons  de  chasser  la  haine  de  leur  cœur,  il  ne  dépend  pas  d'eux 
d'ôter  la  violence  du  monde.  Ainsi  la  volonté  de  n'en  user  pas  pour 
eux  n'aboutit  qu'à  mettre  en  liberté  celle  des  méchants.  M"^^  Louis 
Lefebvre  plaide  sa  cause  par  le  sentiment.  Une  jeune  fille  meurt 
dans  le  roman  par  l'effet  des  violences  dont  elle  est  témoin  dans  les 
luttes  politiques,  et  qui  broient  son  cœur.  C'est  pathétique;  mais  le 
lecteur  ne  peut  s'empêcher  de  trouver  cette  raison  des  plus  faibles 
en  ce  qui  concerne  la  thèse. 

30. —  Des  fortuites  et  futiles  rencontres  orientent  une  vie  de  jeune  fille 
dans  ce  roman  :  Le  Destin  nous  conduit,  de  M '^^^  Lucie  Gauthey.  C'est 
uneaventure  de  carnaval,  un  poisson  d'avril,  qui  en  décident. Leroman 
finit  par  le  mariage  de  l'héroïne,  préparé  par  les  plus  tendres  senti- 
ments. 

Romans  étrangers.  — 31.  —  ?)Ous  ce  nom:  Figures  du  pays, voici  des 
contes  du  Hainaut  et  du  pays  de  Liège.  Cet  ouvrage  de  M.  Hubert 
Krains  est  dans  un  style  populaire  un  peu  rude,  mais  non  dépourvu 
de  saveur.  L'invention  est  amère  souvent;  mais  une  tendresse  de 
sentiment  y  mêle  ordinairement  sa  douceur.  Je  recommande  surtout 
la  Planète,  où  l'on  voit  un  fils  de  paysan  perdre  au  jeu  les 
économies  de  ses  parents,  et  se  noyer  tragiquement  dans  une  mare. 

32.  —  L'Ardennaise  est  la  première  de  trois  nouvelles,  où  M.  Henri 
Davignon  nous  présente  l'agréable  tableau  des  montagnes  wallonnes 
et  des  mœurs  de  ces  contrées.  Excellents  échantillons  de  la  littéra- 
ture régionale,  telle  qu'elle  fleurit  chez  nos  voisins  de  Belgique. 


—  26  — 

33.  —  Frissons  de  vie,  pour  une  bonne  part,  pourrait  s'appeler 
frissons  de  luxure.  On  ne  contestera  pas  à  l'auteur,  M.  Georges 
Rency,  une  certaine  éloquence  en  ses  rencontres,  mais  c'est  unique- 
ment celle  des  sens  dépraves.  Le  reste  (car  le  livre  se  compose  de 
nouvelles)  a  moins  de  couleur  que  de  vivacité. 

34.  — Haute  Plaine  est  une  réunion  de  diverses  nouvelles.  M.  Hu- 
bert Stiernet  y  dépeint  les  mœurs  populaires  des  Ardennes.  Le  re- 
cueil est  conçu  dans  le  genre  de  tableaux  durs,  auquel  une  pointe 
d'atrocité  se  mêle.  Un  style  bref  et  sans  éclat  ajoute  sa  tristesse  à  celle 
du  sujet. 

35.  —  Voici  un  remarquable  roman  de  M'"^  Humphry  Ward,  très 
agréablement  traduit.  Ce  mérite  n'est  pas  commun  et  se  fait  d'autant 
plus  apprécier.  Le  sujet  est  la  question  ouvrière, vue  du  côté  des  classes 
dirigeantes  d'Angleterre.  Sir  George  Tressady,  de  la  Chambre  des 
Communes,  élu  pour  empêcher  les  lois  ouvrières,  se  voit  convertir 
par  le  charme,  la  beauté,  la  noblesse  d'âme  de  Lady  Maxwell,  femme 
du  ministre  socialiste.  Tableaux  nombreux  de  l'action  publique  de 
cette  dame  dans  le  monde  ouvrier  d'une  part,  et  de  son  prosélytisme 
chez  ses  égaux.  L'auteur  est  pour  elle.  Je  ne  l'en  critique  pas;  mais 
il  me  semble  que  le  chemin  qu'elle  prend,  pour  lui  rendre  le  lecteur 
également  favorable,  aura  peu  de  prise  sur  un  lecteur  français.  Elle  ne 
s'appuie  que  sur  la  pitié.  Mais  justement  la  question  est  de  savoir  si 
la  pitié  sur  laquelle  elle  se  fonde  est  une  pitié  bien  adressée.  Devons- 
nous  tout  céder  à  l'impression  d'infortune  que  donne  la  classe  ouvrière 
dans  ses  grands  centresPCetteimpressionneTemportequesurnosnerfs; 
cela,  il  y  a  quinze  ans,  était  définitif  ;  aujourd'hui,  les  nerfs  fran- 
çais se  sont  repris.  Le  socialisme  d'une  part,  la  démocratie  chrétienne 
de  l'autre  sont  en  déclin.  Le  syndicalisme  qui,  de  ce  côté,  concentre 
aujourd'hui  l'attention,  dirige  autrement  sa  propagande.  Comme  il 
a  renoncé  à  la  pousser  du  côté  des  classes  dirigeantes  et  à  triompher 
par  les  bourgeois,  la  pitié  bourgeoise  ne  compte  plus  au  nombre  de 
ses  moyens  d'action.  Il  se  renferme  dans  les  raisons  pratiques  et  descal- 
culs, où  le  premier  rôle  revient  à  l'organisation  du  corps  professionnel. 
Certainement  une  action  comme  celle  de  Lady  Maxwell  serait  extrême- 
ment mal  venue  chez  les  syndicalistes  français.  Il  semble  qu'elle  soit  tou- 
jours de  mise  en  Angleterre;  en  tous  cas,  l'auteur  de  ce  roman  la  croit 
propre  à  faire  naître  l'amitié  du  lecteur.  De  là  pournous  un  léger  dégoîit 
sur  le  fond.  Tressady  converti,  le  transfuge  de  son  parti  meurt  enfin 
dans  l'éboulement  d'une  mine.  Cette  fin  tragique  s'ajoute  à  l'impres- 
sion peu  agréable  de  mélodrame.  Mais  la  substance  morale  et  pitto- 
resque du  livre  est  quelque  chose  de  très  précieux.  Des  réunions  du 
monde  élégant,  des  discussions  politiques,  des  scènes  conjugales, 
courent  devant  nos  yeux  dans  une  lumière  fine  et   cordiale.  Lady 


—  27  — 

Allison,  Lord  Fontenoy,  Maxwell  lui-même  sont  autant  de  person- 
nages dont  nous  apercevons  les  traits,  dont  nous  écoutons  le  ton  de 
voix,  dont  nous  suivons  les  gestes.  La  mère  de  Tressady  est  une 
vieille  coquette,  sa  jeune  femme  une  épouse  frivole  et  ambitieuse.  On 
le  voit  se  débattre  entre  elles  deux,  dans  un  tableau  où  triomphent 
l'observation  anglaise  et  la  malice  du  coup  d'œil  d'une  femme.  Je 
ne  sais  &i  M"^^  Humphry  Ward  a  encore  paru  dans  notre  langue, 
avec  autant  d'avantages  à  cet  égard.  On  l'appréciera  d'autant 
plus  qu'elle  nous  découvre  une  Angleterre  contemporaine  assez 
mal  connue,  où  les  trait»  constants  de  la  nation  reçoivent  de 
l'agitation  politique  des  inflexions  toutes  nouvelles. 

36.  . —  Nouveau  recueil  de  nouvelles  de  M.  Rudyard  Kipling  : 
Brugglesmith.  Ce  nom  est  celui  d'un  ivrogne  de  Londres,  dont  l'aven- 
ture ouvre  la  série.  Le  reste  se  passe  principalement  aux  Indes.  On 
ne  finit  pas  de  s'ébahir  de  l'inexactitude  de  ces  traductions.  Le  titre 
d'une  de  ces  nouvelles  est  une  Nursery  rime  bien  connu  :  Baa  baa 
black  sheep,  hâve  you  any  wool.  Il  faut  traduire  :  «  Bè  bè,  mouton 
noir.  ))  L'auteur  transcrit  l'anglais  haa  baa,  tout  simplement. 

37.  —  Terres  de  silence,  par  M.  Edward  White,  roman  d'aventures 
de  la  Prairie  renouvelées  de  Fenimore  Cooper,  fameux  pendant  aux 
hindoustaneries  de  Kipling.  Le  lecteur  français  y  prendra,  dans 
une  traduction  assez  courante,  quoique  peu  méditéo,  un  divertisse- 
ment très  agréable. 

;;8.  —  Barnabe  Rudge,  traduit  de  Dickens,  a  paru  dane  la  collec- 
tion des  romans  de  la  librairie  Hachette  à  un  franc. 

39.  —  La  Solitaire  est  un  roman  d'amour,  déroulé  tout  entier  au 
sein  de  l'aristocratie  anglaise,  terminé  par  un  mariage.  M""^  Henry 
de  la  Pasture  y  a  mis  mainte  scène  élégante  et  intime  du  plus  touchant 
effet. 

40  . —  Le  Fou  en  liberté,  de  M.  Storrer  Clouston,  est  uin  roman  dans 
le  genre  de  Conan  Doyle,  déchargé  de  la  complication  qui  dans  l'ori- 
ginal en  contrarie  l'effet.  On  voudrait  par  instant  la  traduction  plus 
ferme  et  plus  piquante. 

4L  —  Un  voyage,  fantastique  dans  son  plan  et  non  moins  étonnant 
dans  ses  aventures,  quoique  toujours  maintenu  dans  le  possible,  au 
milieu  des  mœurs  et  des  conjonctures  modernes,  c'est  l'Ile  au  poiso'i, 
traduit  et  adapté  avec  beaucoup  d'à-propos  et  de  talent  par  M.  Jac- 
ques des  Gâchons.  L'auteur  Quiller  Couch  a  fourni  une  matière  exces- 
sivement curieuse  et  abondante. 

42.  —  Je  recommande  ces  petits  contes  malgré  de  grosses  légèretés. 
Le  Napoléon,  qui  est  le  premier,  a  fourni  le  titre  à  tout  le  volume. 
L'auteur,  M.  Alfred  Bock,  est  Hessois,  et  c'est  de  son  pays  qu'îl 
parle  principalement.  La  traduction  est  excellente,  sans  germaiiisme, 


—  28  — 

sans  aucun  de  ces  mots  transportés  qui  font  buter  un  lecteur  à  chaque 
pas;  ainsi  la  lecture  en  sera  aussi  facile  qu'intéressante. 

43.  —  Le  Village  de  femmes,  de  M"*^  Clara  Viebig,  est  un  tableau  de 
mœurs  ouvrières  allemandes  poussées  au  noir  et  au  symbole.  îl  y  a 
bien  du  convenu,  et  du  brutal  aussi,  avec  un  sentimentalisme  contenu 
qui  choque  et  qui  fatigue. 

44.  —  La  librairie  Stock  continue  la  publication  des  Œuvres  com- 
plètes de  Tolstoï,  traduites  par  M.  J.-W.  Bienstock.  C'est,  cette  fois, 
la  2^  et  la  3^  parties  de  Résurrection  qui  paraissent. 

45.  —  Voici  des  Pages  choisies  de  M"^*^  Maria  Koponicka  :  six  pièces 
seulement  :  Prométhé  et  Sisyphe  ;  Notre  vieux  Cheval  ;  A  Cappella  :  la 
Fumée -^  Dans  la  vallée  de  la  Skawa\  le  Vieux  Zapala.  Mise  à  part  la 
contrainte  à  peu  près  inévitable  de  la  traduction  dans  ces  sortes  d'ou- 
vrages, ces  pages  sont  belles  et  on  les  goûtera.  Il  y  a  une  biographie  de 
l'auteur  et  une  préface  littéraire  de  Sienkiéwicz.        L.  Dimier. 


ÉCONOMIE    POLITIQUE   ET   SOCIALE 

1.  Le  Commerce  extérieur  et  les  tarifs  de  douane,  par  AuG.  Arnaunk.  Paris,  Alcan, 
1911,  in-8  de  iii-534  p.,  8  fr.  —  2.  La  Politique  douanière  de  la  France,  par 
Chables  Augier  et  Angel  Marvaud.  Paris,  Alcan,  1911,  in-8  de  vi-406  p., 
7  fr.  —  3.  L^s  Primes  à  la  sériciculture  et  à  la  filature  de  la  soie,  par  Joseph 
Payen.  Lyon,  Legendre,  1910,  gT.  in-8  de  502  p.  —  4.  L'Effort  allemand,  V Alle- 
magne et  la  France  au  point  de  vue  économique,  par  Lucien  Hubert.  Paris,  Al- 
can, 1911,  in-16  de  236  p.,  3  fr.  50.  —  5.  La  Question  agraire  au'royaume  de  Pologne, 
par  B.  KosKOwsKi.  Paris,  Giard  et  Brière,  1911,  gr.  in-8  de  239  p.,  4  fr.  50.  — 
6.  Le  Régime  minier,  par  Marius  Richard.  Paris,  Alcan,  1911,  in-16  de  230  p., 
3  fr.  50.  —  7.  Les  Chemins  de  fer  et  la  grève,  par  Yves  Guyot.  Paris,  Alcan, 
1911,  in-16  de  xiv-329  p.,  3  fr,  50.  —  8.  Cesare  Beccaria.  Scriiti  e  lettere  inediti, 
raccolti  ed  illustrati  da  Eugenio  Landry.  Milano,  Hœpii,  1910,  in-8  de  319  p., 
5  fr.  50. —  9.  La  MutualiV'  nouvelle,  guide  pratique  des  mutualistes,  par  M.  Prc^it. 
Paris,  Giard  et  Brière,  1911,  in-18  de  3S9  p.,  3  tr.  50.  —  10.  La  Réglementation 
du  travail  des  femmes  et  des  enfants  auo:  États-Unis,  par  A.  Chaboseau.  Paris, 
Giard  et  Brière,  19Î1,  in-18,  de  206  p  ,  2  fr.  50. —  11.  Causeries  sociales,  par  O. 
Jean.  Paris,  Bloud,  1911,  in-16  de  93  p.,  1  fr.  50.  —  12.  L'Acheteur,  son  rôle 
économique  et  social;  les  ligues  sociales  d'acheteurs,  par  Maurice  Deslandres. 
Paris,  Alcan,  s.  d.  '1911',  in-8  de  vii-nlO  p.,  8  ir.  —  1.3.  La  Odierna  Eooluzione 
dello  stato  democratico  moderno,  da  Raffaele  MustO.  Napoli,  Detken  e  Rocholl, 
1911,  petit  in-8  de  xvi-26G  p.  —  14.  Le  Sionisme,  par  Angel  Marvaud.  Paris, 
Bloud,  1911,  in-16  de.  64  p.,  0  fr.  60.  —  15.  Le  Modernisme  social,  décadence  ou 
régénération,  par  l'abbé  J.  Fontaine.  Paris,  Lethielleux,  s.  d.  :'1911),  i.n-8  de 
xii-488  p.,  6  fr.  —  16.  La  Démocratie  chrétienne,  parti  et  école  vus  du  diocèse 
de  ^ambrai,  par  Mpr  Delassus.  Lille,  Desclée,  de  Brouwer,  1911,  çr.  in-8  de  62  p., 
1  fr. —  17.  Histoire  du  mouvement  syndical  en  France  (1789-1910),  par  Paul  Louis. 
Paris,  Alcan,  1911,  in-16  d^  viii-283  p.,  3  fr.  50.  —  18.  V Organisation  des  forces 
ouvrières,  par  G.  Olphe-Galliard.  Paris,  Giard  et  Brière,  1911,  in-8  de  xv-384 
p.,  8  fr.  —  19,  jLp  Socialisme  et  l'activité  économique,  pav  Marcel  Braisant.  Paris, 
Aiîiftn,  1911,  in-8  de  232  p.,  5  fr.  —  20.  Dictionnaire  du  sorialLtme,  par  Charles 
Yérecqi:e.  Paris,  Giard  et  Brière,  1911,  ia-18  de  502  p.,  5  fr. 

1.  —  Si  nous  n'avons  pas  cette  fois  de  traités  historiques   ni  de 
vastes  ouvrages  de  doctrine,  au  moins  les  livres  de  description  et 


^  29  — 

d'application  sont  nombreux  et  excellents.  Je  mets  au  premier  rang 
le  Commerce  extérieur  et  les  tarifs  de  douane  de  M.  Arnauné.  Il  y 
avait  bien  toute  une  littérature  où  les  formules  de  la  «  valeur  inter- 
nationale »  et  de  la  «  balance  économique  )>  avaient  conquis  leur  juste 
place,  mais  il  manquait  une  histoire  et  spécialement  une  histoire 
pour  nous  Français.  M.  Arnauné  comble  cette  lacune.  Sans  remonter 
au-delà  de  Colbert,  il  expose  depuis  lors  le  double  mouvement  des 
idées  et  des  faits,  des  systèmes  et  des  lois.  A  signaler  surtout  deux 
excellents  chapitres,  l'un  sur  le  traité  d'Eden  de  1786  et  le  tarif  gé- 
néral de  1791,  l'autre  sur  le  régime  douanier  de  la  Révolution  et  de 
l'Empire.  La  revision  douanière  de  1910  est  étudiée  avec  un  grand 
soin;  puis  des  chapitres  sur  le  régime  colonial,  la  marine  marchande  et 
la  question  des  sucres  complètent  l'ouvrage.  M.  Arnauné  se  pose 
nettement  en  libre  échangiste.  Il  nous  semble  même  qu'il  expose  le 
lecteur  à  confondre  le  protectionnisme  avec  le  mercantilisme,  sans 
montrer  suffisamment  que  l'établissement  d'une  balance  éco- 
nomique, fort  différente  de  la  balance  commerciale,  est  un 
problème  insoluble.  En  tout  cas,  il  fallait  se  garder  de  croire 
qu'Adam  Smith,  J.-B.  Say  et  Bastiat  eussent  creusé  le  sujet  avec  la 
même  rigueur  et  la  même  pénétration  que  Cairnes,Patten  et  Fontana- 
Russo.  Mais  je  regrette  que  M.  Arnauné,  historien  et  homme 
pratique,  se  soit  interdit  de  toucher  aux  questions  de  principe,  en  se 
proposant  d'intéresser  les  hommes  d'affaires  sans  les  rebuter.  —  Der- 
nière remarque  :  il  manque  une  table  alphabétique  qui  faciliterait 
les  recherches. 

2.  —  Tout  autre  est  le  volume  de  MM.  Charles  Augier  et  Angel 
Marvaud  :  La  Politique  douanière  de  la  France.  Il  ne  diffère  pas  moins 
du  précédent  par  le  plan  que  par  l'esprit.  M.  Augier  est  un  inspecteur 
principal  des  douanes,  et  M.  Marvaud,  à  diverses  reprises,  a  été  chargé 
d'enquêtes  par  la  Fédération  des  industriels  et  des  commerçants.  Ils 
ne  font  pas  de  l'histoire,  mais  de  l'actualité;  ils  remontent  à  peine 
jusqu'à  1860  et  ils  concentrent  leur  attention  sur  la  double  réforme 
de  1892  et  de  1910.  Mais  alors  ils  exposent  avec  une  grande  richesse 
de  détails  les  négociations  poursuivies  avec  tel  ou  tel  gouvernement 
étranger,  en  mettant  en  pleine  lumière  les  pourparlers  diplomatiques, 
leur  but,  leurs  difficultés  et  leurs  résultats.  L'ouvrage  de  M.  Arnauné 
fournissait  beaucoup  pour  le  développement  d'un  cours  qui  aurait  été 
fait  à  des  étudiants;  celui-ci  est  plutôt  un  ouvrage  à  consulter  par 
les  praticiens  et  les  hommes  d'affaires.  Les  tarifs  de  1892  et  de  1910 
sont  protectionnistes  :  MM.  Augier  et  Marvaud  le  sont  aussi,  et,  par 
là  encore,  réapparaît  le  contraste  entre  la  théorie,  qui  est  si  volontiers 
libre  échangiste  avec  les  livres,  et  la  pratique,  que  les  intérêts  immé- 
diats et  brutalement  tangibles  de  la  plupart  des  producteurs  et 


—  30  — 

commerçants  réclament  protectiomiiste,  en  dépit  des  discours,  des 
raisonnements  et  des  phrases.  —  M.  Klotz,  qui  fut  et  qui  est  redevenu 
ministre  des  finances,  a  fait  une  Préface  de  quatre  petites  pages, 
sans  plus,  où  il  expose  froidement  la  nécessité  du  protectionnisme 
comme  conséquence  de  nos  lois  dites  de  solidarité  sociale.  Toutes  ces 
lois,  dit-il,  «  imposent  à  la  production  nationale  des  charges  nou- 
velles, et  il  est  certain  que  le  coefficient  de  protection  qui  avait  été 
accordé  à  la  production  nationale  en  1892,  s'est  trouvé  dans  la  suite 
légèrement  faussé  (p.  m).  »  Et  M.  Klotz  en  est  encore  à  parler  de 
régime  «  compensateur  »  !  Il  ne  compense  qu'une  chose,  le  bénéfice 
des  lois  de  solidarité  sociale  avec  la  cherté  des  produits  et  des  denrées. 
Et  qu'est-ce  que  l'ouvrier  y  gagne?  Il  y  a  là  de  quoi  faire  hausser  les 
épaules  à  M.  Amauné  et  à  bien  d'autres.  En  tout  cas,  M.  Klotz  est 
bien  naïf  de  'âcher  un  tel  aveu.  11  y  avait  mieux  à  dire  pour  justifier 
notre  régime  douanier  actuel,  si  l'on  tenait  tant  à  le  justifier. 

3.  —  Puisque  nous  en'  sommes  aux  douanes  et  à  la  protection, 
restons-y.  A  cet  égard,  le  volumineux  traité  de  M.  Joseph  Payen,  les 
Primes  à  la  séricultiire  et  à  la  filature  de  la  soie,  est  une  de  ces  mono- 
graphies qui  épuisent  un  sujet.  On  connaît  le  pourquoi  de  ces  primes  : 
elles  furent  en  1892  la  rançon  de  la  hbre  importation  des  cocons  et 
des  grèges,  que  ne  voulaient  pas  accepter  le  moulinage  et  la  filature 
des  Cévennes  et  de  la  Drôme,  menacés  de  disparaître.  De  nombreuses 
modifications  furent  ensuite  apportées,  mais  le  principe  de  la  loi  du 
11  janvier  1892  resta  intact.  Le  -volume  de  M.  Payen  s'ouvre  par  une 
très  intéressante  étude  sur  la  sériculture,  la  filature  et  la  situation 
économique  de  ces  deux  industries  dans  la  région  du  sud-est. 

4.  —  Les  journaux,  à  son  apparition,  se  sont  empressés  de  signaler 
le  livre  très  instructif  de  M.  Lucien  Hubert,  député,  sur  l'Effort  alle- 
mand, l' Allemagne  et  la  France  au  point  de  vue  économique.  M.  Hubert 
ne  veut  pas  soutenir  une  thèse  ou  optimiste  ou  pessimiste  :  tout 
simplement  il  examine,  il  expose,  il  compare,  et,  de  ce  parallèle  entre 
le  développement  économique  de  la  France  et  celui  de  l'Allemagne,  il 
laisse  le  lecteur  tirer  telle  conclusion  qu'il  voudra,  pourvu  que  cette 
conclusion  soit  patriotique.  On  trouvera  là  une  foule  de  renseigne- 
ments sur  la  population,  l'extraction  -  minérale,  les  fabrications  in- 
dustriellec,  les  importations  et  exportations,  les  banques,  les  caisses 
d'épargne,  etc.  Seulement  certains  de  ces  renfeignements  demandent 
à  être  contrôlés  et  surtout  à  être  compris.  Par  exemple,  M.  Hubert 
donne  à  la  Société  générale  un  capital  de  300  millions  :  c'est  400  qu'il 
faut  dire,  dont  200  non  versés.  Ailleurs  il  ne  paraît  pas  suffisamment 
affranchi  du  sophisme  de  la  balance  du  commerce  (p.  145,  152,  153. 
etc.)  ;  ou  bien,  parlant  de  l'augmentation  du  rendement  de  la  tax(^ 
sur  le  revenu  des  valeurs  mobilières,  il  oublie  de  remarquer  que,  d'un»^ 


—  31  — 

part,  le  tarif  de  perception  a  passé  de  3  %  à  4  «  /o  en  1890  et  que,  d'autre 
part,  la  matière  imposable  s'est  accrue,   soit  que  des  particuliers 
missent  leurs  affaires  en  quelque  genre  de  société  soumise  à  la  taxe, 
soit  que  des  types  de  sociétés  de  plus  en  plus  nombreux  y  fussent 
astreints  par  la  loi  (p.  201).  Le  sophisme  de  la  richesse  prouvée  par 
l'impôt  éclate  encore  bien  mieux  à  propos  de  la  progression  du  ren- 
dement de  l'impôt  sur  les  successions,  impôt  dont  l'assiette  et  les 
tarifs  ont  été  remaniés  à  plusieurs  reprises  dans  la  période  dont  il 
est  ici  question  (ibid)  :  de  ces  changements-là,  cependant,  M.  Hubert 
ne  nous  dit  rien.  Tout  cela  doit  donc  rendre  un  peu  sceptique.  Est-il 
bien  exact,  par  exemple,  de  dire  que  «  l'agriculture  (en  France)  n'a 
jamais  été  dans  une  période  plus  prospère  que  maintenant?  «  (p.  126) 
La  baisse  considérable  que  l'on  constate  dans  le  revenu  agricole  im- 
posable et  dans  la  valeur  des  fonds  ruraux    donne  ici  un  démenti 
brutal,  et  il  n'y  a  pas  moins  d'illusion  à  soutenir  que  la  loi  du  12 
juillet  1909,  instituant  le  bien  de  famille  insaisissable,  ne  peut  pas 
manquer  de  retenir  la  population  dans  les  campagnes  (ib.).  Évidem- 
ment cet  exode  des  paysans  gênait  un  peu  M.  Hubert,  mais  il  a  tort 
de  se  tirer  d'embarras  par  une  explication  qui  n'est  que  puérile  (p.  127). 
Ce  qui  reste  vrai,  c'est  que  «  la  France  possède  une  admirable  puis- 
sance d'épargne,  qui  en  fait  le  banquier  du  monde  »  (p.  172).  A  quoi 
encore  il  aurait  fallu  ajouter  que  l'Allemagne  épargne  des  hommes, 
tandis  que  la  France  épargne  des  pièces  d'or.  Restons-en,  si  vous 
voulez,  sur  cette  boutade  :  «  L'Allemagne  donne  l'impression  d'un 
pays  colossalement  riche  qui  n'a  pas  le  sou  »  (p.  16). 

5.  —  La  Question  agraire  au  royaume  de  Pologne,  par  M.  Kokowski, 
paraît  être  une  thèse  de  doctorat  :  dans  les  Facultés  de  droit,  en 
effet,  la  thèse  est  souvent  une  occasion  de  faire  des  recherches  très 
originales,  de  mûrir  un  travail  long  et  sérieux  et  d'enrichir  les  biblio- 
thèques économiques  de  quelque  bonne  et  solide  publication.  Cepen- 
dant l'œuvre  actuelle  nous  a  semblé  bien  aride  et  trop  dénuée  d'opi- 
nions personnelles;  il  y  manque  une  carte  pour  suivre  l'auteur;  il  y 
manque  aussi,  au  moins  pour  les  profanes  comme  moi,  des  rensei- 
gnements assez  abondants  sur  le  milieu  historique,  social  et  juri- 
dique où  se  pose  cette  «  question  agraire.  »  C'est  trop  du  dépouille- 
ment de  rapports  administratifs  et  de  statistiques,  mais  ce  n'est 
pas  assez  un  livre  et  l'on  n'y  sent  pas  non  plus  une  âme.  A  peine 
trouvé-je  à  noter  que  la  Russie,  à  la  différence  de  l'Autriche,  ne 
sait  pas  faire  les  dépenses  nécessaires  pour  protéger  le  pays  contre 
les  inondations  ou  bien  pour  lui  assurer  les  voies  de  commimication 
dont  il  a  besoin.  Les  taxes  contributives  sont  bien  levées  par  mil- 
lions, mais  elles  reçoivent  d'autres  emplois,  et  le  chemin  de  fer  Lublin- 
romaszow,    par   exemple,    est    refusé   depuis   quarante   ans    à    des 


demandeurs  en  concession  qui  ne  réclament  ni  garantie  ni  sub- 
sides, et  qui  ont  toujours  accepté  toutes  les  conditions  exigées 
(p.174-176). 

6.  —  Le  Régime  minier,  de  M.  Marius  Richard,  est  une  étude  fort 
intéressante  et  fort  instructive  sur  notre  loi  de  1810,  comme  sur  les 
critiques  qui  en  sont  faites  et  la  refonte  dont  on  la  menace.  Cette  loi 
est-elle  donc  si  mauvaise?  Non  certes.  En  fait,  l'inventeur, ou  plutôt 
rexplorateur,obtient  toujours  la  concession,  lors  même  que  ses  droits 
à  l'avoir  ne  sont  pas  nettement  proclamés.  Puis,  ici,  la  «  propriété  » 
proprement  dite  du  concessionnaire  est  fort  bien  justifiée  et  établie  : 
Napoléon  avait  été  on  ne  peut  plus  précis  sur  cet  article-là,  et  son 
raisonnement  est  reproduit  fort  à  point  (p.  2).  En  face  de  Napoléon, 
quel  petit  homme  donc  que  M.  Zévaès  !  Les  profanes  trouveront  encore 
dans  ce  volume  une   foule  de  choses  intéressantes,  notamment  le 
tableau  de  la  hausse  des  salaires  quotidiens  dans  les  mines  en  regard 
de  la  diminution  du  rendement  par  tête  d'ouvrier,  si  bien  que,  de  1888 
à  1907,  les  frais  de  main-d'œuvre,  grâce  à  ce   double  mouvement  en 
sens  inverse,   ont  monté  de  5  fr.  04  à  7  fr.  05  par  chaque  tonne 
extraite  (p.  80).  A  signaler,  au  passage,  les  mauvais  résultats  de  l'ex- 
ploitation administrative  en  Prusse  (p.  91),  où  la  propriété  de  l'État 
s'explique    tantôt    par    d'anciennes    exploitations    seigneuriales    et 
tantôt  par  de  véritables  concessions    que  l'Etat  s'est  adjugées  à  lui- 
même,  faute  de  quelqu'un  qui  les  voulût,  parce  qu'elles  étaient  jugées 
onéreuses  :  ce  n'est  donc  pas  encourageant  pour  le  système  des  indus- 
tries d'État.  Cependant  M.  Richard  se  défend  d'avoir  voulu  faire  un 
plaidoyer  en  faveur  des  Compagnies.   J'avoue  même  que  je  serais 
plus  sévère  que  lui  sur  la  redevance  projetée  de  20  "/o  à  prendre  sur 
la  part  du  produit  net  que  le  concessionnaire  pourrait  obtenir  an- 
nuellement en  sus  du  dixième  de  son  capital  de  premier  établisse- 
ment (p.  129  et  s.).  M.  Richard;  en  effet,  ne  discute  pas  assez  tout  ce 
qu'il  y  a  d'arbitraire  dans  le  calcul  ou  plutôt  dans  la  supposition  de 
ce  capital  nécessaire  moyen.  Qu'appelez-vous  donc  un  coût   normal 
de  mise  en  exploitation,  lorsque  vous  savez  qu'en  1908,  sur  1.488 
concessions  données,  il  y  en  avait  904  abandonnées  et  319  en  perte, 
avec  34  millions  de  déficit  chez  ces  dernières  contre  90  millions  de 
bénéfices  dans   les    deux  cents  et  quelques  autres  qui  faisaient  des 
bénéfices,  mais  qui,  généralement,  avaient  lutté  et  perdu  de  l'argent 
pendant  un  demi-siècle  avant  de  gagner  quelque  chose?  Rien,  en 
effet,  n'est  plus  singulier,  ni  moins  connu  que  l'étonnante  et  persis- 
tante misère  d'Anzin,  d'a\niche  et  de  bien  d'autres  compagnies  avant 
leur  relèvement  et  leur  prospérité  (p.  64 et  s.).  Conclusion:  la  pro- 
priété des  mines  a  trop  de  risques  de  perte  pour  qu'on  doive  lui  en- 
lever ses  bonnes  chances  quand  elle  en  a.  «  La  législation,  disait  Na- 


—  33  — 

poléon,  doit  être  toujours  en  faveur  du  propriétaire  :  il  faut  qu'il 
ait  du  bénéfice  dans  ses  exploitations,  parce  que,  sans  cela,  il  aban- 
donnera toutes  ses  entreprises.  »  A  noter  toutefois  que  M.  Richard, 
sans  doute  par  tactique,  ne  nomme  pas  une  fois  le  socialisme,  qui  est 
pourtant  le  moteur  de  tous  ces  projets  de  réforme  :  en  ceci  donc, 
il  est  incomplet  et  ne  nous  semble  pas  aller  jusqu'au  fond  de  la 
question. 

7.  —  On  connaît  le  talent  d'exposition  de  M.  Yves  Guyot,  qu'il  a 
mis  si  souvent  au  service  de  la  bonne  économie  politique  libérale. 
Son  nouveau  volume  :  Les  Chemins  de  fer  et  la  grève,  est  un  exposé 
très  complet  de  la  question,  non  seulement  au  point  de  vue  français, 
avec  de  très  nombreuses  citations  de  textes  officiels  et  de  débats 
parlementaires,  mais  aussi  avec  d'utiles  renseignements  sur  l'étranger. 
M.  Yves  Guyot  démontre  victorieusement  que  la  meilleure  défense 
contre  les  grèves  de  chemins  de  fer,  c'est  l'application  toute  simple 
du  droit  commun,  par  conséquent  la  libre  faculté  pour  les  compa- 
gnies de  remplacer  et  par  conséquent  d'éloigner  définitivement  les 
cheminots  qui  rompent  le  contrat.  Alors  ministre,  il  l'avait  pro- 
clamé très  résolument  dès  1889  et  1891  (p.  4  et  s.).  Il  avait  raison  en 
principe  et  les  faits  ont  montré  qu'il  avait  eu  raison  aussi  en  prati- 
que. Mais,  depuis  lors,  les  idées  subversives  et  le  syndicalisme  socia- 
liste ont  fait  leur  chemin,  et  l'on  s'imagine  pourtant  que  l'on 
va  se  tirer  d'affaire  par  des  projets  de  loi  dont  le  dépôt  consacre 
précisément  la  victoire  effective  de  la  grève  (p.  103,  109,  etc.)  !  Nous 
notons  tout  particulièrement  aussi  un  chapitre  sur  «la  Répartition  des 
titres  de  chemins  de  fer  »  (p.  245);  on  y  verra  ce  que  c'est  que  la 
prétendue  féodalité  financière  des  grandes  compagnies,  simples 
groupements  de  plusieurs  centaines  de  milliers  de  petites  bourses. 
Que  d'esprit  dans  le  chapitre  de  «  Monsieur  Tout  le  monde  »,ce  pauvre 
«Tout  le  monde»  pour  qui  les  chemins  de  fer  ont  été  faits  et  que  pour- 
tant l'on  oublie  si  bien  (p.  305)  !  En  tout  cas,  je  recommande  instam- 
ment la  lecture  de  ce  volume  aux  cœurs  sensibles  —  ou  plutôt  aux 
ambitieux  de  popularité  malsaine  —  qui  réclament  la  réintégration 
complète  et  sans  réserve  de  tous  les  cheminots  soi-disant  révoqués, 
c'est-à-dire  démissionnaires  par  la  grève. 

8.  —  Nul  n'ignore  Beccaria,  qui  fit  à  Milan,  à  la  fin  du  xviii^  siècle, 
un  des  premiers  cours  d'économie  politique  et  qui  s'est  rendu  célèbre 
surtout  comme  criminaliste  par  son  traité  Des  Délits  et  des  peines. 
M.  Eugène  Landry,  professeur  de  langue  et  de  littérature  françaises 
à  Milan,  a  recueilli  de  lui  avec  une  pieuse  vénération  un  certain  nom- 
bre de  lettres  et  écrits  inédits,  auxquels  il  a  Joint  des  lettres  pareille- 
ment inédites  de  Voltaire,  d'Holbach,  Diderot,  Condillac,  d'Alembert, 
Morellet,  etc.,  etc.  L'ouvrage  comprend  trois  parties  :  1°  Écrits  et 
Janvier  1912.  T.  GXXIV.  3. 


—  34  — 

fragments  philosophiques;  2'^  Lettres  des  philosophes  français  à  Bec- 
caria;  3°  Lettres  et  documents  intimes  de  Beccaria,  le  tout  expliqué, 
annoté  et  commenté.  Beccaria  écrivait  fréquemment  ses  lettres  en 
français,  mais  quel  français  !  Au  hasard  de  la  plume,  je  note  la  théorie 
de  Beccaria  sur  la  métempsychose.  La  matière  selon  lui  est  éternelle  ; 
par  conséquent,  les  molécules  impérissables  qui  ont  constitué  la  «  tex- 
ture nerveuse  »  de  Caton,  de  César  et  de  Catilina  (nous  ne  nous  in- 
quiétons pas  des  molécules  du  surplus  de  leurs  personnes)  peuvent 
bien  et  même  doivent  bien,  par  le  mélange  de  leurs  combinaisons 
fortuites  à  travers  les  siècles,  se  retrouver  toutes  exactement  ensem- 
ble. Ce  jour^-Ià,  Caton,  César  et  Catilina  revivront  identiquement  les 
mêmes.  «  Voilà  donc,  dit  Beccaria,  la  plus  grande  extension  possible 
donnée  à  la  métempsychose  pythagoricienne,  et,  cette  fois-ci,  elle  l'est 
dépouillée  du  manteau  imbécile  de  la  superstition  et  appuyée 
sur  la  plus  solide  base  de  la  philosophie  »  (p.  99-101).  Beccaria  croit 
que  c'est  arrivé.  —  Mais  je  n'ai  rien  trouvé  qui  intéressât  l'économie 
pohtique. 

9.  —  De  l'économie  politique  nous  ghssons  insensiblement  à  l'éco- 
nomie sociale.  Les  publications  sur  les  sociétés  de  secours  mutuels  ne 
manquent  pas.  Cependant  la  Mutualité  nouvelle,  de  M.  Profit,  d'après 
les  lois  combinées  des  1er  ^yril  1898  et  5  avril  1910,  mérite  une  élo- 
gieuse  mention.  C'est  très  clair  et  très  simple,  bien  fait  pour  faire 
comprendre  et  faire  pratiquer  le  système  des  sociétés  de  secours  mu- 
tuels. La  documentation  y  est  correcte  et  solide.  Au  point  de  vue 
pratique,  nous  citerons  des  spécimens  de  tables  de  mortalité  et  sur- 
tout des  statuts-types  dont  on  pourra  s'inspirer  utilement.  Assuré- 
ment la  République  y  est  à  certains  endroits  couverte  de  fleurs  qu'elle 
ne  mérite  point;  et  la  solution  de  la  question  est  présentée  comme 
«  liée  à  l'avenir  même  de  la  Répubhque  »  (p.  365)  ;  mais  au  moins  le 
procédé  du  fonds  commun  inaliénable,  pour  lequel  M.  Profit  réédite  le 
mot  de  M.  Lairolle  —  «  la  colossale  erreur  de  l'administration  et  des 
pontifes  »  (p.  363),  —  est  l'objet  d'une  discussion  à  la  fois  serrée  et 
écrasante. 

10.  —  Quant  à  la  Réglementation  du  travail  des  femmes  et  des  en- 
fants aux  États-Unis,  qui  fait  partie  de  la  Bibliothèque  du  Musée 
social,  elle  a  certainement  coûté  beaucoup  de  travail  à  M.  Chaboseau. 
Malheureusement,  le  livre  est  d'une  lecture  ennuyeuse  ou  plutôt 
impossible,  parce  que  ce  n'est  que  l'énumération  suivie  de  tout  ce 
qui  se  fait  à  l'égard  des  femmes  et  des  enfants  dans  chacun  des 
Etats,  rAlabama,le  Wisconsin,  l'IUinois,  etc.  L'âge  minimum  est  ici  de 
douze  ans,  là  de  treize,  ou  bien  ailleurs  de  quatorze;  l'amende  contre 
le  patron  est  de  5  dollars  ou  bien  de  10,  à  moins  qu'elle  ne  soit  de  6 
ou  de  7  dollars,  et  le  délit,  pour  être  commis,  exige  ici  telle  ou  telle 


—  35  — 

condition  qu'il  n'exige  pas  dans  l'Etat  voisin.  Vous  comprenez  que, 
quand  on  a  lu  200  pages  de  ce  goût-là...  pardon,  on  a  fermé  le  livre 
à  la  dixième  page  au  plus  tard.  Est-ce  fait  plutôt  pour  être  consulté? 
Eh  bien,  alors,  il  aurait  fallu  des  tableaux,  mieux  encore,  de  grandes 
planches  susceptibles  d'être  lues  horizontalement  et  verticalement 
tout  ensemble,  et  à  ce  prix-là  les  recherches  auraient  été  faciles.  Il 
n'en  aurait  pas  coûté  beaucoup  plus  de  travail  à  l'auteur,  mais  plus 
d'argent  pour  l'impression.  Cependant  ou  le  livre  était  utile,  et 
c'était  cette  forme-là  qu'il  fallait  lui  donner,  ou  il  ne  l'était  pas. 

11.  —  Le  titre  :  Causeries  sociales,  que  M.  O.  Jean  a  donné  à  son 
opuscule,  en  exprime  bien  le  but  et  la  forme.  C'est  une  série  d'entre- 
tiens, écrits  avec  élégance  et  facilité,  sur  la  justice,  la  charité,  la  ma- 
nière d'aller  au  peuple,  etc.  Très  chrétien  et  même  très  pieux  par 
endroits,  ce  petit  travail  est  conçu  tout  à  fait  dans  le  sens  des  Semaines 
sociales,  avec  la  conviction  que  «  la  charité  elle-même  doit  évoluer  » 
et  que  «  c'est  aujourd'hui  une  science  »  (p.  19),  puis,  que  «  dans  ce 
double  travail  de  prévoyance  et  d'amélioration  sociale,  il  faut  que  la 
part  d'activité  ouvrière  soit  prépondérante  »  (p.  23).  Toute  autre 
manière  de  faire  supposerait,  en  effet,  le  maintien  des  vieilles  vertus 
et  des  principes  désuets  du  passé,  en  laissant  trop  voir  une  hiérarchie 
sociale  qui  a  fait  son  temps.  En  n'opérant  pas  l'émancipation  (faut-il 
dire  économique,  intellectuelle  et  politique?)  qui  est  dans  la  nécessité 
du  moment,  on  ne  réaliserait  pas  «  l'éducation  sociale  de  la  classe 
ouvrière.  » 

12.  —  Voici  encore  une  causerie  un  peu  dans  ce  même  esprit-là, 
mais  plus  social  et  moins  ouvertement  chrétien  :  je  veux  parler  du 
solide  et  épais  volume  de  M.  Deslandres,  professeur  à  la  Faculté  de 
droit  de  Dijon,  sur  l'Acheteur,  son  rôle  économique  et  social;  les  ligues 
sociales  d'acheteurs.  Dans  ces  pages  d'une  lecture  agréable  et  facile, 
il  ne  manque  ni  les  fines  observations,  ni  les  renseignements  de  fait 
sur  ce  mouvement  nouveau.  Cependant  il  me  semble  que  Vidée  des 
devoirs  de  ce  genre  n'est  point  si  neuve  que  M.  Deslandres  veut  bien 
nous  le  faire  croire.  Jadis,  tout  simplement  avec  leur  bon  sens  et  leur 
vieux  catéchisme  d'antan,  nos  vieilles  familles  de  province  avaient 
déjà  soin  de  donner  leurs  commandes  en  temps  utile  pour  ne  pas 
exposer  les  fournisseurs  au  surmenage  ou  pour  ne  pas  gêner  l'obser- 
vation du  dimanche,  et  elles  se  faisaient  un  devoir  de  faire  travail- 
ler les  honnêtes  artisans  de  leur  quartier,  avec  qui,  certes,  on  ne 
faisait  pas  les  fiers.  On  appelait  cela  de  la  bonne  charité  tout  court  : 
mais  on  ne  mettait  pas  tout  à  la  sauce  «  sociale  »  et  l'on  ne  croyait 
pas  pour  si  peu  avoir  découvert  l'Amérique.  Ici,  M.  Deslandres,  qui 
fréquente  les  Semaines  sociales,  me  paraît  voisiner  avec  le  Sillon  et 
reléguer  un  peu  trop  dans  l'ombre  la  charité  comme  on  l'avait  tou- 


—  36  — 

jours  comprise.  Pour  lui,  M.  Gide,  dont  la  philosophie  est  si  peu 
chrétienne  et  si  froidement  amorale,  est  une  autorité  qu'il  cite 
avec  une  particulière  sympathie;  quant  au  socialisme,  il  y  voit 
«  la  mise  en  œuvre  du  principe  de  devoir  et  de  sacrifice  »  (page 
444).  Voilà  qui  va  de  pair  avec  son  admiration  pour  le  mysticisme 
esthétique,  mais  passablement  socialiste,  de  Ruskin,  à  qui,  certes,  il 
ne  faudrait  pas  faire  gloire  de  «  réintégrer  le  moral  dans  récono- 
mique  «  (p.  448).  Enfin,  de  ci  de  là,  de  petites  attaques  contre  l'éco- 
nomie politique,  bien  que  M.  Landry,  par  exemple,  avec  sa  théorie 
de  la  «  rente  de  l'acheteur,  »  ne  suffise  guère  à  représenter  la  science 
à  lui  tout  seul  (p.  428).  —  En  finissant,  je  poserai  une  question.  En 
présence  de  la  raréfaction  et  de  renchérissement  des  produits  de 
basse-cour,  qui  n'en  coïncidaient  pas  moins  avec  la  crise  ou  plutôt 
le  déclin  chronique  de  notre  agriculture,  je  voudrais  bien  savoir  si 
les  ligues  sociales  sont  intervenues  et  si  leurs  sympathies  n'étaient 
pas  pour  les  ménagères  de  villes  plutôt  que  pour  les  paysans,  à  qui 
l'on  pense  toujours  si  peu.  C'eût  été  une  bien  belle  occasion  de  se 
montrer.  Gageons  qu'elle  n'a  pas  été  mise  à  profit  :  l'ouvrier  de 
ville  est  toujours  bien  plus  intéressant. 

13. —  Le  volume  de  M.  R.  Musto  :  La  Odierna  Evoluzione  dello  stato 
democratico  moderno^  ne  sort  pas  du  cadre  des  banalités  rebattues, 
un  peu  comme  une  grosse  et  ennuyeuse  brochure.  La  Préface  en 
allemand,  que  M.  Labrand  y  a  mise,  n'ajoute  pas  non  plus  beaucoup. 
Évidemment  la  société  est  autre  chose  qu'un  simple  total  d'individus; 
mais  tout  cela  n'éclaire  pas  encore  sur  le  problème  des  droits  de 
l'individu  à  l' encontre  de  la  société,  ni  sur  le  rôle  des  pouvoirs  so- 
ciaux à  l'égard  de  l'individu.  Qu'est-ce  que  l'homme?  D'où  vient-il? 
Où  va-t-il?  Existe-t-il  un  droit  naturel  qu'il  n'ait  point  fait?  Qu'est- 
ce  enfin  que  l'État?  Est-il  l'unique  et  suprême  arbitre  de  tout  droit, 
comme  aussi  l'auteur  de  toute  loi?  De  cela  rien  :  je  dirais  volontiers 
que  M.  Musto  a  oublié  d'éclairer  sa  lanterne.  On  conçoit  donc  que 
son  démocratisme  soit  vague  et  flou,  ne  voulant  ni  faire  résolu- 
ment du  sociahsme,  ni  barrer  la  route  à  celui  qui  s'est  fait  tout 
seul  et  qui  arrive  sur  nous  à  grands  pas. 

14.  —  M.  Angel  Marvaud,  ayant  été  délégué  par  le  Journal  des 
Débats  au  congrès  sioniste  de  1909  à  Hambourg,  en  a  profité  pour 
faire  une  étude  très  intéressante  sur  le  Sionisme.  Tout  le  monde 
connaît  aujourd'hui  le  sionisme,  ce  mouvement  qui,  lancé  par  Théo- 
dore Herzl,  a  pour  but  de  rendre  une  patrie  politique  aux  Juifs.  Sui- 
vant les  uns,  ce  ne  pourrait  être  que  la  Palestine,  mais  d'autres  se 
contenteraient  de  n'importe  quoi,  car  il  a  été  question  non  seulement 
de  la  Cyrénaïque  et  de  la  Mésopotamie,  mais  aussi  de  l'Oubanghi.  Le 
premier  congrès  se  tint  à  Bâle,  en  1897;  celui  de  Hambourg,  en  1909, 


—  37  — 

était  le  neuvième.  Entre  temps,  les  plus  vastes  projets  avaient  été 
formés,  notamment  celui  d'une  société  au  capital  de  1.250  millions 
pour  mettre  en  valeur  le  pays  nouveau  suivant  les  formules  d'une 
démocratie  socialiste  fédérativo.  11  y  a,  en  effet,  chez  les  sionistes, 
«  une  fraction  socialiste,  assez  importante,  paraît-il,  qui  adopte  le 
programme  intégral  du  marxisme  »  (p.  38).  Dans  cet  opuscule,  plus 
curieux  assurément  que  bien  des  volumes,  les  jugements  et  les  con- 
clusions de  l'auteur  ne  sont  pas  moins  intéressants  que  l'exposé  des 
discussions  du  congrès.  M.  Marvaud  pense  que  le  sionisme  a  surtout 
des  obstacles  devant  lui  et  qu'il  n'est  pas  en  passe  d'aboutir  ;  mais  le 
sionisme  est  allemand  et  socialiste  avant  tout;  il  sert  les  intérêts  de 
l'Allemagne  et  il  constitue  un  danger  pour  nos  établissements  d'Orient 
(p.  61  et  s.),  parce  qu'il  est  «  ouvertement  contraire  à  l'idée  d'assimi- 
lation (de  la  race  juive)  qui  est  au  fond  de  l'esprit  français  »  (p.  48); 
il  marque  la  lutte  contre  «  l'Alliance  israélite  universelle  »;  il  veut 
isoler  les  juifs  comme  une  nation  à  part,  tandis  que  l'Alliance  israé- 
lite ne  demande  qu'à  les  fortifier  partout.  Seulement  M.  Marvaud 
ne  s'effraye  aucunement  de  cela,  car  il  croit,  de  très  bonne  foi,  que  la 
grandeur  de  la  France  est  liée  à  cette  fusion  du  juif  et  du  chrétien. 
Il  se  félicite  donc  de  ce  que  «les  pouvoirs  publics  en  France  se  sont  en- 
fin rendu  compte  de  l'intérêt  vraiment  national  «  qu'il  y  a  à  «  prêter 
une  aide  vraiment  effective  à  l'Alliance  »  (p.  50).  La  grâce  juive  n'a 
pas  pénétré  moins  profondément  M.  Anatole  Lerey-Beaulieu,  qui  a 
écrit  la  Préface  de  ce  petit  volume.  A  l'Allemagne  de  s'appuyer  sur  le 
sionisme;  à  la  France,  au  contraire,  de  favoriser  l'Alliance,  à  laquelle 
«  il  est  juste,  dit-il,  d'attribuer  pour  une  bonne  part  la  diffusion  du 
français  dans  tout  le  Levant  »  (p.  9).  A  coup  sûr  il  y  avait  autre  chose 
à  dire  de  ce  mouvement  actuel  du  sionisme,  qui  souligne  si  puissam- 
ment le  phénomène  inexplicable  et  providentiel,  unique  en  son 
genre,  de  la  survivance  indéfectible  du  peuple  juif. 

15. —  Nous  avons  fait,  ici  même,  il  y  a  deux  ans,  un  juste  éloge  du 
Modernisme  sociologique  de  M.  l'abbé  Fontaine  :  aujourd'hui,  ce  sera 
du  Modernisme  social\  décadence  ou  régénération  du  même  auteur, 
toujours  infatigable  et  toujours  aussi  bien  inspiré.  C'e.=t  de  la  bonno 
philosophie,  avec  une  exacte  connaissance  des  erreurs  à  la  mode,  soit 
qu'elles  proviennent  du  socialisme  révolutionnaire,  soit  qu'elles  aient 
été  lancées  par  des  catholiques  sociaux  mal  éclairés.  Il  y  a  là  tout  à 
la  fois  une  critique  négative  et  une  œuvre  de  reconstruction  sur  les 
bases  du  droit  naturel  chrétien.  Nous  signalerons  tout  particulière- 
ment des  discussions  sérieuses  et  bien  conduites,  très  actuelles  sur- 
tout, à  propos  du  contrat  collectif  de  travail,  puis  à  propos  du  syn- 
dicalisme et  de  sa  prétention  de  remplacer  la  discipline  patronale  par 
la  seule  discipline  ouvrière.  M.  Gide  y  passe  à  son  tour,  et  nous  savons 


—  38  — 

à  M.  l'abbé  Fontaine  un  gré  infini  d'avoir  démasqué  un  bon  nombre 
des  sophismes  socialistes  qui  fourmillent  dans  les  œuvres  trop  vantées 
de  l'illustre  professeur  :  c'est  lui,  en  effet,  qui  forme  ou  plutôt  déforme 
l'esprit  des  étudiants  des  Facultés  de  droit,  grâce  à  l'autorité  très 
usurpée  qu'il  a  conquise  et  à  laquelle  beaucoup  de  catholiques  peuvent 
se  repentir  d'avoir  contribué.  —  L'ouvrage  se  compose  de  trois  par- 
ties :  1°  Les  Doctrines  et  les  faits  sociaux  et  économiques  (y  compris 
«  les  faux  Dogmes  du  catholicisme  social  »  et  leur  connexité  avec  le 
syndicalisme);  puis  2°  l'État  et  les  faits  sociaux  et  économiques; 
enfin  3°  l'Eglise  et  les  faits  sociaux  et  économiques.  Certaines  pages 
de  cette  dernière  partie  sont  des  plus  remarquables.  Nous  le  disons 
en  particulier  de  la  description  de  l'avenir  humainement  probable  de 
l'humanité  (p.  379  et  s.),  «  le  sociaUsme  ayant, à  titre  de  religion  huma- 
nitaire, la  prétention  de  s'étendre  peu  à  peu  à  l'humanité  tout  entière, 
avec  ce  grand  moyen  de  séduction:  apprendre  à  l'humanité  à  s'adorer 
elle-même  «(p.  382).  L'Eglise  ne  peut  ni  reconnaître  le  socialisme  comme 
sorti  de  son  sein,  ni  pactiser  avec  lui  :  «  les  éléments  formateurs  (du 
socialisme),  qu'ils  soient  d'ordre  intellectuel  ou  d'ordre  religieux,  » 
procèdent  ou  d'un  matérialisme  brutal  ou  d'un  subjectivisme  incon- 
sistant. 11  n'y  a  pas  à  savoir  si  chacune  de  ses  propositions  a  été  direc- 
tement taxée  d'hérésie;  il  faut  tenir  là  une  «  indéfectibilité  directrice  » 
qui  n'est  dans  l'Eglise  que  «  l'aspect  pratique  de  l'infaillibilité  doctri- 
nale »  (p.  388).  Le  socialisme  chrétien  ne  doit  donc  pas  faire  d'adeptes. 
A  la- fin  se  trouve  un  tableau  très  sûr  des  instructions  que  Léon  XIII 
et  pie  X  ont  données  aux  catholiques,  le  premier  notamment  par 
ses  deux  encycliques  Longinqua  Oceani,  de  1895,  ignorée  en  France, 
et  Graves  de  commuai,  de  1901,  laissée  à  dessein  dans  l'ombre  par  les 
hommes  qu'elle  dérangeait. 

16.  —  Après  M.  l'abbé  Fontaine,  Mgr  Delassus,  que  ses  travaux 
antérieurs,  notamment  sur  l'action  des  sociétés  secrètes,  ont  fait  si 
avantageusement  connaître,  nous  offre  une  foule  de  renseignements 
d'un  très  haut  prix,  non  moins  que  des  thèses  sociales  indiscutables, 
dans  sa  Démocratie  chrétienne,  parti  et  école  vus  du  diocèse  de  Cambrai. 
On  y  voit,  dès  1893,  les  origines  d'une  «  école  sociale  nouvelle  »  et 
d'un  «  parti  social  nouveau  »,  les  démocrates  chrétiens  (p.  10),  quoique 
l'opinion  fût  plus  répandue  que  l'appellation  «  démocratie  chrétienne  », 
qui  datait  seulement  du  congrès  des  prêtres  tenu  à  Reims  en  1896.  On  y 
est  mis  aussi  au  courant  des  fameux  congrès  de  la  démocratie  chré- 
tienne organisés  à  Lyon  par  M.  Mouthon  et  M.  l'abbé  Lemire  à 
partir  de  1896  (p.  15,  18  et  s.).  Inutile  de  faire  l'éloge  de  la  fermeté 
rigoureuse  de  la  doctrine,  constamment  appuyée  sur  les  textes  de 
Léon  XIII  et  de  Pie  X.  Mgr  Delassus  avait  prouvé  qu'il  connaît  à 
fond  l'œuvre  révolutionnaire  et  les   complots  sataniques  de  la  franc- 


—  39  —     ' 

maçonnerie  :  il  n'est  donc  pas  de  ceux  à  qui  Ton  peut  faire  applaudir 
au  programme  de  «  christianiser  la  Révolution,  »  comme  le  voulait 
M.  l'abbé  Naudet,  alors  directeur  du  Monde  (p.  27).  C'est  bien  plus 
qu'une  brochure  à  répandre  :  c'est  un  vrai  livre  à  étudier  et  à  mé- 
diter. 

17.  —  M.  Paul  Louis  nous  apporte  une  nouvelle  édition  de  son 
Histoire  du  mouvement  syndical  en  France^  poussée,  celle-ci,  jusqu'en 
1910.  C'est  l'ancien  volume,  mais  avec  des  renseignements  nouveaux. 
En  soi,  l'ouvrage  est  fort  instructif,  non  seulement  sur  la  Confédéra- 
tion générale  du  travail  (p.  240  et  s.)  et  autres  institutions  ou  faits 
quelconques,  mais  particulièrement  sur  le  véritable  esprit  du  syn- 
dicalisme contemporain.  On  s'y  éclaire  suri  a  grève  générale  et  la 
campagne  menée  en  sa  faveur,  sur  le  sens  de  l'action  directe  —  «  éman- 
cipation des  travailleurs  par  les  travailleurs  eux-mêmes,  «  par  oppo- 
sition à  l'action  parlementaire  ou  indirecte  (p.  271  et  s.)  —  enfin  sur 
le  sens  du  mot  «  révolutionnaire  »  en  contraste  avec  «  réformiste  » 
— •  c'est-à-dire  la  révolution  dans  le  résultat,  quoique  non  nécessai- 
rement dans  les  procédés,  etc.,  etc.  Tout  cela  peut  être  étudié  avec 
fruit,  et  l'on  demeurera  épouvanté  de  l'avenir  vers  lequel  on  est  em- 
porté. 

18.  —  Au  contraire,  puisque  M.  Olphe-Galliard  est  un  fonction- 
naire —  un  ancien  inspecteur  du  travail,  —  il  y  a  gros  à  parier  que 
son  Organisation  des  forces  ouvrières  doit  être  optimiste,  tout  à  l'éloge 
du  régime  actuel  qui  a  fait  disparaître  les  abus  du  passé,  moyen  âge, 
Restauration  ou  monarchie  de  Juillet.  L'ouvrage  est  bien  écrit,  bien 
documenté,  riche  de  faits  et  de  citations.  Une  première  partie,  de 
beaucoup  la  plus  longue,  étudie  la  «  solution  naturelle  du  problème.  » 
Cette  solution,  ce  n'est  pas  la  suppression  du  salariat;  c'est  seulement 
sa  réforme  par  la  force  organisée  et  consciente  d'un  personnel  ouvrier 
qui  sera  en  mesure  d'ordonner  et  de  faire  rémunérer  convenablement 
son  travail.  L'histoire  des  trade-unions  de  l'Angleterre  et  des  États- 
Unis  complète  celle  de  nos  syndicats.  Le  contrat  collectif  sera  l'ins- 
trument du  progrès;  il  sera  le  moyen  suffisant  et  nécessaire  de  l'édu- 
cation des  travailleurs,  et,  une  fois  ceux-ci  convenablement  réédu- 
qués, il  aura  une  sanction  dans  son  «  observation  volontaire  »  (p.  227)  ; 
car  M.  Olphe-Galliard  veut  bien  reconnaître  que  pratiquement  il 
n'en  comporte  aucune  autre.  Quel  malheur  que  les  autres  contrats  ne 
soient  pas  suffisamment  sanctionnés,  eux  aussi,  par  la  volonté  des 
parties  de  les  exécuter  !  Alors,  en  effet,  nous  n'aurions  plus  besoin  ni 
de  tribunaux,  ni  d'huissiers!  Puis  viennent  les  «  solutions  artificiel- 
les. »  M.  Olphe-Galliard  les  ramène  à  trois  groupes  :  1»  la  suppres- 
sion du  salariat  par  les  «  associations  ouvrières  de  production  »  et  par 
les  «  associations  commerciales  de  travail.  »  Le  rôle  de  ces  dernières 


—  40  — 

serait  de  vendre  du  travail  en  bloc  à  un  patron,  qui,  par  conséquent, 
n'aurait  aucune  question  à  débattre  avec  les  opérateurs  eux-mêmes 
(p.  320-321);  mais  M.  Olphe-Galliard  y  est  opposé,  parce  que  ce  serait 
la  «  désorganisation  des  syndicats  ouvriers  »  (p.  322);  2°  le  «  pater- 
nalisme »  (quelle  langue,  vraiment  !),  et  ce  lui  est  une  occasion  d'égra- 
tigner  en  passant  Le  Play,  puis  les  démocrates  chrétiens  et  MM.  de 
Mun,  Harmel,  etc;  enfin  3°  la  conciliation  et  l'arbitrage,  qui  ne  va- 
lent guère  mieux,  car  c'est  une  chimère  de  poursuivre  la  «  réconci- 
liation des  adversaires  »  et  de  méconnaître  les  «  lois  sociales  »  d'un 
antagonisme  évident.  Apparemment,  n'est-ce  pas?  la  guerre  sociale 
est  une  loi  de  nature,  avec  l'écrasement  des  patrons  au  bout.  La  con- 
clusion, c'est  que  la  solution  est  dans  les  «  vertus  sociales  des  inté- 
ressés, »  que  les  syndicats  développent  si  heureusement.  Aussi  la 
paix,  à  ce  que  pense  de  bonne  foi  M.  Olphe-Galliard,  revient  de  plus 
en  plus.  Les  révolutionnaires  s'effacent  et  disparaissent  derrière  les 
réformistes;  les  grèves  sont  paisibles  (n'est-ce  pas?  demanderai-je; 
on  ne  tue  plus  ni  ne  maltraite  les  renards?),  et  la. coalition  ouvrière 
«  entraine  le  progrès  général  de  l'humanité  »  (p.  376  et  377).  M.  Olphe- 
Galliard  n'aborde  nulle  part  les  côtés  philosophiques  ou  psycholo- 
giques du  problème;  il  ne  sonde  pas  la  nature  humaine  pour  voir  si, 
en  elle,  lorsque  manque  un  frein  moral,  il  n'y  a  pas  des  impulsions 
irrésistibles  de  cupidité  et  d'envie.  Mais  n'insistons  pas  :  son  siège 
est  fait  et  nous  ne  voulons  pas  lui  redemander  de  le  refaire,  quoique 
son  syndicalisme  ne  puisse  pas  ne  pas  conduire  au  socialisme  intégral. 
Bien  entendu,  il  est  hostile  aux  syndicats  Jaunes  et  aux  ouvriers  indé- 
pendants, dont  le  moins  qu'on  puisse  dire  c'est  qu'avec  ces  idées-là 
«  l'élite  de  la  classe  ouvrière  et  Tavanl-garde  des  travailleurs  organisés 
seraient  remplacés  par  les  pires  représentants  de  l'armée  permanente 
des  sans- travail  »  et  que  «  la  situation  de  la  classe  ouvrière  subirait 
bientôt  un  recul  épouvantable  »  (p.  297).  J'ai  bien  trouvé  une  fois  le 
mot  «  droit  naturel  »  ;  mais  ce  n'était  pas  de  morale  naturelle  qu'il 
s'agissait,  c'était  un  droit  au  sens  de  revendication,  et  revendi- 
cation du  droit  de  vivre,  que  personne,  je  pense,  n'a  envie  de  con- 
tester (p.  3) 

19.  —  Comme  thèse  de  doctorat,  M.  Marcel  Braibant  a  fait  un  livre 
intéressant  :  Le  Socialisme  et  l'activité  économique,  «  étude  sur  les 
mobiles  de  l'activité  économique  individuelle  dans  les  diverses  con- 
ceptions socialistes.  «  M.  Deschanel  y  a  mis  une  Préface  élogieuse. 
L'ouv.age  comprend  deux  parties  distinctes,  le  Communisme  et  le 
Collectivisme.  Toutefois,  au  moins  sous  l'angle  que  l'auteur  veut  obser- 
ver, la  démarcation  n'est  pas  assez  tranchée  entre  ces  deux  grands 
types  de  socialisme  :  car  le  collectivisme,  en  détruisant  la  fami  le,  le 
mariage,  l'éducation  des  enfants,  etc.,  paralyserait  tout  autant  les 


—  41  — 

ressorts  de  l'activité  économique.  Dominerait-il  par  la  contrainte, 
tandis  que  le  communisme  s'adresserait  au  sens  de  l'intérêt  social,  à 
l'honneur  et  au  souci  de  l'opinion  publique,  voire  même  tout  sim- 
plement au  besoin  psychologique  d'activité?  Sudre,  ii  y  a  plus  de 
soixante  ans  déjà,  avait  soulevé  tous  ces  problèmes,  quoique  le  mot 
collectivisme  et  même  la  doctrine  collectiviste  manquassent  alors  : 
pourquoi  M.  Braibant  ne  l'a-t-il  pas  au  moins  cité?  Puis  les  conclu- 
sions, ici,  s'arrêtent  à  mi-chemin.  M.  Braibant  nous  apprend  lui- 
même  qu'il  avait  commencé  sa  thèse,  «  prévenu  très  favorablement 
en  faveur  de  la  conception  économique  du  socialisme  »  (p.  14).  Il 
s'en  est  bien  ramené  par  la  seule  impartialité  de  ses  observations, 
«  en  s'éloignant,  dit-il,  de  la  plus  généreuse  des  idées  sociales  «  (p.  15)  : 
mais  sa  logique  n'a  pas  poussé  plus  avant;  il  n'a  pas  su  comprendre 
qu'une  institution  qui  est  éminemment  utile  au  développement  de 
l'humanité  et  qui  est  même  pour  elle  de  nécessité  de  moyen,  je  veux 
dire  la  propriété,  est  par  là  même  conforme  à  la  nature  de  cette 
humanité  et  qu'elle  est  par  conséquent  de  droit  naturel.  Eh  bien 
non!  Admirateur  du  Discours  sur  V inégalité  des  conditions,  de  J.-J. 
Rousseau,  qu'il  appelle  «  une  explication  historique  de  la  plus  haute 
valeur  »  (p.  213),  M.  Braibant  répète  à  satiété  que  la  propriété  n'est 
qu'une  «  institution  de  droit  positif,  non  de  droit  naturel  »  (p.  212, 
214,  etc.),  et  qu'il  faut  en  refaire  la  théorie,  en  partant  du  point  de 
vue  purement  pratique,  exclusivement  utilitaire  (p.  211).  Bien  plus, 
y  a-t-il  un  droit  naturel,  aux;  yeux  de  M.  Braibant?  Probablement 
non,  puisqu'il  n'en  dit  rien,  tout  au  contraire.  Alors  la  propriété  et  la 
société  ne  reposeront  plus  que  sur  la  poigne  du  gendarme,  et  pour 
aussi  longtemps  seulement  que  ceux  qui  voudront  du  gendaime 
seront  plus  nombreux  ou  plus  forts  que  ceux  qui  n'en  voudront 
pa  ■.  Le  gendarme  cesse  ainsi  d'être  un  auxiliaire  nécessaire  il  de- 
vient à  lui  tout  seul  un  principe  et  le  droit  tout  entier.  Mais  c'est 
bien  cela  qu'on  enseigne  dans  les  Facultés  de  droit  de  l'État,  et  nous 
ne  pouvons  pas  reprocher  à  M.  Braibant  de  ne  pas  y  avoir  appris 
autre  chose.  Il  avait  bonne  mémoire. 

20.  —  Le  Dictionnaire  du  socialisme,  de  M.  Charles  Vérecque,  n'a 
pas  sans  doute,  au  point  de  vue  des  doctrines,  l'intérêt  ou  la  valeur 
du  Handbuch  des  Socialismus  de  Stegman  et  Hugo.  La  partie  biogra- 
phique et  bibliograpljique  est  seule  complète  et  encore  seulement  au 
point  de  vue  français.  Mais,  envisagé  ainsi,  ce  dictionnaire  est  très 
précieux  par  les  renseignements  qu'il  donne  sur  une  foule  de  petites 
notabilités  vivantes  et  disparues,  personnages  de  la  Commune, 
journalistes,  députés,  etc.,  y  compris  l'auteur  en  personne.  Cepen- 
dant M.  Vérecque  a  eu  la  délicatesse  de  ne  pas  y  mettre  —  ou  pas  y 
compromettre    —   M.    Briand.    MM.  Viviani   et    Millerand  sont  à 


peine  nommés  et  très  imparfaitement  biographies.  Pour  la  facilité 
des  recherches  alphabétiques,  je  regrette  l'iatercalation  d'un  im- 
mense article  sur  le  «  Parti  ouvrier  français  »  qui  tient  plus  de  cent 
pages  (p.  282-384),  c'est-à-dire,  à  lui  tout  seul,  le  quart  du  volume. 
Quant  aux  opinions  socialistes,  assurément  M.  Vérecque  les  a;  il 
soutient  néanmoins  que  le  socialisme,  même  collectiviste,  ne  supprime 
pas  l'hérédité,  puisqu'il  se  borne  à  supprimer  la  propriété  des  biens 
que  l'héritier  aurait  prétendu  recueilhr  !  !  !  (p.  204).  Sur  le  syndicat, 
se  posant  contre  la  Confédération  générale  du  travail,  il  professe 
que  le  syndicat  ne  peut  ni  ne  doit  avoir  pour  but  que  «  d'arracher  au 
patronat  de  meilleures  conditions  de  vie  et  de  travail,  par  la  lutte 
collective,  «  alors  que  la  Confédération  générale  du  travail  a  le  tort 
de  vouloir  supprimer  le  salariat  et  le  patronat  (p.  470-471).  M.  Vérec- 
que donne  donc  la  main  à  M.  Olphe-Galhard,  que  nous  analysions 
plus  haut,  et  voilà  ce  dernier  indirectement  jugé.         J.  Rambaud. 


HISTOIRE   COLONIALE   ET   COLONISATIOiN 

1.  Colonies  portugaises.  Les  Organismes  politiques  indigènes,  par  A.-L.  de  Al- 
MADA  Negrei'ros.  Paris,  Challamel,  s.  d.,  in-12  de  320  p.,  5  fr.—  2.  Politique  musul- 
mane de  la  Hollande,  par  C.  Snouck  Hurgronje.  Paris,  Leroux,  1911,  in-8  de  133 
p.  avec  planches  et  vignettes,  4  fr.  —  3.  Manjland  under  the  Commonwealth 
a  chronicle  of  the  years  1649-1658,  by  Berîïard  C.  Steiner.  Baltimore,  the  .Johns 
Hopkins  Press,  1911,  in-8  de  178  p.  —  4.  U Exotisme  américain  dans  la  littérature 
-française  au  xvi*  siècle,  d'après  Rabelais,  Ronsard,  Montaigne,  et\,  par  Gilbert 
Chinard,  Paris,  Hachette,  1911,  in-16  de  xvii-247  p.,  3  fr.  50.  —  5.  Les  Ques- 
tions actuelles  de  politique  étrangère  dans  r  Amérique  du  nord,  par  A.  Siegfried, 
P.  de  Rousiers,  de  Périgw,  Firmin  Roz,  a.  Tardieu.  Paris,  Alcan,  1911. 
in-16  de  xviii-242  p.,  avec  5  cartes  hors  texte,  3  fr.  50.  —  6.  Autobiographie  de 
Henry  M. 'Stanley,  publiée  par  sa  femme  Dorothy  Stanley;  trad.  p  ir  Georges 
Feuilloy.  Paris,  Pion- Nourrit,  1911,  2  vol.  in-16  de  xii-301  et  415  p.,  avec  trois 
portraits  et  une  carte,  7  f  r. —  7.  Documents  diplomatiques  pour  servir  à  Vétude  de  la 
question  marocaine,  par  E.  Rouard  de  Gard.  Paris,  Pedone;  Gamber,  1911,  in-8 
de  159  p.,  avec  2  cartes,  5  fr.  — 8.  Situation  économique  du  Maroc,  1908-1909, 
par  Gh.  René-Leclerc.  Oran,  imp.  Fouque,  1910,  in-8  de  238-15  p.  —  9.  La 
Pacification  de  la  Mauritanie,  par  le  colonel  Gouraud.  Paris,  Gomitéde  l'Afrique 
française,  1911,  in-8  de  287  p.,  avec  carte,  plans,  croquis  et  gravures.  —  10. 
L'Afrique  équatoriale  française,  par  Maurice  Rondet-Saint.  Paris,  Plon-Nourrit, 
1911,  in-16  de  iv-313  p.,  avec  carte,  3  fr.  50.  —  11.  L'Éducation  sociale  des  rares 
noires,  par  P.  Roeckel.  Paris,'iGiard  et  Brière,  1911,  in-18  de  296[p.,  3  fr.  50. 

1.  —  L'ouvrage  que  M.  A.-L.  de  Almada  Negreiros  a  consacré  en 
1910  aux  Organismes  politiques  indigènes  des  'colonies  portugaises 
relève  doublement  de  la  rubrique  «  Histoire  coloniale  et  Colonisa- 
tion. »  11  se  divise  en  effet  en  deux  parties,  dont  la  première  est  pure- 
ment historique  et  indique  avec  de  nombreux  détails  quel  fut,  au 
point  de  vue  du  statut  des  indigènes,  le  régime  administratif  des 
colonies  portugaises,  depuis  le  moment  où  le  Portugal  a  eu  des  pos- 
sessions d'outre-mer,  depuis  le  temps  de  l'infant  Don  Henri  le  Naviga- 


—  43  - 

teur,  l'Illustre,  jusqu'à  l'époque  contemporaine,  —  dont  la  seconde 
est  consacrée  à  l'étude,  dans  ces  mêmes  colonies,  des  organismes 
indigènes  administratifs  et  politiques  actuels.  Nous  aimerions  insister 
avec  tout  le  développement  convenable  sur  chacune  des  deux  parties, 
si  pleines  de  faits,  de  ce  livre  sur  les  Organismes  politiques  indigènes; 
nous  aimerions  aussi  en  dégager  de  multiples  enseignements;  bornons- 
nous  à  dire,  puisqu'il  nous  faut  passer  rapidement,  que  l'historique 
fait  par  l'auteur  abonde  en  renseignements  précieux  et  montre  quel 
respect  la  colonisation  portugaise  n'a  cessé  de  témoigner  pour  les 
organismes  politiques  indigènes  jusqu'au  moment  où  la  rafale  de 
l'assimilation  outrancière  du  xviii^  siècle  faillit  emporter  avec  nom- 
bre d'autres  ces  curieuses  institutions.  De  ces  institutions  des  peuples 
conquis,  M.  de  Almada  Negreiros  a  étudié  avec  grand  soin,  dans  sa 
seconde  partie,  le  peu  qui  subsiste,  et  qui  est  appelé  à  disparaître 
plus  ou  moins  vite.  Dans  l'Angola,  dans  le  Mozambique,  dans  l'Inde 
portugaise,  à  Macao,  à  Timor,  il  a  relevé  de  très  curieux  us  et  cou- 
tumes, des  institutions  qu'il  a  bien  analysées  et  d'où  il  a  montré  le 
Portugal  éliminant  avec  raison  ce  qui  se  trouve  contraire  aux  lois 
humaines  naturelles.  Hommes  d'État,  jurisconsultes,  historiens  con- 
sulteront donc  avec  fruit  le  nouvel  ouvrage  de  M.  A.  L.  de  Almada 
Negreiros;  c'est  une  précieuse  contribution  à  l'étude  du  passé  et  du 
présent  de  l'empire  colonial  portugais. 

2.  —  Auprès  de  tous  les  islamisants,  le  D^  C.  Snouck  Hurgronje 
jouit  à  juste  titre  d'une  très  grande  autorité,  et,  lorsqu'il  parle  de  ces 
Indes  néerlandaises,  qu'il  connaît  si  bien,  tous  ceux  qui   s'occupent 
(îe   politique   coloniale    l'écoutent   de  la  manière  la  plus  attentive. 
Aussi  comprend-on  qu'il  convient  de  faire  silence  et  de  prêter  l'oreille 
quand  il  traite,  devant  l'Académie  des  administrateurs  pour  les  Indes 
néerlandaises,  de  la  Politique  musulmane  de  la  Hollande  et  définit  ce 
qu'elle  doit  être.  Voilà  précisément  pourquoi  M.  A.  Le  Châtelier  a 
traduit  les  conférences  consacrées  au  sujet  par  l'illustre  islamisant 
néerlandais,  et  leur  a  donné  place  dans  la  collection  de  la  «  Revue 
du  monde  musulman.  »  Comment  s'est  propagé  l'Islam,  en  particu- 
lier dans  l'archipel  des  Indes  orientales,  quels  sont  les  caractères 
du  système  de  l'Islam,  comment  ce  système  est  conciliable,  si  je  puis 
ainsi  parler,  avec  le  gouvernement  colonial  néerlandais,  enfin  quels 
doivent  être  les  rapports  des  Pays-Bas  avec  leurs  sujets  musulmans, 
voilà  les  questions  traitées  par  M.  Snouck  Hurgronje  dans  cette 
courte  série  de  conférences,  dont  l'idée  maîtresse,  nettement  formulée 
dans  la  dernière,  est  qu'il  convient  d'associer  la  société  indigène  à 
la  civilisation  européenne,  et  qu'une  telle  association,  vraiment  «  na- 
tionale »,  enlèvera  toute  sa  force  au  panislamisme.  C'est  une  politique 
que  nous  connaissons  bien,   une  «  politique  dé  collaboration  avec 


les  indigènes,  »  —  que  préconise  par  conséquent  le  D^  Snouck  Hur- 
gronje,  et  il  la  préconise  avec  une  force  d'argumentation  tout  à  fait 
remarquable,  dont  ne  manqueront  pas  d'être  impressionnés  les  lec- 
teurs de  ces  quatre  conférences.  Nous  en  recommandons  vivement 
la  lecture,  parce  qu'elle  leur  sera  très  profitable,  non  seulement  à 
ceux  qui  s'intéressent  aux  Indes  néerlandaises,  mais  aussi  à  tous  les 
administrateurs  français  de  l'Afrique  septentrionale  ou  occidentale 
qui  sont  en  contact  avec  des  populations  musulmanes. 

3.  : —  C'est  du  présent  que  s'occupe  M  Snouck- H urgronje;  c'est 
au  contraire  au  passé  que  nous  amène  un  récent  fascicule  des  excellen- 
tes «  Johns  Hopkins  University  Studies.  »  Bien  que,  depuis  plusieurs 
années,  cette  publication  ait  pris  un  caractère  bien  plutôt  écono- 
mique, il  est  possible  d'y  voir  encore  paraître,  de  temps  en  temps, 
d'excellentes  études  d'histoire  coloniale.  Tel  est  le  cas  pour  le  ré- 
cent travail  de  M.  Bernard  C.  Steiner,  intitulé  :  Marylanû  under  the 
Commonwealth.  Pas  n'est  besoin  de  rappeler  longuement  ici 
que  cet  historien  a  consacré  sa  vie  à  l'étude  du  passé  du  Maryland,  et 
que  nous  lui  devons,  sur  cet  Etat  de  la  Confédération  américaine, 
une  véritable  série  d'excellentes  monographies  qui,  disposées  les 
unes  à  la  suite  des  autres  dans  l'ordre  chronologique,  constituent  une 
précieuse  histoire  du  Maryland  au  xvii*^  siècle;  tout  récemment,  cette 
série  s'est  enrichie  du  nouveau  volume  dont  nous  avons  plus  haut 
transcrit  le  titre;  l'historien  des  débuts  de  la  colonisation  anglaise  au 
Maryland,  du  Maryland  à  l'époque  révolutionnaire,  de  Robert  Eden, 
etc.,  y  raconte  ce  qui  s'est  passé  dans  le  même  pays  durant  l'époque 
républicaine,  de  1649  à  1658.  Comme  précédemment,  M.  Steiner  are- 
couru  à  une  forme  un  peu  surannée  et,  groupant  méthodiquement  dans 
l'ordre  chronologique  tous  les  faits  que  lui  fournissait  l'étude  dea 
archives  du  Maryland,  des  papiers  Calvert,  etc.,  a  rédigé  une 
chronique  détaillée  du  Maryland  au  cours  des  dix  années  dont  nous 
venons  d'indiquer  les  dates  extrêmes.  Ainsi  se  trouve  constituée, 
avec  différentes  publications  antérieures,  une  précieuse  histoire  du 
Maryland  depuis  1631,  histoire  d'une  conscience  et  d'une  documen- 
tation remarquables  dont  nous  attendons  la  suite  avec  la  plus 
grande  impatience. 

4. —  Aux  études  d'histoire  coloniale  se  rattachent  celles  qui  mon- 
trent comment  les  questions  coloniales  ont  été  appréciées,  à  une  épo- 
que déterminée,  par  le  public  du  temps;  c'est  là,  en  quelque  manière, 
une  science  auxiliaire  de  l'histoire  coloniale  qui  présente  un  très  vif 
intérêt  et  qui  éclaire  d'une  vive  lumière  l'histoire  proprement  dite. 
En  veut-on  un  exemple?  Le  récent  et  curieux  ouvrage  de  M.  Gilbert 
Chinard,  maître  de  conférences  à  Brown  University,  sur  l'Exotisme 
américain  dans  la  littérature  française  au  xvi"  siècle,  d'après  Rabelais, 


—  45  — 

Ronsard,  Montaigne,  etc.,  est  là  pour  le  fournir;  reprenant  sans  le 
savoir,  —  puisqu'il  ne  le  cite  nulle  part,  —  le  travail  naguère  es- 
quissé par  M.  Léon  Deschamps  dans  un  chapitre  de  son  Histoire  de 
la  question  coloniale  en  France,  et  le  restreignant  au  Nouveau 
Monde,  M.  Chinard  a  voulu  rechercher  quelle  influence  la  décou- 
verte de  l'Amérique  a  exercée,  en  France,  sur  les  imaginations  des 
contemporains,  et  il  est  arrivé,  par  ses  lectures  et  ses  recherches  qui  lui 
ont  permis  de  tirer  parti  de  quelques  ouvrages,  encore  totalement 
oubliés —  la  Sphère  des  Deux  Mondes  de  Darinel,  par  exemple,  —  à 
recueillir  à  ce  propos  des  renseignements  très  intéressants,  ainsi  qu'à 
faire  de  curieuses  constatations  :  dès  l'origine,  déclare-t-il,  la  litté- 
rature américariste  a  eu  pour  caractéristique  principale  d'être  une 
littérature  exclusivement  intéressée,  dont  l'influence  s'exerce,  dès 
le  xvi^  siècle,  sur  les  conceptions  morales,  religieuses  et  politiques  des 
contemporains.  —  Quelque  soin,  quelque  conscience  que  M.  Chinard 
ait  apportés  à  la  rédaction  de  son  ouvrage,  il  n'a  pas  tout  connu; 
il  n'est  pas  au  courant  de  travaux  récents  qui  lui  auraient  permis  de 
renforcer  et  de  préciser  ses  conclusions.  Ce  n'est  pas  ici,  faute  de 
place,  que  nous  pouvons  en  faire  la  preuve;  aussi  comptons-nous  y 
revenir  ailleurs,  et  pour  deux  raisons  :  pour  faciliter  à  l'auteur,  s'il 
est  possible,  la  suite  de  sa  tâche,  puisqu'il  compte  montrer  dans  un 
autre  volume  que  l'influence  de  la  littérature  américaniste  n'a  cessé 
de  grandir  en  France  jusqu'au  romantisme,  • —  puis  parce  que  l'Exo- 
tisme américain  en  vaut  la  peine,  et  est  un  ouvrage  d'un  intérêt, 
d'une  utilité,  et,  parfois  aussi,  d'une  nouveauté  incontestables. 

5.  —  Nous  sommes  en  droit  de  parler  ici  du  volume  publié  dans  la 
«  Bibliothèque  d'histoire  contemporaine  »  sur  les  Questions  actuelles 
de  politique  étrangère  dans  l'Amérique  du  nord,  car  plusieurs  des  sujets 
qui  y  sont  traités  sont  éminemment  coloniaux,  tout  au  moins  par 
certains  côtés.  Sans  doute,  les  études  de  M.  Firmin  Roz  sur  la  crise 
des  partis  aux  Etats-Unis  et  du  comte  de  Périgny  sur  le  développe- 
ment économique  du  Mexique  n'ont  rien  de  colonial,  mais  la  doctrine 
de  Monroë  n'a-t-elle  pas  fini  par  subir  d^  telles  modifications  et  ex- 
tensions que  les  Yankees  s'appuient  sur  elle  pour  étendre  leur  in- 
fluence non  seulement  sur  d'autres  parties  du  Nouveau  Monde,  mais 
même  sur  les  Hawaï  et  les  Philippines  ?  Et  la  zone  du  canal  de  Pa- 
nama n'est-elle  pas  une  véritable  «  possession  «  des  États-Unis  dans 
l'Amérique  centrale?  Personne  enfin  ne  contestera  le  caractère  colo- 
nial d'un  travail  sur  le  Canada  et  l'impérialisme  britannique...  Voilà 
donc,  sur  les  cinq  chapitres  du  volume,  trois  chapitres  considérables, 
traités  par  MM.  André  Tardieu,  Paul  de  Rousiers  et  André  Sieg- 
fried, qui  envisagent  les  questions  coloniales  au  sens  le  plus  large  du 
mot...  Ils  le  font  de  la  manière  la  plus  simple  et  la  plus  claire,  er 


—  46  —   • 

même  temps  que  de  façon  très  vivante,  car  chacun  de  ces  chapitres 
a  débuté  par  être  une  conférence  prononcée  au  cours  de  l'hiver  de 
1911,  à  l'École  des  sciences  politiques,  par  un  des  orateurs  que  nous 
venons  de  nommer.  Publiées,  aussitôt  après  avoir  été  parlées,  dans 
France- Amérique,  ces  conférences  ont  ensuite  été  revues  par  leurs 
auteurs,  remises  au  point,  complétées  ou  développées  s'il  y  avait 
lieu;  leur  ensemble  constitue,  comme  l'ont  fait  précédemment  les 
conférences  relatives  à  l'Europe  et  à  l'Asie,  organisées  par  la  Société 
des  anciens  élèves  et  élèves  de  l'École  libre  des  sciences  politiques, 
un  précieux  exposé  des  questions  essentielles  qui  se  posent  aujour- 
d'hui dans  le  Nord-Amérique;  on  le  consultera  avec  fruit,  au  triple 
point  de  vue  politique,  économique  et  colonial. 

6.  —  Pour  passer  du  Nouveau  Monde  au  Continent  noir,  il  n'est 
pas  de  meilleure  transition  que  V Autobiographie  de  Henry  M.  Stanley. 
Cet  intéressant  et  attrayant  ouvrage  constitue  un  véritable  docu- 
ment pour  l'histoire  de  la  colonisation  contemporaine.  N'y  est-il  pas 
question,  dans  le  premier  volume  même,  après  le  récit  de  ces  premières 
années  dont  tous  les  journaux  ont  donné  un  résumé  plus  ou  moins 
développé,  —  n'y  est-il  pas  question  du  conflit  esclavagiste  aux 
États-Unis  et  de  la  guerre  de  Sécession,  c'est-à-dire  de  questions  colo- 
niales au  premier  chef?  Mais  c'est  surtout  dans  le  second  volume, 
construit  de  manière  très  habile  et  très  attrayante  par  la  veuve  du 
grand  explorateur  d'après  les  notes,  les  journaux  et  les  lettres  de 
Stanley  lui-même,  que  l'historien  de  la  colonisation  trouvera  des 
pages,  des  chapitres  ou,  mieux  encore,  des  séries  de  chapitres  dont  il 
devra  tirer  parti.  Sur  la  fondation  de  l'État  indépendant  du  Congo, 
sur  l'expédition  au  secours  d'Emir  Pacha,  sur  une  foule  d'autres 
sujets  de  non  moindre  importance,  l'ouvrage  abonde  en  renseigne- 
ments du  plus  haut  prix,  et  qui  contribuent  parfois  à  éclairer  d'un 
jour  très  vif  certains  événements.  C'est  le  cas.  par  exemple,  pour  une 
conversation  avec  Gladstone  rapportée  aux  pages  251-254  du  tome  II, 
et  aussi  pour  l'entrevue  de  Stanley  avec  le  président  Kruger  au  cours 
de  ce  voyage  dans  l'Afrique  du  sud  que,  une  fois  devenu  membre  du 
Parlement,  le  vaillant  explorateur  exécuta  à  la  fin  de  1897  (ch.  XIII 
du  même  volume).  Parfois,  par  contre,  en  particulier  sur  les  rapports 
avec  Emin,  nous  souhaiterions  plus  de  lumière  encore;  mais  nous 
comprenons  fort  bien  que  M"^^  Dorothy  Stanley  se  soit  trouvée  amenée, 
dans  certains  cas,  à  n'utiliser  qu'avec  la  plus  grande  réserve  les  notes 
de  son  mari.  Que  de  documents  intéressants  et  inédits  doivent  encore 
s'y  trouver  contenus,  à  en  juger  par  certaines  pages,  inconnues  jus- 
qu'ici, relatives  à  Livingstone,  par  exemple  !  Souhaitons  qu'un  jour 
ou  l'autre  M^^^  Stanley  se  décide  à  en  extraire  un  certain  nombre  :  les 
historiens  de  la  colonisation  comme  ceux  de  la  géographie,  trouveront 


sans  doute  beaucoup  à  y  prendre.  L'ouvrage,  illustré  de  trois  portraits 
de  Stanley  et  accompagné  d'une  carte,  a  été  en  général  bien  traduit 
par  M.  Georges  Feuilloy,  encore  que,  parfois,  avec  une  certaine  négli- 
gence, nous  y  avons  relevé  la  déplorable  expression  «  me  causer  »  pour 
«  me  parler  »  (t.  1,  p.  139;  II,  p.  317),  le  mot  «  supporter  »  dans  le 
sens  d'«  admettre  »  (II,  p.  253),  etc..  Ce  sont  là  des  vétilles  que,  dans 
un  autre  ouvrage,  nous  ne  relèverions  pas;  mais  la  traduction  de 
l'Autobiographie  de  Henry  M.  Stanley  devrait  être  absolument  irré- 
prochable. 

7.  —  Les  récentes  conventions  relatives  au  Maroc  en  faisant  un 
pays  soumis  à  notre  protectorat,  il  est  permis  de  considérer  comme  rele- 
vant de  l'histoire  coloniale  les  livres  qui  montrent  les  étapes  par  les- 
quelles, peu  à  peu,  le  Maghreb  el  Aksa  en  est  arrivé  au  point  où  nous 
le  voyons  aujoiu-d'hui.  Tel  est  le  cas  des  Documents  diplomatiques 
pour  servir  à  l'étude  de  la  question  marocaine  que  vient  de  réunir  en 
volume  M.  E.  Rouard  de  Gard,  à  qui  nous  sommes  déjà  redevables  de 
plusieurs  études  ou  brochures  sur  le  Maroc.  On  y  trouvera  les  textes 
essentiels  signés  conjointement  par  la  France  et  par  le  Maroc  depuis 
1844,  celui  des  accords  conclus  entre  la  France  et  différents  États  au 
sujet  du  même  pays,  enfin  celui  des  conventions  internationales  de 
Madrid  en  1880  et  d'Algésiras  en  1906.  Ainsi  se  trouve  constitué  un 
recueil  très  commode  à  consulter,  qui  rendra  de  réels  services,  mais 
qui  n'est  déjà  plus  exact,  par  suite  de  la  publication  de  conventions 
secrètes  au  sujet  desquelles  le  public  en  était,  il  y  a  peu  de  temps 
encore,  uniquement  réduit  à  des  conjecturées.  Pourquoi,  pour  tenir 
son  recueil  au  courant,  M.  Rouard  de  Gard  ne  publierait-il  pas  un  mince 
fascicule  complémentaire,  rectifiant  et  complétant  son  texte,  là 
où  il  est  nécessaire?  Ge  serait  le  meilleur  moyen  de  maintenir  à  ces 
Documents  tout  leur  intérêt,  et  d'en  faire  ce  qu'a  voulu  leur  auteur, 
le  recueil  auquel  recourront  tous  ceux  qui  voudront  étudier  les  vicis- 
situdes et  les  données  actuelles  de  la  question  marocaine. 

8.  —  Nous  n'hésitons  pas,  encore  qu'on  puisse  nous  en  blâmer,  à 
classer  parmi  les  ouvrages  ayant  trait  à  la  colonisation,  celui  que 
M.  Gh.  René-Leclerc,  délégué  général  du  «  Gomité  du  Maroc  »  à  Tan- 
ger, a  publié  en  1910  à  Oran  sous  ce  titre  très  modeste  :  Situation 
économique  du  Maroc,  1908-1909.  On  y  trouve  en  effet,  à  côté  d'ana- 
lyses très  minutieuses  du  commerce  général  du  pays,  des  importa- 
tions et  des  exportations,  de  la  situation  économique  de  la  contrée 
entre  le  l^r  janvier  1908  et  le  1"  janvier  1909,  à  côté  aussi  des 
statistiques  du  mouvement  commercial  et  maritime  du  Maroc  pour 
le  même  laps  de  temps  d'après  les  statistiques  du  Gomité  de  sdouanes, 
—  on  y  trouve  deux  chapitres  d'une  importance  extrême  pour  l'ac- 
tion européenne  dans  les  différentes  parties  du  Maghreb    el  Aksa. 


-  48  — 

Voici  d'abord  le  chapitre  V,  consacre  à  des  «  études  et  monographies 
diverses,  »  où,  entre  des  notices  sur  le  sel,  l'agriculture,  la  culture  des 
céréales,  l'élevage  du  mouton  au  Maroc,  nous  relevons  quelques 
pages  intéressantes  sur  «l'agriculture  possible  dans  la  Chaouia  » 
(p.  162-164),  une  précieuse  contribution  à  ce  que  nous  appellerons 
les  «  possibilités  économiques  et  coloniales  »  du  Maroc.  Et  que  dire 
du  chap.  VI,  consacré  tout  entier  aux  «  moyens  de  développer  la 
situation  économique  et  commerciale  de  la  France  au  Maroc  »  (p.  197- 
221)?  Que  dire  du  chapitre  VU,  où,  en  manière  de  conclusion,  M.  René 
Leclerc,  avec  sa  grande  compétence,  s'attache  à  déterminer  le  pro- 
gramme que  peuvent,  que  doivent  suivre,  pour  favoriser  l'expansion 
économique  française  dans  la  <y:!ntrée,  et  l'intervention  officielle,  et 
l'initiative  privée?  Tout  cela,  c'est  d^^la  colonisation  au  premier  chef 
—  Voilà  pourquoi  nous  signalons  ici  ce  nouveau  volume  de  M.  Ch. 
René-Leclerc  ;  il  est,  comme  ceux  qui  l'ont  précédé,  très  clair,  très 
précis,  très  pondéré  ;  c'est  un  répertoire  de  faits  des  plus  précieux, 
et  en  même  temps,  sans  le  vouloir,  un  plaidoyer  singulièrement  élo- 
quent en  faveur  de  l'action  française  au  Maroc.  Pour  se  rendre  un 
compte  exact  de  la  solidité  des  prétentions  allemandes,  il  convient 
aussi  de  le  lire  soigneusement  et  d'en  peser  tous  les  termes;  tandis 
que,  durant  les  12  mois  de  l'année  1908,  le  commerce  français  crois- 
sait de  16.350.000  francs  par  rapport  aux  chiffres  de  Tannée  1907,  et 
le  commerce  anglais  de  près  de  16.120.000  francs,  le  commerce  alle- 
mand croissait  à  peine  de  864.000  francs,  arrivant,  avec  ses  10.847.000 
francs  au  total,  bon  troisième,  et  bien  loin  derrière  l'Angleterre,  dont 
le  chiffre  d'affaires  était  de  41.547.000  francs,  plus  loin  encore  de  la 
France,  dont  le  commerce  avec  le  Maroc  atteignait  la  somme  de"* 
51.237.000  francs! 

9.  —  Au  sud  du  Maghreb  el  Aksa,  par-delà  le  Sahara  nord-occi- 
dental, se  développe,  au  nord  du  Sénégal,  la  Mauritanie,  rattachée  à 
notre  empire  de  l'Afrique  occidentale,  grâce  aux  efforts  du  regretté 
Coppolani.  Ce  pays  est  demeuré  pendant  longtemps  turbulent,  insou- 
mis en  fait,  sans  cesse  en  état  de  demi-révolte  à  l'égard  des  adminis- 
trateurs envoyés  de  Dakar  pour  y  asseoir  définitivement  notre  auto- 
rité. Il  n'en  est  plus  de  même  aujourd'hui,  grâce  à  l'œuvre  de  pacifi- 
cation menée  à  bien,  du  mois  de  décembre  1909,  par  le  colonel  Gou- 
raud.  Cette  œuvre,  les  membres  de  la  Société  de  géographie  en  ont 
connu  les  grandes  lignes  dès  le  13  juin  suivant,  grâce  à  l'exposé  que 
leur  en  fit  celui  même  qui  l'avait  accomplie;  mais  c'est  dans  le  Bul- 
letin du  Comité  de  l'Afrique  française  qu'il  faut  en  aller  chercher  les 
détails.  Vue  d'ensemble  et  exposé  détaillé  se  trouvent  maintenant,  par 
les  soins  du  «  Comité  de  l'Afrique  française  »,  réunis  dans  un  volume 
intitulé  la  Pacification  de  la  Mauritanie,  qu'illustrent  un  certain  nom- 


—  49  - 

bre  de  gravures,  ainsi  que  des  plans  et  des  croquis  dans  le  texte,  enfin 
une  carte  hors  texte;  ainsi  peut  être  facilement  suivi  le  journal  plein  de 
menus  faits,  de  renseignements  précis  et  d'indications  utiles,  soigneu- 
sement rédigé  par  le  colonel  Gouraud,  journal  qui  est,  au  point  de 
vue  colonial,  un  véritable  document,  au  sens  le  meilleur  du  mot. 

10.  —  Voici  notre  pauvre  Afrique  équatoriale,  de  par  la  volonté 
des  Allemands,  bien  mutilée  et  coupée  en  deux  tronçons;  ainsi  se 
trouve  achetée,  non  pas  tT'op  chèrement  peut-être,  mais  en  tout  cas 
à  très  cher  prix,  l'extension  de  l'influence  française  sur  la  majeure 
partie  du  Maroc,  des  rives  de  la  Petite  Syrte  à  celles  de  l'Atlantique  ! 
On  s'en  convaincra  très  vite  en  lisant  le  tout  récent  ouvrage  consacré 
par  M.  Maurice  Rondet-Sairt,  l'auteur  de  la  Grande  Boude,  à  l'Afrique 
équatoriale  française.  11  ne  s'agit  point  là  d'un  livre  de  géographie  pure 
ni  d'études  scientifiques  désintéressées,  mais  d'un  livre  de  géographie 
économique  et  positive,  d'un  livre  de  réalisations,  dirais-je  volontiers. 
C'est,  en  effet,  avec  l'idée  de  voir  et  d'apprendre,  de  recueillir  des 
observations  précises  sur  le  présent  et  l'avenir  de  la  contrée  que 
M.  Rondet-Saint  a  parcouru  notre  chère  Afrique  équatoriale  depuis 
les  rivages  de  l'Atlantique  jusqu'à  l'Oubangui,  remontant  l'Ogôoué 
jusqu'à  N'Djolé,  la  Sangha  jusqu'à  Ouesso,  l'Oubangui  jusqu'à 
Bangui,  visitant  le  massif  du  Haut-Djoué,  promenant  partout  sa 
curiosité  très  informée  et  très  éveillée.  Le  résultat  de  cette  curiosité 
c'est  l'Afrique  équatoriale  française,  où  l'auteur  affirme  que  la  colonie 
tout  récemment  visitée  par  lui  est,  «  dès  aujourd'hui,  un  pays 
d'une  colossale  richesse  visible;  elle  figurera,  avant  un  quart  de  siècle, 
parmi  les  plus  belles  et  les  plus  riches  possessions  de  la  République 
française.  »  Certes,  M.  Rondet-Saint  formule  à  juste  titre,  au  cours  de 
son  travail,  bien  des  réserves  justifiées;  mais  la  conclusion  énoncée 
par  lui  dans  les  dernières  lignes  de  son  livre  n'en  est  pas  moins  à 
retenir.  Elle  ravivera  chez  beaucoup  des  lecteurs,  à  qui  l'auteur  per- 
met de  bien  comprendre  l'esprit  de  suite  des  Allemands  (p.  57  et  72, 
par  exemple),  l'amer  regret  que  cause  à  tout  bon  Français  l'abandon 
aux  avidités  germaniques  d'une  bonne  partie  de  notre  Congo. 

11.  —  Des  études  de  détail  sur  telle  ou  telle  partie  de  l'Afrique, 
élevons-nous  à  des  vues  d'ensemble  en  même  temps  qu'à  ces  problèmes 
d'ordre  général  sur  lesquels  ne  cessent  de  réfléchir  et  de  méditer 
les  administrateurs  les  plus  perspicaces  et  les  plus  expérimentés.  De 
semblables  questions,  il  en  est  peu  —  si  même  il  en  est  —  de  plus  im- 
portantes que  celle  de  l'éducation  sociale  des  indigènes;  depuis  le 
moment  surtout  où  aux  politiques  successives  que  Von  pourrait  appe- 
ler «  de  domination  »  et  «  d'assimilation  »  est  venue  se  substituer  la 
politique  de  «  collaboration  »,  il  a  fallu  en  définir  les  différents  points 
et  en  déterminer  les  grandes  lignes;  un  mot  est  bien  vite  dit,  en  effet, 
Janvier  1912.  .  T.  CXXIV.  4. 


—  50  — 

mais  ne  suffit  pas  et,  derrière  une  étiquette,  il  doit  y  avoir  tout  un 
programme,  et,  pour  appliquer  ce  programme,  des  hommes  d'initia- 
tive, doués  à  la  fois  d'intelligence,  d'énergie  et  de  bonté.  M.  le  lieu- 
tenant d'infanterie  coloniale  P.  Roeckel  doit  être  un  de  ces  hommes, 
sans  lesquels  la  politique  de  collaboration  ne  serait  qu'un  vain  mot; 
il  suffit  de  lire  le  petit  volume  qu'il  vient  de  publier  sur  l'Éducation 
sociale  des  races  noires  pour  s'en  convaincre.  Cette  éducation,  déclare 
très  justement  l'auteur,  est  «  possible,  mais  à  la  condition  que  tous  les 
Européens   qui  vont  en  Afrique  se  conduisent  en   éducateurs  »,   ce 
que,  hélas  !  ils  ne  font  pas.  Elle  est  possible,  et  la  meilleure  preuve 
qu'on  en  puisse    donner,  c'est   le  tirailleur    sénégalais,  qui  une  fois 
soumis,  entre    les  mains    des  blancs,  à  une  éducation  forte  s'adres- 
sant     spécialement    à    sa    volonté,    devient    tout    différent    de    ce 
qu'il  était  auparavant,  et  même,  une  fois  rentré  dans  son  foyer,  dans 
l'atmosphère  d'indolence  dans  laquelle  il  a  été   élevé,  garde  une  par- 
tie de  son  ancienne  énergie.  Elle  est   possible,  et,  ajoute  le  lieutenant 
Rœckel,    elle  est    pour   nous    une  nécessité.  Il    faut  donc   agir    en 
conséquence,  et,  pour  ce  faire,  donner  aux  coloniaux  l'éducation  qui 
leur  convient  à  eux-mêmes;  ainsi  l'auteur,  après  avoir  étudié  dans 
une  première  partie  la  psychologie  des  races  noires  et  constaté  dans 
une  seconde  la  pauvreté  des  résultats  obtenus  jusqu'ici,  se  trouve 
amené   à  tracer  un   programme   très   intéressant   d'éducation   pour 
ceux-là  mêmes   qui  sont  destinés  à  éduquer  les  noirs,  c'est-à-dire, 
en  réalité,  pour  tous  les  coloniaux.  Chacun  en  effet,  M.  Roeckel  le 
montre  très  bien,  a  sa  tâche  particulière,  et  le  simple  colon,  et  le 
commerçant,  et  l'instituteur,  et  le  médecin,  et  l'administrateur,  et 
surtout  l'officier  dont  M.  Rœckel  voit  le  rôle  «  le  plus  beau.  «  Nul 
n'y  contredirait,  si  l'auteur  avait  pris  la  précaution  de  faire  préala- 
blement une  réserve,  et  de  mettre  à  part  le  missionnaire,  en  indi- 
quant pour  quelle  raison  il  n'en  parlait  pas;  mais  le  supprimer  par 
simple  prétérition,  c'est  vraiment  inexcusable  !  Tel  est  notre  gros 
grief  contre  le  livre  de  M.  Rœckel,  dont  nous  avons   grand    plaisir 
à  louer  par  ailleurs  les  idées  et  l'ordonnance.  Mais  il  convient  de  re- 
tenir que  l'Education  sociale  des  races  noires  est  un  ouvrage  trop 
précis  pour  pouvoir  être  mis  entre  toutes  les  mains,  et  il  faut  déplorer 
qvie  l'auteur  n'ait  pas  davantage  soigné  son  style;  à  cet  égard,  pour 
une  seconde  édition,  que  nous  souhaitons  proche,  —  tant  les  idées  du 
lieutenant  Rœckel   tous  semblent  bonnes,  ■ —  une  sérieuse  revision 
s'impose,  comme  aussi  au  point  de  vue  des  épreuves;  celles-ci,  en 
effet,  ont  été  très  mal  corrigées,  si  bien  que  certaines  phrases  sont 
inintelligibles,  celle  par  exemple  où  il  est  question  des  «  possibilités 
psychologiques  de  la  rue  »  (lisez  de  la  race)  à  la  page  260,  celle  où  il 
est  dit  (p.  277)  que   v  le  niveau  moral  des  Slaves  «   (lisez  des   Blancs) 
tendait  à  baisser  en  Afrique  par  suita  du  manque  de  contrôle. 

Henri  Froidevaux. 


—  51  — 

THÉOLOGIE     . 

Dietieanaire  de  tliéol»gic  catholif|ue,  publie  sons  la  direction 
de  l'abbé  Mangenot.  Fasc.  XXXII  {Dims  Scot-Élection),  coi.  1921  -2240.  — 
Fasc.  XXXlll  (Élection-Emser),  col.  2241-2500.—  Fasc.  XXXIV  {Enchantement - 
Époux),  col.  1-384.  —  Fasc.  XXXV  {Èpoux-Espru-Saitit),  col.  385-704.  Paris 
Letouzey  et  Ané,  1911,  4  fasc.  gr.  in-8.  —  Prix  de  chaque  fasc.  :  5  fr. 

Pendant  l'année  1911,  quatre  fascicules  du  Dictionnaire  de  théologie 
ont  paru,  formant  la  fin  du  tome  IV  et  le  commencement  du  tome  V; 
le  fascicule  XXXV  s'arrête  aux  premières  pages  de  l'article  Esprit- 
Saint. 

Le  P.  Dublanchy  donne  en  120  colonnes  une  remarquable  syn- 
thèse du  traité  de  l'Eglise;  le  P.  Salaville  développe  en  100  colonnes, 
à  propos  du  mot  Epiclase,  les  controverses  concernant  la  forme  du 
sacrement  de  l'Eucharistie;  le  P.  Richard  consacre  un  long  article 
à  la  question  de  VEnfer  considéré  d'après  les  textes  sacrés,  l'ensei- 
gnement dés  Pères  et  les  décisions  de  l'Éghse 

L'ordre  alphabétique  amenait  les  mots  Ecriture  sainte  et  le  mot 
Epiires,  qui  ont  fourni  à  M.  Mangenot  la  matière  de  deux  notices 
courtes  et  solides.  Deux  prêtres  de  Nancy  ont  parlé,  l'un,  M.  Bigot, 
de  Y Ecclésiaste  et  de  l'Ecclésiastique,  l'autre,  M.  Clamer,  d'Esdras 
et  Néhémie.  M.  Mangenot  s'est  réservé  la  rédaction  de  l'article  sur 
VEpitre  aiix  Ephésiens. 

Le  Concile  d'Elvire  est  traité  par  M.  Bareille;  le  P.  Salaville  con- 
sacre 100  colonnes  au  Conci/e  c^'iipAèse.  M.  Pareille,  spécialiste  en  fait 
d'hérésiologie,  s'occupe  des  Ebionites  et  de  quelques  autres  sectes 
de  moindre  importance. 

Les  questions  de  morale  sont  traitées  par  le  P.  /.ntoine,  le  P.  Des- 
brus, rédemptoriste,  le  P.  Dutilleul  (Esclavage,  en  60  colonnes),  le 
P.  Ortolan  (Embryologie  et  Emhryotomie),  l'abbé  Fonsagrives  (De- 
voirs des  Epoux).  M.  Valton  examine  avec  ampleur  les  Empêchements 
au  mariage  et  revient  sur  la  question  à  propos  du  mot  Erreur. 

Election  donne  lieu  à  quatre  articles  :  Election  divine  par  M.  l'abbé 
Michel,  qui  a  rédigé  également  l'article  Élus  (nombre  des);  —  l'Élec- 
tion en  tant  qvx'acte  humain,  par  le  P.  Gardeil;  —  l'Élection  des  évê- 
ques,  par  M.  l'abbé  Rolland;  —  l'Election  des  Papes  par  le  P.  Ortolan. 

M.  l'abbé  Bour  a  écrit  en  60  colonnes  un  excellent  résumé  de  ce 
qu'il  faut  savoir  sur  VEpigraphie  chrétienne. 

Des  notices  abondantes  comme  de  coutume  concernent  les  Char- 
treux (P.  Autore),   les   Jésuites   (P.  Brucker),  les  Dominicains  (p, 
Coulon),   les   Franciscains   (P.   Edouard   d'Alençon),  les   Orientaux 
(S.  B.  Mgr  Chebli,  patriarche  des  Maronites,  l'abbé  Nau,    les  Pères 
de  l'Assomption).  D'autres  sont  écrites  par  MM.  Clerval,  Constantin 
Forget,  Godet,  le  P.  Heurtebize,  bénédictin,  MM,  H.umbert,  Ingold' 


—    52  - 

Largent,  le  P.  Raymond,  capucin,  le  P.  Servais,  carme,  le  P.  de  la 
Sèrvière,  qui  se  cantonne  dans  l'histoire  du  protestantisme  anglais, 
M.  Vernet  et  le  P.  Verschaffel.  Je  ne  ferai  qu'une  réserve  à  propos  de 
l'article  Diipanloup  :  j'y  ai  trouvé  des  lacunes  qui  ont  bien  l'air  de 
réticences  intentionnelles  :  telle  n'est  pas  la  note  ordinaire  des  articles 
qui  paraissent  dans  le  Dictionnaire. 

M.  l'abbé  Logendrc  a  rédigé  une  longue  notice  du  plus  haut  intérêt 
sur  Y  Etat  religieux  de  l'Espagne.  Il  y  a  accumulé  les  indications  sta- 
tistiques les  plus  précieuses  et  en  dégage  des  conclusions  générales 
qui  honorent  l'auteur  et  la  publication  à  laquelle  i)  veut  bien  col- 
laborer. P.   PiSANI. 


Retour  n  la  sainte  Cgllse.  Expériences  et  croyances  d'un  converti, 
par  le  û^  Albert  von  Ku ville;  irad.  de  l'alleaiand  par  l'abbé  G.  Lapeyrb, 
avec  une  Inlroduclioa  de  Georges  Goyau.  Paris,  Beauchesne,  1910,  in-16 
de  XXX-2O0  p.  avec  portrait.  —  Prix:  2  fr.  50. 

Sans  pouvoir  escompter  peut-être  un  succès  égal  à  celui  qui  l'a 
accueilli  dans  les  pays  protestants  (la  traduction  présente  est  faite 
sur  le  texte  de  la  19-28*^  édition  allemande),  le  livre  de  M.  von 
Ruville  trouvera  chez  nous,  nous  le  pensons,  la  diffusion  qu'il  mérite. 
Document  de  psychologie  religieuse,  par  'le  récit  captivant  d'un 
«  retour  à  la  sainte  Église  >>  par  la  voie  de  l'étude,  mais  surtout  par  le 
sentiment  très  vif  de  quelques  vérités  rehgieuses  élémentaires,  et  par 
la  sincérité  absolue  —  document  historique,  par  ses  détails  de  pre- 
mière main  sur  la  vie  protestante,  l'individualisme  de  son  aristo- 
cratie pensante,  son  intellectualisme  orgueilleux  et  les  préjugés  qui 
l'obsèdent  —  synthèse  théologique  remarquable,  par  un  homme  qui 
du  premier  coup  s'établit  en  pleine  mentalité  catholique  (mais  fût-il 
entré  chez  nous,  s'il  n'avait  été  de  chez  nous,  comme  dit  l'Apôtre?), 
venge  l'Église  de  toutes  attaques,  uniquement  parce  qu'il  restitué  sa 
pensée  véritable  'et,  sans  voiler  des  taches  inévitables  en  son  corps  de 
chair,  révèle  partout  l'esprit  divin  qui  l'anime  et  qui  transparaît  à 
travers  ses  faiblesses,  —  cet  ouvrage  intéresse  au  plus  haut  point  la 
théologie,  l'histoire,  la  piété.  Dans  la  Préface,  M.  G.  Goyau  résume 
la  genèse  et  les  leçons  de  cette  conversion  avec  la  sympathie  et  la 
pénétration  que  lui  assurent  la  communauté  d'études  et  l'égale  viva- 
cité de  la  foi.  H.  Gisors. 

JURISPRUDENCE 

Cours  d*  droit  forestier,  par  Charles  Guyot.  T.  III,  fascicule  I", 
litre  VI.  Paris,  Laveur,  1911,  in-8  de  308  p.  —  Prix  :  5  fr. 

L'analyse  des  deux  premiers  volumes  de  ce  Cours  a  paru  en  mars 


—  53  — 

1908  (t.  CXII  du  Polybiblion  p.  223-224  et  en  septembre  1910  (t. 
GXIX,  p.  232-233).  Après  avoir  traité  du  droit  pénal,  puis  du  droit 
civil  en  matière  forestière  publique  et  privée,  l'auteu  raborde,  dans  la 
première  moitié  de  son  troisième  et  dernier  volume,  la  législation  des 
travaux  publics  appliquée  aux  travaux  et  attributions  confits  au  ser- 
vice forestier  pour  la  fixation  des  dunes  du  littoral  de  l'ouest,  pour  la 
restauration  et  reconstitution  des  terres  forestières  et  pastorales  en 
montagne,  et  enfin  quant  au  régime  des  eaux.  La  législation  de  la 
pêche,  de  la  chasse  et  de  la  destruction  des  animaux  nuisibles  fera 
l'objet  du  second  fascicule  en  préparation. 

Jusqu'à  la  mise  à  exécution  des  lois  de  1860,  1864  et  1882,  d'une 
part,  concernant  les  travaux  de  restauration  et  conservation  des  ter- 
rains en  montagne,  et,  d'autre  part,  du  décret  impérial  d'avril  1862 
transmettant  au  service  forestier  l'œuvre  de  la  fixation  des  dunes 
jusqu'alors  confiée  à  l'Administration  des  ponts  et  chaussées,  les 
agents  des  forêts  étaient  étrangers  aux  travaux  publics,  au  sens  légal 
de  ce  mot.  L'auteur  du  Cours  traite  donc  en  premier  lieu  de  la  légis- 
lation y  relative  que  les  agents  ont  désormais  à  appliquer. 

Cette  préliminaire  étude  faite,  M.  Ch.  Guyot  aborde,  dans  un  se- 
cond chapitre,  l'exposé  historique,  technique  et  juridique  des  travaux 
de  fixation  des  dunes  par  reboisement  et  les  questions  de  droit  de 
propriété  qui  s'y  rattachent,  sans  oublier  de  mentionner,  en  appen- 
dice, la  mise  en  valeur  par  le  même  procédé  des  800.000  hectares  des 
landes,  cette  sorte  de  prolongement  des  dunes. 

La  législation  des  terrains  en  montagne  avant  et  depuis  la  loi  du  4 
avril  1882;  les  résultats  favorables  comme  les  déceptions  qui  s'en 
sont  suivis;  les  lois  en  projet  pour  remédier  à  jce  qui  a  causé  ces  der- 
nières et  compléter  les  premiers,  —  tout  cela,  examiné  point  par 
point  avec  toutes  les  questions  de  droit  qui  s'y  rattachent  et  les  dis- 
cussions juridiques  appropriées,  remplit  le  chapitre  III  et  occupe  le 
tiers  du  fascicule. 

Le  régime  des  eaux  prend  une  importance  inconnue  naguère  du 
service  forestier  moderne  avant  l'année  1898  où  lui  a  été  restitué 
son  ancien  titre  d'administration  des  Eaux  et  forêts,  et  où  lui  a  été 
ajoutée  une  section  des  améliorations  pastorales  (ce  qui  implique 
le  régime  des  sources  et  des  cours  d'eau  de  montagne),  de  la  pêehe 
et  de  la  pisciculture.  Répartie  en  une  infinité  de  règlements,  ordon- 
nances, lois,  décrets  rendus  ou  édictés  depuis  près  de  deux  siècles  et 
demi,  la  législation  des  eaux  forme  un  fouillis  inextricable  que  M.  Ch 
Guyot  a  su  collationner,  éclaircir  et  mettre  en  ordre  en  y  projetant 
les  lumières  de  sa  science  juridique.  C'est  l'objet  de  son  quatrième 
chapitre. 

Un  chapitre  V  et  dernier,  d'une  dizaine  de  pages  à  peine,  est  em- 


ployé  à  indiquer  sommairement  l'application  à  l'Algérie  et  aux  colo- 
nies des  législations  étudiées  dans  les  pages  antérieures. 

G.    DE    KiRWAN. 


SCIENCES     ET   ARTS 

fi'Annéc  ioreiitière  (19141).  Aclualilés  delà  science  des  forêts,  par 
LuciKN  Chanckrbl.  Pans  et  Nancy,  Berger-Levraull,  19J1,  ia-16  de 
ix-323  p.,  avec  -li)  grav.  hors  lexle,  —  Prix  :  3  fr.  50. 

lia  Foret,  so»  rôle  dans  la  nature  et  le»  sociétés, par  A.  Jac- 
QUOT.  Paris  et  Nancy,  Berger-Levrault,  1911,  in-8  de  xx-324  p.  —  Prix  : 
à  fr.  50. 

Docteur  en  droit,  docteur  ès-sciences,  docteur  en  médecine,  et, 
par-dessus  le  marché,  inspecteur  des  eaux  et  forêts,  attaché  au  mi- 
nistère de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts,  l'auteur  du 
premier  de  ces  deux  ouvrages  est  incontestablement  qualifié  pour 
traiter  la  très  complexe  question  des  forêts  et  tout  ce  qui  s'y  rat- 
tache, aux  multiples  points  de  vue  juridique,  naturaliste,  économique, 
hygiénique  et  même  esthétique;  et  son  travail  justifie,  il  faut  le 
reconnaître,  les  prétentions  qu'impliquent  les  nombreux  grades  et 
qualités  portés  à  la  suite  de  son  nom,  sur  la  couverture  de  ce  livre. 

Il  n'apparaît  pas  toutefois  que  le  côté  juridique  de  la  question  — 
ou  plutôt  des  questions,  car  elles  sont  nombreuses,  —  l'ait  particu- 
lièrement préoccupé.  Ce  sera  sans  doute  pour  une  autre  année,  M. 
Chancerel  se  proposant  de  nous  donner,  chaque  année,  V Année  fores- 
tière précédente. 

Dans  ce  premier  annuaire,  l'auteur  s'occupe  principalement  du 
régime  des  eaux  dans  sa  dépendance  des  forêts,  des  inondations  et 
des  reboisements.  Il  traite  aussi  de  la  question  relativement  nou- 
velle de  l'emploi,  en  sylviculture,  des  engrais  chimiques;  et,  à  propos 
des  mesures  à  prendre  pour  la  conservation  des  forêts,  il  apporte  une 
contribution  importante  à  la  lutte  soutenue  par  tous  les  corps  et 
organes  compétents,  contre  le  fisc  qui  impose  aux  forêts  un  impôt 
plus  fort  qu'à  toutes  autres  propriétés  non  bâties,  lequel  ne  peut 
qu'amener,  à  la  longue,  la  disparition  des  forêts  elles-mêmes. 

Les  maladies  des  arbres,  les  végétaux  et  bois  exotiques  introduits 
ou  importés  où  à  introduire,  les  richesses  forestières  des  deux  Améri- 
ques, de  l'Afrique  et  de  l'Asie  et  de  nos  colonies. enfin  la  chasse  dans  les 
bois  de  l'État  sont  traités  dans  ce  volume  très  rempli.  Il  est  même 
tellement  rempli  qu'on  est  porté  à  se  demander  si  l'auteur  pourra  trou- 
ver, chaque  année,  des  éléments  aussi  nombreux  à  mettre  en  œuvre. 

25  gravures  hors  texte,  très  soignées,  viennent  à  l'appui  de  celui-ci. 

—  La  Forêt,  de  M.  A.  Jacquot,  envisage  la  question  à  un  point 
de  vue  plus  vaste  encore  et  la  traite  d'après  un  plan  plus  général  que 


—  55  — 

ne  le  comportait  la  forme  d'annuaire  adoptée  par  M.  Chancerel. 
Recueil  de  quatorze  conférences  se  suivant  d'après  une  méthode  dé- 
terminée, l'ouvrage,  présenté  par  une  Préface  de  M.Marcel  Prévost, 
comprend  trois  parties. 

Dans  la  première,  économique,  laquelle  ne  comprend  que  deux 
conférences,  l'auteur  expose  les  premiers  résultats  du  mouvement  de 
l'opinion  en  faveur  de  la  sylviculture,  signale  les  funestes  effets  de  la 
«  déforestation,  »  montre  les  emplois  très  variés,  directs  et  indirects 
des  bois,  indique  les  ressources  forestières  tant  de  l'Europe,  avec  ses 
déficits,  que  du  monde  entier,  et  fait  ressortir  l'avantage  des  plan- 
tations, suivant  que  le  propriétaire  est  l'État,  les  communes  ou  autres 
personnes  morales  et  les  particuliers. 

Neuf  conférences  sort  affectées  à  la  deuxième  partie  (physique  et 
chimique),  où  il  est  question  de  l'influence  des  forêts  sur  les  phéno- 
mènes physiques  et  météorologiques  de  toute  nature  et  réciproque- 
ment, de  la  fluctuation  des  cours  d'eau  et  des  régimes  hydrologiques 
dans  leur  relation  avec  le  taux  de  boisement  ou  le  déboisement  des 
régions;  des  funestes  effets  des  abus  pastoraux,  (notamment  de  la 
transhumance);  des  eaux  de  ruissellement,  de  la  houille  blanche,  de 
la  navigation,  des  irrigations  ;  de  l'influence  du  boisement  et  du 
déboisement  sur  le  climat  et  la  production  agricole;  de  la  mise  en 
valeur  des  terres  incultes  ;  de  la  «  prépondérance  »  des  forêts  en 
hygiène,  de  l'assainissement  par  la  forêt;  du  «  malaise  social  «  résul- 
tant de  l'excès  du  déboisement,  et  de  la  relation  entre  le  taux  du 
déboisement  et  le  taux  de  la  dépopulation  ;  de  l'obtention  à  réaliser 
de  la  repopulation  par  l'effet  du  reboisement  (sur  ces  trois  points, 
il  est  fait  ici  une  incursion  dans  le  sujet  afférent  à  la  troisième 
partie)   ;  enfin    des    très    nombreux  bienfaits  indirects  des  forêts. 

Le  rôle  social  des  forêts,  objet  des  trois  dernières  conférences, 
comprend  d'abord  le  point  de  vue  esthétique,  l'historique  du  culte 
idolâtrique  dont  les  arbres  furent  l'objet  dans  l'antiquité.  Considé- 
ration fort  contestable  contre  le  droit  de  propriété,  fondée  sur  une 
interprétation  inexacte  du  jus  abutendi  (lequel  n'est  pas  le  droit 
d'abuser,  au  sens  français  du  terme,  mais  bien  de  jouir  intégrale- 
ment), mais  pouvant  être  amendée  sans  préjudice  pour  la  thèse  con- 
servatoire de  l'auteur.  Conciliation,  par  une  équitable  répartition,  des 
industries  forestière  et  pastorale,  celle-ci  étant  améliorée  et  celle-là 
préservée.  Exposé  des  moyens  financiers,  administratifs  et  de 
législation,  pour  établir  un  sage  régime  sylvo-pastoral  et  encourager 
le  reboisement.  ^ 

Finalement  l'auteur  clôt  son  savant  volume  par  un  résumé  —  «pou- 
vant faire  l'objet  d'une  seule  conférence,  »  —  sur  le  rôle  de  la  forêt 
«  au  triple  point  de  vue  physique,  économique  et  social.  '■>  Il  présente 


-  56  - 

ainsi  son  livre  comme  un  fond  au  service  des  conférenciers  qui  vou- 
draient faire,  comme  lui,  campagne  on  faveur  de  la  c  reforestation  » 
de  la  France.  C.  de  Kirwan. 

LITTÉRATURE 

P«lUe  Granimaire  allemande,  par  Emile  Otto.  10»  édition  revue 
par  Paul  Vbrrieb.  Ileidelberg,  Gross,  1911,  in-16  cartonné  de  vin-228  p. 
—  Prix  :  2  fr.  oO, 

La  maison  Jules  Gross,  de  Heidelberg,  est  fort  connue  en  Europe 
par  la  publication  de  ses  manuels  et  livres  d'enseignement  pour  l'étude 
des  langues  modernes,  d'après  la  méthode  Gaspey-Otto-Sauer.  Le 
principe  de  la  méthode  consiste  à  faire  marcher  de  front  la  grammaire 
et  la  pratique,  c'est-à-dire  ni  le  vide  de  la  méthode  d'Ahn  ou  de 
Berlitz,  ni  les  divagations  de  la  théorie  pure.  M.  Paul  Verrier  a  revu 
la  10^  édition  de  la  Petite  Grammaire,  et  il  a  essayé  de  l'adapter 
jusqu'à  un  certain  point  à  la  méthode  intuitive,  la  coqueluche  de 
l'Université  moderne,  en  France  encore  plus  qu'en  Allemagne.  Il  a 
simplifié  l'ancienne  grammaire  Otto,  pas  assez  cependant  à  notre 
gré,  et,  puisque  l'on  s'adresse  à  des  commençants,  je  voudrais  bien 
savoir  ce  que  viennent  faire  ici  ces  20  pages  de  théorie  sur  la  pronon- 
ciation, sur  les  consonnes  voisées  ou  invoisées.  Pourquoi  farcir  les 
jeunes  têtes  de  ces  termes  qu'elles  ne  comprennent  pas?  Les  mots 
consonnes  sonores  ou  consonîies  sourdes,  pour  être  compris  de  tout  le 
monde,  n'en  sont  pas  moins  exacts  ou  moins  scientifiques.  Par  contre, 
nous  félicitons  les  auteurs  d'avoir  ramené  à  des  proportions  plus 
humaines  les  chapitres  sur  la  déclinaison  et  la  conjugaison  qui  étaient 
si  touffus  dans  l'ancienne  grammaire  Otto.  L.  Mensch. 


Observations  mur  la  légende  primitive  d'Ulysse,  par  Maukicb 
Choisbt.  Paris,  C.  Klincksieck,  1910,  in-4  de  46  p.  —  Prix  :  2  fr. 

M.  M.  Croiset,  que  les  suffrages  de  ses  collègues  viennent  d'élever 
au  poste  éminent  d'administrateur  du  Collège  de  France,  s'est  pro- 
posé, dans  ce  mémoire,  «  de  rechercher,  d'après  les  plus  anciens  témoi- 
gnages et  les  faits  les  plus  probables,  comment  la  légende  d'Ulysse 
paraît  avoir  évolué  jusqu'au  temps  où  elle  a  pris  dans  YOdyssée  la 
forme  sous  laquelle  elle  est  restée  populaire.  »  Et  des  textes,  qu'il  con- 
fronte avec  une  rare  habileté,  il  conclut  qu'avant  la  fin  du  second 
millénaire  avant  notre  ère,  les  îles  et  la  région  qui  entourent  Ithaque 
étaient  déjà  habitées  par  une  race  conquérante,  probablement  venue 
du  continent  et  dépositaire  d'anciennes  traditions.  Ulysse  passe,  dans 
les  plus  anciens  chants  de  l'Iliade,  pour  un  héros  en  possession  d'une 
réelle  renommée,  consacrée  par  certaines  épithètes  significatives.  Il 


—  57  — 

brille  dès  ce  temps  par  la  maîtrise  de  soi-même,  la  connaissance  des 
hommes  et  l'art  de  se  tirer  des  difficultés  :  autant  de  traits  de  carac- 
tère qui  le  rendaient  particulièrement  apte  à  soutenir  l'intérêt  dont 
les  longs  récits  d'aventures  ne  peuvent  se  passer.  Au  cours  de  ses 
périlleux  voyages,  ce  favori  de  Minerve  est  avant  tout  un  inventeur 
de  stratagèmes. 

Les  investigations  de  M.  Croiset  s'arrêtent  à  l'époque  de  la  composi- 
tion de  VOdyssée,  par  lui  jugée  notablement  postérieure  àr//iarfe,  et  par 
suite  il  n'a  pas  eu  à  s'occuper  de  l'Ulysse  déconsidéré  que  Sophocle  a 
mis  sur  la  scène  dans  son  Philoctète.  G.  Huit. 


Reliqiiiae  de  Mauhigh  Faucon.   Paris,   Plon-Noiirril,  1911,  2  vol.  petit 
in-8  de  Gii-379  et  439  p.,  avec  2  porlrails.  —  Prix  :  1  fr. 

«  Un  chartiste  poète  »,  tel  fut  Maurice  Faucon,  d'après  M.  Michel 
Salomon,  qui  a  consacré  à  la  mémoire  de  son  ami  une  remarquable 
étude,  publiée  d'abord  dans  le  Correspondant  du  10  mars  dernier, 
puis  réimprimée  en  tête  du  premier  des  deux  volumes  annoncés  ici; 
nous  pourrions  ajouter  que  Faucon  fut  moins  un  érudit  qu'un  poète 
et  un  artiste.  Né  à  Ariane,  bourg  du  Puy-de-Dôme,  le  12  mai  1858,  il 
était  entré  à  l'École  des  chartes  à  17  ans,  en  novembre  1875.  Membre 
de  l'École  française  de  Rome,  cinq  ans  plus  tard,  vers  la  fin  de  1880, 
il  se  signala  promptement  par  toute  une  série  de  publications,  et  son 
nom  ne  tarda  pas  à  être  connu  dans  le  monde  de  l'érudition.  Par 
contre,  en  dehors  d'un  cercle  très  restreint,  Faucon  poète  était  resté 
à  peu  près  ignoré.  Pourtant,  il  avait  donné,  en  1889,  un  volume  de 
vers  intitulé  :  Italie,  la  Voie  étroite,  dans  lequel  il  y  avait  d'incon- 
testables beautés;  mais  l'auteur,  obéissant  à  un  scrupule  de  cons- 
cience dont  nous  ne  sommes  pas  juge,  a  retiré  du  commerce  tout  ce 
qu'il  a  pu  de  l'édition.  Poète  encore,  et  poète  des  plus  déhcats.  Fau- 
con se  révèle  dans  les  quelques  poésies  inédites  recueillies  dans  les 
Reliquiae.  Et  de  combien  de  pages,  vers  ou  prose,  de  ces  deux  vo- 
lumes ne  peut- on  pas  dire  qu'elles  portent  la  marque  d'un  vrai  poète  ? 
En  outre,  nature  essentiellement  artiste.  Faucon  se  trouvait  remar- 
quablement bien  préparé  pour  étudier  les  chefs-d'œuvre  qui,  au 
cours  de  ses  nombreux  voyages  en  Italie,  allaient  fixer  son  atten- 
tion. L'histoire  de  l'art,  tel  devait  être  son  vrai  domaine.  On  s'en  con- 
vaincra aisément  en  parcourant  ses  écrits  posthumes. 

Ainsi  apparaît  ou  réapparaît,  dans  ce  recueil,  un  Faucon  poète,  un 
Faucon  artiste,  que  sans  doute  ne  soupçonnaient  pas  beaucoup  de 
ceux  qui  ne  le  connaissaient  que  par  ses  travaux  de  pure  érudition. 
—  Là  pourtant  n'est  pas  pour  nous  le  principal  intérêt  des  Reli- 
quiae. 

Vers  l'époque  où  Maurice  Faucon,  en  1881,  achevait  sa  première 


—  58  - 

année  d'École  de  Rome,  la  vie  pouvait  lui  paraître  pleine  de  promesses. 
Cependant,  s'annonçait  déjà  la  douloureuse  destinée  qui  devait 
être  la  sienne.  C'est,  en  effet,  vers  ce  même  temps  qu'il  ressentit 
les  premières  atteintes  du  mal  implacable,  qui,  bientôt  s'aggravant, 
devait,  à  partir  de  1882  ou  1883,  lui  interdire  toute,  recherche 
lointaine,  tout  voyage  d'étude  et  trop  souvent  même  tout  travail 
prolongé.  11  s'ensuivit  une  longue  et  profonde  crise  morale  et 
religieuse,  qui,  à  travers  une  phase  de  mysticisme,  devait  le  conduire 
de  la  simple  croyance  à  la  foi  la  plus  épurée  et  la  plus  sereine.  Cette 
crise,  écrivait-il  lui-même,  en  1892,  à  Jean  Aicard,  •«  s'est  dénouée 
par  une  conversion  totale,  non  seulement  aux  idées  chrétiennes..., 
mais  aux  pratiques  catholiques  dans  ce  qu'elles  ont  de  plus  strict.  » 
Cette  lente  évolution  religieuse,  M.  Raymond  Saleilles,  l'intime 
confident  de  Faucon,  et  M.  Michel  Salomon  l'ont  admirablement 
décrite,  à  l'aide  soit  de  leurs  propres  souvenirs,  soit  du  Journal  laissé 
par  leur  ami  de  sa  correspondance  et  de  quelques-unes  de  ses  plus 
belles  poésies. 

Les  exécuteurs  testamentaires  de  Faucon  ont  retrouvé  dans  ses 
papiers  de  nombreux  feuillets  de  ce  Journal  que,  pendant  une  quin- 
zaine d'années  et  peut-être  davantage,  il  avait  tenu  avec  plus  ou  moins 
de  régularité,  de  ses  impressions  d'artiste  et  de  ses  réflexions  de  «  grand 
liseur.  «  Les  fragments  les  plus  anciens  qui  en  soient  reproduits  ici, 
datent  de  ses  deux  premiers  voyages  en  Italie  (1879-1880).  Particu- 
lièrement nombreuses  et  attachantes  sont  les  notes  (notes  d'art 
pour  une  grande  partie)  se  rapportant  à  sa  première  année  d'École 
de  Rome  (1881).  A  partir  de  1883,  le  Journal,  qui  ne  va  pas  au- 
delà  de  1893,  ne  présente  plus  tout  à  fait  le  même  caractère.  Désor- 
mais, les  pensées  et  réflexions  morales,  philosophiques,  religieuses 
surtout,  y  dominent.  Journal  d'un  Amiel  catholique,  a-t-on  pu  dire 
avec  raison. 

Le  premier  volume  se  continue  et  s'achève  par  divers  opuscules  : 
deux  études  d'art,  deux  nouvelles  inédites,  où  Faucon  se  montre  con- 
teur de  talent,  et  deux  essais  sur  les  mœurs  religieuses  en  province. 
Le  second  volume  est  presque  entièrement  occupé  par  la  Correspon- 
dance, qui,  sur  plus  d'un  point,  complète  et  éclaire  le  Journal. 
250  à  300  lettres  de  Faucon,  s'échelonnant  entre  les  années  1877  et 
1906,  ont  pu  trouver  place  dans  ce  recueil;  elles  sont,  à  quelques 
unités  près,  adressées  soit  à  sa  mère,  soit  à  divers  amis  de  France  ou 
d'Italie.  Cette  correspondance,  où  se  découvrent  un  cœur  très  tendre 
et  uns  âme  des  plus  vaillantes,  témoigne  d'une  rare  élévation  de  sen- 
timents. On  ne  la  lira  pas  sans  un  réel  profit  moral. 

Par  les  soins  pieux  et  intelligents  qu'ils  ont  apportés  à  la  publica- 
cation,  et,  pouvons-nous  dire,  au  sauvetage  de  tant  de  pages  fortes 


—  59  — 

ou  charmantes,  les  amis  de  Faucon  ont  bien  servi  sa  mémoire.  Pour 
nous,  nous  leur  sommes  reconnaissant  de  nous  avoir  fait  mieux 
connaître  et  apprécier  cette  belle  et  noble  figure.       L.  Auvray. 


âious  les  lauriers.   Eloges  académiques,    par  le  V'°  E.-M.  db 
Vogué.  Paris,  Blond,  lyil,  in-16  de  329  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

On  lit  et  on  relit  toujours  avec  plaisir  la  belle  prose  oratoire  et 
poétique  de  M.  E.-M.  de  Vogtié.  Ce  sont  ici  les  douze  morceaux  aca- 
démiques qu'il  a  composés  depuis  le  jour  où,  s'asseyant  pour  la  pre- 
mière fois  sous  la  coupole,  il  prononça  l'éloge  de  Désiré  Nisard,  jus- 
qu'au tout  récent  discours  sur  les  prix  de  vertu,  que,  «  après  avoir 
rusé  pendant  vingt  ans  «  pour  l'éluder,  il  se  vit  obligé  d'  «  exécuter  » 
à  son  tour.  Et  cela  est  brillant,  brillante  même,  suivant  la  loi  du 
genre,  spirituel  et  élégant,  de  ce  dilettantisme  qui  fait  mesure  d'éloges 
sensiblement  égale  à  M.  Paul  Bourget  et  à  M.  Hanotaux,  à  Ferdirand 
de  Lesseps  et  à  J. -Maria  de  Hérédia,  à  M.  Barrés  et  à  M.  Rostand, 
qui  est  en  grande  coquetterie  avec  l'ombre  du  maître  Renan,  mais  ne 
manque  pas  d'adresser  des  politesses  au  christianisme  inspirateur 
des  grands  renoncements  d'ici-bas,  et  à  cette  lumière  «  qui  doit  venir 
de  très  loin,  de  très  haut,  puisque  rien  ne  l'explique  dans  le  pauvre 
monde  qu'elle  illumine.  »  Il  y  a  un  bon  chapitre  sur  les  Mémoires  de 
Marbot;  et  les  pages  sur  Maxime  du  Camp  et  Challemel  Lacour, 
les  allocutions  sur  la  tombe  d'Henri  de  Bornier,  ou  au  pied  des  monu- 
ments de  Bernardin  de  Saint- Pierre  et  de  Nicolas  Gogol,  achèvent  de 
témoigner  de  la  souplesse  de  ce  gentilhomme  de  lettres  toujours 
courtois,  mais  plus  sympathique  que  chaleureux,  et  que  l'on  jugerait 
même  froid,  n'était  son  éloquence  toujours  grave  même  sous  le  sou- 
rire, et  la  tristesse  intime  dont  on  sent  bien  qu'était  chargée  sa  pensée. 

Gabriel  Audiat. 

HISTOIRE 

lies  iiégioais  de  Varus.  Latins  et  Germains  au  siècle 
d'Auguste,  par  Ch.  Gailly  de  Taurines.  Paris,  Hachette,  i911,  in-16 
de  31^  p.,  avec  8  planches  et  une  carte.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Beau  et  dramatique  sujet  qu'a  choisi  M.  Gailly  de  Taurines  :  les 
expéditions  de  Tibère  et  de  Drusus  en  Germanie,  puis  celles  de  Ger- 
manicus  et  de  ses  successeurs,  groupées  autour  du  désastre  de  Varus. 
Forêts  pleines  de  terreur  et  marécages  perfides,  mer  sauvage, 
côtes  basses  et  marais  redoutables,  c'est  le  fond  du  tableau. 
Massacre  des  légions,  surprise  des  Barbares  et  vengeance  de 
Rome,  marche  périlleuse  à  travers  les  marécages  et  naufrage  de 
mille  vaisseaux  romains,  voilà  les  grandes  scènes.  Les  fils  adoptifs 


^  60  — 

d'Auguste,  Drusus  et  Tibère,  Arminius  le  héros  légendaire,  Cécina 
le  vieux  général  dont  l'expériwice  compte  quarante  campagnes,  le 
sympathique  Germanicus  et  son  héroïque  épouse  Agrippine,  à  laquelle, 
comme  par  un  contraste  voulu,  s'oppose  la  farouche  Germaine  Thus- 
nelda,  épouse  d' Arminius,  comme  à  celui-ci  s'oppose  son  frère  Fla- 
vius, le  barbare  germanisé,  telles  sont  les  figures  qui  se  détachent  en 
plein  relief.  Certes  la  matière  historique  est  assez  riche  pour  se  suffire 
à  elle-même  !  Pourquoi  l'auteur  a-t-il  cru  devoir  l'agrémenter  çà  et  là 
par  des  procédés  romanesques  et  surannés?  Et  même  un  tel  début 
de  roman  :  «  par  une  belle  journée  d'été,  un  homme  d'aspect  rustique, 
à  la  haute  taille,»  etc.,  nous  ferait  plutôt  sourire.  Sans  compter  que, 
dès  le  premier  mot,  le  lecteur  a  compris  qu'il  s'agit  de  Virgile,  lequel, 
entre  parenthèses,  vient  là,  on  ne  sait  trop  pourquoi.  Et  de  même, 
cette  manière  négligée  d'introduire  certains  personnages  connus, 
pour,  au  bout  de  vingt  lignes,  laisser  éclater  leur  nom  comme  une  fan- 
fare aux  oreilles  du  lecteur  ébloui,  tel  un  conte  de  M.  de  Bouilly!  Et 
ces  titres  à  effet  de  quelques  chapitres  :  L'Orgie  des  Barbares  !  Impe- 
rator  !  Le  Sommeil  de  Germanicus  ! 

Que  l'auteur  eût  donc  mieux  fait  de  laisser  là  cette  défroque  de 
mélodrame  !  D'autant  qu'il  est  parfaitement  capable  de  s'en  passer. 
Malgré  ces  enjolivements,  son  livre,  en  effet,  se  ht  non  seulement 
avec  facilité,  mais  avec  un  intérêt  soutenu.  11  est  écrit  en  général 
d'un  style  rapide,  vivant,  l'enchaînement  des  faits  se  déroule  avec 
une  clarté  parfaite,  et  même  l'on  ne  saurait  nier  que  le  triomphe  de 
Germanicus  et  le  retour  des  cendres  du  même  prince  ne  soient  de 
belles  pages. 

Mais  l'auteur  sans  doute  a  cru  plaire  ainsi  aux  gens  du  monde  et 
rendre  son  livre  plus  accessible  aux  dames.  Et  c'est  pourquoi  aussi  il 
y  introduit  çà  et  là  des  notions  propres  à  rafraîchir  la  mémoire  des 
lecteurs  moins  familiers  que  lui  avec  le  dictionnaire  de  MM.  Darem- 
berg  et  Saglio.  Erreur  à  laquelle  l'auteur  fera  sagement  de  renoncer, 
car  il  manie  fort  bien,  quand  il  le  veut,  le  style  historique,  et  en  dépit 
de  son  réel  mérite  il  risquerait  d'être  classé  parmi  les  amateurs.  En 
toute  sincérité,  ce  serait  dommage.  André  Baudrillart. 


Dietionuaire  d'histoire  et  de  géogrnphie  eccléciiastiques, 

publié  sons  la  direction  He  Mgr  Alfred  Baudrillart,  Albert  Vogt  et 
Urbain  Rouziés.  Fasc.  111.  {Adulis-Agde),  col.  641-928.  Fasc.  IV.  {Agde- 
Aix-la-Chapelle,,  col.  929-1248.  Paris,  Lelouzey  et  Ané,  1911,  2fasc.gr.  in-8. 
—  Prix  du  fasc.  :  5  fr. 

Les  deux  fascicules  parus  en  1911  contiennent  environ  600  articles 
rédigés  par  plus  de  100  collaborateurs  parmi  lesquels  je  relève  non 
seulement  des  noms  de  prêtres  et  de  religieux  connus  pour  leur 


—  61  — 

compétence  spéciale,  mais  aussi  la  signature  de  nombreux  laïques 
tels  que  MM.  Goyau,  de  Labriolle,  Dufourcq,  Zeiler,  Régnier,  Ras- 
toul,  AudoUent  et  Froidevaux. 

Les  articles  sont,  pour  la  plupart, consacrés  à  des  personnages  ayant 
leur  place  dans  l'histoire  de  l'Église  :  saints  et  saintes,  papes  et 
évêques,  théologiens  et  écrivains  orthodoxes  et  hétérodoxes;  ces 
notices  sont  de  dimensions  fort  inégales,  depuis  quatre  lignes  jusqu'à 
quatorze  colonnes;  la  plus  longue,  et  j'avoue  avec  confusion  que  j'en 
suis  l'auteur,  est  celle  qui  est  consacrée  à  Mgr  Affre,  archevêque  de 
Paris. 

Des  monographies  de  provinces,  de  diocèses  et  d'abbayes  com- 
plètent cette  revue  historique  dont  l'importance  n'est  pas  à  dé- 
montrer. 

Le  morceau  capital,  tant  par  sa  longueur  que  par  son  intérêt,  est 
l'étude  où,  en  160  colonnes,  M.  Aug.  Audollenta  réuni  toute  l'his- 
toire de  l'Afrique  chrétienne  depuis  les  premières  prédications  évan- 
géliques  jusqu'à  la  conquête  arabe. M.  Froidevaux  en  a  donné  le  com- 
plément en  esquissant  l'histoire  des  missions  catholiques  dans  tout 
le  continent  africain;  deux  excellentes  cartes,  dont  une  en  couleurs, 
facilitent  l'intelligence  du  texte. 

Un  article  important  est  attribué  à  chacun  des  diocèses  français  : 
M.  Rastoul  s'est  chargé  d'Agde  et  d'Aix  ;  M.  le  chanoine  Degert 
d'Aire  et  M.  le  chanoine  Durengues  d'Agen.  Les  éditeurs  ont  eu  la 
pensée  très  louable  de  joindre  à  ces  notices  des  cartes  des  anciens 
diocèses.  Cependant,  s'il  m'était  permis  de  formuler,  je  ne  dis  pas  une 
critique,  mais  un  désir,  c'est  que  l'établissement  de  ces  cartes  soit 
exécuté  à  l'avenir  d'après  une  méthode  plus  uniforme.  En  laissant  de 
côté  Agde,  à  cause  de  l'exiguité  de  son  territoire,  je  remarque  que 
pour  Aix  et  Aire  des  divisions  archipresbytérales  ou  décanales  sont 
dessinées  sur  la  carte, et  que,  pour  Agen,  les  chefs-lieux  d'archiprêtrés 
sont  seulement  soulignés.  Les  limites  actuelles  des  diocèses,  utiles  à 
connaître,  sont  tracées  assez  clairement  pour  Agen,  elles  sont  moins 
nettes  pour  Aire  et  manquent  totalement  pour  Aix,  où  elles  étaient 
plus  nécessaires  qu'ailleurs.  Cette  dernière  carte  est  certainement  la 
moins  satisfaisante  :  l'indication  des  diocèses  limitrophes  est  incom- 
plète, puisque  sur  huit  il  n'y  en  a  que  quatre  d'inscrits;  ce  sont  les 
limites  actuelles  qui  ont  été  employées,  alors  qu'il  s'agit  de  l'ancien 
archidiocèse.  De  plus,  je  relève  la  mention  stupéfiante  :  Archidiocèse 
de  Tarascon...  à  première  vue,  on  croirait  à  une  tartarinade,  mais 
il  ne  s'agit  que  d'une  énorme  coquille  du  dessinateur  qui  a  voulu 
mettre  archidiaconé,  comme  il  aurait  dû  écrire  aussi  :  archidiaconé 
d'Arles,  puisque  la  carte  indique  les  trois  archidiaconés  d'aujour- 
d'hui; mais  Arles  était  un  ancien  archevêché;  on  a  mis  archevêché 


—  62  — 

d'Arles,  et,  par  une  sorte  d'attraction,  Tarascon  est  aussi  devenu  une 
métropole. 

Les  ôvêques  constitutionnels  d'Aix  figurent  dans  la  liste  épiscopale 
de  M.  Rastoul  (entre  crochets);  mais  il  n'est  pas  fait  mention  de  ceux 
d'Agen  et  d'Aire.  Je  ne  pense  pas  que  MM.  Durengues  et  Degert  igno- 
rent Constant  et  Saurine  ;  j'ai  même  de  fortes  raisons  pour  croire  le  con- 
traire. Ma  remarque  a  seulement  trait  au  plan  adopté  et  qui  me  pa- 
raît encore  un  peu  flottant.  On  en  viendra,  je  pense,  à  donner  aux 
monographies  analogues  une  uniformité  qui  servira  autant  aux  au- 
teurs à  la  recherche  d'un  plan  qu'aux  lecteurs  en  quête  de  ren- 
seignements, p.   PiSANI. 

Uistoijre  de  France,  depuis  lus  ori^nes  jusqu'à  la  Itève- 
lution,  par  Ernest  Lavisse,  T.  IX,  2.  Tables  alphabétiques.  Paris, 
Hachette,  s.  d.,  ui-i  de  319  p.  —  Prix:  7  fr.  50. 

Voici  enfin  le  volume  de  tables  qui  couronne  la  grande  Histoire 
entreprise  sous  la  direction  de  M.  Ernest  Lavisse  et  qui  fait  grand 
honneur  à  l'éminent  académicien,  aux  collaborateurs  qui  ont  pris 
part  à  l'œuvre  commune,  à  la  maison  Hachette  qui  a  mis  tant 
de  soin  à  la  bonne  exécution  de  ce  travail  et  à  la  science  historique 
française. 

Les  tables  des  personnes,  des  lieux  et  des  matières  ont  été  réunies 
en  un  seul  index  alphabétique,  et  nous  nous  en  félicitons  parce  que 
ce  procédé  facilite  et  simplifie  les  recherches.  On  se  rendra  compte 
de  la  masse  de  renseignements  contenus  dans  cette  table,  si  nous 
disons  que  chaque  page  renferme  trois  colonnes  et  chaque  colonne 
56  lignes. 

C'est  surtout  sur  les  noms  de  personnages  et  les  noms  de  lieux  que 
le  rédacteur  de  la  table  a  fait  porter  ses  efforts.  Les  articles  un  peu 
gros  (Angoulême,  Charlemagne,  etc.),  comportent  un  nombre  plus  ou 
moins  grand  de  rubriques,  classées  alphabétiquement  (par  ex.,  pour 
Charlemagne:  Administration,  Arts,  Assemblées  du  peuple.  Capitu- 
laires,  Couronnement,  etc.).  Parfois,  quand  les  articles  sont  trop  con- 
sidérables (Bretagne,  Paris,  etc.)  ces  rubriques  elles-mêmes  sont 
réparties  entre  diverses  sections  que  précède  un  sommaire  (par  ex. 
pour  Bretagne  :  Géographie;  Institutions  et  mœurs;  Histoire). Lorsqu'il 
y  a  plusieurs  personnages  d'un  même  nom  (Charles,  Louis,  etc.),  ils 
sont  groupés  méthodiquement  (Charles  :  A. rois  de  France;  B.  Souve- 
rains étrangers;  C.  Ducs;  D.  Comtes;  E.  Personnages  divers). 

L'on  pourra  regretter  que  les  personnages  n'aient  pas  toujours  été 
identifiés  à  la  table  :  c'est  ainsi  que  trois  ducs  de  Bouillon  sont 
désignés  par  leurs  noms,  et  un  quatrième  simplement  par  son  titre. 
11  faut  avouer  d'ailleurs  que  ces  identifications  auraient  parfois  exigé 
du  rédacteur  de  la  table  un  travail  considérable. 


—  63  — 

Les  rubriques  matières  sont  moins  nombreuses  qu'on  ne  le  vou- 
drait. Les  rubriques  Arts,  Ecoles  (ou  Enseignement,  Instruction), 
Colonies,  par  exemple,  font  défaut  ou  sont  très  incomplètes  (Écoles 
en  1789,  alors  que  même  en  parcourant  la  table  on  trouve  les  élé- 
ments d'une  liste  assez  longue). 

En  dépit  de  ces  desiderata,  ce  volume  rendra  de  précieux  services, 
et  nous  ne  pouvons  que  remercier  le  collaborateur  anonyme  de  M.  La- 
visse  qui  n'a  pas  reculé  devant  cette  besogne  lourde,  minutieuse  et 
quelque   peu  ingrate.  E.-G.   Ledos. 

Jeanne  d'Arc,  par  Gabriel  Hanotaux.  Paris,  Hachette,  1911,  gr.  iii-8, 
de  xiir-421  p.,  illustré  d'un  grand  nombre  de  gravures,  d'après  les  origi- 
naux du  temps.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

La  Fleur  des  liistoîres  françaises,  par  le  même.  Paris,  même 
librairie,  1911,  m-l6  de  iii-.315  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Jeanne  d'Arc  «t  la  France,  par  Tabbé  Stéphen  Coubè.  Paris, 
Lethielleux,  s.  d.,  petit  in-S  de  207  p.  —  Prix  :  2  fr. 

^ttskwkne  d'Arc,  tua  foi,  son  procèis,  non  martyre,  par  IIëlènb 
DE  LÉCHÉ.  Paris,  Bloud,  1911.  in-12  de  57  p.  —  Prix  :  0  fr.  ^30. 

Vie  de  Jeanne  d'Arc  racontée  par  elle-mèuie,  par  Léon  Le 
Grand.  Paris,  Maison  de  la  Bonne  Presse,  in-4  de  iv-  26  p.  à  2  vol.,  cou- 
verture illustrée  en  couleurs.  —  Prix  :  0  fr.  10. 

—  Il  est  une  variété  de  snobisme  aujourd'hui  assez  répandue  : 
celle  qui  consiste  à  s'incliner,  voire  à  se  prosterner,  pour  ainsi  dire, 
d'office  devant  l'œuvre  d'un  écrivain  qui  a  ses  entrées  à  la  Revue 
des  Deux  Mondes,  à  plus  forte  raison,  s'il  a  occupé  une  haute  si- 
tuation officielle  et  est  maintenant  membre  de  l'Académie  française. 
Nous  prenons  la  liberté  de  ne  pas  sacrifier  à  cette  habitude.  Nous 
avons  lu  et  nous  allons  apprécier  la  Jeanne  d'Arc  de  M.  Gabriel 
Hanotaux  en  elle-même  et  pour  elle-même.  L'ouvrage  est  divisé 
en  trois  livres:  I.  Simple  Histoire  de  Jeanne  d'Arc  (1.  La  Jeunesse 
de  Jeanne  d'Arc.  —  Les  Voix.  2.  La  Délivrance  d'Orléans.  3.  Le 
Sacre  de  Reims.  4.  L'Echec  de  Paris.  —  Compiègne.  —  Rouen.) 
II.  Les  Quatre  Mystères  de  la  vie  de  Jeanne  d'Arc  (1.  La  Formation. 
2.  La  Mission.  3.  L'Abandon.  4.  La  Condamnation.)  III.  Vie  de 
Jeanne  d'Arc  après  sa  mort  (1.  La  Légende.  La  Fausse  Jeanne 
d'Arc.  2.  La  Réhabilitation.  3.  Jeanne  d'Arc  devant  l'Histoire 
et  devant  l'Opinion.)  Le  premier  et  le  troisième  livre  sont  des  addi- 
tions. Le  troisième  est  plus  intéressant  et,  au  moins  en  ^îertaines 
pages,  plus  original  que  le  premier,  exposé  simple  et  de  pleine 
bonne  foi,  mais  un  peu  fruste.  La  partie  essentielle  et  le  ^œur  même 
de  l'ouvrage  est  le  second  livre,  étude  vraiment  neuve  et,  sur  nom- 
bre de  points,  féconde  de  quatre  problèmes  capitaux  dans  la  vie  de 
l'héroïque  vierge.  Nous  disons  problèmes  plutôt   que  mystères,   car 


-  64  — 

ce  dernier  mot,   choisi   par  l'auteur,  nous  parait  une  conséquence 
de    cette   recherche   de  l'effet    dont  les  écrivains    de    notre   temps 
font  im  si  continuel  abus  et  dont  on  regrette  de  trouver  çà  et  là 
d'autres   marques   sous   la   plume  de  M.    Hanotaux.  L'examen   de 
ces  problèmes,  tout  en  laissant  naturellement  place  à  des  dissiden- 
ces et  à  des  réserves  au  triple  point  de  vue  théologique,   philoso- 
phique  et   historique,    est   une  œuvre   de   sérieuse  et  forte   valeur 
et  d'une  inspiration  aussi  large  qu'élevée.  Les  qualités  de  l'ancien 
élève   de  l'École  des    chartes  y  servent  de  sohde  appui  aux  vues 
rétrospectives  du  penseur  et  de  l'homme  d'Etat.  L'auteur  y  a  pris, 
en   face   du   surnaturel,  dont   l'apparition  est  ici  lumineuse,    l'atti- 
tude   un    peu    hésitante,  mais    en    somme  loyale  et  sympathique, 
d'un  esprit  et  d'un  cœur  honnêtes,  que  son  patriotisme  pousse  vers 
des  sphères  plus  hautes  que  celles  où  un  naturalisme  d'habitude  le 
retient  encore.  11  a  émis  sur  les  rapports  de  la  raison  et  de  la  foi, 
de  la  nature  et  du  surnaturel  quelques  remarques  excellentes  qui 
rachètent    amplement    d'involontaires    inexactitudes.  Au  point    de 
vue  proprement  historique,  son  sens  est  dans  ce  livre  généralement 
juste   et    fin   et  son  regard   pénétrant,  quoique  ses  idées  ne  soient 
pas  toujours  exemptes  tantôt  de  quelque  illusion,  tantôt  de  quel- 
que  subtilité.    Son   style,  où  l'on  sent   un   peu   trop   l'influence  de 
Michelet)   est  expressif,   imagé,    vigoureux,    plein   de   sève  et  plein 
d'élan,   mais  pas  toujours  d'un  goût  très  pur.  Nous  ne  saurions, 
par   exemple,  approuver   des  métaphores   comme   celle-ci   :  «  Res- 
serrée sur  son  étroite  bande  de  terre,  surveillée  du  côté  de  la  mer 
par  la  jalousie  anglaise,  la  fortune  des  Pays-Bas,  avec  tout  ce  qu'elle 
charrie    d'eaux    fécondantes    et    de  limons  puissants,    s'enlize  dans 
son  propre  succès  comme  le  cours  du  grand  fleuve  qui  les  a  créés 
et  s'épuise  avant  d'atteindre  la  mer  ».  (p.   173).  La  langue  aussi 
laisse  à  désirer.  M.  Hanotaux  nous  dit  quelque  part  (p.  146)  que 
le  cœur  de   Jeanne  d'Arc,   «  gonflé  et  gros  d'uaie  immense   pitié, 
au  lieu  de  se  résoudre  en  larmes  et  en  plaintes,  explose  en  courage.  » 
Voilà  une  expression  qui  ne  serait  pas  sortie  de  la  plume  de  Gaston 
Boissier    et    qui    ne    sortirait    pas  de  celle  de  M.  Alfred  Mézières. 
M.   Hanotaux  n'en  est  pas  moins  un  écrivain  remarquable  aussi 
bien    qu'un    historien    de    grand    mérite.  Sa  Jeanne   d'Arc  portera 
plus   haut   sa   renommée.    Sous   les   réserves  indiquées  et  pour  les 
esprits   un   peu   mûrs  déjà,  la  lecture  en   est   bonne  et  fortifiante. 
C'est    un    livre    qui  fera  du  bien.  L'illustration,    empruntée    aux 
gravures  sur  bois  du  xv^  et  du  xvi^  siècle,  est  originale.  Nous  ne 
savons  si  elle  répond  pleinement  à  l'objet  que  s'est  proposé  l'auteur. 
Mais  c'est  tout  au  moins  une  collection  ingénieuse  et  utile  par  elle- 
même  et  comme  une  section  particulière  d'exposition  ou  de  musée. 


—  65  — 

—  Un  autre  ouvrage  de  M.  Gabriel  Hanotaux  :  La  Fleur  des 
histoires  françaises,  «  écrit,  nous  dit-il,  pour  la  jeunesse,  »  se  rat- 
tache, au  moins  par  l'inspiration  patriotique,  à  sa  belle  étude  sur 
Jeanne  d'Arc.  En  voici  les  points  de  vue  et  les  données  successives: 
La  Terre  de  France.  —  Les  Eaux  de  France.  —  Le  Ciel  de  France. 

—  Les  Hommes  de  France.  ■ —  La  Patrie  française.  —  Les  Batailles 
françaises.  —  L'Expansion   française. — La   Propagande  française. 

—  Le  Moyen  Age  et  l'Art  religieux.  —  La  Renaissance  et  la  Ré- 
forme. —  Henri  IV  et  la  tolérance.  —  L'Age  classique.  —  L'Age 
philosophique.  —  L'Age  politique  et  juridique.  —  L'Age  héroïque 
et  l'Age  lyrique.  —  L'Age  réaliste  et  scientifique.  —  La  Richesse 
française.  —  L'Égalité  française.  —  L'Idéal  français.  —  Le  talent 
d'écrivain  de  M.  Hanotaux  s'y  montre  peut-être  sous  un  jour 
encore  meilleur  que  dans  l'ouvrage  précédent,  quoique  non  exempt 
des  mêmes  défauts.  On  y  trouve  des  pages  charmantes,  des  tableaux 
où  l'éclat  poétique  s'ajoute  avec  fraîcheur  et  vivacité  à  l'éloquence 
et  au  sentiment.  L'auteur  y  déploie  d'ailleurs  de  rares  qualités 
de  vulgarisateur  d'histoire.  Mais  nous  devons  ajouter  que  la  doc- 
trine, non  seulement  n'y  est  pas  sûre,  mais  laisse  paraître,  à  côté 
de  vues  excellentes  et  de  nobles  élans,  nombre  de  préjugés  fâcheux. 
On  regrette  même  d'avoir  à  noter  plusieurs  assertions  contraires  à 
l'orthodoxie.  On  souhaiterait  aussi  une  conception  plus  juste  de 
telle  ou  telle  époque,  de  telle  ou  telle  institution,  de  telle  ou  telle 
crise  de  l'histoire  de  France.  Sauf  en  ce  qui  concerne  l'art  reli- 
gieux, l'influence  civilisatrice  de  la  religion  chrétienne  et  de  l'Église 
catholique  est  presque  complètement  passée  sous  silence.  Cela  étant, 
malgré  le  très  réel  mérite  de  cet  ouvrage,  il  ne  semble  pas  possible 
de  le  recommander  purement  et  simplement  à  la  jeunesse  élevée 
dans  la  vraie  doctrine.  Mais  ses  maîtres  en  pourront  faire  quelque 
usage  à  son  profit  et,  dans  d'autres  milieux,  il  pourra  contribuer 
à  élargir  les  esprits  et  à  élever  les  âmes,  car  il  est  tout  plein,  du 
moins,  du   culte   de   l'idéal   et  de  l'amour  de  la  patrie. 

■ —  Ce  même  culte  et  ce  même  amour  se  retrouvent,  mais  soutenus 
par  une  inspiration  ardemment  et  fortement  catholique,  dans  le 
recueil  de  conférences  et  d'articles  publiés  par  M.  le  chanoine 
Coubé  sous  ce  titre  :  Jeanne  d'Arc  et  la  France,  où  sont  traités 
avec  beaucoup  de  verve  et  de  vigueur  oratoire  les  sujets  suivants  : 
Jeanne  d'Arc  et  le  patriotisme.  —  Jeanne  d'Arc  et  l' antipatrio- 
tisme. — •  Jeanne  d'Arc  et  l'avenir  de  la  France.  —  Jeanne  d'Arc 
et  les  femmes  françaises.  —  Jeanne  d'Arc  et  les  devoirs  des  catho- 
liques. —  La  Fête  nationale  de  Jeanne  d'Arc.  —  Jeanne  d'Arc 
et  la  Bretagne.  —  La  Vérité  sur  Pierronne  de  Bretagne.  —  Jeanne 
d'Arc,  honneur  et  conscience  de  la  France.  —  Nous  sommes  heu- 
Janvier  1912.  T.  CXXIV.  5. 


-  66  — 

reux  de  constater  tout  d'abord  que  l'éloquence  de  M.  Coubé  se 
montre  dans  ce  recueil  sous  un  bien  meilleur  aspect  que  dans  un 
autre  qui  lui  fait  pendant  :  L'Ame  de  Jeanne  d'Arc,  dont  nous 
avons  précédemment  rendu  compte.  L'exubérance  romantique  y 
est  moins  fréquente  et  moins  marquée  et  le  style  s'y  rapproche 
davantage  de  cette  clarté  ferme  et  naturelle  qui  est  le  génie  même 
de  la  langue  française.  Ce  n'est  pas  que  les  expressions  de  mau- 
vais goût  y  manquent.  Dire  de  la  bannière  de  Jeanne  d'Arc  que 
«  c'est  son  âme  hissée  au  sommet  d'une  hampe  pour  parler  plus 
haut  et  être  vue  de  plus  loin  »  (p.  18),  c'est  s'abandonner  à  une 
fâcheuse  et  presque  ridicule  emphase.  Mais  ce  genre  de  traits  est 
relativement  rare  et,  dans  l'ensemble,  comme  orateur  et  comme 
écrivain,  les  qualités  de  M.  Coubé  l'emportent  ici  de  beaucoup  sur 
ses  défauts.  \'oilà  pour  la  forme.  Le  fond,  en  général,  est  excellent, 
et  l'on  y  regrette  seulement  çà  et  là  quelques  exagérations  de 
polémiste  et  de  zelante.  Nous  avons  notamment  apprécié  les  con- 
naissances historiques  de  l'orateur,  son  souci  de  l'exactitude  et 
de  louable  retenue  par  rapport  au  penchant  d'autres  panégyristes 
vers  les  conjectures  ou  interprétations  douteuses  ou  les  broderies 
légendaires.  Nous  aurions  pourtant  mieux  aimé  ne  pas  retrouver 
dans  un  de  ses  discours  des  mots  certainement  inauthentiques, 
comme  le  fameux,  mais  faux  :  «  Ouvrez,  c'est  la  fortune  de  la 
France!»  (p.  16),  ou  le  prétendu  cri  :  «  Vive  labeur  »  !  (p.  24), 
qui  a  déjà  donné  lieu  à  bien  des  tirades  et  dont  on  s'obstine  sans 
raison  à  faire  l'une  des  devises  personnelles  de  Jeanne  d'Arc.  Le 
recueil  Jeanne  d'Arc  et  la  France  mérite  d'être  recommandé  d'une 
façon  particulière  à  nos  lecteurs  et  à  nos  lectrices. 

—  Il  en  est  de  même,  pour  des  qualités  un  peu  différentes,  du 
remarquable  opuscule  de  W^^  Hélène  de  Léché  :  Jeanne  d'Arc, 
sa  foi,  son  procès,  son  martyre,  publié  sous  les  auspices  de  la  So- 
ciété bibliographique,  et  ainsi  divisé  :  I.  Les  Révélations.  II.  L'Or- 
thodoxie de  Jeanne  d'Arc.  III.  Les  Responsabilités.  IV.  Conclu- 
sion. Ce  travail  se  distingue  par  l'exactitude  de  l'information,  la 
justesse  du  sens  historique  et  de  la  pensée,  la  netteté  de  l'expo- 
sition, l'élégante  simplicité  d'un  style  de  bon  exemple  et  de  bonne 
compagnie.  Ce  serait  un  bon  signe,  parmi  tant  d'autres  tristes 
indices,  que  le  succès  de  cet  excellent  écrit  dans  les  milieux  auxquels 
l'auteur  appartient  et  sa  diffusion  dans  quelques-uns  de  ceux  qui 
en  dépendent. 

—  Non  moins  louable  et  non  moins  utile  en  son  genre  est  la 
Vie  de  Jeanne  d'Arc  racontée  par  elle-même,  de  M.  Léon  Le  Grand. 
«  Chercher,  nous  dit  l'auteur,  à  faire  revivre  la  figure  de  Jeanne 
d'Arc   en   recourant   à  son  seul  témoignage,  tel  est  le  but   de   ces 


—  67  - 

quelques  pages.  Pour  cela,  nous  avons  recueilli  dans  les  textes 
contemporains,  comme  d'autres  l'avaient  fait  avant  nous  (notam- 
ment M"i6  P.  Froment  dans  un  très  bon  livre,  dont  le  Polybihlion 
a  rendu  compte),  les  principales  paroles  tombées  des  lèvres  de  la 
Bienheureuse  et  les  avons  simplement  disposées  dans  l'ordre  chro- 
nologique des  faits  qu'elles  relatent  ou  des  circonstances  dans  les- 
quelles elles  ont  été  prononcées.  Nous  les  avons  réparties  en  un 
certain  nombre  de  chapitres  dont  les  titres  rappellent  les  diffé- 
rentes phases  de  sa  vie  pour  rendre  plus  sensible  l'enchaînement 
des  événements,  mais  nous  nous  sommes  interdit  toute  addition 
et  tout  commentaire,  nous  bornant,  quand  cela  était  indispensabh; 
pour  le  sens,  à  noter  entre  parenthèses  le  nom  de  l'interlocuteur 
ou  à  résumer  aussi  brièvement  que  possible  les  questions  qui  pro- 
voquaient telle  ou  telle  réplique  ».  Accompli  avec  le  soin  qu'on 
devait  attendre  d'un  érudit  aussi  distingué  que  M.  Léon  Le  Grand, 
•e  travail  est  d'une  utilité  multiple.  L'histoire,  même  savante, 
pourra  en  profiter,  selon  nous,  aussi  bien  que  la  propagande  po- 
pulaire. Les  références  mises  au  bas  des  pages,  sans  gêner  en  rien 
la  lecture  courante,  en  font  un  précieux  répertoire.  Le  rapproche- 
ment des  textes  y  est  parfois  suggestif.  Enfin  l'âme  de  Jeanne 
d'Arc  y  apparaît  toute  vive  et  toute  céleste.      Marius  Sepet. 


L'Église  de  Paris  et  la  RéYolutlon.  T.  IV  (1799-1802],  par  P. 
PiSANi.  Paris,  A.  Picard  et  fils,  1911,  in-16  de  461  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

L'important  ouvrage  de  M.  le  chanoine  Pisani  est  achevé  et  l'on 
peut  maintenant  se  rendre  exactement  compte  de  ce  qu'a  voulu 
et  accompli  son  auteur.  A  première  vue,  ses  développements  dé- 
passent les  promesses  de  son  titre.  Nous  sommes  en  présence  d'une 
histoire  des  événements  intéressant  l'Église  de  France  qui  se  sont 
produits  à  Paris  de  1789  à  1802.  La  politique  religieuse  de  la  Cons- 
tituante, de  la  Convention,  du  Directoire  et  du  Consulat  est  expo- 
sée dans  son  ensemble,  d'après  les  travaux  d'hommes  appartenant 
aux  opinions  les  plus  diverses,  de  MM.  Mathiez  et  Sagnac  comme 
de  MM.  Boulay  de  la  Meurthe  et  Albert  Vandal.  De  là  vient  qu'à 
chaque  instant  la  perspective  qui  devait  servir  de  fond  au  sujet 
primitif  se  trouve  ramenée  au  premier  plan.  Cet  élargissement  de 
la  composition  s'explique  par  les  circonstances  dans  lesquelles  l'ou- 
vrage a  été  mené  à  bonne  fin.  C'est  en  somme  la  rédaction  d'un 
cours  professé  pendant  quatre  ans  à  l'Institut  catholique  de  Paris. 
S'adressant  à  des  étudiants,  M.  Pisani  a  été  amené  à  éclairer  l'his- 
toire du  diocèse  dont  la  capitale  est  le  chef-lieu  par  l'histoire  géné- 
rale de  l'Éghse  de  France.  Ceux-ci  et  derrière  eux  beaucoup  de  lec- 


—  08  — 

leurs  retrouveront  dans  le  livre  publié  un  guide  commode  et  fur 
pour  arriver  à  comprendre  comment  cette  Église  évolua  à  travers 
la  crise  causée  par  la  rupture  du  Concordat  de  1516  et  terminée 
par  la  conclusion  du  Concordat  de  1802.  Sur  les  questions  débat- 
tues à  cette  époque,  ils  recueilleront  des  informations  nouvelles  ou 
plus  précises,  appuyées  sur  des  collections  de  textes  ou  des  statis- 
tiques correspondant  aux  exigences  actuelles  de  la  critique  historique. 
Dans  le  tome  IV  et  dernier,  les  faits  concernant  l'Église  de  Paris 
paraissent  à  titre  épisodique  dans  chacun  des  huit  premiers  chapi- 
tres; ils  remplissent  le  neuvième  qui  nous  fait  connaître  avec  détail, 
arrondissement  par  arrondissement,  la  nouvelle  organisation  parois- 
siale et  les  prêtres  de  diverses  origines  appelés  à  former  le  nouveau 
clergé.  Le  reste  du  volume  constitue  une  histoire  du  Concordat 
qu'on  lira  avec  intérêt  et  avec  fruit,  car  on  y  trouvera  un  exposé 
très  sûr  et  très  vivant  des  vicissitudes  par  lesquelles  passa  la  négo- 
ciation. Les  Appendices  des  chapitres  IV  et  VI  oiïrent  une  réunion 
de  textes  propres  à  faire  saisir  sur  le  vif  les  difficultés  de  la  paix 
à  conclure  entre  le  Saint-Siège  et  le  gouvernement  français.  Les 
papiers  du  cardinal  Caprara,  conservés  par  hasard  aux  Archives 
nationales,  ont  été  pour  la  première  fois  mis  sérieusement  à  profit. 
On  lira  même  au  chapitre  VI  une  dissertation  intitulée  Jansénisme 
et  Gallicanisme,  faite  pour  l'auditoire  spécial  de  l'auteur,  où 
M.  le  chanoine  Pisani  essaie  de  déterminer  l'opinion  qu'un  catholique 
du  xx^  siècle  doit  se  former,  d'après  lui,  sur  ses  ancêtres  des  xvii^ 
et  xviii^  siècles.  L.  P. 

lies  maître*  de  l'Heure,    Essais  d'histoire   tnorale    contemporaine,  par 
Victor  Giraud.  Paris,  Hachelte,  1911,  in-16  de  xii-350  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Le  titre  que  nous  venons  de  transcrire  est  joli,  comme  titre  à 
effet.  11  est  moins  clair  que  frappant.  Pour  l'entendre,  il  faut  avoir 
lu  l'Avant- Propos  où  M.  Giraud  l'exphque.  «  Les  Maîtres  de 
l'Heure  »,  ce  sont  les  maîtres  intellectuels  de  la  génération  à  la- 
quelle M.  Giraud  appartient,  c'est-à-dire,  selon  sa  propre  déclara- 
tion, celle  qui  vient  «  d'atteindre  la  quarantaine  ».  Mais  cette  géné- 
ration a  été  précédée  par  d'autres  qui  ne  sont  pas  encore  éteintes,  et 
elle  a  été  suivie  de  générations  nouvelles  et  différentes,  de  sorte 
qu'il  se  pourrait  bien  que  nombre  de  lecteurs  ne  reconnussent  pas 
dans  les  maîtres  dont  il  s'agit  ceux  de  leur  heure.  Peu  importe 
au  fond,  puisque  M.  Giraud  nous  donne  sur  ceux  qu'il  considère 
comme  les  maîtres  de  son  heure,  un  recueil  d'études  très  intéres- 
santes, où,  comme  il  le  dit,  l'histoire  intellectuelle  et  morale  s'a- 
joute à  la  critique  littéraire.  —  Le  présent  volume,  qui  sera  suivi 
d'un  second,  est  composé  de  cinq  études,  consacrées  aux  écrivains 


—  69  — 

dont  les  noms  suivent  :  Pierre  Loti,  Ferdinand  Brunetière,  Emile 
Faguet,  Eugène-Melchior  de  Vogué,  Paul  Bourget.  Toutes  sont 
remarquables  et  offrent  une  lecture  à  la  fois  agréable  et  nourris- 
sante. Une  qualité,  en  soi  secondaire,  mais  qui  doit  être  louée  par- 
ticulièrement ici,  c'est  le  sens  et  l'érudition  bibliographique  de 
M.  Giraud  et  l'excellent  usage  qu'il  ne  dédaigne  pas  de  faire  des 
comparaisons  d'éditions  et  des  variantes  de  textes  (cf.  notamment 
p.  295,  313,  314).  Mais  il  a  de  plus  hauts  dons  et  de  plus  hauts 
mérites.  C'est  un  penseur  qui  embrasse  dans  leur  entier,  et  dont  la 
vue  dépasse  à  l'occasion,  en  les  considérant  de  haut,  les  sujets  qu'il 
traite.  C'est  aussi  un  critique  littéraire  très  intelligent  et  très 
pénétrant,  surtout  très  bien  informé.  Toutefois,  dans  le  culte  qu'il 
professe  pour  ses  maîtres,  il  excède  quelquefois,  même  assez  sou- 
vent la  mesure,  et  pose  de  temps  en  temps  la  plume  pour  prendre 
en  main  l'encensoir.  On  sent  que  la  Revue  des  Deux  Mondes  et 
encore  plus  l'Académie  fcançaise  sont  pour  lui  des  temples,  eu  il 
en  pratique  les  rites  avec  conviction.  C'est  dire  que  ses  études  se 
tournent  facilement  en  panégyriques.  Mais  cela  ne  l'empêche  pas 
d'exprimer,  quand  il  le  faut,  les  réserves  nécessaires.  Sa  foi  chré- 
tienne, solide  et  sincère,  le  soutient  et  le  préserve;  elle  sauve  et 
fortifie  son  indépendance  et  son  originalité.  M.  Victor  Giraud  est 
aussi  un  écrivain  remarquable,  bien  que  son  goût  ne  soit  pas  tou- 
jours parfaitement  pur  et  que  sa  langue  parfois  s'empâte,  quand 
il  nous  parle,  par  exemple,  du  «  sens  concret  et  de  la  signirication 
convergente  de  toutes  ces  affinités  électives  »  (p.  195),  ou  glisse  même 
dans  l'impropriété,  quand  il  écrit  (p.  218)  que  «  en  intervenant 
généreusement  dans  les  questions  sociales,  elle  (l'Église)  risquait, 
à  très  brève  échéance,  de  recouvrer  tout  son  ancien  prestige  ».  Ris- 
quer s'applique  à  un  mal,  non  à  un  bien  éventuel.  On  risque  de 
perdre,  on  a  chance  de  gagner.  Ce  n'est  rien,  mais  il  y  faut  pren- 
dre garde.  La  défense  de  la  langue  et  du  goût  est  une  partie  de 
cette  défense  religieuse,  morale,  sociale,  patriotique,  littéraire,  à 
laquelle  sont  attachées  les  destinées  et  l'existence  même  de  notre 
pays,  et  à  laquelle  M.  Giraud  est  tout  à  fait  digne  de  prendre  une 
part  de  jour  en  jour  plus  considérable.  Nous  recommandons  aux 
esprits  sérieux  et  curieux  le  premier  volume  et  nous  n'attendons 
pas  sans  un  avant-goût  de  plaisir  et  d'instruction  le  second  volume 
des  et  Maîtres  de  l'Heure  »...  de  M.  Giraud.  M.  S. 


—  70  — 

Calttl«giie      raisonné     cle!«     premières      impresfiionH     de 

Majenre  (  14'A5-1  1157)  par  Seymour  de  Ricci.  (VeiofTeiillichungen 
'   der  GulenbergGesellschaft,  viii-ix.  Mainz,  Verlag  der    Gulenberg-Gesell- 
schafl,  1911,  in-'i  de  ix-166  p.  et  1  pi.  en  pholoiypie.  —  Prix  :  2o  fr. 

Die  Baniberger  Pfistcrdrueke  tiud   die    «fGzeilige    Kibel, 

von  Prof.  D'  Gottfrihd  Zedler.  (Même  recueil,  x-xi.)  Ibid.,  1911,  in-4  de 
ii-li;<p.,  22  pi.  en  pholo-lypie,  1  planclie  en  aulolypieel  fig.  dans  le  texte. 
—  Prix  :  25  fr. 

Outenberg-CScaelliiehaft.  10"  Jahresbericht  erslallet  in  der  ordentlichen 
Mitgtiederversammlang  su  Mainz  am  23.  Jimi  ^9H.  Mainz,  Buchdruckerei 
J.  Prickarts,  1911,  in-/i,  58  p.  et  14  fig.  dans  le  texte. 

La  fondation  à  Mayence  en  1900  et  l'inauguration  en  1901  du 
Musée  Gutenberg  destiné  à  recueillir  tout  ce  qui  a  trait  à  l'inven- 
tion et  aux  progrès  de  l'imprimerie  ont  eu  pour  conséquence  la 
fondation,  grâce  à  l'initiative  de  M.  Karl  Dziatzko,  d'une  Société 
Gutenberg  dont  l'objet  est  double  :  favoriser  le  développement 
du  musée  et  promouvoir  les  études  sur  Gutenberg  et  sur  l'histoire 
de  l'imprimerie.  La  cotisation  annuelle .  des  membres  est  fixée  à 
12  fr.  50  et  peut  être  rachetée  par  une  souscription  perpétuelle  de 
375  fr. 

Bien  que  la  Société  ait  un  caractère  international,  c'est  jusqu'à 
présent  en  Allemagne  surtout  et  en  Autriche  qu'elle  a  recruté  ses 
440  membres  actuels.  Elle  n'a  rencontré  que  six  souscripteurs  en 
Belgique,  cinq  en  Italie,  six  en  Suède,  neuf  en  France,  vingt  en 
Grande-Bretagne;  encore,  parmi  ces  souscripteurs,  il  faut  compter 
les  Bibliothèques.  Et,  cependant,  par  l'utilité  de  l'objet  qu'elle  s'est 
proposé,  par  l'intérêt  des  pubHcations  qu'elle  a  distribuées  jusqu'ici 
à  ses  souscripteurs,  elle  mériterait  une  plus  large  diffusion.  Nous 
nous  féliciterions  si  h  PobjbibUon,  en  îa  faisant  connaître  à  ses 
lecteurs,  aidait  à  son  recrutement.  La  Société  qui  aurait  pu  sembler 
en  sommeil,  puisque,  depuis  quelques  années,  elle  n'avait  pas  fait 
béaéficier  ses  membres  des  publications  qu'elle  devrait  leur  donner 
te  us  les  ans,  se  rattrape  et  fait  les  bouchées  doubles  en  distribuant 
coup  sur  coup  deux  volumes  dont  l'un  s'applique  aux  exercices 
1908-1909  et  1909-1910  et  l'autre  aux  exercices  1910-1911  et  1911- 
1912;  et  l'un  et  l'autre  de  ces  volumes  sont  d  une  importance  assez 
considérable. 

Le  Catalogue,dressé  par  M.  Seymour  de  Ricci,  suppose  de  vastes 
recherches  et  rendra  de  précieux  services.  Ce  n'est  pas  seule- 
ment une  liste  des  anciennes  impressions  mayençaises  ;  pour  chaque 
impression,  M.  Seymour  de  Ricci  s'est  efforcé  de  dresser  un 
état  de  tous  les  exemplaires  connus,  des  fragments  même  possédés 
par  des  bibliothèques  soit  publiques  soit  privées,  et  il  y  a  joint 
l'indication  des  exemplaires  signalés  et  dont  on  a  perdu  la  trace; 
il  indique  même,  et  cela  n'était  pas  superflu,  les  exemplaires  ima- 


—  71  — 

ginaires  que  l'on  avaijt  cru  à  tort  rencontrer  dans  un  dépôt  et 
qui,  en  réalité,  n'y  existent  pas.  Les  impressions  sont  divisées 
en  groupes,  d'après  les  caractères  qui  y  ont  été  employés,  et  classées 
dans  un  ordre  chronologique  approximatif.  Les  exemplaires  sont 
énumérés  d'après  l'ordre  du  pays  où  ils  sont  conservés  en  commen- 
çant, nous  ne  savons  pourquoi,  par  l'Angleterre,  et  en  continuant 
par  la   France   et   par  l'Allemagne. 

Le  titre  donné  à  son  Catalogue  par  M.  Seymour  de  Ricci  est 
trompeur.  Il  ne  s'agit  pas  des  seules  impressions  mayençaises;  les 
impressions  de  Pfister  à  Bamberg,  celles  de  Bechtermuncze  à  Elt- 
ville  y  figurent  également;  de  même  la  date  de  1467  n'est  pas 
celle  à  laquelle  s'arrête  le  travail  de  M.  de  Ricci;  les  Bechter- 
muncze s'étendent  jusqu'à  1480;  des  psautiers  ou  des  missels  pu- 
bliés jusqu'en  1516  ont  été  relevés  par  lui  . 

Tout  en  rendant  hommage  au  labeur  de  M.  Seymour  de  Ricci, 
nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  faire  quelques  réserves  sur 
ses  classements;  quand  il  existe  d'un  même  ouvrage  deux  ou  plu- 
sieurs tirages  —  comme  cela  a  lieu  pour  la  Bible  de  42  lignes 
ou  pour  le  psautier  de  1457,  —  il  y  aurait  eu  intérêt  à  décrire 
ensemble  tous  les  exemplaires  d'un  même  tirage,  au  lieu  de  les 
disperser  comme  le  fait  l'auteur,  suivant  les  pays  où  ils  sont  con- 
servés. 

Peut-être  pourrait-on  relever  de  ci  de  là  quelques  traces  de  lé- 
gèreté, nous  n'en  citerons  qu'un  exemple  :  à  propos  de  la  Bible 
de  36  1.,  M.  Seymour  de  Ricci  écrit  (p.  16,  n°  14)  :  «  Selon  M.  Léo- 
pold  Delisle  {Journal  des  savants^  1893,  p.  216),  un  exemplaire 
aurait  été  offert  vers  1890  pour  150,000  fr.  par  un  libraire  de 
Munich  »;  dans  la  phrase  visée  et  que  voici,  il  n'est  question  ni 
de  1890  ni  de  Munich  :  «  Un  libraire  n'a  pas  craint  dans  ces  der- 
niers temps  de  demander  150,000  fr.  d'un  exemplaire  de  la  Bible 
imprimée  à  Bamberg  par  Albrecht  Pfister  ».  Quant  au  doute  que 
M.  de  Ricci  se  permet  d'émettre  sur  cette  assertion,  tous  ceux 
qui  connaissent  le  soin  scrupuleux  de  M.  Delisle  dans  tous  ses  tra- 
vaux ne   s'y   arrêteront   pas. 

—  Les  impressions  de  Pfister  qui  tiennent  naturellement  une  place 
dans  le  Catalogue  de  M.  Seymour  de  Ricci  font  l'objet  propre 
du  mémoire  de  M.  Zedler.  L'érudit  bibliothécaire  de  Wiesbaden 
est  arrivé  à  des  conclusions  fort  intéressantes  et,  sur  bien  des  points, 
entièrement  neuves.  11  est  parvenu  à  établir  qu'Albrecht  Pfister 
était  un  clerc  marié  qui,  pendant  au  moins  douze  ans  (1448  au 
moins  à  1460),  fut  attaché  comme  secrétaire  à  la  personne  de 
Georg  de  Schaumberg,  évêque  de  Bamberg  de  1459  à  1475,  que 
son  activité  comme  secrétaire  cesse  brusquement  en  1460  et  qu'il 


—  11  — 

était  mort  avant  1466.  L'examen  très  minutieux  auquel  s'est  livret 
M.  Zedler  de  la  teclmique  typographique  des  volumes  imprimés 
par  Pfister  lui  a  permis  de  déterminer  d'une  manière  qui  me  paraît 
fort  vraisemblable  et  à  peu  près  sûre  l'ordre  dans  lequel  se  sont 
succédé  les  impressions  du  clerc  de  Bamberg  ;  comme  on  sait, 
deux  de  ces  impressions  sont  datées  :  une  édition  de  V Edelstein 
de  Boner,  du  14  février  1461,  et  les  Quatre  histoires,  de  peu  après 
la  Sainte-Walburge  (l'^''  mai)  1462  .  Le  Boner  serait  la  2^  impres- 
sion de  Pfister,  qui  aurait  d'abord  imprimé  en  1460  une  édition  de 
VAckermann  von  Bôhmen  (exemplaire  sans  gravures  de  Wolfenbut- 
tel).  Les  Quatre  histoires  forment  la  3^  impression  que  suit  vers 
la  fin  de  1462  la  1""^  édition  allemande  de  la  Biblia  pauperiwi 
(la  plus  courte),  puis  en  1463  l'édition  latine  de  la  Biblia  pauperum 
et  la  2^  édition  de  VAckermann^  en  1464  la  2^  édition  allemande 
de  la  Biblia  pauperum,  la  2®  de  VEdelstein  de  Boner;  enfin  lei?e- 
lial  de  Jacques  de  Teramo.  Si  ce  dernier  ouvrage  n'est  pas  illustré, 
comme  les  autres  impressions  de  Pfister,  la  raison  doit,  selon 
M.  Zedler,  en  être  cherchée  dans  l'état  de  fatigue  de  l'imprimeur 
qui,  comme  on  le  sait  déjà,  ne  survécut  guère  à  ce  travail.  M.  Zedler 
croit  aussi  pouvoir  affirmer  que  VAckermann  n'est  pas  seulement  la 
plus  ancienne  impression  que  nous  ayons  conservée  de  Pfister, 
mais  la  première  à  laquelle  il  ait  donné  ses  soins.  Les  arguments 
techniques  qu'il  fait  valoir  rendent  la  chose,  sinon  certaine,  du 
moins   assez    vraisemblable. 

Des  raisons  philologiques  avaient  conduit  des  germanistes  à 
donner  pour  les  éditions  de  VA  ckermann  et  pour  VEdelstein  de  Boner 
un  ordre  directement  inverse  de  celui  que  propose  aujourd'hui 
M.  Zedler.  Il  s'est  donc  trouvé  amené  à  étudier  de  plus  près  le 
texte  des  éditions  de  Pfister  sous  le  double  rapport  de  l'ortho- 
graphe et  du  style,  et  cette  nouvelle  enquête  a  abouti  aux  mêmes 
conclusions    que.  l'enquête   typographique. 

Comme  les  livres  imprimés  par  Pfister  l'ont  tous  été  avec  les 
caractères  de  la  Bible  de  36  lignes,  M.  Zedler  ne  pouvait  se  sous- 
traire au  devoir  d'examiner  la  question  si  débattue  de  savoir  qui  a  été 
l'imprimeur  de  cet  ouvrage.  Pfister,  à  qui  quelques-uns  en  avaient 
fait  honneur,  a  été  généralement  écarté  et  M.  Zedler  est  de  ceux 
qui  repoussent  cette  attribution  difficilement  soutenable.  Pour  lui, 
c'est  Gutenberg  qui  est  le  créateur  des  caractères  de  la  Bible  de 
36  lignes  comme  de  ceux  de  la  Bible  de  42  lignes;  et  c'est  lui 
aussi  qu'il  faut  regarder  comme  l'imprimeur  de  cette  œuvre.  Les 
arguments  de  M.  Zedler,  dans  le  détail  desquels  il  ne  nous  est  pas 
possible  d'entrer  ici,  sont  d'ordre  purement  technique.  Quant  au 
lieu  d'impression  de  la  Bible,  tout  semble  montrer  que  c'est  Bam- 


—  73  — 

berg  et  non  Mayence;  non  seulement  on  explique  plus  facilement 
ainsi,  comment,  au  lendemain  môme  de  l'impression  de  la  Bible,  les 
caractères  sont  tombés  aux  mains  du  Bambergois  Pfister;  mais  le 
papier  utilisé  pour  l'impression  a  été  employé  sûrement  à  Bam- 
berg,  tandis  qu'on  n'en  trouve  point  trace  à  Mayence;  les  exem- 
plaires connus  dont  on  peut  déterminer  la  provenance  proviennent 
tous  ou  de  Bamberg  ou  de  monastères  des  environs;  c'est  à  Bam- 
berg  seulement  que  l'on  trouve  trace  d'un  registre  imprimé  de  la 
Bible  de  36  lignes.  Il  y  a  là  tout  un  ensemble  d'indices  concordants 
et  probants.  Ce  serait  en  1457-1458  que  Gutenberg  aurait  mené 
à   terme    cette    impression. 

Si,  dans  l'argumentation  de  M.  Zedler,  tout  n'est  pas  également 
convainquant,  ce  beau  travail,  très  clair  et  très  fouillé,  n'en  a  pas 
moins  une  importance  considérable  et  s'impose  à  l'attention  et  à 
l'étude  de  tous  ceux  que  préoccupe  la  question  des  origines  typo- 
graphiques. 

—  Pfister  est  le  premier  imprimeur  qui  ait  songé  à  illustrer  ses 
éditions  par  des  gravures  sur  bois.  M.  ri  ans  Koegler,  dans  la  lec- 
ture qu'il  a  faite  le  25  juin  1911  à  l'assemblée  de  la  Société  Gu- 
tenberg :  tïher  Bucheriïlustrationen  in  den  ersten  Jahrzehnten  des 
deuischen  Biichdruckes^  se  borne  à  étudier  les  productions  des  pres- 
ses baloises.  Le  fait  qu'il  met  en  lumière,  c'est  qu'au  début  l'il- 
lustration n'a  d'autre  objet  que  d'interpréter  le  texte  aussi  fidèle- 
ment que  possible  et  de  le  rendre  intelligible  à  qui  ne  sait  lire. 
Le  dessinateur  se  réduit  à  l'essentiel,  négligeant  le  pittoresque  inu- 
tile, môme  quand  le  texte  lui  en  fournirait  les  éléments.  Peu  à 
peu,  l'illustrateur  en  prend  plus  à  son  aise  avec  le  texte;  ainsi 
Diirer,  —  s'il  en  est  bien  le  des.-^inateur  —  avec  les  figures  de  la 
Nef  des  fous  de  S.  Brant.  Encore  M.  Koegler  exagère-t-il  plutôt 
ces  libertés  prises  par  le  dessinateur;  ainsi  dans  sa  figure  12,  où 
rien  ne  lui  semble  rappeler  la  sanctification  du  dimanche,  cette 
idée  n'est-elle  pas  au  contraire  éveillée  dans  l'esprit  du  lecteur  par 
la  représentation  de    l'église  ou  plutôt  des  églises? 

E.-G.  Ledos. 


BULLETIN 

L'Acte  de  foi  eet-ll  raisonnable?  par  le   B.  P.  SCHWALM.  Paris.  Bloud, 
1911,  in-16  de  63  p.  (Collection  Science  et  Religion).  —  Prix  :  0  fr.  60. 

A  propos  de  la  foi,  ce  petit  opuscule  touche  à  beaucoup  de  questions, 
questions  relatives  à  la  Trinité,  aux  vestiges  d'elle-même  qu'elle  imprime 
dans  les  créatures,  à  l'attrait  qui  emporte  toute  nature  créée  vers  le  surna- 
turel, etc.  Signalons  un  beau  chapitre,  c.  8,  sm'  la  Trinité,  centre  de  la  foi,  un 
autre  aussi,  ^,  4,  que  l'on  voudrait  plus  clair,  sur  ce  qui  de  Dieu  est  ou  n'est 


—  74  — 

pas  naturellement  connaissablo.  La  page  à  mon  a\is  la  plus  intéressante, 
p.  59,  eet  celle  où  l'auteur  analyse  dans  ce  qu'elle  a  de  psychologique- 
ment observable,  la  grâce  prévenante,  touche  suave  de  Dieu  qui  nous  incite 
à  croir.^.  J'ai  le  regret  d'ajouter  que  ce  passage,  d'une  valeur  psychologique 
incontestable,  me  paraît  dialectiquement  faible.  D'après  le  P.  Schawlm, 
ce  contact  de  la  présence  de  Dieu,  cette  parole  intérieure  est  «  obscure  sans 
doute,  mais  expérimentée  en  toute  certitude  »;  et  cette  certitude  expérimen- 
tale serait  requise  pour  qu'un  acte  de  foi  souverainement  ferme  fût  raison- 
nable. —  Que  tout  acte  de  foi  se  fasse  à  l'aide  de  la  grâce,  c'est  une  vérité 
dogmatique.  Que,  dans  des  cas  exceptionnels,  vrais  miracles  d'ordre  psy- 
chologique, le  témoignage  intérieur  du  Saint-Esprit  porte  en  lui-même  la 
preuve  certaine  de  sa  divine  origine,  je  l'admets  également.  Mais  que  tous 
les  croyants  aient  cette  certitude  expérimentale  de  Dieu  sensible  au  cœur, 
je  ne  le  pense  pas.  Faire  dépendre  la  rationabilité  de  la  foi  et  sa  suprême 
fermeté  d'une  expérience  religieuse  dont  tous  les  croyants  devraient  être 
expérimentalement  certains,  ne  serait-ce  pas  donner  à  cette  foi  un  faux  air 
d'illuminisme?  H.  Grs. 

L.es    Idées    (la    père   Bontcmps,   Journal    d'un    paysan,  par  Abbl    NOËL- 
Mons,  édition  de  la  «  Société  nouvelle  »,  s,  d.  iu-12  de  182  p.  —  Prix  :2  fr. 

Les  idées  du  père  Bont^emps  sont  radicalement  socialistes,  et  c'est  aux 
paysans  qu'il  les  prêche,  non  sans  verve  ni  sans  arguments  spécieux,  avec 
un  mélange  de  dissertations  économiques  et  de  littérature  pathétique,  qui 
agirait  sur  bien  des  lecteurs.  La  critique  vive,  acerbe,  de  la  société  actuelle 
tient  nattirellement  la  plus  grande  place  dans  ces  pages.  Les  remèdes  propo- 
sés sont  la  nationalisation  du  sol  et  un  remaniement  des  lois  sur  l'héritage, 
grâce  auxquels  l'État  pourrait  mettre  à  la  disposition  des  travailleurs  et  des 
associations  de  travailleurs  le  sol,  les  usines,  magasins  ou  manufactures, 
avec  l'outillage  nécessaire.  Baron   Angot  des  Rotours. 


Le  Gldre,  par  P.  Labounoux  et  P.  Touchard.  Paris,  Hachette,  1910,  in-16 
cartonné  de  199  p.,  avec  92  fig.  —  Prix  :  2  fr. 

Monographie  forcément  spéciale  par  suite  de  la  zone  plutôt  restreinte  tant 
de  la  culture  du  pommier  que  de  la  fabrication  et  de  l'usage  de  cette  bois- 
son. Cependant  la  consulteront  avec  fruit  et  suivront  ses  conseils  tous  ceux 
qui  produisent  des  fruits  de  vente  et  de  consommation.  Toute  la  partie  con- 
sacrée aux  so'ns  à  donner  aux  arbres,  aux  ennemis  surtout  à  combattre, 
intéresse  naturellement  tous  les  producteurs.  Quant  aux  fabricants  de 
cidre,  ils  consulteront  avec  profit  ce  qui  concernele  matériel  de  fabrication, 
son  entretien,  sa  tenue  et  sa  propreté,  le  traitement  des  fruits,  la  manière 
d'obtenir  le  jus,  sa  fermentation  et  ce  qui  regarde  la  portée 
commerciale  de  ces  produits,  comme  aussi  les  industries  diverses  qui  uti- 
lisent les  sous-produits.  Ce  petit  volume  prend  une  bonne  place  dans  l'Ency- 
clopédie des  connaissances  agricoles  dont  nous  avons  déjà  parlé  plusieurs 
fois.  G.  DK  S. 

Lapin»    et    cobaye»,   par    Ch.    Caillât.    Paris,   Librairie   de   la   Maison 
rustique,  1910,  in-8  de  81  p.,  avec  grav.  —  Prix  :  2  fr. 

Petite  brochure  essentiellement  pratique.  L'auteur,  qui  invite  d'aiiburs 
?es  lecteurs  à  le  suivre  dans  la  visite  détaillée  de  son  clapier,  leur  en  donne 


—  Tô- 
le goût  en  décrivant  tous  les  détails  de  l'installation  de  ses  cabanes,  leur 
aménagement,  l'hygiène  à  observer,  enfin  la  nourriture  à  donner  aux  ani- 
maux dont  on  a  choisi  et  sélectionné  les  racss.  L'ouvrage,  complété  par 
dou7e  belles  planches  gravées  représentant  des  installations  d'élevage,  cons- 
titue un  guide  attrayant  et  très  pratique.  G.  de  S. 


Élémentii  <i'ai-li  itmétique.  Premier  cjcle,  6"^  et  5*  A  et  B,  par  P.  Gamman. 
Paris,  de  Gigord,  1911,  in-16  cartonné  de  270  p.  —  Prix  :  1  fr.  80. 

Cours      élémentali-e    de   géométrie    pinne,    par    P.     CaMMâN    et    A. -G. 

RÉBOUis.  Paris,  de  Gigord,  1911,  in-16  cartonnt^,  de  294  p.  —  Prix  :  1  fr.  75. 
Aif^èbre..   Classe  de  3«  B,  2'  et  i"  C  et  D,  par  P.  Gamman  et  A.  Grignon. 
Paris,  de  Gigord,  1912,  in-16  cartonné  de  vi-279  p.  —  Prix  :  3  fr. 

M.  Gamman,  directeur  des  études  scientifiques  au  collège  Stanislas,  a 
entrepris,  avec  le  concours  de  plusieurs^  professeurs  au  même  collège,  la 
publication  d'un  cours  de  mathématiques  répondant  aux  desiderata 
fréquemment  formulés  par  de  nombreux  professeurs  de  l'enseignement 
libre.  La  motion  suivante,  à  laquelle  nous  nous  rallions  de  la  façon  la  plus 
absolue,  a  toujours  réalisé  l'unanimité  des  voix  dans  les  différents  congrès: 
à  qualités  égales,  dans  l'enseignement  libre,  on  doit,  sans  hésitation,  pré- 
férer les  oeuvres  des  professeurs  de  l'enseignement  libre.  En  ce  qui  con- 
cerne les  mathématiques,  le  moment  est  venu  de  passer  de  la  théorie  à  la 
pratique;  tout  au  moins  en  ce  qui  concerne  les  trois  volumes  actuellement 
parus  de  la  collection  dont  nous  parlons. 

M.  Gamman  s'est  réservé  la  tâche  ingrate  d'écrire  les  Éléments  d'arith- 
métique. Il  s'est  efforcé  d'être  très  simple  et  très  clair.  Il  s'agit  d'être  com- 
pris par  de  très  jeunes  erfants.  Mais  si,  dans  l'enseignement  primaire, 
l'arithmétique  est  une  fin,  dans  l'enseignement  secondaire  c'est  un  début 
qui  doit  préparer  aux  études  ultérieures.  Il  faut  donc  des  notions  précises 
qui  ne  paraissent  pas  trop  arides.  M.  Gamman  a  su  concilier  ces  deux  exi- 
gences si  opposées.  —  Dans  le  Cours  élémentaire  de  géométrie  plane,  nous 
retrouvons,  rajeuni  et  revivifié,  l'esprit  de  simplicité  de  l'œuvre,  mainte- 
nant disparue,  de  Dufailly.  Que  de  générations  ont  pu  absorber  le  «  quod 
justum  ))  de  sciences,  grâce  à  cet  ancien  professeur  de  Stanislas  !  Ge  nouveau 
livre  présente  le  même  avantage  pour  les  programmes  actuels.  —  Malgré 
les  qualités  que  nous  reconnaissons  aux  deux  ouvrages  précédents,  nous 
n'hésitons  pas  à  mettre  hors  de  pair  V Algèbre doMM.  Gamman  et  Grignon. 
Le  programme  officiel  de  cette  science  est  très  vaste;  cependant,  sur  cer- 
tains points,  il  est  incomplet.  Les  auteurs  ont  su  rester  brefs,  tout  en  expo- 
sant ce  qui,  logiquement,  doit  être  enseigné.  Nous  ne  saurions  faire  com- 
prendre, en  quelques  lignes,  avec  quel  tact,  quelle  délicatesse,  les  élèves 
sont  guidés  dans  cet  ouvrage.  LIne  longue  et  sagace  observation  du  déve- 
loppement intellectuel  des  auditeurs,  telle  que  M.  Grignon  Va  toujours 
pratiquée,  est  la  cause  de  la  haute  valeur  de  ce  cours.  E.  Ghailan. 


Un  Crime  social.     L.'.4ifi9a8slnat    «i*  Vi-nnçoiS  Fcrr-er,  par   LâON  Ll- 

GA"'r?,3.  Paris,  Marcel  Rivière,  1309,  in-8  de  70  p.,  avec  portrait.  —  Prix  : 
'.  fr. 

assassinat  est  ici  pour  exécution.  L'auteur  admet  com-ne  un  axi5aie, 
sans  même  discuter  le  dossier,  que  Ferrer  était  étranger  aux  émeutss  de 
Barcelone  et  que,  s'il  a  été  condamné  et  fusillé,  c'est  en  haine  de  «  l'école 


—  76  — 

moderne  »  dont  il  s'était  fait  l'apôtre.  Il  a  été  en  définitive  une  victime 
de  l'Inquisition,  de  l'Église  catholique,  et  aussi  de  la  société  bourgeoise 
qui  s'appuie  sur  elle,  ouvertement  en  Espagne  et  en  Belgique,  indirecte- 
ment et  sournoisement  en  France  et  en  Italie.  Ce  thème  sort  de  centre  à  une 
série  de  considérations  historiques,  philosophiques  et  religieuses,  dont  on 
pressent  la  profondeur.  Comme  conclusion  à  ces  pauvretés,  on  nous  an- 
nonce l'ouverture  d'une  souscription  pour  élever  un  monument  à  Bruxelles, 
en  souvenir  de  Ferrer.  H.  Rubat  du  Mérac. 


CHROJNIQUE 


Nécrologie.  —  M.  l'abbé   Hippolyte  Gayraud,   député  du   Finistère, 
qu'une  grave  maladie  retenait  depuis  longtemps  loin  du  Parlement, est  mort 
à  Bourg-la-Reine  (Seine),  le  16  décembre,  à  55  ans.  Né  à  Lavit  (Tarn-et-Ga- 
ronne),  le  13  août -1856,  il  était  entré  dans  l'ordre  des  Frères  Prêcheurs  en 
1877  et  se  fit  recevoir  docteur  en  théologie.  En  1884  ses  supérieurs  lui  con- 
fièrent la  chaire  de  philosophie  et  de  théologie  scolastique  à  l'Institut  catho- 
lique de  Toulouse,  chaire  qu'il  occupa  pendant  neuf  années.  Autorisé  par  le 
Souverain  Pontife,  en  1893,  à  quitter  l'habit  dominicain,  il  s'adonna  à  la 
prédication  et  groupa  autour  de  lui  de    nombreux  auditoires.  Abordant 
enfin  la  politique,  il  prit  vivement  la  défense  de  la  démocratie  chrétienne 
dans  les  congrès  et  même  dans  les  réunions  publiques,  et  Mgr  d'Hulst  étant 
mort  au  moment  où  quelque  bruit  se  faisait  au  tour  de  son  nom,  il  fut  choi'  i 
par  les  électeurs  de  la  troisième  circonscription  de  Brest  pour  occuper  le 
siège  laissé  vacant  par  le  décès  du  recteur  de  l'Institut  catholique  de  Paris. 
A  la  Chambre,  M.  l'abbé  Gayraud,  qui  appartenait  au  groupe  de  l'Action 
libérale,  intervint  dans  la  plupart    des  débats  d'ordre  religieux  et    sut 
presque  toujours  s'imposer  à  ses  collègues  anticléricaux    parla  vigueur  de 
sa  dialectique.  Toutefois  au  moment  de  la  discussion  de  la  loi  de  sépara- 
tion il  ne  réu?sit  pas  à  obtenir  des    modifications    qu'il  espérait  pouvoir 
amener  une  entente  avec  Rome.  M.  l'abbé  Gayraud  laisse  divers    ouvrages 
de  philosophie,  de  théologie  et  de  politique  parmi  lesquels  nous   citerons; 
Thomisme  et  Molinisme.  Première  partie  :  Critique  du.  Molinisme.  Réponse 
au  R.  P.   Th.  de  Régnon,  S.  J.  (Toulouse,  1890,  in-12);  —  Providence  et 
libre  arbitre  selon  saint  Thomas  d^Aquin.  Thomisme  et  Molinisme.  Seconde 
partie  :  Exposition  du  thomisme  (Toulouse,  1892,  in-12);  —  Saint  Thomas 
et  le  prédéterminisme  (Paris,  1895,  in-16);  —  Un  Programme  à  propos  du 
budget  de  1895  (Paris,  1895,  in-8);  —   V Antisémitisme   de   saint    Thomas 
d' Aquin  (Paris,  1896,    in-12);  —   Questions  du  jour,  politiques,  sociales,  reli- 
gieuses, philosophiques  (Paris,  1897,  in-12);  ■ —  La  Démocratie  chrétienne. 
Doctrine  et  programme  (Paris,  1899,  in-12). 

—  L'Alsace-Lorraine  a  perdu  dernièrement,  en  la  personne  de  Mgr  Lan- 
delin  Winterer,  un  de  ses  fils  les  plus  dévoués,  un  de  ses  plus  saints 
prêtres,  un  de  ses  plus  remarquables  orateurs  et  écrivains.  Mgr  Winterer, 
mort  à  Mulhouse  au  commencement  de  novembre,  à  79  ans,  était  né  à 
Soppe-le-Haut  (Haut-Rhin),  le  29  février  1832.  Il  fut  successivement 
curé  à  Bischwiller,  à  Colmar  et  à  Guebwiller,  puis  fut  nommé  curé  de  Saint- 
Étienne  de  Mulhouse  et  chanoine  honoraire  du  diocèse  de  Strasbourg.  Elu, 
en  1874,  député  au  Parlement  allemand  pour  le  cercle  de  Thann-Altkirch, 
il  ne  tarda  pas  à  se  placer  au  premier  rang  des  orateurs  politiques  de  cette 
assemblée  et  se  montra  un  des  plus  ardents  adversaires  du  prince  de  Bis- 


marck.  Et  dès  lors,  pendant  quarante  ans  environ,  il  ne  cessa  d'être  un 
intrépide  défenseur  des  droits  de  sa  patrie  nautilée  par  la  guerre  fatale  et 
de  l'Eglise  persécutée  et  attaquée  dans  ses  croyances.  Maniant  la  plum? 
aussi  bien  que  la  parole,  il  a  combattu  de  préférence  le  socialisme  qui 
avait  particulièrement  attiré  son  attention.  Voici  la  liste  de  ceux  de  ses 
ouvrages  qui  nous  sont  connus  :  La  Persécution  religieuse  en  Alsace  ven- 
dant la  grande  Révolution;  —  Histoire  de  Sainte  Odille  ou  V Alsace  chrétienne 
au  VII®  et  au  viii®  siècle  (Guebviller,  1870,  in-8),  plusieurs  fois  réimprimé; 

—  Le  Socialisme  contemporain  (1878,  in-8);  —  Trois  Années  de  l'histoire 
du  socialisme  contemporain  (1882,  in-18);  —  Le  Danger  social,  ou  Deux 
Années  de  socialisme  en  Europe  et  en  Amérique  (1885,  gr.  in-8)  ;  —  Le  Socia- 
lisme international  (Paris  et  Mulhouse,  1890,  in-8). 

—  Le  monde  médical  vient  de  perdre  un  de  ses  membres  les  plus  distin- 
gués, le  docteur  Odilon-Marc  Lannelongue,  sénateur  et  président  de 
l'Académie  de  médecine,  qui  est  mort  à  Paris  le  21  décembre,  à  l'âge  de 
72  ans.  Né  à  Castera-Verduzan  (Gers),  en  1840,  il  fit  sgs  études  médicale? 
à  Paris,  fut  reçu  docteur  en  1867,  puis  agrégé  en  1869,  et  fut  nommé  peu 
de  temps  après  chirurgien  du  bureau  central  des  hôpitaux.  Attaché,  en 
1873,  comme  chirurgien,  à  l'hôpital  de  Bicètre,  il  passait  deux  ans  plus 
tard  à  l'hôpital  Trousseau.  Le  17  juillet  1883,  il  était  nommé  membre  de 
l'Académie  de  médecine,  qu'il  devait  présider  plus  taro,  et  la  même  année 
on  lui  confiait  la  chaire  de  pathologie  externe  à  la  Faculté  de  médecine, 
qu'il  échangea  ensuite  contre  une  chaire  de  clinique  chirurgicale.  Enfin 
en  1895,  il  était  appelé  à  l'Académie  des  sciences  pour  la  section  de  méde- 
cine et  de  chirurgie  en  remplacement  de  Verneuil.  Le  docteur  Lanne- 
longue fut  choisi,  le  7  janvier  1906,  par  ses  compatriotes  du  Gers  pour  les 
représenter  au  Sénat.  Dans  cette  assemblés  il  ne  tarda  pas  à  occuper  une 
place  importante  et  prit  une  part  active  aux  discussions  relatives  à  l'hy- 
giène, à  l'enseignement  supérieur,  etc.  Les  principaux  ouvrages  que  laisse 
le  docteur  Lannelongue  sont  :  Circulation  veineuse  des  parois  auriculaires 
du  cœur  (Paris,  1867,  in-8),  thèse  pour  le  doctorat;  —  Du  Pied  bot  congé- 
nital (Paris,  1869,  in-8),  thèse  d'agrégation;  —  De  VOstéomyélite  chro- 
nique ou  prolongée  (Pari?,  1879,  in-8);  ■ —  De  VOstéomyélite  aiguë  pendant 
la  croissance  (Paris,  1880,  gr.  ia-8); — Abcès  froid  et  tuberculose  osseuse 
(Paris,  1881,  in-8);  —  Coxotuberculose  (Paris,  1886,  in-8);  —  Traité  des 
kystes  congénitaux  (Paris,  1886,  iii-8);  —  Leçons  de  clinique  chirurgicale 
(Paris,  1887,  gr.  in-8);  —  Tuberculose  vertébrale  (Paris,  1888,  gr.  in-8);  — 
De  quelques  Variétés  de  tumeurs  congénitales  de  l'ombilic  et  plus  spéciale- 
ment des  tumeurs  adénoïdes  diverticulaires  (Paris,  1886,  in-8),  avec  le  doc- 
teur V.  Frémont;  —  Méthode  de  transformation  prompte  des  produits  tuber- 
culeux des  articulations  et  de  certaines  parties  du  corps  (Paris,  1891,    in-8); 

—  Affections  congénitales.  Tête  et  cou.  Maladies  des  bourgeons  de  Vambryon, 
des  arcs  branchiaux  et  de  leurs  fentes  (Paris,  1891,  in-8);  —  La  Tubercu- 
lose chirurgicale  (Paris,  1903,  in-8). 

—  C'est  avec  un  vif  sentiment  de  regret  que  nous  avons  appris  ici  la 
mort  de  M.  Léo  Rouan  et,  survenu  cet  automne,  à  Mariette  (Seine-et- 
Marne).  M.  Léo  Rouanet  fut  des  nôtres.  11  donna  au  PolybibUon,  sur  divers 
ouvrages  espagnols,  de  courtes  mais  substantielles  études.  11  était  né  à 
Béziers  (Hérault),  en  1863.  Après  une  enfance  tout  entière  écoulée  au  sein 
d'une  de  ces  anciennes  familles  françaises  dont  l'horizon  d'action  et  de 
rêve  semble  se  limiter  à  la  maison  ancestrale,  il  quitta  le  Midi  pour  venir  à 
Paris.  La  beauté  de  la  grande  ville,  le  Louvre,  une  atmosphère  intellec- 
tuelle, la  sincérité  et  l'enthousiasme  de  certaifis  cénacles  le  séduisirent. 


—  78  — 

Il  aimait  les  lettivs,  los  arts.  Il  travailla.  Son  premier  livre,  un  roman  • 
Maxime  Everault,  pf  rut  dès  ce  temps-là.  Ses  relations  s'étendirent.  Mais, 
peu  à  peu,  la  vie  et  l'œuvre  de  Léo  Rouanet  prirent  une  orientation  nou- 
velle. Quelques  voyages  en  Espagne,  quelques  lectures  captivèrent  à  ce 
point  son  esprit  qu'il  en  vint  à  s'adonner  presque  exclusivement  aux 
belles-lettres  et  aux  arts  anciens  d'un  pays  où  les  hommes  firent  Séville 
et  le  ciel  Calderon.  De  cette  époque  jusqu'à  sa  mort  si  prématurée,  M.  Léo 
Rouanet  mit  son  intelligence,  très  sûre  et  pénétrante,  et  sa  faculté  de  tra- 
vail au  service  de  quelques  auteurs  espagnols  de  son  choix.  Passé  maître 
dans  la  connaissance  de  la  lang'ue,  il  reconstitua  et  annota  de  vieux  textes, 
en  traduisit  d'autres  en  un  français  d'une  pureté  rare.  Il  faut  citer  ses 
Chanso7is  populaires  de  VEspagne,  traduites  en  regard  du  texte  (Paris, 
1896,  in-12);  ^ — Intermèdes  espagnols  du  x\ii^  siècle,  {entremesses),  traduits 
et  annotés  (Paris,  1897,  in-8);  —  Drames  religieux  de  Calderon,  traduits 
et  annotés  (Paris,  1898,  in-8);  —  Le  Diable  prédicateur,  comédie  espagnole 
du  xvii®  siècle,  traduite  et  annotée  (Toulouse,  1901,  in-12);  —  Biblio- 
graphie critique  du.  théâtre  espagnol,  en  collaboration  avec  M.  A.  Morel- 
Fatio,  de  l'Institut  (Pari.',  1900,  gr.  in-8);  ■ —  Quatre  dialogues  sur  la 
peinture,  de  Francisco  de  Hollanda,  portugais,  traduits  et  annotés  (Paris 
1911,  in-12);  —  Auto  Sacramantal  de  Las  pruebas  del  linaje  umano  [160o]  ; 
—  Diego  de  Negueruela;  Coleccion  de  autos,  fârsas  y  coloquios  del  siglio  xvi, 
avec  notes,  appendices  et  glussaire  (Mâcon,  1891,  4  vol.  in-8)  ;  enfin,  ces  sa- 
voureux Mémoires  du  capitan  Alonso  de  Contreras  (Paris,  1911,  in-12) ,  qu'il 
«  mit  en  français  «  avec  la  collaboration  de  Marcel  Lami,  également  dis- 
paru. Huit  jours  à  peine  avant  sa  mort,  M.  Léo  Rouanet  mettait  le  mot 
fin  à  un  volumineux  travail,  un  texte  portugais  ancien  qu'il  avait  recons- 
titué à  force  de  recherches  à  Paris,  à  Londres,  à  Madrid  et  à  Lisbonne. 
Son  manuscrit,  net,  complet,  pesait  sur  sa  table  ;  il  en  parlait  avec  la 
modestie  charmante  qui  fut  l'une  des  caractéristiques  de  cet  homme 
distingué,  savant  collectionneur  et  bibliophile,  esprit  délicat  et  âme 
d'élite. 

—  M.  Jean-Baptiste-Edouard  Bornet,  le  di'^tingué  botaniste,  membre 
de  l'Institut,  considéré  à  l'étranger,  comme  un  des  représentants  les  plus 
autorisés  de  la  science  française,  est  mort  à  Paris,  à  la  fin  de  décembre, 
à  l'âge  de  83  ans.  Né  à  Guérigny  (Nièvre),  le  2  septembre  1828,  il  étudia 
la  médecine  et  fut  reçu  docteur;  mais  poussé  par  un  goût  très  vif  pour 
l'histoire  naturelle,  il  s'adonna  spécialement  à  d'importantes  recherches 
sur  les  végétaux  inférieurs.  Il  étudia  les  champignons  sous  la  direction 
de  Leveillé  et  de  Tulasne,  puis  se  rendit  à  Antibes  où  il  collabora  aux 
recherches  de  Thuret  sur  les  organes  reproducteurs  des  algues.  Il  fut  élu, 
le  10  mai  1866,  membre  de  l'Académie  des  sciences  en  remplacement  de 
Tulasne  et  en  mai  1891  il  obtint  la  grande  médaille  d'or  de  la  Société 
linnéenne  de  Londres  pour  l'ensemble  de  ses  travaux.  M.  Bcrnet  a  publié 
le  résultat  de  ses  découvertes  scientifiques  dans  les  ouvrages  suivants  : 
Études  psychologiques  (Pans,  1878,  m-fol.);  —  Notes  algologiques,  recueil 
d'observations  sur  les  algues  (Paris,  1876-1880,  2  vol.  in-4);  —  Concordance 
des  Algen  Sachsens  et  Europa's  de  Rabenhorst  avec  la  revision  des  Nosta- 
cacées  de  Bornet  (Venise,  1888,  in-8);  —  Les  Algues  de  P.  A.  Schousboe, 
récoltées  au  Maroc  et  dans  la  Méditerranée  de  1815  à  1829  (Paris,  1892,   in-8). 

—  M.  Paul  Mariéton,  un  des  plus  charmants  écrivains  de  cette  généra- 
tion, est^mort  à  Nice,  le  24  décembre,  à  49  ans.  Né  à  Lyon,  le  14  octobre 
1862,  Jean-René-Benoît-Paul  Mariéton  fit  ses  études  classiques  et  son 
droit  dans  cette  ville.  Passionné  pour  la  littérature,  il  s'adonna  d'abord 


—  79  —   • 

à  la  poésie  sous  la  direction  de  Jos^phin  Soulary,  son  compatriote,  puis 
publia  dans  la /?e('i<e  lyonnaise  ei  la.  Reçue  du  ?nonde  latin  de  nombreux  arti- 
cles sur  les  auteurs  provençaux  désignés  sous  le  nom  de  félibres.  Il  ne  tarda 
pas  à  devenir  un  des  chefs  du  félibrige,  dont  il  dirigea  les  efîorts  à  Paris 
et  en  Provence  et  pour  lequel  il  créa,  en  1885,  un  organe  spécial,  la  Revue 
félibréenne.  Infiniment  épris  d'art,  il  avait  entrepris  avec  succès  de  rendre 
une  vie  nouvelle  à  l'antique  théâtre  d'Orange.  On  doit  à  M.  Paul  Mariéton 
une  édition  des  Pensées  de  Vabbé  Roux  (Paris,  1885,  gr.  in-8).  Ses  œuvres 
personnelles  sont  les  suivantes  :  Souvenance.  Poésies  (Paris,  1884,  in-12); 

—  Joséphin  Soulary  et  la  pléiade  lyonnaise  (Paris,  1884,  in-12);  —  Les 
Flamands  ,à  propos  de  la  mort  de  Henri  Conscience  (Lyon,  1884,    gr.  in-8); 

—  La  Viole  d'amour,  poésies  (Paris,  1886,  in-12)  ;  —  Hellas,  Corfou, 
Athènes,  Rome  (Paris,  1888,  in-16);  —  La  Terre  provençale,  journal  de 
route  (Paris,  1890,  'n-12);  —  Le  Voyage  des  félibres  et  des  cigaliers.  Rhône 
et  Vaucluse.  Au  théâtre  d'Orange  (Avignon,  1893,  in-8);  —  Le  Livre  de 
mélancolie,  poésies  (Paris,  1896,  in-16);  —  Voyage  des  félibres  et  des  ciga- 
liers sur  le  Rhône  et  le  littoral  (Avignon,  1892,  in-8)  ; —  Une  Histoire  d'amour. 
George  Sand  et  A.  de  Musset.  Documents  inédits.  Lettres  de  Musset  (Paris, 
1897,  in-12);  — /asmm  (1798-1862)  (Paris,  1898,  in-12);  —  Une  Histoire 
d'amour.  Les  Amants  de  Venise  (  George  Sand  et  Musset).  Édition  défini- 
tive, avec  des  documents  inédits  (Paris,  1902,  in-12);  —  Hippolyte,  poésies 
(Paris,  1902,  in-12);  —  Le  Théâtre  antique  d'Orange  et  ses  représentations 
(Paris,  1903,  gr.  in-8). 

—  M.  Edmond  Saglio,  administrateur  et  archéologue  fort  connu  dans  le 
monde  des  beaux-arts  et  de  l'érudition,  membre  de  l'Institut,  est  mort  à 
Paris  au  commencement  de  décembre,  à  83  ans.  Né  à  Paris  en  1828,  il 
entra  dans  le  service  des  conservations  des  musées  et  devint  en  1871,  à 
celui  du  Louvre,  conservateur  du  département  de  la  sculpture  moderne 
et  des  objets  d'art  du  moyen  âge  et  de  la  Renaissance.  Vingt-deux  ans 
plus  tard,  en  1893,  il  fut  nommé  directeur  du  musée  de  Cluny  et  con- 
serva ce  poste  jusqu'en  1903,  année  où  il  prit  sa  retraite.  Il  avait  été  élu, 
en  1887,  membre  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  en  rem- 
placement de  M.  Germain.  M.  Edmond  Saglio  avait  entrepris,  avec  M. 
Charles  Daremberg,  et  dirigé,  depuis  la  mort  de  ca  dernier,  la  très  impor- 
tante publication  du  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines  d'après 
les  textes  et  les  monuments,  ouvrage  qui  paraît  à  Paris  par  fascicules  in-4 
depuis  1873.  11  laisse,  en  outre,  de  nombreuses  études  sur  l'archéologie 
antique,  ainsi  que  de  remarquables  rapports  rédigés  à  la  suite  de  missions 
qui  lui  avaient  été  confiées  pour  étudier  à  l'étranger  l'enseignement  indus- 
triel et  artistique. 

—  M.  François- Anatole  Bailly,  un  de  nos  plus  remarquables  hellénistes, 
est  mort  vers  le  milieu  de  décembre,  à  78  ans.  Né  à  Orléans  le  17  décem- 
bre 1833,  il  fit  ses  études  au  lycée  de  cette  ville  et  entra  en  1853  à  l'École 
normale  supérieure.  Sorti  agrégé  de  grammaire  en  1857,  il  fut  nommé  pro- 
fesseur de  quatrième  à  Orléans  et  occupa  cette  chaire  jusqu'à  l'époque  où 
il  prit  sa  retraite.  Ses  excellents  travaux  lui  obtinrent  d'être  élu  membre 
correspondant  de  l'Institut  le  27  décembre  1887.  Les  principaux  ouvrages 
^publiés  par  M.  Anatole  Bailly  sont  :  Manuel  pour  l'étude  des  racines  grecques 
et  latines  (Paris,  18'63,  in-18);  —  Etymologie  et  histoire  des  mots  Orléans 
et  Orléanais  (Paris,  1871,  in-8);  —  Grammaire  grecque  élémentaire  d'après 
les  plus  récents  travaux  de  la  philologie  (Paris,  1872,  in-8);  — Leçons  de  mots  : 
les  mots  grecs  (Paris,  1882,  in-18),  avec  Michel  Bréal;  —  Leçons  de  jnots  : 
les  mots  latins  (Paris.  1885,  3  vol.  in-8),  également  avec  Michel  Bréal;  — 


—  §0  — 

Dictionnaire  grec-fronçais,  rédigé  avec  le  concours  de  M.  Egger,  à  l'usage 
des  élèves  des  lycées  et  des  collèges  (Pari.'î,  1894,  in-4),  très  bon  ouvrage  qui 
a  obtenu  un  succès  mérité. 

—  M.  John  BiGELow,  le  distingué  diplomate  et  publiciste  américain 
qui  est  mort  au  milieu  de  décembre,  à  94  ans,  était  né  dans  l'État  de  New 
York,  le  25  novembre  l'817.  Après  avoir  été  successivement,  de  1861  à 
1866,  consul,  puis  chargé  d'affaires  et  enfin  envoyé  extraordinaire 
et  niinistre  plénipotentiaire  des  États-Unis  à  Paris,  il  fut  rappf4é  dans  son 
pays  sur  sa  demande  et  devint  pour  un  certain  temps  directeur  du  iYe«' 
York  Times.  De  1874  à  1875,  il  occupa  le  poste  de  secrétaire  de  l'État  de 
New  York.  Pendant  son  séjour  en  France,  M.  Bigelow  a  publié  un  volume 
très  apprécié  :  Les  Etats-Unis  d" Amérique  en  1863,  leur  histoire,  leurs  res- 
^  sources  miner alogiques,  agricoles,  industrielles  et  commerciales  (Paris,  1868, 
in-8).  On  lui  doit  encore  :  Some  Recollections  of  the  late  A.  P.  Berryer  (1869); 

—  France  and  hereditary  Monarchy  (1871);  ■ —  Wit  and  Wisdom  of  the 
Haitias  (1877);  —  ^Molinos  le  quiétiste  {\^^1]\  —  La  France  et  la  Marine 
confédérée  (1888);  —  Writings  and  Speeches  of  S.  G.  Tilden  (1885, 
2  vol.  in-8).  Enfin  il  a  donné  une  Biographie  de  Benjamin  Franklin  d'après 
le  manuscrit  original  d'une  autobiographie,  ainsi  qu'une  nouvelle  édition 
des  Œuvres  complètes  de  ce  célèbre  Américain  (1887). 

—  Sir  Joseph-Dalton  Hooker,  célèbre  botaniste,  le  doyen  des  savants 
anglais,  est  mort  au  commencement  de  décembre,  à  Camp,  près  de  Sun- 
ningdale,  à  94  ans.  Né  le  30  juin  1817  à  Halesworth  (Sufïolk),  il  fit  ses 
études  médicales,  fut  reçu  docteur,  et,  bientôt  api'ès,  accompagna,  en  qualité 
de  naturaliste,  le  capitaine  J.  Ross  dans  une  expédition  au  pôle  antarc- 
tique. Plus  tard,  il  parcourut  la  Nouvelle-Zélande,  l'Asie  centrale,  les  Ind'^s, 
le  Maroc  et  fut  exposé  à  de  grands  dangers  dans  l'Himalaya  où  il  fut  f?it 
prisonnier  par  le  rajah  de  Sikim.  De  retour  en  Angleterre,  il  fut  mis  en 
1865  à  la  tête  du  Jardin  botanique  do  Kew,  près  de  Londres,  en  remplace- 
ment de  son  père  qui  venait  de  mourir,  et  devint  examinateur  de  plu  deurs 
grands  établi;;3ements  civile  ou  militaires.  Le  18  juin  1886,  il  fut  élu  membre 
correspondant  de  l'Institut  de  France.  M.  Hooker  a  comàgné  le  résultat 
de  ses  recherches,  faites  au  cours  de  ses  nombreuses  explorations,  dans 
de  très  importants  ouvrages  parmi  lesquels  nous  citerons  :  Flora  antarc- 
tica  (Londres,  1845-1848,  2  vol.);  —  Flore  de  la  Nouvelle-Zélande  (1852); 

—  Voyages  botaniques  dans  la  mer  antarctique  (Londres,  1847-1860,  6  vol, 
in-4)  ;  —  Himalayan  Journals  (Londres,  1855,  2  vol.  in-8)  ;  — ^'  Le  Rhododen. 
dron  de  V Himalaya  (Londres,  1849-1851);  ■ —  Flora  Tasmanica  (Londres- 
1855,  2  vol.  in-fol.);  —  Studenfs  Flora  of  the  British  Isles  (Londres, 
1870,  in-8);  —  The  Flora  of  British  India  (Londres,  1872-1897);  —  Jour- 
nal d'une  excursion  au  Maroc  et  au  Grand  Atlas  (Londres,  1878). 

—  La  ville  de  Barcelone  a  fait  de  solennelles  funérailles  à  son  grand 
poète  Juan  Maragall  y  Gorinna,  qui  est  mort  le  20  décembre.  Ce  maître 
en  «  gay  saber  «  était  l'apôtre  du  «  catalanisme  »  et  a  exercé  une  influence 
considérable  sur  le  développement  du  mouvementt  littéraire  dans  sa  pro- 
vince. Ses  principales  œuvres  en  catalan  sont  une  remarquable  traduc- 
tion d'une  des  tragédies  de  Sophocle,  Ifigenia,  une  collection  de  beaux 
chantf  lyriques.  Visions  y  cants,  puis  les  Poésies,  Enlla,  Sequencies,  unc 
traduction  de  diverses  poésies  de  Gœthe,  sous  le  titre  :  Les  Dispersés 
et  eifin  quelques  autres  traductions  de  poésies  grecques.  M.  Juan  Mara- 
gall écrivait  d'a'lleurs  aussi  bien  fm  castillan  qu'en  catalan^  comme  le 
prouvent  les  nombreux  et  intéres.sants  articles  qu'il  a  donnés  k\d,Lectura 
et  au  Diario  de  Barcelona  et  qui  ont  été  réunis  en  volume. 


—  81  — 

—  On  annonce  encore  la  mort  de  MM.  :  Maxime  de  Beaucorps,  qui 
laisse  de  nombreuses  études  d'histoire  et  d'archéologie  locales  publiées  dans 
les  Mémoires  de  la  Société  archéologique  de  T Orléanais  et  ds.n'r,  les  Mémoires 
de  r Académie  de  Sainte-Croix,  mort  au  château  do  Latingy  (Loiret), 
le  l^""  décembre  dernier,  à  l'âge  de  72  ans;  —  Charles Boudhors,  professeur 
honoraire  au  lycée    Louis-le-Grand  à  Paris,  mort  dernièrement   à  80  ans. 

—  Charles  Canivet,  membre  de  la  Société  des  gens  de  lettres  et  de  l'Asso- 
ciation des  journalistes  parisiens,  lequel  avait  donné  pendant  de  nom- 
breuses années  au  journal  le  Soleil,  sous  le  pseudonyme  de  Jean  de  Ni- 
velles, des  chroniques  d'actualité  fort  spirituelles,  mort  à  Paris,  le  28  no- 
vembre, à  73  ans;  —  l'abbé  Henri  Ceillier,  chanoine  honoraire  -^^t  supé- 
rieur du  collège  Saint-Vincent  de  Paul  de  Renn(.s,  mort  en  cette  ville,  le 
25  novembre;  —  Louis  Donzel,  avocat,  collaborateur  de  la  revue  locale 
le  Vieux  Lons,  mort  à  Lons-le-Saunier,  le  18  novembre,  à  l'âge  de  64  ans; 

—  Georges  Dupuy,  journaliste  de  talent,  qui  a  publié  d'intéressants  récits 
de  voyage,  mort  à  Paris,  au  commencement  de  décembre,  à  36  ans;  — 
Charles  Favalelli,  conseiller-maître  à  la  Cour  des  comptes,  ancien  préfet, 
qui  avait  débuté  dans  la  politique  par  une  ardente  campagne  dans  la 
presse  républicaine  de  Bastia  contre  le  mouvement  dn  16  mai,  mort  à 
Paris,  le  l^r  décembre,  à  69  ans;  —  Paul  Gauckler,  l'éminent  archéo- 
logue, membre  correspondant  de  l'Institut,  connu  par  les  fouilles  qu'il  a 
dirigées  à  Carthage  et  sur  plusieurs  autres  point'  de  la  Tunisie,  et  plus 
récemment  à  Rome,  où  il  est  mort  le  6  décembre;  ■ —  Gérault-Richard, 
journaliste  député  de  la  Guadeloupe,  directeur  de  Paris- Journal,  tuteur 
de  nombreuses  chantions  politiques  et  l'un  des  membres  les  plus  ardent'; 
du  parti  socialiste  dont  il  soutient  les  revendications  dans  diverses  feuilles, 
telles  que  la  Bataille  et  la  NouveUe  Bataille  de  Lissagaray,  la  Petite  Bépu- 
blique,  le  Chamhard,  organe  de  polémique  fantaisiste  et  tapageuse  fondé 
par  lui  en  1893,  etc.,  mort  à  Paris,  au  commencement  de  décembre, 
à  53  ans;  —  Auguste  Huzard,  pub'iciste  normand,  mort  dernièrement 
à  Rouen;  —  le  R.  P.  Jules  de  Lajudie,  S.  J.,  successivement  recteur  des 
collèges  de  Bordeaux  et  de  Montpellier,  supérieur  des  résidences  de  Tou- 
lou'io  et  de  Bordeaux,  mort  à  Tournai,  en  décembre,  à  l'âge  de  75  ans;  — 
Charles  Lar'onze,  ancien  recteur  de  l'Académie  de  Rennes,  mort  au 
commencement  de  décembre;  —  Emile  Laurent,  agrégé  de  rUni\er- 
sité  de  Paris,  mort  à  Paris  à  la  fin  de  décembre,  à  75  ans;  —  Augustin 
Laviéville,  inspecteur  honoraire  de  l'Académie  de  Paris,  mort  dernière- 
ment à  68  ans;  —  Yves  Le  Boulbin,  qui  a  publié,  dans  le  Bulletin  men- 
suel de  la  Société  de  géographie  commerciale  de  Paris,  une  étude  remar- 
quée sur  IcS  Mœurs  et  coutumes  ties  populations  de  Bas-Congo  (juillet  1909) 
mort  à  Libreville,  dans  le  courant  de  novembre,  à  l'âge  de  34  ans;  —  Ernest 
Menusier,  journaliste  et  linguiste  distingué,  membre  de  l'Académie  des 
fcien^es  philosophiques  de  Rome,  mort  au  commencement  de  décembre, 
à  Epinay-sur-Seine,  à  71  ans;  —  le  chanoine  Moisset,  prêtre  de  grand 
mérite,  auteur  de  deux  ouvrages  :  Catéchisme  expliqué  aux  enfants  et 
Liturgie  expliquée  aux  fidèles,  mort  dernièrement  à  Rodez;  —  Henri  Mo- 
NOD,  qui  a  publié  un  travail  sur  la  Jeunesse  d' Agrippa  d'Aubigné  (1884), 
mo-'t  à  Paris,  le  5  novembre,  à  67  ans;  —  M.  Maurice  Montégut,  jour- 
naliste et  romancier  d'une  grande  fécondité,  mort  à  Paris,  le  28  novembre, 
à  56  ans,  lequel  a  collaboré  au  Gil  Blas,  au  Figaro,  au  Gaulois,  etc.  et  a 
publié  une  interminable  série  de  romans  et  nouvelles,  entre  autres  :  Dé- 
jeuners  de  soleil  (Paris,  1891,  in-12);  Don  Juan    à    Lesbos    (1892,    in-l2), 

Janvier  1912.  T.  CXXIV.  6. 


Madame  Tout-le-Monde  (Paris,  1893,  in-12)  et  Rue  des  Martyrs  (Paris, 
1898,  in-12);  —  Heari  Mounory,  directour  des  études  et  sous- directeur 
de  l'École  centrale,  mort  à  Paris,  au  milieu  de  décembre,  à  51  an?;  — 
Émilian  Piganeau,  artiste  peintre  et  archéologue,  ancien  président  delà 
Société  des  archives  historiques  de  la  Gironde,  mort  dernièrement,  à 
68  an^^. 

—  A  l'étranger,  on  annonce  la  mort  de  MM.  :  le  Ré.v.   Peter  Anton, 
ministre  protestant  de   Kilsyth  (Angleterre),  qui  fut  un  des    principaux 
collaborateurs  du  Scots  Magazine  et  du  Fraser's  Magazine,  et  qui  a  publié  : 
Masters  in  History,  The  Flywheel,  Staying  Potrer, etc., mort  au  commencement 
de  décembre;  —  William  George  Aston,  philologue  anglais  connu  par  ses 
remarquables  ouvrages  relatifs  au  Japon,  tels  que  Shinto,  the  way  of  the 
gods    (1906),    History  of  Japanese  Literature,  et  par  plusieurs  grammaires 
de  la  langue  japonaise,  mort  dernièrement;  —  Dr.  Richard  Barth,  direc- 
teur de  l'École  Bartsch  à  Leipzig,  mort  le  27  novembre,  à  Vl  ans;  —  l'abbé 
BussGHAERT,  successivement  professeur  au  collège  épiscopal  de   Thieit 
(Belgique),  au  petit  séminaire  de  Roulers,  puis  devenu  principal  "du  collège 
de  Thieit,  mort  curé  doyen  de  cette  ville,  le  1^''  décembre  ,à  l'âge  de  65  ans; 
—  Arthur   Cottam,   astronome   anglais,   membre   de  la  Société    royale 
astronomique  de   Londres,   auteur  d'une  excellente   carte   céleste  parue 
en  1889,  mort  à  Bridgewater,  le  23  novembre,  à.  75  ans;  —  Friedrich 
Dernburg,  écrivain  allemand  et  rédacteur  en  chef  du  journal  le  Berliner 
Tagesblatt,  mort  le  3  décembre  à  Berlin,  à  78  ans,  après  avoir  publié  : 
Des  deutschen  Kronprinzen  Reise  nach  Spanien    und  Rom.  Journalistische 
Reiseskizzen  (Berlin,  1884,  in-8);  Russische  Leute  (B'^^rlin,  1885,  in-8),  etc.; 
■ —  Walter  Graham  Easton,  écrivain  écossais,  dont  les  ouvrages  sur  les 
questicns  archéologiques  et  généalojiiques  de  l'Écossé  faisaient  autorité, 
mort  subitement  au  commencement  de  décembre;  —  le    Rév.   Rowland 
Ellis,   évoque  anglican   d'Aberdeen  et  des  Orcades,   auteur  d'ouvrages 
qui  ont  eu  un  grand  succès  en  Angleterre,  tels  qut,  :  So?ne  Aspects  of  Wo- 
mens  Life;   The  Church  in  the  Wilderness;   The  Christian  Faith,  et  Christ 
and  the  Gospels,  mort  au  commencenient  de  décembre;  —  Hassan  Fuad 
Pacha,  savant  turc  fort  connu  dans  son  pays  par  ses     travaux    sur   la 
pédagogie,  mort  à  Constantinople  en  décembre;  — WilliamGRiGGs,  gra- 
veur et  photograveur  angh  is  de  grand  mérite,  auquel  on  doit  deux  ouvrages 
très  appréciés  des  artistes  :  Journal  of  Indian  Art  et  Spécimens  of  Illumi- 
nated  Mss  at  the  British  Muséum,  mOrt  dernièrement  à  l'âge  de  79  ans; — ■ 
Ernit  VON  Herzog  philologue   allemand     de   réputation,   prof esseur  d'ar- 
chéologie   romaine,    mort    à  Stuttgart   au     milieu  de    novembre,    à    77 
ans,  auquel  on  doi  t  :  Die   Vermessung  des  rômischen   Grenzwalls  in  seinem 
Lauf  durch  Wastemberg  (Stuttgart,   1880,  in-8),  fJber  die   Glaubwiirdigkeit 
der    aus  der  rômichen  Republik    bis   zum   Ja.hre   387    der  Stadt  ûberlieferten 
Gesei^e  (Tubingue,  1881,  in-8),    etc.;  —  M"'-^   Marie   Hirsch,   femme  de  let- 
tres allemande,  morte  à  Hambourg,  en  novembre,  à  64  ans,  laquelle  a  publié, 
sous  le  pseudonyme  d'Adalbert  Meinhardt,  un  certain  nombre  de  romans 
et  nouvelles,  entre  autres  :  Reisenovellen  (Berlin,  1885,  iu-8)  et  Weshalb'^  Neue 
Novellen  iBrunswick,  1889,  in-8);    —    >ranz  Eugen    Hussak,  naturaliste 
allemand,  mort  le  5  septembre,   à  Caldas  (Bré;il);  —  Max  Jaenecke, 
ancien  député  au  Reichstag,  directeur  de  l'Association  des  journaux  alle- 
mands, mort  à  Berlin,  en  novembre,  à  42  ans;  —  Wilholm  Jenseb,  poète 
bavarois,  mort  à  Munich,  le  24  novembre,  à  75  ans;   — le  P.  Knabenbauer, 
de  la  Compagnie  de  Jésus,  un  des  plus  savants  théologiens  et  exégèt  s 


—  83  — 

allemands  de  notre  temps,  mort  dernièr,,-ment  à  Maëstricht,  lequel  a  donné 
de  nombreux  articles  à  d'importantes  revues  religieuses,  principalement 
aux  Stimmen  aus  Maria-Laach,  a  fait  paraître  un  commentaire  du  pro- 
phète Isaïe  très  estimé  et,  enfin,  a  pris  une  part  active,  avec  Iss  PP.  Cor- 
nely  et  Hummelauer  à  la  publication  du  grand  recueil  Cursus  Scripturae 
^'acme,  qui  compte  actuellement  39  volumes;  —  Dr.  Klaus  Koepecke, 
ingénieur  allemand,  dont  les  publications  sur  la  construction  des  ponts  et 
des  voi^s  ferrées  font  autorité,  mort  à  Dresde,  en  novembre,  à  81  ans;  — 
Louis  Levert,  fondateur  et  directeur  du  journal  VÉtoile  du  centre  de 
1883  à  1898,  mort  en  décembre  à  Braquegnies  (Belgique);  —  Dr.  Laurenz 
MuLLNER,  professeur  de  philosophie  à  l'Université  de  Vienne,  mort  à 
Méran,  le  28  novembre,  à  63  ans;  —  George  Robert  Milne  Murray,  bota- 
niste anglais  de  grande  réputation,  ancien  professeur  de  botanique  à 
l'hôpital  Saint-George,  conservateur  du  département  de  la  botanique  au 
British  Muséum,  mort  au  milieu  de  décembre,  à  Stonehaven,  à  53  ans, 
lequel  avait  été  le  directeur  de  l'expédition  antarctique  nationale  envoyée 
par  l'Angleterre  en  1901  et  auquel  on  doit  les  deux  ouvrages  :  Introduction 
ta  the  Study  of  Seawaeds  et  Handhook  oj  Cryptogamic  Botany;  —  Ludwig 
PiETSCH,  écrivain  allemand,  auteur  de'  :  Aus  Welt  und  Kunst.  Studien 
und  Bilder  (léna,  1867,  in-8);  Orientfahrten  eines  Berliner  Zeichners.  Noch 
Athen  und  Byzanz.  Eine  Friihlingsausflug  (Berlin,  1871,  in-8),  etc.,  mort  à 
Berlin,  le  27  novembre,  à  87  ans;  —  Dr.  Gustav  Portig,  écrivain  .'11e- 
mand,  mort  en  décembre,  à  Stuttgart,  à  73  ans;  —  Dr.  Ludwig  Salomon, 
journaliste  allemand,  ancien  rédacteur  en  chef  de  VEherjeld  Zeitung,  mort 
en  novembre,  à  léna  à  67  ans;  —  William  Joshua  Smith,  l'éditeur  anglais 
de  Brighton  bien  connu,  mort  le  21  novembre,  à  88  ans;  —  M™^  Arthur 
Stannard,' femme  de  lettres  anglaise,  qui  a  écrit  près  de  80  romans,  dont 
les  sujets  appartiennent  ordinairement  à  la  vie  militaire,  morte  au  com- 
mencement de  décembre,  à  55  ans;  —  Dr.  Gustav  Steinbach,  écrivain 
et  journaliste  allemand,  rédacteur  à  la  Neue  Fret  Presse,  mort  au  com- 
mencement de  décembre,  à  Méran;  —  le  Rév.  Thomas  Teignmouth- 
Shore,  ancien  chapelain  et  prédicateur  de  la  Cour  d'Angleterre,  auteur 
de  divers  ouvrages  plusieurs  fois  réimprimés,  notamment  :  Some  Becol- 
lections\  Some  Difficulties  of  Belief  et  The  Life  of  the  World  to  corne,  mort 
au  commencement  de  décembre;  ■ —  Auguste  Thierry-Mieg,  secrétaire 
général  de  la  Société  industri  'lie,  président  du  Comité  des  conférences 
littéraires  de  langue  française  de  Mulhouse  (Alsace),  mort  en  décembre; 
—  Hugo  VON  TscHUDi,  directeur  du  Musée  royal  [de  peinture  de  Mu- 
nich, après  avoir  occupé  le  même  poste  à  Berlin  jusqu'en  1909,  mort 
dernièrement  à  Munich,  à  60  ans,  lequel  a  publié  une  biographie  d'Adolf 
Menzel,  ainsi  que  divers  autres  ouvrages;  • —  Dr.  Johannes  Vahlen,  pro- 
fesseur de  philologie  classique  à  l'Université  de  Berlin,  mort  en  cette 
sille,  le  30  novembre,  à  81  ans,  lequel  était  un  des  plus  distin- 
gués philologues  de  l'Allemagne  et  avait  publié  d'excellentes  éditions  de 

divers  auteurs  grecs  et  latins,  d'Ennius,  de  Catulle,  d'Aristote,  etc.,;  

Théodore  Van  de  Voorde,  poète  flamand  très  apprécié  en  Belgique,  mort 
en  décembre,  à  Termonde,  à  l'âge  de  88  ans;  —  Albert  Vierling,  journaliste 
allemand  qui  faisait  partie  de  la  rédaction  de  VElsasser  depuis  15  ans, 
mort  au  commencement  de  décembre;  —  Henry  Snowden  Ward,  écri- 
vain américain  qui  a  écrit  plusieurs  volumes  sur  les  rayons  X  et  sur  la 
photographie,  ainsi  que  deux  ouvrages  estimés  :  The  Real  Dickens  Land  et 
Shakespeare'' s  Town  and  Times,  mort  à  New  York,  au  commencement 
de  décembre. 


—  84  — 

Lectures  faites  a  l'Acapï-imie  des  inscriptions  et  belles-lettres. 

—  Le  F""  (ItH^embro,  ]\I.  Jullian  parle  de  la  découverte  faite  à  Périgueux 
d'une  sculpture  gallo-romaine  rppré:<entant  un  pied  recouvert  d'un  soulier 
et  d'une  guêtre  qui  ^-'ajuste  à  des  braies.  —  Le  8,  M.  Omont  rend  hommage 
à  la  mémoire  de  MI\I.  Edmond  Saglio  et  Paul  Gaoïckler,  membres  correspon- 
dants, récemment  décédés.  —  Le  15,  M.  Jullian  lit  une  lettre  de  M.  Mon- 
méja,  au  sujet  de  la  découverte  des  murs  d'enceinte  de  l'oppidum  des  So- 
tiates,  à  Sos,  près  Mézin  en  Agenais. —  M.  Cordier  annonce  qu'il  a  reçu 
une  communication  de  la  mission  Legendre.  ■ —  M.  Omont  prononce  l'éloge 
funèbre  de  M.  Bailly,  un  savant  provincial.  • —  M.  HoUeaux  explique  un 
texte  de  37  lignes  découvert  dans  les  fouilles  de  Délos.  —  Divers  mem- 
bres de  l'Académie  présentent  des  observations  à  ce  sujet.  —  Le  22,  M. 
Foucart  démontre  à  l'Académie  l'authenticité  de  la  6^  lettre  de  Démos- 
thène.  ■ —  M.  Gagnât  fait  part  de  la  découverte  par  le  lieutenant  Staack 
d'une  inscription  latine  trouvée  r,ur  le  parcours  du  chemin  de  fer  de  Tunis 
à  Sousse.  ■ —  M.  T.  Toutain  rend  compte  des  fouilles  exécutées  sur  le  mont 
Auxois  par  la  société  des  sciences  de  Semur.  —  Le  29,  M.  JuUian  revient 
sur  les  découvertes  faites  à  Sof  (Lot-et-Garonne)  et  signale  les  traces 
d'exploitations  métallurgiques  auxquelles  César  fait  allusion  dans  les  Com- 
mentaires. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques. 

—  Le  9  décembre,  M.  Paul  Robiquet  donne  à  l'Académie  la  résumé  de  s  )n 
étude  sur  les  relations  d'Anne  d'Autriche  avec  Mazarin.  —  M.  Lacour- 
Gayet  ftit  ses  réserves.  —  MM.  Rocquain,  Fagniez  et  Welschinger  s'asso- 
cient aux  observations  de  M.  Lacour-Gayet.  —  Le  16,  M.  Pierre  du  Ma- 
roussemlit  un  travail  sur  une  association  ouvrière  de  l'ancien  régime,  la 
Comédie  franç.àse.  —  Le  23,  M.  André  Sayous  présente  son  travail  sur  les 
traités  de  commerce  conclus  par  le  Japon  avec  les  pays  européens. 

Concours.  —  L'Académie  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Clermont-Fer- 
rand,  a  décidé  de  décerner  un  prix  de  poésie  à  l'auteur  de  la  meilleure  pièce 
en  l'honneur  de  la  Très  Sainte  Vierge  Marie. 

Prix.  —  Le  11  décembre  1911,  à  Stockholm,  a  eu  lieu  la:  distribution  des 
prix  Nobel.  Le  prix  pour  la  physique  a  été  décerné  au  professeur  Wilhelm 
Wien,  de  Wurtzbourg,  pour  sa  découverte  des  lois  du  rayonnement  de  la 
chaleur.  M^^^  Curie  a  obtenu  le  prix  pour  la  chimie  à  cause  de  la  décou- 
verte du  radium  et  du  polonium.  Le  professeur  Guststrand,  d'Upsala,  a 
reçu  le  prix  pour  la  médecine,  en  raison  de  ses  travaux  sur  la  dioptrique 
de  l'œil.  Le  prix  pour  la  littérature  a  été  attribué  à  M.  Maurice  Maeter- 
linck. 

Bibliothèque  nationale.  — •  Parmi  les  dons  qui,  dans  c«s  derniers  mois, 
sont  venus  grossir  les  collections  de  la  Bibliothèque  nationale,  il  convient  de 
signaler,  à  côté  de  la  riche  bibliothèque  de  M.  L.  Delisle,  des  dons  qui,  pour 
être  plus  modestes,  n'en  comblent  pas  moins  des  lacunes  regrettables. 
M.  Georges  Hérelle,  à  qui  le  lecteur  français  doit  la  connaissance  de  quel- 
ques-uns des  meilleurs  romans  italiens  et  espagnols,  a  donné  plusieurs  cen- 
taines de  volumes,  la  plupart  en  ces  deux  langues.  C'est  particulièrement 
l'histoire  et  la  littérature  roumaine  qu'intéresse  le  millier  d'ouvrages  que 
M.  Emile  Picot  a  permis  à  la  Bbliothèque  de  choisir  dans  ses  collections. 
M.  de  Charencey,  qui  a  honoré  le  Polybiblion  de  sa  collaboration  et  qui  est 
un  des  vieux  amis  de  la  Société  bibliographique,  a  donné  plus  de  100  ou- 
vrages sur  la  linguistique  et  notamment  sur  les  langues  américaines  dont, 


—  85  — 

comme  on  sait,  il  a  fait  une  étude  spéciale.  On  trouvera  le  catalogue  de  ces 
trois  collections  à  la  fin  du  Bulletin  mensuel,  pour  1911,  des  publications 
étrangères  reçues  par  le  département  des  imprimés.  Vn  autre  collaborateur 
de  notre  Revue,  dont  nous  déplorons  la  perte  récente  et  prématurée,  M.  Léo 
Rouanet,  a  fait  également  à  la  Bibliothèque  nationale  un  legs  important, 
dont  elle  n'entrera  d'ailleurs  en  jouissance  qu'à  la  mort  de  M""^  Rouanot. 
Parmi  les  livres  légués  par  M.  Rouanet,  c'est,  comme  on  pense,  surtout  la 
littérature  espagnole,  mais  aussi  la  littérature  française  du  xix'^  siècle  qui 
sont  largement  représentées.  Il  y  a  là  des  exemples  que  l'on  serait  heureux 
de  voir  imiter,  pour  permettre  à  notre  grand  établissement  de  lutter  contre 
ceux  de  l'étranger. 

Parïs.  ■ —  Si  vous  ne  voulez  pas  être  induits  en  irrésistible  tentaition  de 
voyager,  gardez-vous  d'ouvrir  VAgenda  P.-L.-M.  pour  1912  :  c'est  un 
séducteur!  Mais  si,  au  contraire,  vous  voulez  préparer,  en  pleine  connais- 
sance de  cause,  un  itinéraire  sur  le  magnifique  réseau  de  cette  compagnie, 
n'hésitez  pas  :  procurez- vous  cet  artistique  agenda  (Paris,  à  la  gare  du 
P.-L.-M.,  bureau  de  la  ptiblicité;  bureaux  de  renseignements  et  bibliothè- 
ques dans  les  principales  gares  du  réseau,  etc.,  gr.  in-8  de  228  p.,  avec 
12  cartes-postale?;  détachables,  12  p>lanches  hors  texte  et  plus  de  300  illus- 
trations. —  Prix  cartonné  :  1  f..  50).  La  Compagnie  n'a  rien  négligé  pour 
rendre  sa  publication  particulièrement  prenante.  D'abord,  elle  a  fait  appel 
à  un  certain  nombre  d'écrivains  de  marque,  tels,  par  exemple,  que  MM.  R. 
Bazin,  J.  Aicard  et  M.  Donnay,  tous  trois  membres  de  l'Académie  fran- 
çaise, pour  ne  citer  que  ceux-ci,  lesquels  ont  donné  sur  divers  coins  de 
pays  des  notices  que  des  gravures  admirablement  choisies  rendent  encore 
plus  agréables  à  lire  et  plus  vivantes.  Les  renseignements  généraux  et  pra- 
tiques abondent;  les  cartes  fragmentaires  du  réseau  et  celles  d'itinéraires 
déterminés  sont  fort  nombreuses,  et  si  l'on  admJre  la  quantité  des  vues  et 
des  sites  reproduits  ici,  on  s'égaie  fortement  avec  les  168  dessins  d'Henriot, 
dont  les  pages  du  calendrier  sont  agrémentées.  Il  ne  nou6  est  pas  possible 
en  quelques  lignes,  de  dire  tout  ce  que  l'on  trouve  dans  cette  belle  publi- 
cation :  elle  est  à  consulter  à  loisir  et  à  conserver. 

—  Le  Grand  AlmaTiach  du  monde  catholique  pour  1912  fait  vraiment 
honneur  à  la  Société  Saint- Augustin  (Lille,  Paris,  Lyon,  Marseille,  Rome, 
Bruxelles;  etc.,  Desclée,  de  Brouwer,  in-4  de  188  p.,  avec  8  planches, 
dont  6  en  couleurs  et  92  grav.  —  Prix,  cartonné  :  3  fr.).  Parmi  les  arti- 
cles qui  le  composent,  nous  citerons  :  Vieux  Almanachs  et  vieux  calendriers, 
par  Aimé  "Wïiz;  Sœur  Thérèse  de  V Enfant- Jésus  et  de  la  Sainte-Face,  par 
Mgr  R.  de  Teil;  Pompéi,  son  dernier  jour,  par  l'abbé  Ossedat;  L'Armée 
chinoise,  par  Léon  Goudallier;  Domenico  Ghirlandajo,  peintre  florentin, 
1449-1494,  par  Gaston  Sortais;  Le  Père  Lacordaire,  par  H.-D.  Noble;  La 
Patrie  de  Ruhens,  par  J.-L.  Tellier;  Une  »  Relique  «  de  Jeanne  d'Arc: 
N.-D.  de  Bermont,  par  A.  Michel;  Egypte.  Souvenirs  de  la  Sainte- Famille 
en  Egypte,  par  P.-J.  Domaine,  etc.  Ce  riche  almanach  est  largement  à  la 
hauteur  de  ses  devanciers,  à  tous  les  points  de  vue. 

—  D'une  importante  Histoire  des  légumes,  qu'il  a  tout  dernièrement  pu- 
bliée et  dont  le  Polybiblion  ne  tardera  pas  à  rendre  compte,  M.  Georges 
Gibault,  bibliothécaire  de  la  Société  nationale  d'horticulture  de  France,  a 
extrait  presque  en  entier  le  chapitre  relatif  à  la  pomme  de  terre,  qu'il  a 
spécialement  intitulé  :  La  Légende  de  Parmentier  (Paris,  Librairie  horti^ 
cole,  1912,  in-8  de  36  p.).  Rapprochant  et  discutant  les  documents  qu'il  a 
rassemblés,  M.  Gibault  établit  nettement  que  Parmentier  n'est  en  aucune 


^  86  — 

'façon  rintroductciir  en  France  de  la  pomme  de  terre,  connue  et  cultivée 
•dans  toutes  nos  provinces  ou  à  peu  près  et  aussi  à  l'étranger,  longtemps 
avant  la  naissance  même  du  célèbre  chimiste  !  «  L'erreur,  explique  M.  Gi- 
bault,  vient  de  ce  que  l'on  croit,  de  nos  jours,  que  Parmentier  préconisait 
la  pomme  de  terre  à  titre  de  légume,  tandis  qu'il  se  proposait  seulement 
d'en  extraire  la  fécule  pour  faire  du  pain,  et  c'était  là  d'abord  son  unique 
point  de  vue.  Il  croyait  que  1'  midon  de  la  pomme  de  terre,  plus  connu  sous 
le  nom  de  fécule,  pouvait  être  substitué  à  la  farine  de  blé,  ignorant  l'im- 
portance, dans  la  nutrition,  du  gluten,  découvert  par  Beccaria  en  1727, 
•dans  la  farine  de  froment.  >,  A  ec  cette  étude  sérieuse  et  sévère,  solidement 
étayée  de  faits  ot  de  dates,  s'écroule  la  réputation  de  Parmentier,  que  l'on 
croyait  cependant  bien  établie  en  tant  qu'introducteur  et  [vulgarisateur  de 
la  culture  de  la  pomme  de  terre  dans  notre  pays. 

—  La  Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  Léopold- Victor  Delisle,  que  M. 
Georges  Perrot  a  lue,  par  fragment?,  dans  la  derrière  séance  publique  an- 
nuelle de  l'Académie  des  inscription'".,  a  pris  une  ampleur  que  l'on  n'est 
pas  accoutumé  de  voir  aux  lectures  de  ce  genre  (Paris,  typogr.  Firmin-Di- 
dot,  1911,  in-4  de  101  p.,  avec  portrait)  ;  et  cependant  l'œuvre  de  M.  Delisle 
est  si  considérable,  les  notes  et  mémoires  qu'il  a  disséminés  partout  sur  les 
sujets  les  plus  divers,  et  dont  aucun  ne  manque  d'intérêt,  sont  si  multiples 
que  M.  Perrot  n'a  pu  donner  ■ —  et  il  n'a  pas  prétendu  faire  autre  chose  — 
qu'un  ^erçu  des  plus  im.portants  parmi  ces  travaux. 

—  Trop  de  biographies  sont  froides  et  ternes;  d'autres,  moins  nombreu- 
ses, sont,  au  contraire,  vivantes,  parce  qu'elles  sont  écrites  sous  la  dictée 
du  cœur.  On  doit  ranger  parmi  ces  dernières  la  luxueuse  brochure  que 
M.  René  Vallery-Radot  vient  de  consacrer  au  Docteur  Jean  Binot,  chef  de 
laboratoire  à  l'Institut  Pasteur  (Evreux,  imp.  Hérissey,  s.  d.,  in-8  de  36  p., 
avec  2  portraits  et  8  planches).  La  carrière  de  Binot  a  été  trop  courte  :  né 
le  11  août  1867,  il  est  mort  le  25  novembre  1909.  Sympathique  figure,  en 
vérité;  aussi  s'explique- t-on  aisément  que  M.  Vallery-Radot  ait,  pour  la 
faire  revivre,  trouvé  une  phrase  simple,  colorée  cependant  et  chaude  tout 
à  la  fois.  Tour  à  tour,  il  nous  parle  du  fils  modèle,  de  l'excellent  époux,  du 
travailleur  iefatigable,  qui,  de  succès  en  succès,  en  était  arrivé  à  être  l'un 
des  collaborateurs  les  plus  estimés  du  docteur  Roux,  continuateur  du 
maître,  le  grand  Pasteur.  Il  est  à  remarquer  que  Binot  n'était  pas  unique- 
ment un  savant  :  c'était  aussi  un  artiste  dans  la  plus  complète  acception  du 
mot,  et  plusieurs  n'apprendront  pas  sans  quelque  surprise  que  cet  esprit 
si  absorbé  dans  la  technique  d'un  laboratoire  se  révélait,  le  cas  échéant, 
comme  violoniste  émérite.  N'avait-il  pas,  de  même,  acquis  une  véritable 
maîtrise  comme  photographe,  talent  dont  il  sut  faire  profiter,  entre  autres, 
la  science  astronomique,  à  l'occasion  d'observations  qu'en  compagnie  de 
sa  femme,  qui  fut  souvent  sa  collaboratrice,  il  alla  faire,  sur  la  demande 
de  Jansen,  à  l'île  d-^  la  Réunion,  lors  de  l'éclipsé  du  soleil  du  18  mai  1901. 
Le  savoir  scientifique,  le  goût  et  le  sens  de  l'art  dans  ses  diverses  manifeste - 
tations  et  aussi,  à  un  très  haut  degré,  les  qualités  du  cœur,  Birot  possédait 
tout  cela.  Sa  mort  foudroyante  a  été  un  deuil  que  n'ont  pas  porté  seule?,  sa 
femme  et  sa  mère,  mais  tous  ceux,  ?\  nombreux,  qui  l'ava'ent  approché  et 
en  avaient  reçu  des  services  qu'il  ne  marchandait  à  personne  et  ne  comptait 
jamais.  Rien  ne  pouvait  mieux  adoucir  les  regrets  cuisants  que  le  défunt  a 
laissés  parmi  les  siens  que  cet  hommage  de  M.  Vallery-Radot.hommage  aussi 
cordial  que  juste. 

—  De  la  curieuse,  instructive  et  intéressante  revue   le  Vieux  Papier,  qui 


—  87  — 

traite  de  questions  très  variées,  principalement  en  matière  d'archéologie, 
d'histoire  et  d'art,  M^e  Laure-Paul  Flobert  a  fait  tirer  à  part,  à  cent  exem- 
plaires, une  étude  aussi  humoristique  qu'érudite  intitulée  :  La  Femme  et  le 
costume  masculin  (Paris,  au  siège  de  la  Société  du  Vieux  Papier;  Lille,  imp. 
Lefèvre-DucTocq,  1911,  gr.  in-8  de  31  p.,  illustré  de  16  reproductions  dans 
le  texte  et  d'une  autre  hors  texte,  sans  compter  une  amusante  image  popu- 
lî^ire  en  couleurs  sur  la  couverture,  qui,  représentant  le  «  Grand  Combat 
à  qui  portera  la  culotte,  »  figure  d'ailleurs  en  noir  à  la  page  8).  L'auteur  a 
rassemblé  sur  le  sujet  une  quantité  considérable  de  documents  dont  elle 
•  a  dû  nécessairement  se  borner  à  ne  nous  donner  qu'un  choix;  msis  l'en- 
semble doit  être  pittoresque.  Entre  autres  choses,  elle  nous  parle  de- 
femmes-soldats  (ou  du  moins  d'un  certain  nombre  d'entre  elles)  depuis 
Jeanne  d'Arc  jusqu'à  nos  jours  :  la  galerie,  sans  être  complète,  est  impor- 
tante. L'adoption  par  la  femme  du  costume  masculin,  en  tout  ou  en  partie, 
est  aussi  traitée  à  propos  des  sports,  du  théâtre  et  du  carnaval  ;  d'amples 
détails  nous  sont  en  outre  fournis  sur  les  autorisations  accordées  par  la 
préfecture  de  police,  pour  des  motifs  divers,  à  plusieurs  femmes  très  con- 
nues ou  même  célèbres,  de  s'habiller  en  homme.  Les  membres  de  la  Société 
du  Vieux  Papier,  qui  ont  eu  la  primeur  de  cette  étude  peu  banale,  ont  dû 
franchement  s'égayer,  de  temps  à  autre,  quand  elle  leur  fut  lue  par  M°^e  y\c- 
bert  dans  la  séance  du  24  mar;i  1911. 

Anjou.  —  Le  tome  XIII  (5^  série,  année  1910  )  des  Mémoires  de  la  Société 
nationale  d'agriculture  sciences  et  arts  d'Angers  (Angers,  Grassin,  in-8  de 
536  pages)  contient,  entre  autres,  le?  notes  et  notices  suivantes  :  A.  Bour- 
deaut  :  Joachim  du  Bellay  et  Olive  de  Sévigné  [VOlive  du  poète),  (p.-55);  — 
A.-J.  Verrier  :  Deux  Monologues  angevins  du  xvi^  siècle  :  le  Pionnier  de 
Seurdres  et  le  Franc- Archier  de  Cherré,  récités  et  imprimés  à  Angers, 
vers  1524  (p.  55-107); —  L.  de  Farcy  :  les  Miniatures  du  mss.  de  F.  de 
Rohan  (Fleur  de  vertu)  (p.  107-111  )  et  Le  Pourpoint  de  Ch.  de  Blois  conservé 
jadis  aux  Carmes  d'Angers  (p.  155-177);  —  P.  de  Farcy  :  Jean  de  Fon- 
taines vainqueur  des  Anglais  à  Baugé  en  1421  (p.  213-227);  —  F.  Uzu- 
reau  :  Les  Archives  anciennes  du  tribunal  d'Angers  (p.  227-243);  — Joseph 
Joubert  :  Bouquet  de  la  Grye  (p.  347-371);  —  E.  Rondeau  :  Les  Ursulines 
et  la  reconstruction  du,  collège  d'Anjou,  1689-1691  (p.  371-389);  —  F.  Uzu- 
reau  :  Les  Angevins  et  la  Révolution  de  1848  (p.  389-416);  —  Albert 
Bruas  :  La  Caisse  d'épargne  et  de  propagande  d'Angers  (p.  417-450);  — 
Eusèbe  Pavie  :  Missions  diplomatiques  du  baron  Hercules  de  Charnacé  en 
AllemagÀe  (1629-1632). 

—  Dans  cette  dernière  étude,  tirée  à  part  (Angers,  Grassin,  in-8  d? 
51  p.),  M.  Pavie,  avec  une  érudition  consciencieuse,  méticuleuse  même, 
nous  retrace, avec  la  vie  très  utile  de  son  compatriote  Charnacé,  l'impo;  - 
tance  de  son  rôle  près  de  Richelieu  et  du  Père  Joseph,  à  qui  il  sembb  bien 
avoir  dévoilé  Gustave- Adolphe,  —le  Charnacé  de  cett-  diplomatie  française 
de  la  guerre  de  Trente  Ans  que  préconisent  et  recommandent  le  forcement 
du  Pas-de-Suze,  la  délivrance  de  Casai  et  le  maintien  des  Nevers  à  Man- 
toue,  en  vue  d'un  libre  passage  des  Alpes,  l'occupation  de  Pignerol;  enfin 
C;  lui  qui  rendit  de  grands  ser\ices  à  la  France,  comme  le  prouve  l'auteur 
de  cette  excellsnte  étude. 

Franche-Comté.  —  La  Société  d'émulation  du  Doubs,  dont  le  Poly- 
biblion  signale  régulièrement  les  travaux,  vient  de  mettre  en  distribution 
le  cinquième  volume  d?,  la  8^  série  de  ses  Mémoires  (Besançon,  imp.  Dodi- 
versj  1911,  in-8  de  xxx-454  p.,  avec  un  portrait  de  P.-J.  Proudhon).  C'çst 


—  88  — 

à  M.  le  chanoine  Rossignol  qu'a  été  confié  le  soin  de  rappeler  tout  ce  qui  a 
été  écrit  par  ses  confrères  en  1910  :  La  Société  d'émulation  en  1910  (p.  1- 
12).  —  Dans  l'impossibilité  de  résumer  son  résumé,  nous  devons  nous 
borner  à  citer  les  études  que  l'on  trouve  dans  ce  volume,  savoir  :  Charles 
Nodier,  naturaliste,  ses  œuvres  scientifiques  publiées  et  inédites,  par  M.  Ant. 
Magnin  (p.  19-134).  Ces  pages  forment  la  suite  de  cet  important  travail, 
dont  la  première  partie  a  été  insérée  dans  le  tome  précédent  des  Mémoires 
de  la  Société;  —  De  Konakry  à  Kouroussa.  Le  Premier  Train  allant  de  la 
mer  au  Niger,  par  M.  le  lieutenant-colonel  Almand  (p.  138-150);  —  Pierre- 
Joseph  Proudhon.  Lettres  inédites  à  Gustave  Chaudey  et  à  divers  Comtois, 
publiées  par  M.  Edouard  Droz  (p.  159-258,  avec  portrait).  Cette  corref.- 
pondance  est  suivie  de  quelques  fragments  inédits  de  Proudhon  et  d'une 
lettre  de  Gustave  Courbet  (24  janvier  1865)  sur  la  mort  do  Proudhon.  Iref- 
fable  document  !  En  un  style  et  avec  une  orthographe  dont  eût  rougi  un 
épicier  de  l'ancien  temps,  le  maître  d'Ornans,  futur  déboulonneur  de  la 
Colonne,  célèbre  les  talents  du  grand  démolisseur  qui  eut  du  moins  le 
mérite  d'être  l'un  dos  plus  parfaits  écrivains  de  France. Grand  peintre,  lepau- 
vre  Gustave,  mais  d'une  ignorance  n'ayant  guère  d'égale  que  sa  vanité  ! — 
Le  Travail  dans  les  mines  et  la  vie  des  ouvriers  en  Franche-Comté  sous  la  do- 
mination espagnole,  par  M.  le  commandant  Allard  (p.  259-264),  où  il  est 
établi,  par  la  citation  d'un  édit  rendu  en  1578  par  Philippe  II,  que  la 
journée  de  huit  heures  n'est  pas,  comme  d'aucuns  le  croient,  une  conception 
du  temps  présent;  —  Jacques  de  Bourbon  (1370-1438,  d'après  l'ouvrage  de 
M.  Huart,  par  M.  le  chanoice  Rossignot  (p.  265-268);  ■ —  Un  Artiste 
oublié.  Le  Peintre  J.-P.  Péquignot,  de  Baume-les-Dames,  par  M.  Maurice 
Thuriet  (p.  269-288);  —  Bisontines  et  Comtoises  d'antan.  Les  Contempo- 
raines de  Granvelle,  par  M.  Lucien  Febvre  (p.  289-319);  —  Un  Franc- 
Comtois  éditeur  et  marchand  d' estampes  à  Rome  au  xvi*^  siècle.  Antoine  Lafery 
(1512-1577),  par  M.  le  docteur  F.  Roland  (p.  320-378);  —  Les  Morilles 
et  les  helvelles,  par  M.  Frédéric  Bataille  (p.  381-420).  —  A  signaler  enlin 
d'agréables  poésies  signées  de  MM.  Charles  Grandmougin,  A.  Kirchner, 
Frédéric  Bataille  et  Albert  Mathieu. 

—  La  jeune  sœur  de  la  Société  d'émulation,  du  Doubs,  la  Société  gray- 
loise  d'émulation,  nous  donne  à  la  même  date,  ou  à  peu  près,  le  volume 
annuel  de  son  Bulletin,  qui  en  est  à  son  quatorzième  numéro  (Gray,  imp. 
Roux,  1911,  in-8  de  129  p.,  avec  5  planche?  et  une  vignette).  Tout  d'aboi'd, 
M.  le  D''  Bouchet  publie,  avec  deux  pages  d'Introduction  et  de  nom- 
breuses notes,  le  manuscrit,  acheté  par  lui  chez  un  brocanteur,  des  souve- 
nirs de  l'invasion  allemande,  brièvement  rédigés  par  un  hôtelier  de  Vellexon, 
nommé  Thézard,  mort  il-y  a  quelques  années  :  Épisodes  de  la  guerre  de  1870- 
1871,  à  Vellexon  (Haute-Saône)  (p.  13-32);  —  Notes  pour  servir  à  Vhistoire 
de  la  famille  Marchant  du  M  au  l  g  ny,  "par  M.  C.  Faitout  (p.  33-43,  avec  une 
planche);  — Un  Livre  de  raison  de  la  famille  Bresson,  de  Jonvelle,  par 
M.  J,  Feuvrier  (p.  45-55).  Un  tirage  à  part  de  cette  publication  nous  étant 
parvenu,  nous  en  dirons  quelques  mots  dans  notre  prochaine  livraison  ;  ■ — 
Les  Sociétés  populaires  à  Gray  pendant  la  Révolution,  par  M.  Ch.  Godard 
(p.  57-107);  —  Recherches  archéologiques  et  historiques  sur  le  territoire  de 
Mantoche  (Haute- Saône),  par  M.  A.  Gasser  (3*=  publication,  avec  4  plan- 
ches et  un  plan  hors  texte,  p.  109-128). 

—  Elle  est  toute  poétique  et  profondément  empreinte  de  l'esprit  chré- 
tien la  légende  que  M.  L.  R.  (traduisons  l'abbé  Louis  Roy)  nous  donne 
sous  le  titre  bref  de  Mahaut  (Paris,  éditions  du  journal  «  La  Franche- 


—  89  — 

Comté  à  Paris  )i,  1911,  in-12  de  31  p.).  L'auteur  met  en  scène  la  fille  d'un 
grand  seigneur  comtois  qui,  pour  accomplir  le  vœu  fait  par  elle  en  un  péril 
extrême,  érige  un  monastère  de  religieuses  bénédictines  dont  elle  devient 
la  première  abbesse.  Le  sujet  est  simple,  mais  les  détails  sont  exquis,  k  Ce 
récit,  en  marge  d'un  épisode  assez  obscur  de  l'histoire  comtoise,  déclare 
M.  Roy,  a  été  composé  pour  être  lu  par  leur  mère  à  de  petits  enfants.»  Soit. 
Mais,  à  notre  avis,  il  convient  à  tous  les  âges,  et  le  style  imagé  dans  lequel 
il  est  écrit,  de  tournure  discrètement  archaïque  parfois,  le  fera  apprécier 
des  lettrés  eux-mêmes. 

S.4V0IE.  —  La  question  des  origines  de  la  Maison  de  Savoie  a  déjà  donné 
matière  à  une  abondante  littérature.  Bien  des  solutions  ont  été  proposées. 
M.  Camille  Rénaux  en  émet  une  nouvelle  dans  un  troisième  mémoire  sur 
les  Premiers  Comtes  de  Savoie.  Le  Comté  humbertien  de  Savoie- Belley.  Ses  ori- 
gines et  ses  variations  jusque  dans  les  premières  années  du  xu^  siècle  (Belley, 
imp.  Chaduc,  1911,  in-8  de  67  p.  Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  «  Le  Bu- 
gey  ».)  M.  Rénaux  cherche  à  démontrer  par  une  discussion  serrée,  mais  mal- 
heureusement assez  difficile  à  suivre,  que  les  comtes  de  Savoie  sont  origi- 
naires de  Savoie.  Le  problème  délicat  n'est  peut-être  pas  encore  résolu 
à  la  satisfaction  de  tous,  mais  la  théorie  est  intéressante  et  mérite  d'êcre 
prise  en  considération. 

Allemagne.  —  Les  nombreuses  tentatives  de  langue  internationale  dont 
on  nous  assaille  de  tous  les  côtés,  si  elles  sont  une  preuve  des  aspirations  et 
des  désirs  de  beaucoup  de  nos  contemporains,  nous  paraissent  aussi  un  indice 
que  l'on  n'est  pas  encore  près  d'aboutir.  Les  systèmes  même  qui  comptent 
le  plus  d'adhérents  ne  les  satisfont  pas  complètement,  puisqu'il  se  produit 
des  scissions  dans  leurs  rangs;  et  les  systèmes  nouv  eaux  qui  surgissent  sont 
un  témoignage  que  les  systèmes  anciens  laissent  à  désirer.  Nous  signalons 
aux  amateun^  de  ces  sortes  de  choses  le  nouvel  essai  de  M.  Aloysius  Hartl, qui 
appelle  modestement  «  perfect  «  le  langage  qu'il  veut  nous  faire  adopter  : 
sa  Brève  grammatica  de  lingva  perfect  a  l'avantage  de  tenir  en  8  p.  (Per- 
fect-Literatur.  N°  2.  Xiinz,  Druck  der  Zentraldruckerei,  s.  d.,  in-8  de 
8  p.).  Ce  langage  est  essentilelement  fondé  sur  la  langue  latine. 

Belgique.  —  La  statistique  des  imprimés  nous  paraît  avoir  un  intérêt 
bien  médiocre  si  elle  se  borne  à  rechercher  le  nombre  des  livres,  brochures 
ou  périodiques  imprimés  soit  dans  un  pays  soit  dans  l'univers,  soit  pour 
une  année  soit  pour  tout  le  temps  qui  s'est  écoulé  depuis  l'invention  de 
l'irr>primerie;  nous  avouons  même  nous  soucier  assez  peu  de  connaître  le 
«  nombre  total  de  milliards  de  mots  imprimés  répandus  dans  le  monde,  « 
bien  que  ce  rêve  paraisse  hanter  l'Institut  international  de  bibliographie.  La 
statistique  n'aurait  vraiment  d'intérêt  que  si  elle  pouvait  déterminer  d'une 
manière  réelle  la  circulation  des  livres  et  par  conséquent  le  degré  d'influence 
qu'ils  ont  pu  exercer  sur  l'humanité;  mais  une  statistique  de  ce  genre  est 
à  peu  près  impossible,  parce  que  le  chiffre  du  tirage  ne  répond  aucunement 
à  celui  des  lecteurs;  parfois  il  le  dépasse,  souvent  aussi  il  lui  est  notable- 
ment inférieur.  Mais,  même  réduite  à  la  simple  constatation  du  nombre  de 
livres  imprimés,  la  statistique  est  peu  facile  et  peu  sûre.  Les  sources  qui 
peuvent  servir  à  l'établir,  comme  les  registres  de  dépôt  légal  des  d.ifférents 
pays  ou  comme  les  revues  bibliographiques;  sont  incomplètes  et  parfois 
inexactes.  L'Institut  international  de  bibliographie  a  cru  cependant  pou- 
voir présenter  au  Congrès  qui  s'est  tenu  à  Bruxelles  en  1910  des  résultats 
généraux  sur  la  statistique  des  livres  imprimés  depuis  l'origine,  en  même 


—  î;to  — 

temps  qu'il  formulait  une  méthode  pour  établir  à  l'avenir  cette  statistique  : 
Institut  international  de  bibliographie,  publication  n°  109.  La  Statistique  in- 
ternationale des  imprimés  (Bruxelles,  rue  du  Musée,  1911,  in-8  de  139  p.). 
Malheiireusement  le  rapport  dressé  par  M.  B.  Iwinski  est  fort  loin  d'inspirer 
confiance  :  Le  F iinf jahrskatalo g  der  im  deutschen  Buchhandel  erschienenen 
Bûcher  de  Hinrichs  est  cité  sous  le  nom  fantastique  de  HinricKs  Funjarns 
(p.  3,  10,  etc.);  de  même  on  nous  parle  de  la  Sama  Santander  (p.  4,  n"  1), 
d'un  ouvrage  d'un  certain  Ester  Band,  Geschichte  des  deutschen  Buchhan- 
dels  (p.  5  et  n.  2;  il  s'agit  du  t.  1  rédigé  par  M.  Fr.  Kapp,  d'une  histoire  de* 
la  librairie  allemande),  du  Publishers'Weekley  pour  Weekly  (p.  10  et 
p.  1),  de  V Arskatalog  for  Voenska  Bokhandeln  (p.  10;  lire  arskatalog, 
svenska),  etc.  Le  rapport  fait  par  M.  Babelon,  en  1878,  au  Congrès  biblio- 
graphique international  est  cité  comme  datant  de  1889  (p.  4),  et  on,  lui 
emprunte  des  données,  par  exemple,  sur  la  Russie  en  1887  (p.  10).  Le  reste 
est  à  l'avenant. 

Espagne.  —  Les  tendances  séparatistes,  ou  plutôt  régionalistes,  qui  s'af- 
firment en  diverses  provinces  d'Espagne,  ont  trouvé  d'éloquents  et  ardents 
champions  dans  les  pays  basques.  Signalons  à  ce  sujet  quatre  opuscules, 
qu'on  ne  lira  pas  sans  intérêt.  Sous  le  titre  de  :  Muera  la  mentira  y  viva  la 
verdad  (Buenos  Aires,  Obsequio  de  «  Irrentzi»,  1907,  in-32  de  80  p.),  Iber  a 
voulu  démontrer,  par  questions  et  par  réponses,  que  la  seule  nation,  la  na- 
tion intégrale  des  Basques,  c'est  Euskadi,  c'est-à-dire  la  région  habitée 
par  la  race  basque  :  il  n'admet  point  de  solution  intermédiaire.  —  Une 
autre  brochure  :  Les  Conjirmaciones  y  el  Pose  forai,  par  Kondano  (San  Sé- 
bastian, imp.  Altuna,  1909,  in-32  de  108  p.)  résu.ne  l'histoire  politique 
d'Euskadi,  qui  a  joui  de  temps  immorial  d'un  pouvoir  législatif  indépen- 
dant et  qui  le  revendique  comme  un  bien  inaliénable.  —  Deux  opuscules 
plus  récents  sont  consacrés  à  soutenir  la  même  thèse  :  c'est  d'abord  : 
La  Patria  de  los  Vascos,  par  Kizkitza  (San  Sébastian,  imp.  Altuna,  1910, 
in-32  de  71  p.)  où  l'auteur,  analysant  l'i  lée  de  patrie,  montre  que  les  Bas- 
ques ne  forment  qu'une  race,  ont  leur  langue,  leurs  institutions  et  leur  ter- 
ritoire; c'est  enfin  El  Carlismo;  vaya  una  esperanza  !  par  un  catholique 
basque  (Bilbao,  imp.  y  encuad.  Bilbao  maritime  y  comercial,  1910),  où  il 
est  dit  en  propres  termes  que  «  le  carlisme  n'a  rien  à  voir  avec  la  tradition 
basque  »  et  que  «  l'on  ne  saurait  être  un  bon  Basque  si  l'on  est  carliste.  » 
On  voit  combien  sont  fougueux  et  intransigeants  les  partisans  du  régiona- 
lisme en  pays  basque  ! 

—  11  n'est  pas  besoin  d'aller  très  loin  pour  faire  des  découvertes  géogra- 
phiques, non  pas  sensationnelles,  mais  fort  intéressantes;  M.  Lucien  Briet, 
l'explorateur  bien  connu  des  Pyrénées  espagnivles,  vient  d'en  fournir  la 
preuve  dans  ses  Barrancos  et  Cuevas.  N'a-t-il  pas,  en  effet,  du  sommet  du 
Tozal  de  San  Miguel  dans  le  Haut- Aragon,  vu  le  22  septembre  1910  une 
montagne  qu'aucune  carte,  ni  celle  de  Wallon,  ni  celle  de  Schrader,  ne 
signalait  encore?  Comme  il  le  dit  très  justement  à  la  page  35  de  son  mémoire 
('  l'ère  d3S  découvertes  géographiques  n'est  pas  close,  même  au  pied  du 
Marboré  !  »  Cette  petite  découverte,  que  nous  souhaitons  de  voir  M.  Briet 
compléter  et  préciser  un  jour,  est  loin  d'être  le  seul  point  digne  d'être  relevé 
dans  Barrancos  et  Cuevas;  cette  description  très  étudiée  du  Barranco  de  loss 
Gloces,  du  Barranco  de  la  Valle,  du  Barranco  de  Viandico,  du  défilé  de  la 
Cambras,  des  Barrancos  de  Labaneres,  de  San  Jaime,  du  rio  Yesa,  de  la 
Cueva  de  Buerba,  tous  sites  éminemment  pittoresques  et  intéressants  du 
Haut- Aragon  est  en  effet  accompagnée  de  remarques  critiques,  d'observa- 


-Gî- 
tions dignes  d'être  notées,  de  triits  qui  permettent  de  bien  saisir  la  nature 
de  ce  pays  ?i  curieux  et  encore  si  mal  étudié;  aussi  recommandons-nous 
vivement  la  lecture  de  Barrancos  et  Cuevas  (Haut- Aragon  Espagne)  (Spe- 
lunca.  Bulletin  et  Mémoires  de  la  Société  de  spéléologie  n°  61,  octobre 
1910,  Paris,  au  siège  de  la  Société,  in-8  de  65  p.,  avec  20  croquis  et  fig.). 

Italie, —  Se  préoccupant  des  étudiants  soit^de^séminaires  soit  d'Univer- 
sités qui  suivent  des  cours  faits  en  latin,  le  R.  P.  William  Tatlock,  de  la  Com- 
pagnie de  Jésus,  vient  d'écrire  à  leur  usage  un  petit  Manuale  stenographiae 
latinae  (Romae,  in  Univer-itate  gregoriana;  Londinii,  l,Amen  Corner,  E. 
C. ;  Neo  Eboraci,  2-6,  West  Forty-fifth  Street,  s.  d.,  in-16  de  56  p.  Prix  : 
3  fr.).  Le  Manuel  du  P.  Tatlock  est  basé  sur  le  système  sténographique 
inventé  en  1837  par  l'Anglais  Isaac  Pitman,  qui  n'est  pas  seulement  le 
plus  fréquemment  usité  dans  les  pays  de  langue  anglaise,  mais  qui  a  ren- 
contré de  nombreux  adhérents  ailleurs,  notamment  en  Allemagne,  en  Italie 
et  en  France.  C'est  un  système  de  transcription  phonétique  qui  s'applique 
à  la  prononciation  italienne  du  latin;  peut-être  aurait-on  pu  y  apporter 
quelques  simplifications. 

Maroc.  —  Le  nom  de  M.  Ch.  René-Leclerc  est  bien  connu  de  nos  lec- 
teurs; signalons-leur  une  preuve  nouvelle  du  savoir  et  de  l'activité  du 
délégué  général  du  Comité  du  Maroc  à  Tanger.  C'est  une  »  notice  écono- 
mique ))  sur  le  Maroc,  un  petit  guide  de  l'immigrant  dans  ce  pays  qui  a 
récemment  paru  (Paris,  Geuthner,  1911,  in-8  de  92  p.,  avec  carte)  et  con- 
tient, distribués  de  manière  très  commode,  tous  les  renseignements  utiles 
sur  notre  nouvelle  possession.  Sur  les  moyens  de  se  rendre  au  Maroc  et 
d'y  voyager,  sur  la  géographie,  l'organisation,  le  régime  économique  et 
social,  le  commerce,  l'exploitation  économique  du  pays,  on  trouvera,  dans 
les  sept  chapitres  de  cette  plaquette  toutes  les  iridications  essentielles. 
M.  René-Leclerc  a  parfaitement  atteint  son  but,  qui  était  (comme  il  le  dit 
lui-même)  de  donner  un  «  tableau  d'ensemble  sur  l'existence  sociale,  ad- 
ministrative, économique  des  Européen?,  et  surtout  des  Français  au 
Maroc.  »  . 

Publications  nouvelles.  —  Petite  Année  liturgique,  ou  Paroissien 
romain  historique  et  liturgique,  par  l'abbé  J.  Verdunoy  (in-18,  Lethielleux). 
—  Le  Pain  évangélique,  explication  dialoguée  des  évangiles  des  dimanches  et 
fêtes  d'obligation,  par  l'abbé  P.  Duplessy.  T.  I.  De  V Avent  au  Carême  (in-16, 
Téqui).  —  Entretiens  eucharistiques,  par  l'abbé  J.  Vaudon  (in-12,  Téqui).  — 
Exposition  de  la  morale  catholique,  par  le  R. -P.  M. -A.  Janvier.  Morale  spé- 
ciale. I.  La  Foi,  son  objet  et  ses  actes  (in-8,  Lethielleux).  —  Prêtre  et  pas- 
teur, ou  Grandeurs  et  obligations  du  prêtre,  par  le  P.  Boulay  (in-16,  Le- 
thielleux). —  Essai  d'apologétique  intégrale.  La  Religion  expliquée  à  un  in- 
crédule instruit,  par  A.  Detillieux  (in-8,  Lecoffre,  Gabalda).  —  Peut-on 
croire  sans  être  un  imbécile?,  par  H.  Desprez  (in-12.  Librairie  des  Saints- 
Pères). —  Le  Zélateur  de  la  confession  et  de  la  communion  fréquente,  par  l'abbé 
S.  Febvre  (in-18.  Maison  de  la  Bonne  Presse).  ■ —  Vous  êtes  à  Jésus-Christ, 
par  le  R.  P.  Rickaby;  trad.  et  adapté  de  l'anglais  par  M.  Jary  (in-32, 
Casterman).  —  Les  Petites  Fleurs  de  saint  François  d'Assise  (Fioretti), 
suivies  des  Considérations  des  Très  Saints  Stigmates;  trad.  d'après  les  textes 
originaux  par  T.  de  Wyzewa  (in-16,  Perrin).  • —  Exercices  spirituels  de  saint 
Ignace  de  Loyola;  trad.  de  l'espagnol  par  le  P.  Debuchy  (petit  in-16 
carré,  Lethielleux).  ■ —  Le  Secret  admirable  du  Très  Saint  Rosaire,  par  le 
bienheureux  L.-M.  Grignon  de  Montfort  (in-12,  Oudin).  —  Vers  la  Maison 


—  92  — 

de  lumière,  histoire  d'une  conversion,   par  B.-A.  Baker;  trad.   de  l'anglais 
par  un  Père    bénédictin  de  Solesmes  (in-12,  Lecoffre,  Gabalda).  —  Par 
l'Amour  et  la  douleur  l  Étude  sur   la  Passion,  pgr  Léon-Rinabault  (in-16, 
Pierre  Téqui).  —  L'Éducation  de  la  chasteté,  par  M.  Gatterer  et  F.  Krus  ;trad. 
de  l'allemand  par  l'abbé  T.  Dequin  (in-16,  Bloud)  ;  —  Le  Surnaturel  dans 
les  apparitions  et  dans  les  guérisons  de  Lourdes,  par  A.    Castelein  (.in-8, 
Briixelles,  Goemaere).  —  La  Charité  à  travers  la  vie,  par  la  comtesso  d'Haus- 
sonville  (in-12,  Lecoffre,  Gabalda).  —  The  Fairy-Faith  in  Celtic  éountries. 
by  W.-Y.  Evans  Wentz  (in-8,  cartonné,  London,  Frowde;  Oxford  Univer- 
sity  Press).  —  Le  Statut  des  fonctionnaires.  L' Avancement,  son  organisation, 
ses  garanties,  par  C.  Georgin  (gr.,  in-8.  Librairie  générale  de  droit  et  de 
jurisprudence).  — De  la  commune  Renommée  dans  ses  rapports  avec  la  théorie 
des  preuves,  par  M.  Picard  (in-8.  Librairie  générale  de  droit  et  de  juris- 
prudence). —  Différends  et  procès  entre  locataires,  par  G.   Courtois  (in-'16, 
Garnier).  —    Les  Lois  commerciales  de  l'univers,  textes  originaux  et  com- 
mentaires avec  trad.  française  en  regard,  par  de  nombreux  collaborateurs 
de  tous  pays,  publiés  sous  la  direction  de  C.  Lyon-Caen,  P.  Carpentier  et 
F.  Daguin.'T.  IV  (Brésil),  VI.  (Chili-Paraguay),  XXIII  (Suède-Norvège), 
XXIV    (Danemark),    XXV  (Scandinavie),    XXVIIl    (Pays-Bas,    Colonies 
néerlandaises),  XXXV  (Russie.  Pologne),  7  vol.  gr.    in-8,  Librairie  générale 
de  droit  et  de  jurisprudence).  —  Le  Problème  religieux  dans  la  philosophie 
de  l'action.  M.  Maurice  Blondel  et  le  P.  Laberthonnière,  par  T.  Cramer  (in- 
8,  Alcan).  —  La  Destinée  de  l'homme,  par  C.  Piat  (in-8,  Alcan).  —  Essais 
choisis,  par  Emerson;  trad.  de  l'anglais  par  H.  Mirabaud-Thorens  (in-16, 
Alcan).  —  Essais  sur  la  sensibilité  contemporaine,  par  R.  Cor  (in-16,  Fal- 
que).  —  La  Lumière  vient  de  l'Orient.  Essais  de  psychologie  japonaise,  par 
Lafcadio  Hearn;  trad.  de  l'anglais  par  M.  Logé  (in-r2,  Mercure  de  France). 
—  La.  Morale  et  l'intérêt  dans  les  rapports  individuels  et  internationaux,  par 
J.  Novicow  (in-8,  Alcan).  —  Ce  qu'il  faudra  toujours,  par  C.  Wagner  (in- 
18,  Colin).  —  Maïmonide,  par  L.-G.  Lévy  (in-8, Alcan).  ■ —  L'Éducation  du 
caractère,  par  L.  Dugas  (jn-8,  Alcan).  ■ —  L'Analyse  universelle,  par  P.  de 
Coubertin  (in-16,  Alcan).  —  La  Mémoire  verbale  et  pratique,  son  développe- 
ment naturel  et  logique  par  l'audition,  la  vision,  l'idée,  par  G.  Art  (in-18, 
Pedone).   • —  Enseignement   de  Léonce   Couture   (Toulousa,    Privât;   Paris, 
Champion,   in-8).  - —  Système  de  politique  positive,  ou  Traité  de  sociologie 
d'Auguste  Comte,  condensé  par  C.   Cherfils  (in-8,  Giard  et  Brière).  —  // 
Fenomeno  délia  guerra  e  l'idea  délia  pace,  da  G.  del  Vecchio  (gr.  in-8,  To- 
rino,  Bocca).  —  La  Synthèse  économique.  Étude  sur  les  lois  du  revenu,  par 
A.  Loria  (in-8,  Giard  et  Brière). —  De  la  Nature  du  capital  et  du  revenu,  par  I. 
Fisher;  trad.  de  l'anglais  par  S.  Bouyssy  (in-8,  Giard  et  Brière).  —  Les 
Classes  rurales  en  Savoie  au  xviii*^  siècle,  paï"  F.  Vermale  (in-8,  Leroux).  — 
La  Sociologie  de  Proudhon,   par   C.  Bougie   (in-18.   Colin).  —  Œuvres  de 
Michel  Bakounine.  T.  V.  (in-18,  Stock).  —  Les  Socialistes  antidémocrates, 
par  J.  Rivain  (in-18,  Nouvelle  Librairie  nationale).  —  Les  Problèmes  so- 
ciaux du  temps  présent,  par  M.   Drouilly  (in-12,   Henry  Paulin).  —  Des- 
truction des  insectes  et  autres  animaux  nuisibles,  par  A.-L.   Clément  (petit 
in-8,  Larousse).  ■ —  Portez-vous  bien  !  Notions  élémentaires  d'hygiène  popu- 
laire et  rationnelle,  par  le  D"^  Terwagne  (petit  in-8,  Giard  et  Brière).  • —  La 
Fatigue  et  le  repos,  par  F.  Lagrange;  publié  avec  le  concours  du  D'' F.  de 
GrandmaiSon  (in-8,  Alcan). —  Le  Génie  littéraire,  par  A.  Rémondet  P  .Voi- 
venel  (in-8,  Alcan).  —  L'Alcoolisme  dans  les  armées,  par  Corn*  J.-A.  Or- 
dioni  (in-18,  H.  P^aulin).  —  Les  Opiomanes,  mangeurs,  buveurs  et  fumeurs 


—  93  — 

d'opium,  par  R.  Dupouy  (in.-8,  Alcan).  —  Le  Marquis  du  Planty,  médecin 
de  la  Faculté  de  Paris,  maire  de  Saint-Ouen-sfur-Seine  (1808-1876),  par  le 
D"^  H.   Perraudeau   (in-16,   Jouve).  —  Traité  de  chimie  générale,  par  W. 
Nernst;  trad.  de  î'allemand  par  A.  Corvisy.  2^  partie  (gr.  in-8,  Herraann). 
—  Science  et  Philosophie,  par  J.  Tannery  (in-16,  Alcan).  —  L'Électricité  à 
la  maison,  par  H.  de  Grailigny  (in-8,  Larousse).  —  L'Équation  de  Fred- 
holm  et  ses  applications    à  la  physique  mathématique,  par  H.-B.   Heywood 
et  M.  Fréchet  (gr.  in-8,  Hermann).  —  La  Connaissance  du  bétail,  par  J. 
Ginieis   (in-12,   Amat  .  —  Premières   Connaissances   agricoles.    Notions   de 
botanique,  d'agriculture,  d'horticulture,  de  zootechnie,  par  J.   Leday,  (in-8, 
de  Gigord).  —  Les  Sols  humides,  par  R.  Dumont  (in-8,  Larousse).  —  La 
Culture  profonde  et  les  améliorations  foncières,  par  R.  Dumont  (petit  in-8, 
Larousse).  —  Rotations  et  assolements,  par  F.  Parisot  (in-8, Larousse). — 
Les  Arbres  légendaires,  par  E.  Van  Bruyssel  (in-16,   Hetzel).  • —  Bible  et 
Science.  Terre  et  Ciel,  par  C.  de  Kirwan  (in-16,  Bloud).   —  La    Sistnologie 
moderne  (les  Tremblements  de  terre,  par  le  comte  de  Montessus  de  Ballore 
(in-8,  Colin).  —  L'Infanterie  à  la  guerre,  exercices  pour  l'étude  des  règlements, 
par  le  cap**®  Balédent   (in-8.  Chapelet).  —  Cavalerie.    Procédés  techniques; 
la  cavalerie  dans  l'ensemble  de  l'armée;  la  cavalerie  dans  la  bataille,  par    le 
cap"^*     Loir  (in-8,  Chapelot).     —    La  Marine  marchande  et  son  personnel, 
par  G;  Morael  (in-16,  Guilmoto).  — Les  Artistes,  par  L.  Bénédite  (petit  in-8, 
Colin). —  Les  Musiciens  célèbres.  Beethoven,  par  V.  d'Indy  (petit   in-8,  Lau- 
rens).  —    Les  Musiciens  célèbres.  Verdi,  par  C.  Bellaigue  (petit  in-8,  Lau- 
rens.   —  Les    Musiciens   célèbres.  Bizet,    par   Gauthier-Villars   (petit   in-8, 
Laurerts).  —  Emmanuel  Chabrier,  1841-1894,  par  G.  Servières  (in-18,  Al- 
can). —  La  Condamnation  de  Mignon,  essai  de  critique  musicale,  par  A. 
Nortal  (in>-16,  Falque).  ■ — Les  Sciences  de  la  nature  en  France,  au  XYiii®  siè- 
cle, par  D.  M-Ornet  (in-18,  Colin).  —  Grammaire  du  grec  du  Nouveau  Testa- 
ment, par  À.-T.  Robertson;  trad.  par  E.  Montet  (in-8,  Geuthner).  —  La 
Prononciation  du  latin,  par  A.  Macé  (petit  in-12  cartonné,  C.  Klincksieck).  — 
La  Diction  expliquée  en  15  leçons,  par  P.  Cosseret  (in-16,  Paclot).  —  Par- 
lons ainsi  de  la  voix  et  du  geste,  étude  théorique  et  pratique  du  mécanisme  de 
la  parole,  par  I.-L.  Gondal  (in-8,  de  Gigord).  ■ — La  Crise  du  français  et 
la  Réforme  de  l'Université,  par  A.  Faure  (in-18,  Stock).  —  Discours  politi- 
ques,  allocutions  diverses  (1903-1912),  par  G.  Vidal  de  Saint-Urbain  (in- 
16,  Plon-Nourrit).  —  Les  Chants  du  cygne,  par  1.  R.-G.  (in-18,  Lemerre). 

—  Les  Visions  du  chemin,  par  H.  Rouger  (in-18,  Lemerre).  —Le  Temple 
du  rêve,  par  la  b^^^^  de  Baye  (in-16,  Perrin).  —  Dernières  Veillées,  par 
A.  Vermenouze  (petit  in-8,  Jouve).  —  Pour  retrouver  l'enfant,  par  G. 
Zidler  (petit  in-8,  Jouve). — Paysages  de  l'âme,  par  F.  Saisset  (in-18,  Jouve). 

—  Les  Autels  et  les  tombes,  par  L.  Lahovary  (in-18,  Jouve).  —  Le  Charme 
quotidien,  par  M.  Silver  (in-16,  Messein).  —  Les  Voix  de  la  montagne,  par 
A.  de  Bary,  (in-18.  Stock).  —  Dans  le  Jardin  de  notre  amour,  par  A.  Clerc 
(in-12,  Falque).  —  Le  Miroir  enchanté,  par  R,  Lestrange  (in-18,  Figuière). 

—  Clartés  au  crépuscule.  Les  Châsses  d'or,  par  A.  Ramette  (in-16.  Édition 
du  Beffroi).  —  La  Passion  de  Notre- Seigneur  Jésus-Christ,  drame-mystère, 
par  l'abbé  J.  Oger  (in-8,  Haton).  —  Les  Chrétiens  aux  lions,  drame,  par  J. 
Grech  (in-16,  Haton).  —  Vindex,  drame  social  en  vers,  par  E.  Bellot  (in-12, 
Figuière).  —  L'Envers  du  décor,  par  P.  Bourget  (in-16,  Plon-Nourrit).  — 
La  Maltournée,  par  T.  Combe  (in-16,  Perrin).  —  La  Dette  de  Jettehen 
Gebert,  par  G.  Hermann  (in-16.  Hachette).  —  Catherine  Aubier,  par 
ï.  Prost  (in-18,  Colin).  —  Contes,  transcrits  par    M.    Bouchor,    d'après 


—  9i  — 

la    tradition     française    (in-32,     Colin).    —   Ombres    et    lumières,    par    A. 
Blech  (in- 18,  Publications  théosophiques).— Les  Neveux  de  tante  Delphine, 
par  A.  de  Pitteurs  (in- 12,  Lethielleux).  —  L'Histoire  d'un  jour,  par  P.  Per- 
rault (in-12,  H.  Gautier).  —  Les  Chemins  tortueux,  par  P.  Mimande  (in-12,  H. 
Gautier).  —  Une  Dette,  par  O.  Lavalette  ('n-12,  H.  Gautier).  —La  Violoniste, 
par  M.  Lachèse(in-12,  H.  Gautier).  — Double  Conquête,   par   F.  Dupin  de 
Saint-André  (in-16,  Hetzel).  — La  Princesse  Maritza,  par  P.-J.  Brebner; 
trad.  de  l'anglais  par  P.  Nozan  (in-18,   Hennuyer).    —   Pendant  la  Terreur, 
par  L.   d'Oberny   (in-8,   Haton).   —  Les  Aubépines,   par  M.  Auvray  (in-8, 
Haton).  —  Le  Mystère  de  Rochebrune,  par  M™''  Chéron  de  la  Bruyère  (in- 
18.  Haton).  —  Le  Galon  d'or,  par  L.  des  Ages  (in-i8,  Haton).  —  Latiniste, 
par  L.  Villarceau  (m-18,  Œuvre  d'Auteuil).  —  Correspondance  (l'830-1855), 
de  Gérard  de  Nerval,  avec  Introduction  et  notes  par  J.  Marsan  (in-16,  Mer- 
cure de  France).  —  Lyrisme,  épopée,  drame.  Une  Loi   de   Vhistoire   littéraire 
expliquée  par  l'évolution  générale,  par  E.  Bovet  (in-18,  Colin).  —  LaPoétie 
à  travers  les  âges,  son  rôle  dans  Véducation  populaire,  par  J.-M.  Lentillon 
(in-8,  Anat).  —   Voiture  et  les  Origines  de  Vhôtel  de  Rambouillet,  per  E. 
Magne  (in-18,  Mercure  de  France).  —  Les  Hommes  de  lettres  au  xYin^  siècle, 
par  M.  Pellisson  (in-18,  Colin).  —  Les  Contemporains  étrangers,  par  M.  Mu- 
ret.  I.   (in-16,  Fontemoing).  —  Nuovi  Studii  su  Dante,  par  L.  F.  Guelfi 
(gr.  in-8,  Città  di  Castello,  Lapi).  —  Les  Principaux  Aspects  du  globe.  La 
France,  par  M.  Allain  et  H.  Hauser  (in-18  cartonné,  Alcan).  —  Diction- 
naire topographique  du  département     de  V Ain  comprenant  les  noms  de  lieu 
anciens  et  modernes,  par  E.  Philipon  (in-4  à  2  col.,  Leroux). — La  Basse 
Normandie,  par  L.  Dimier  et  R.  Gobillot  (in'-16,  Delagrave).  —  Du  Kho- 
rassan  au  pays  des  Backhtiaris.  Trois  mois  de  voyage  en  Perse.,   par  H.-R. 
d'Allemagne  (4  vol.  gr.  in-4,  Hachette).  —  Les  Royaumes  des  neiges  (Etats 
hymalayens),  par  C.-E.  Bonin  (in-18,  Colin). —  Mizraïm,  souvenirs  d'Egypte, 
par  G.  Kurth  (in-18,  Bruxelles,  Dcwit).  —  L'Afrique  occidentale  française, 
par  L.  Sonolût  (in-16,  Hachette).  —  Les  États-Unis  du  Mexique,  par  le  c*^ 
M.  de  Périgny  (in-18,  Guilmoto).  —  Les  Légions  de  Varus.  Latins  et  Ger- 
mains au  siècle  d'Auguste,  par  C.  Gailly  de  Taurines  (in-16,  Hachette).  — 
The  Celtic  Inscriptions  of  Gaul.  Additions  and  corrections,  by  J.  Rhys  (in- 
8,  London,  Frowde).  —  Histoire  de  France,  par  A.  Baudrillart  et  J.  Martin. 
Cours  moyen,  certificat  d'études  (in-16,  cartonné,  Bloud).  —  Les  plus  beaux 
Récits  des  Chroniques  de  Froissart,  transcrits  pour  les  lecteurs  d'aujourd'hui 
(in-16,  Fontemoing).  —  Luther  et  le  luthéranisme,  par  H.  Denifle;  trad.  de 
l'allemand  par  J.  Paquier.  T.  II.  (in-16,  A.  Picard  et  fils).  —  Récits  du 
temps  des  troubles,  xvi<^  siècle.  De  quelques  assassins,  par  P.  de  Vaissière 
(in-8,  Émile-Paul).  —  A  la  Cour  du  grand  Roi  (Saint-Simon).Nouvelle  Col- 
lection historique  pour  la  jeunesse  publiée  par  la  comtesse  C.  d'Arjuzon  (in- 
16,  Émile-PauI).  —  Mémoires  du  président  Hénault.  Nouvelle  éd.  complé- 
tée, corrigée  et  annotée  par  F.  Rousseau  (in-8  Hachette).  —  Mémoires  de 
Saint-Hilaire,  publiés  pour  la  Société  de  l'histoire  de  France,  par  L.  Lecestre. 
T.   IV,  1704-1706  (in-8,   Laurens).  —  La  Fin  d'une  dynastie,  d'après  les 
Mémoires  et  la  Correspondance  d'une  reine  de  Suède,  H edvig- Elisabeth-Char- 
lotte (1774-1818),  par  O.-G.  de  Heidenstam  (in-8,  Plon-Nourrit).  —  Journal 
d'émigration  du  comte  d'Espinchal,  par  E.   d'Hauterive  (in-8,  PenùnK    — 
Recueil  des  actes  du  comité  de  salut  public,  avec  la.  correspondance  officielle 
des  représentants  en  mission  et  le  Registre  du  conseil  exécutif  provisoire,  pxihVié 
par  F  -A.  Aulard.   T.   XXI  (in-8,  Leroux).  —  Le  Conventionnel  J  -B.  Le 
Carpentier      (1759-1829),       d'après      de     nouveaux      documents,      pa'i*     le 


—  95  — 

vicomte  de  Brachet  (petit  in-8,  Perrin).  —  L'Église  de  Paris  et  la 
Révolution,  par  P.  Pisani.  T.  IV.  et  dernier  (1799-1802)  (in-12,  A.  Picard 
"t  fils).  —  L'Industrie  de  la  boucherie  à  Paris  pendant  la  Révolution, 
par  H.  Bourrin  (gr.  in-8,  Leroux).  —  Liste  des  victimes  du  tribunal 
révolutionnaire  de  Paris  (Auguste  Picard).  —  Journal  d'un  prêtre  lorrain 
pendant  la  Révolution  (1791-1799),  publié  avec  une  Introduction,  une  notice 
et  des  notes,  par  H.  Thédenat  (in-16,  Hachette).  —  Les  Noyades  de  Nantes, 
par  G.  Lenotre  (in-8,  Parrin).  —  La  Révolution  à  Poitiers  et  dans  la  Vienne, 
par  le  M'a  de  Roux  (gr.  in-8,  Nouvelle  Librairie  nationale).  —  Le 
Directoire  et  la  paix  de  VEurope,  des  traités  de  Bâle  à  la  deuxième  coalition 
(1795-1799),  par  R.  Guyot,  (in-8,  Alcaa).  — Zurich.  Masséna  en  Suisse,  mes- 
sidor an  Vll-bruniaire  an  VIII  (juillet-octobre  1799J,  par  le  capitaine  L. 
Hennequin  (in-8,  Berg  r-Levrault).  —  Expédition  du  Portugal  (1807),  par 
le  colonel  L.  Picard  (in-8,  Jouve).  —  Correspondance  du  comte  de  la  Forest, 
ambassadeur  de  France  en  Espagne,  1808-1813,  publié  par  la  Société  d'his- 
toire contemporaine,  par  Geoffroy  de  Grandmaison.  T.  V.  Avril- décembre 
1811  (in-8,  A.  Picard  et  fils).  —  Madame  de  Genlis  et  la  Grande-Duchesse 
Élisa  (1811-181.S),  par  P.  Mormottan  (in-18,  Émile-Paul).  —  De  Mu- 
nich à  Vilnaà  V état-major  du  corps  bavarois  de  la  Grande  Armée  en  1812, 
par  le  lieutt-col^i  Sauzey  (gr.  in-8,  Chapelot).  —  La  Vie  militaire  du 
maréchal  Ney,  duc  d'Elchingen,  prince  de  la  Moskowa,  par  le  général  H. 
Bonnal.  T.  II  (in-8,  Chapelot). —  Vn  Héros  de  la  Grande- Armée.  Jean- Gas- 
pard H  ulot  de  Collart,  officier  supérieur  d'artillerie  (1780-1854),  par  le  V® 
du  Motey  (iii-8,  A.  Picard  et  fils).  —  Clausewiiz,  par  le  colonel  Camon  (in-8, 
Chapelot). — Itinéraire  général  de  Napoléon  I^^  (gr.  in-8,  Jouve), par  A.  Schuer- 
mans.  (gr.  in-8,  Jouve).  —  Napoléon  et  les  Invalides,  par  le  g^i  Niox  (gr. 
in-4,  Delagrave).  — La  Vie  parisienne  sons  Louis-Philippe,  pavlH.  d'Alméras 
(petit  in-8,  A.  Michel).  - —  Ferdinand- Philippe  d'Orléans  duc  d'Alençon, 
par  Y.  d'Isné  (in-12,  Lethielleux).  —  Lacordaire,  par  A.  Albalat  (in-12, 
Vitte).  —  Ma  Vie,  par  Richard  Wagner.  II,  1842-1850;  trad.  de  N.  Valen- 
tin  et  A.  Schenk  (in-8,  Plon-Nourrit).  —  Louis-Napoléon  Bonaparte  et  le 
ministère  Odilon  Barrot  (1849),  par  A.  Lebey  (gr.  in-8,  Cornély). — Le  Ma- 
réchal Pélissier,  duc  de  Malakoff,  par  le  général  Derrécagaix  (in-8,  Chape- 
lot). —  Souvenirs  (1848-1878),  par  C.  de  Freycinet  (in-8,  Delagrave).  — 
Dom.  Guéranger  et  Madame  Durand,  par  le  Rme  P.-D.-A  Guépin  (in-8, 
Oudin).  —  Femme  et  poète.  Elizabeth  Browning,  par  Mn^^  W.  Nicati  (in-16, 
Perrin).  —  La  Séparation  des  Églises  et  de  l'État.  Origines,  étapes,  bilan,  par 
J.  de  Narfon  (in-8,  cartonné,  Alcan).  —  L'Orientation  religieuse  de  la  France 
actuelle,  par  P.  Sabatier  (in-18.  Colin).  —  Le  Gouvernement  de  Pie  X.  Con- 
centration et  défense  catholiques,  par  Aventino  (in-18,  Nouvelle  Librairie 
nationale).  —  Lettres  de  combat,  par  F.  Brunetière  (in-16,  Perrin).  —  La 
Marche  montante  d'une  génération,  1890-1910,  par  J.  Ageorges  (in-18,  Fi- 
guière).  —  Campagne  de  1908-09  en  Chaouia,  par  le  général  d'Amade  (in-8, 
Chapelot).  —  Documents  diplomatiques  pour  servir  à  l'étude  de  la  question 
marocaine,  par  E.  Rouard  do  Card  (gr.  in-8,  Pedone;  Gamber).  ■ —  Après 
le  traité  franco- allemand  et  maintenant? ...  Le  Désarmement  ou  la  guerre  !  par 
le  capï^®  Félix  (in-8,  Grasset). —  Allemands  et  Polonais,  par  V.  Nicaise  (in-8, 
«  Marches  de  l'Est»  ). —  La  Crise  constitutionnelle  anglaise,  par  Lewis  Gaffié 
(in-16,  Falque).- — La  Turquie  et  ses  voisins,  par  C.  Woods;  trad.  de  l'anglais 
par  J.  Duroy  (petit  in-8,  Guilmoto).  —  La  Tripolitaine  d'hier  et  de  demain, 
par  H.-M.  de  Mathuisieulx  (in-16,  Hachette).  ■ —  Recherches  sur  les  musul- 
mans   chinois,    par    le    com*    d'Ollone    (gr.  in-8,   Leroux).  —  La  Repu- 


—  96  — 

blique  américai7ie,  par  J.  Bryce.  2*^  éd.  française  complétée  par  l'auteur.  T.I. 
Le  Gouvernetnent  national  (in-8,  Giard  et  Brière).  —  Ce  que  racontent  mon- 
naies et  médailles,  par  J.  Benderly  (petit  in-8,  Colin).  —  Dans  les  Sentiers  de 
Vhistoire,  par  R.  Fage  (in-18,  A.  Picard  et  fils).  —  Bibliographie  fran- 
çaise, par  H.  Le  Soudier.  2^  série.  T.II.  1905-1909  (2.  vol.  in-8,  Le  Soudier). 
—  Bibliographie  du  temps  de  Napoléon,  comprenant  l^ histoire  des  États-Unis, 
par  F.  M.  Kircheisen.  T.  IL,  l""®  partie  (Paris,  Champion;  Genève, 
Kircheisen;  London,  Low,  Marston,  in-8).  —  La  Bibliothèque  publique  de 
Carcassonne,  par  J.  Amiel  (in-8,  Le  Soudier).  Visenot. 


Le  Gérant  :  CHAPUIS. 


Irnpriaieiie  poljglulte  P'k;  Simo.n.  Rennes. 


POLYBIBLION 

REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


OUVRAGES  D'ENSEIGNEMENT  CHRETIEN  ET  DE  PIETE 

Enseignement.  —  1.  Coins  d'i?istructions  dominicales,  par  le  chaa.  i  le  R.  Turcav. 
2«  édit.  Pi.ris,  Téqui,  1911,  3  vol.  in-12  de  xv-423,  360  et  391  p.,  10  !r.  50.  —  2. 
La  Religion  chrétienne,  simples  notes,  par  l'abbé  René  Petiteau.  6'  édit.  Paris, 
Ainrit,  1909,  in-16  cartonné  de  vfii-886  p.,  3  fr.  75.  —  3.  Dictionnaire  d'exemples 
à  Vusa<ie  des  prédicateurs  et  des  cztéchistes,  classés  pii"  le  R.  P.  Sckf.her.  É  lition 
revue  p:^r  le  R.  P.  J.-P.  Lampert  ;  trad.  de  l'allemand  par  l'abbé  Jules  De- 
BREYNE.  T.  I.  Paris  et  Tournai,  Casterm  ui,  s.  d.,  in-8  de  vui-800  p.,  10  fr.  —  4. 
Le  Purgatoire,  ou  Pouvoir,  motifs  et  moyens  que  nous  avons  de  secourir  les  âmes  du 
Purgatoire,  par  ra])bé  Josi;i>n  Terrisse.  Paris,  Aniat,  1912,  in-12  de  333  p., 
3  fr.   50. 

MoR\LE.  —  5.  Le  Chemin  de  la  vérité,  par  le  comte  de  Champagny.  Nouv.  édit.  Pa- 
ris, Téqui,  1911,  in-12  de  xxiii-264  p.,  2  fr.  — •  6.  La  Force  morale,  par  Georges 
Legrand.  Paris,  Letbielleux,  s.  d.,  in-16  carré  de  vn-151  p.,  2  fr.  —  7.  Le  Pro- 
blème religieux  et  moral,  par  le  chanoine  Wilhelm  Meyer;  adapté  de  l'r.llemand 
.par  l'abbé  L.  Djuadicq.  Avignon,  Aubanel,  s.  d.,  in-16  de  vin-140  p.,  3  fr.  — 
8.  V É lucation  de  la  charité,  par  l'abbé  E.  Debize.  Paris,  de  Gigord,  1911,  in-16 
de  vui-127  p.,  1  Ir.  25.  —  9.  Ix  «  Notre  Père  »  de  l'heure  présente,  par  J.  Santo. 
2«  édit.  Paris,  l'autenr,  rue  de  Vaugirard,  131,  in-16  de  192  p.,  1  fr. 

Jésus-Marie.  —  10.  Le  Prophète  de  Galilée.  Lectures  évang'diques  pour  le  temps  après 
la  Pentecôte,  par  l'abbé  A.  D \rd.  Paris,  Lecoffre,  Gabalda,  s.  d.,  2  vol.  in-12  de 
277  et  285  p.,  4  tr.  —  11.  Vie  de  la  Sainte  Vierge,  d'après  les  Méditations  d'Anne- 
Catherim  Emmerch,  par  l'abbé  de  Cvzalès.  U^  édit.  Paris,  Téqui,  1911, 
.in-12  de  415  p.,  2  fr.  50. 

Jeunesse  chrétienne.  —  12..  Les  Enfants.  Questiotis  du  temps  présent;  par  Mgr  J.- 
A.  Ghollet.  Paris,  Lethielleux,  s.  d. ,  in-12  de  viu-215  p.,  2  fr.  —  13.  Catecismo 
de  la  infancia,  preparac'éri  dogmotica  y  moral  para  la  primera  communion  c  ins- 
trucciones  eatequisticai  al  alcrince  de  los  nin>s,  po"  el  abats  Cii.  Mali.n.ioud.  Bar- 
celona,  Subirana,,1911,  in-16  de  xvi-407  p.,. 3  fr.  50.  —  14.  Conférences  à  la  jeu- 
nesse des  écoles,  par  Cn.  Van'1)epitt;e.  l"'^  série.  Grandes  Vérités  du  salut  et  devoirs 
d'état.  2®  série.  Devoirs  envers  Dieu  et  envers  le  prochain.  3®  séri(|.  Devoirs  en- 
vers nous-mêmes.  Paris,  Téqui)  1911,  3  vol.  in-12  de  vni-234,  212  et  246  p.,  6  fr. 

Spiritualité.  —  15.  Bernardi  Ouvierii.  Excitatorium  mentis  ad  Deum  nunc  pri- 
mum  ad  fidem  codicis  Escurialensis  edi'dit  P.  Benignus  Fernande?..  M  itriti, 
typ.  llellenici,  1911,  in-32  relié  de  xxxii-232  p.,  2  fr.  .50.  —  16.  Miroir  de  là 
pe>f;ction  du  B.  François  d'Assise,  par  le  Frère  Léon;  version  française  de  Paul 
Budry.  Paris,  Plon-Nonrrit,  1911„  in-16  de  xxii-303  p.,  3  fr.  50.  —  17.  Lé  R. 
P.  Pierre  Olivaint.  S.  J.  Journal  de  ses  retraites  annuelhs.  T.  L  de  1860  à  1865. 
T.  II.  de  1866  à  1870.  S^  édit.  Paris,  Téqui,  1911,  2vol.  in-12  de  iv-283  et  363  p., 
5  fr.  —  l?-.  Vers  In  ferveur,  par  P.  Lejeune.  Paris,  T.stbielleuy,  s.  d.,  in-12  de  269 
p.,  2  fr.  —  19.  La  Communion  fréquente  dans  les  Œuvres  populaires;  raison,  métho- 
des, expériences,  parle  R.  P.  Lintelo.  Tournai  et  Paris.  Castei'man,  1911,  in-8  de 
49  p.,  0  fr.  40. 

Piété.  —  Dévotions.  —  20.  Manuel  eucharistique,  adspté  de  l'espagnol  par  le 
R.  P.  Joseph  Thermes.  Paris  et  Tournai,  Casterman.  !911,  petit  in-16  de  vii- 
152  p.,  1  fr.  25.  -^.21.  Un  Mois  du  rosaire  chez  soi.  Sujets  de  méditation,  lectures, 
traits,  légendes  et  histoires  pour  chaque  jour  du  moi^  d'ocîobre,  par  l'a.bbé  A.  Saul- 
MER.  Paris,  Beauchesne,  19  ;2,  in-16  de  vii-316  p.,  2  fr.  75.  •^-  22.  Le  Règne  de 
VÉ-angile  dans  la  bité  chrétienne.  Pieuses  Considérations  et  règles  de  conduite,  par 
l'abbé  Prosper  Baudot.  Paris  et  Lille,  Deslée,  de  Brouvver,  s.  d.,  in-18  le  247 
p.,  1  fr.  —  23.  Petit  Catéchisme  de  la  srâre,  pir  Cii.  Vandepitte.  T't  ris,  Téqui, 
1911,  in-32  de  ix-68  p.  et  grav.,  0  fr.  2".  —  :    .  Le'^Guide  de  la  jevn.-^-e,  j.n;  l'abbé 

'  FÉVRIER  1912,  '  T.  CXXIV.  7. 


DE  Lamennais,  précédé  de  la  Religion  dcinontrée  i  la  jeunesse,  par  Jacques  Bal- 
MÈs  ei  ûeV Abrégé  de  V histoire  ««(Vu*;,  p.  r  Bossuf.t.  15'=  édit.  Paris,  Téqui,  1911, 
in- 18  de  vi-315  p.,  1  fr.  —  25.  V Ami  des  malades,  par  le  chanoine  Oiraud.  Paris, 
Maison  de  la  Bonne  Presse,  s.  d.,  in-18  de  x-192  p.,  0  fr.  5(j.     ^.^^  V^  M--1Wl.M 

Enseignement.  —  là  4. — Le  Cours  (V  instructions  dominicales  d^ 
M.  le  chanoine  R.  Tuican  en  est  à  sa  deuxième  édition.  C'est  un  suc- 
cès, surtout  pour  un  ouvrage  assez  considérable,  consacré  à  l'ensei- 
gnement catéchistique.  Évidemment  ce  sont  nos  confrères,  curés  ou 
catéchistes,  qui  l'ont  apprécié  et  goûté,  mais  n'est-ce  pas  le  meilleur 
éloge  et  le  plus  compétent  en  faveur  d'une  œuvre  de  ce  genre  ?  L'au- 
teur ne  l'a-t-il  pas  écrit  à  dessein  pour  eux  ?  «  11  m'a  semblé,  dit-il, 
que  je  ferais  une  œuvre  utile  en  offrant  à  ces  pasteurs  pleins  de  zèle 
im  ouvrage  où  ils  trouveraient,  toute  préparée,  la  nourriture  spiri- 
tuelle qui  convient  à  leur  cher  troupeau.  »  Ces  pasteurs  ont  pris  cette 
œuvre,  l'ont  jugée  bonne,  excellente  pour  leur  ministère,  l'ont  expéri- 
mentée et  puis  l'ont  recommandée  autour  d'eux.  Ainsi  a  été  atteint 
le  but  que  se  proposait  M.  Turcan.  11  ne  s'est  pas  borné  à  nous  en 
prévenir,  il  nous  a  aussi  indiqué,  dans  sa  Préface,  le  plan  qu'il  a  suivi 
et  les  principes  cjui  l'ont  guidé.  Pour  rendre  son  travail  encore  plus 
utile,  il  a  exposé  les  moyens  de  rendre  ses  instructions  fructueuses  et 
révélé  quelques  pieuses  industries  pour  attirer- et  captiver  l'attention 
des  fidèles,  pour  graver  dans  leur  mémoire  l'enseignement  qui  leur 
est  donné.  Il  énumère  enfin  les  sources  où  il  a  puisé,  les  auteurs  dont 
il  s'est  servi,  en  premier  lieu  le  Catéchisme  du  concile  de  Trente.  Nous 
aurions  aimé  qu'il  y  ajoutât  le  nihil  obstat  du  censeur  et  l'Imprima- 
tur de  l'ordinaire;  c'est  la  garantie  la  plus  sûre  —  et  très  obligatoire 
—  de  la  saine  doctrine  d'im  livre  d'enseignement  religieux.  11  doit  en 
être  muni,  certainement,  mais  il  est  nécessaire  que  le  livre  en  porte 
l'indication.  L'ouvrage  se  compose  de  trois  volumes  parce  que  l'au- 
teur divise  son  enseignement  en  trois  ans;  ce  temps  est  en  effet  néces- 
saire pour  le  développement  de  toutes  les  questions  de  dogme,  de 
morale  et  de  culte  sur  lesquelles  les  fidèles  doivent  être  assez  perti- 
nemment instruits.  Chaque  instruction  d'ailleurs  n'est  ni  trop  longue, 
ni  trop  courte;  eUe  est  méthodiquement  divisée,  et  le  sujet  claire- 
ment exposé  et  développé. 

—  Le  joli  volume  de  M.  l'abbé  René  Petiteau  :  La  Religion  chré- 
tienne nous  donne  aussi  un  enseignement  complet  de  la  doctrine.  L'au- 
teur veut  que  ce  soient  de  simples  notes;  c'est  un  sous-titre  trop  mo- 
deste. Des  «  notes  »,  il  y  en  a  beaucoup,  selon  le  besoin  de  chaque 
question,  mais  il  y  a  aussi  et  surtout  une  exposition  claire,  méthodi- 
que, raisonnée.  11  n'y  a  pas  l'interrogation  qui  fait  d'un  livre  un  caté- 
chisme, mais  le  développement  divisé  en  alinéas  numérotés  tient  lieu, 
très  avantageusement,  d'interrogations  qui,  d'ailleurs,  viennent  comme 


—  99  — 

d'elles-mêmes  s'offrir  à  l'esprit  du  catéchiste.  L'ouvrage  se  divise 
en  quatre  parties  :  1  °  Examen  raisonné  des  fondements  de  la  religion 
catholique;  2°  Exposition  du  dogme  (Symbole  des  apôtres);  3°  Expli- 
cation de  la  morale  (commandements  de  Dieu  et  de  l'Éghse);  A^  Du 
Culte  (de  la  grâce,  des  sacrements  et  de  la  prière).  Le  livre  se  clôt  sur 
quelques  pages  consacrées  à  la  liturgie  et  aux  cérémonies  rehgieuses. 
Signalons,  en  particulier,  l'étude  si  complète  et  si  opportune  sur  l'É- 
glise; l'auteur  y  consacre  plus  de  200  pages  et  il  la  traite  à  fond,  l'en- 
visageant sous  tous  ses  aspects,  son  institution,  ses  marques  ou  ses 
caractères-,  sa  constitution,  ses  rapports  avec  le  monde,  ses  ennemis; 
c'est  un  résumé  bien  suffisant  pour  convaincre  tout  esprit  sincère 
de  la  divinité  de  l'Église  et  pour  faire  connaître  l'action,  les  bienfaits 
et  les  triomphes  de  cette  institution.  Dans  la  partie  liturgique  se  trou- 
vent réunies  tovites  les  indications  qui  peuvent  intéresser  la  piété  des 
fidèles  et  leur  permettre  de  suivre  avec  profit  les  diverses  cérémonies 
du  culte.  Faut-il  s'étonner  que  ce  livre  soit  recommandé  par  un  si 
grand  nombre  d'évêques? 

—  L'exposition  de  la  doctrine  ne  saurait  que  gagner  beaucoup  à 
se  mettre  mieux  encore  à  la  portée  du  plus  grand  nombre  en  appuyant 
son  enseignement  sur  des  faits  :  la  morale  en  action  confirmerait  la 
morale  en  théorie.  Ment  alors  s'offrir  très  opportunément  le  Diction- 
naire d'exemples  à  l'usage  des  prédicateurs  et  des  catélhistes.  C'est  un 
important  ouvrage,  formé  de  plusieurs  volumes,  dont  le  1^>"  sort  des 
presses  de  la  maison  Casterman;  il  ne  date  pas  d'hier;  il  a  fait  ses 
preuves  et  ce  sont  les  services  déjà  rendus  qui  ont  engage  M.  l'abbé 
Debreyne  à  le  traduire  de  l'allemand  pour  permettre  au  clerg;é  fran- 
çais d'en  tirer  avantage.  L'auteur,  le  R.  P.  Schérer,  et  le  nouvel  édi- 
teur, le  R.  P.  Lampert,  de  l'ordre  de  Saint-Benoît,  ont,  par  cet  ou- 
vrage, accompli  une  œuvre  véritable  de  bénédictin;  œuvre  d'érudi- 
tion, de  discernement,  de  patience,  de  méthode;  ils  ont  puisé  dans  la 
sainte  Écriture,  dans  la  Vie  des  saints,  dans  l'histoire  de  l'Église, 
dans  toutes  les  autres  sources  autorisées.  Et,  si  les  exemples  et  les 
faits  rapportés  sont  nombreux,  ils  ne  sont  pas  éparpillés  au  hasard; 
ils  sont  coordonnés  et  rangés  sous  près  de  cinq  cents  titres  différents, 
accompagnés  de  divisions  logiques,  de  sorte  qu'il  est  toujours  facile 
de  trouver  sur  un  sujet  quelconque  les  exemples  qui  conviennent  le 
mieux.  Plus  que  cela.  N'importe  quel  article  du  Dictionnaire  d'exem- 
ples fournirait  facilement  la  matière  et  le  plan  d'une  ou  de  plusieurs 
instructions  excellentes.  Sans  doute  l'auteur  et  l'éditeur  ne  préten- 
dent pas  avoir  rigoureusement  établi  l'authenticité  de  tous  les  faits 
qu'ils  rapportent,  mais  ils  ont  le  droit  de  demander  d'abord  pleine 
confiance  pour  les  exemples  tirés  des  Livres  saints  et  ensuite  pour  les 
autres  le  crédit  que  méritent  les  auteurs  auxquels  ils  sont  empruntés. 


—  100  — 

—  Le  livre  de  M.  labbé  Joseph  Terrisse  est  un  traitn  sur  le  Purga- 
toire; il  établit  par  des  preuves  théologiques  le  pouvoir  que  nous  avons 
de  soulager  les  âmes  captives  dans  cette  prison  de  feu;  il  expose  les 
motifs  qui  doivent  nous  engager  à  secourir  ces  âmes  malheureuses; 
il  énumère  les  moyens  que  l'Église  met  à  notre  disposition  pour  prati- 
quer cette  charité.  C'est  le  culte  des  morts  que  l'auteur  s'est  proposé 
de  développer;  cette  pensée  lui  est  venue  «  d'une  visite  au  cime- 
tière »;  il  vit  beaucoup  de  monde,  le  2  novembre,  parcourant  les  tom- 
bes, encombrant  même  les  allées;  il  y  avait  très  peu  de  personnes  à 
genoux  et  priant.  Son  cœur  de  prêtre  en  fut  vivement  attristé  et  il 
résolut  de  se  faire  l'apôtre  du  culte  des  morts.  Il  a  tenu  parole  et 
Dieu  a  béni  son  apostolat.  Mgr  l'évêque  de  Saint-Flour  se  plaît  à  lui 
rendre  ce  témoignage  que  «  son  livre  contribuera  à  développer  cette 
dévotion  et  ce  culte  dans  l'âme  de  ceux  qui  le  liront.  « 

Morale. —  5  à  9.—  Le  Chemin  de  la  vérité^  par  M.  le  comte  de  Cham- 
pagny,  est  plus  et  mieux  encore  qu'un  bon  et  beau  livre,  c'est  une 
bonne  et  belle  action.  C'est  ainsi  que  l'a  jugé  un  maître  dans  l'art 
d'écrire,  qui  fut  aussi  un  grand  évêque,  Mgr  Dupanloup.  Louant  «  ce 
bon  et  beau  travail  », l'évêque  d'Orléans  écrivait  à  Téminent  auteur, 
membre  de  l'Académie  française  :  «  C'est  ici  plus  qu'une  œuvre  litté- 
raire, c'est  une  œuvre  de  zèle,  et  de  premier  ordre,  puisque  le  but 
que  vous  vous'  y  êtes  proposé,  et  qui  sera  atteint,  c'est  d'aider  au 
retour  vers  la  foi  les  âmes  qui  ont  le  malheur  d'en  être  'éloignées.  » 
L'homme  s' interrogeant  sur  les  besoins  de  son  âme  reconnaît  qu'il  ne 
pouvait  recevoir  satisfaction  que  d'une  puissance  supérieure, qui  est 
Dieu  même.  Et  Dieu,  en  effet, y  a  pourvu  par  la  révélation  de  certaines 
vérités  si  évidentes  que,  si"  elles  étaient  méconnues,  c'en  serait  fait  de 
l'âme  humaine  et  du  genre  humain.  Les  vérités.  Dieu  les  a  confiées 
à  une  société  qu'il  a  formée  et  à  laquelle  il  a  donné  tous  les  caractères 
destinés  à  la  faire  reconnaître  comme  son  œuvre,  c'est  la  religion  chré- 
tienne, et,  parmi  les  sociétés  qui  prétendent  être  cette  religion,  c'est 
l'Église  catholique.  Les  objections  se  présentent  ici,  scientifiques, 
historiques  et  philosophiques;  elles  sont  résolues  victorieusement. 
En  forme  d'appendice,  le  livre  se  ferme  sur  quelques  notices  faisant 
connaître  d'abord  «  la  folie  de  certains  chefs  de  secte  »;  ensuite  la 
sagesse  de  quelques  savants  théistes  ou  chrétiens;  enfin  les  théories 
de  certains  écrivains  antichrétiens. 

—  Pour  son  livre  :  La  Force  morale,  M.  G.  Legrand  s'inspire  de  la 
doctrine  thomiste.  L'Ange  de  l'école  est  son  maître;  il  le  suit. dans  ses 
ouvrages;  mieux  encore,  il  le  retrouve  et  le  reconnaît  dans  maints 
livres  où  beaucoup  de  lecteurs,  moins  bien  imprégnés  du  caractère 
de  son  génie,  ne  le  soupçonnent  peut-être  même  pas.  S,  E.  le  cardinal 
Mercier,   dans  sa  Lettre- Préface,  félicite  l'auteur  de  son  étude  sur 


—  101  — 

«  la  fortitiido  de  l'École  qui  aidera  à  dissiper  la  prévention  de  ceux  qui 
s'imaginaient  encore  que  les  doctrines  scolastiques  appartiennent 
exclusivement  au  passé.  »  Il  lui  souhaite  des  lecteurs  nombreux  et  il 
demandera  à  l'Esprit-Saint  que,  «  par  son  don  de  force, il  supplée  à  la 
faiblesse  native  de  leur  bonne  volonté.  »  Le  traité  comprend  quatre 
chapitres  :  1°  Notion  de  la  vertu  de  force;  sa  place  parmi  les  vertus; 
ses  modalités  essentielles;  sa  forme  parfaite;  2°  vertus  accessoires  de 
la  force;  magnanimité  et  la  magnificence;  3°  la  patience  et  la  persé- 
vérance; 4°  le  don  de  force. 

—  On  dirait  des  pages  écrites  au  jour  le  jour,  celles  que  nous 
doime  à  lire  M.  le  chanoine  Meyer  dans  son  livre  :  Le  Problème 
religieux  et  moral\  ces  sujets  sont  inspirés  par  les  événements  ou  les 
circonstances,  comme  le  sont  les  sujets  pour  articles  de  jour- 
naux; il  y  a  le  charme  et  aussi  l'utilité  de  l'à-propos;  ils  ne  révèlent 
pas  au  premier  abord  leur  secret,  mais  ils  excitent  la  curiosité;  le 
lecteur  s'y  laisse  prendre;  il  les  lit  et  il  ne  tarde  pas  à  reconnaître 
qu'il  a  bien  fait.  En  voici  quelques- mis  :  du  train  express  sur  la  va- 
peur; Ange  protecteur  ou  exterminateur;  ce  qui  demeure;  parole  de 
grand  poète;  une  seule  question;  unis  ou  séparés,  etc.  Et  ici,  comme 
là,  dans  ces  lectures  qui  semblent  si  disjointes  et  si  éparpillées,  il  y  a 
une  vivante  unité  de  pensée,  de  vue,  d'enseignement.  M.  le  chanoine 
Meyer  n'oublie  jamais  son  but  et  ne  néglige  rien  pour  l'atteindre: 
dans  le  flot  toujours  montant  des  objections  nouvelles,  aider  le  jeune 
homme  à  marcher  droit,  malgré  l'encombrement  de  la  route  et  l'iné- 
vitable poussée,  en  lui  montrant  des  jalons  bien  visibles  plantés  de 
distance  en  distance.  Remercions  M.  l'abbé  Douadicq  de  l'adapta- 
tion qu'il  a  faite  de  ce  livre  écrit  en  allemand;  nous  le  recomman- 
dons volontiers  à  tous  nos  étudiants. 

—  Six  conférences  composent  le  livre  de  M.  l'abbé  Debize  :  L'Édu- 
eation  de  la  charité.  L'auteur  tient  à  nous  prévenir  qu'il  n'a  pas  voulu 
faire  un  traité  sur  cette  vertu;  il  a  simplement  réuni  les  conférences 
qu'il  a  données  en  faveur  d'oeuvres  particulières  et  qui,  naturelle- 
ment, devaient  se  borner  à  donner  quelques  conseils  adaptés  spéciale- 
ment à  ces  œuvres.  Alors  ce  serait  presque  mieux  qu'un  traité,  ce 
serait  la  praticpe  de  la  charité.  Lisez  plutôt  :  1°  Éducation  person- 
nelle (éducation  charitable);  2°  Le  pauvre:  3°  Nos  pauvres;  4°  Le 
pauvre  dans  sa  famille;  5°  Le  pauvre  et  la  société;  6°  Jésus  dans  le 
pauvre.  Ces  titres,  n'indiquent- ils  pas  assez  manifestement  l'ensei- 
gnement de  M.  l'abbé  Debize, aussi  bien  que  l'utilité  et  l'opportunité 
de  ses  conseils?  Jésus-Christ  nous  a  annoncé  qu'il  y  aurait  toujours 
des  pauvres  parmi  nous.  Mais  il  nous  a  enseigné  comment  nous  de- 
vions considérer,  aimer  et  servir  les  pauvres;  c'est  surtout  la  6^  con- 
férence que  le  lecteur  doit  bien  méditer;  la  question  sociale  serait 


—   i02  — 

bientôt  résolue  si  cette  doctrine  était  bien  comprise,  surtout  bien  mise 
en   pratique. 

—  11  y  a  du  bon,  même  du  très  bon,  dans  le  «  Notre  Père  »  de  l'heure 
présente,  par  J.  Santo.  C'est  le  cri  de  l'âme  vers  le  Ciel  d'où  viendra  le 
secours,  c'est-à-dire  la  consolation  et  la  fin  de  l'épreuve.  Il  ne  faudrait 
pas  chercher  ici  la  forme  didactique  :  ce  sont  des  élans,  des  aspira- 
tions, comme  des  jets  de  flamme.  «Ce  livre  ravit  et  transporte,  écrit 
M.  Ducrocq  à  l'auteur,  c'est  une  prière,  dans  la  véritable  acception 
du  mot.  La  prière  se  définit  :  une  élévation  de  l'âme  vers  Dieu.  Votre 
livre  donne  des  ailes  à  l'âme;  il  la  fait  s'envoler  bien  au-dessus  des 
ténèbres,  des  boues,  des  tristesses  de  cette  terre.  »  Ces  pages  seront 
très  utiles  aux  âmes  fortement  éprouvées  et  qui  ont  peine  à  se  rési- 
gner, car  celui  qui  les  a  écrites  «  a  enduré  les  souffrances  humaines 
dans  ce  qu'elles  ont  de  plus  rude,  de  plus  tenaillant.»  Nous  regrettons 
seulement  que  l'approbation  d'un  évêque  ne  soit  pas  venu  consacrer 
de  son  autorité  le  jugement  si  flatteur  de  M.  l'abbé  Ducrocq- 

JÉsus. —  Marie. — •  10  et  11.  — Le  Prophète  de  Galilée,  par  M.  l'abbé 
Dard,  en  est  à  ses  troisième  et  quatrième  tomes  que  nous  présentons 
aujourd'hui  à  nos  lecteurs.  L'auteur  est  fidèle  à  sa  méthode  :  pour- 
4juoi  en  changerait-il?  Il  rapporte  maintenant  les  faits  et  les  paroles 
du  divin  Maître  :  pour  le  1^^  volume,  depuis  la  journée  de  Cana  jus- 
qu'à celle  de  Naïm.  Là  sont  compris  le  miracle  de  la  guérison  du  fils 
du  centurion,  la  pêche  miraculeuse,  la  première  mission  en  Galilée,' 
la  guérison  de  l'infirme  à  la  piscine  probatique,  les  témoignages  mes- 
sianiques sur  la  divinité  du  Christ,  le  sabbatisme,  le  sermon  sur  la 
montagne.  «  C'est  ici,  disons-nous  avec  l'auteur,  que  Jésus  commence 
vraiment  à  agir  et  à  enseigner..  C'est  là  que  l'action  sert  de  cadre 
merveilleux  à  la  doctrine...  Et  les  foules  comprennent  :  Un  grand  pro- 
phète, disent-elles,  a  surgi  parmi  nous.  »  Et  M.  l'abbé  Dard  d'ajouter 
avec  l'accent  de  l'apôtre  qui  veut  toucher  les  âmes  :  «  Oui,  sur  le  bord 
du  lac  de  Tibériade  a  surgi  un  grand  prophète  :  le  prophète  de  Gali- 
lée, celui  que  nous  présentons  aujourd'hui  à  la  piété  de  ceux  qui  enten- 
dent sa  voix  et  le  suivent,  à  l'attention  de  ceux  auxquels  il  manque 
plus  qu'ils  ne  croient.  »  Le  sec"dlid  volume  comprend  les  messages  de 
Jean-Baptiste,  la  pécheresse  de  Magdala,  les  imprécations,  les  para- 
boles sur  le  royaume  et  leur  explication,  les  miracles  de  Pérée,  de 
Capharnaiim,  Jean-Baptiste  et  Hérode,  Bethsaïde,  le  pain  vivant  de 
l'Eucharistie  et  jusqu'à  la  Passion.  Ces  lectures  évangéliques  feront 
l'objet  de  nos  pieuses  méditations  pendant  tout  le  temps  qui  sépare 
la  Pentecôte  du  temps  de  l'Avent  :  il  y  a  là  bien  des  leçons  dont  nous 
devrons  tirer  les  plus  précieux  avantages  pour  notre  sanctification. 

—  M.  l'abbJ  de  Cazalès  nous  donne  une  Vie  de  la  Sainte  Vierge, 
d'après  les  révélations  d'Anne-Catherine  Emmerich,  qui  en  est  à  la 


—  103  — 

onzième  édition.  Il  nous  avertit  d'abord  du  caractère  de  ces  révéla- 
tions «  qui  n'ont  aucune  prétention  à  un  caractère  de  vérité  histo- 
rique »  et  auxquelles  «  la  sœur  Emmerich  elle-même  n'a  jamais  donné 
qu'une  valeur  purement  humaine.  »  Il  en  est  de  ces  révélations  comme 
de  celles  qui  ont  été  publiées,  attribuées  à  sainte  Gertrude,  à  sainte 
Françoise,  à  sainte  Brigitte  :  elles  sont  simplement  considérées'"  comme 
pouvant  servir  à  édifier  les  lecteurs  chrétiens  et  à  raviver  leur  piété; 
on  ne  leur  donne  ordinairement,  dit  Benoît  XIV,  qu'une  approbation 
permisdve,  mais  non  positive,  parce  qu'une  approbation  permissive  ou 
négative,  constatant  qu'elles  ne  contiennent  rien  de  contraire  à  la 
foi  ou  à  la  morale  catholique,  est  suffisante.  »  L'auteur  ne  s'est  ainsi 
proposé  que  de  procurer  aux  âmes  pieuses  une  lecture  intéressante  et 
édifiante.  Et  c'est  bien  1  effet  que  parait  produire  le  livre  de  M.  l'abbé 
de  Cazalès,  avec  les  récits  à  la  fois  si  simples  et  si  animés  de  la  reli- 
gieuse de  Dûlmen,  ses  tableaux  si  saisissants,  ses  descriptions  si  pré- 
cises, ses  personnages  si  vivants  et  si  vraisemblables,  avec  le  senti- 
ment de  foi  naïve  et  de  dévotion  affectueuse  qui  respire  dans  toutes 
ses  pages.  Voilà  qui  est  bien  entendu,  et  maintenant  le  lecteur  peut 
sans  aucun  risque  parcourir  les  récits  qui  lui  sont  offerts  :  il  sait  quel 
caractère  il  convient  de  leur  reconnaître. 

Jeunesse  CHFftsTiENNE.  —  12  à  14.  —  La  principale  des  questions 
du  temps  présent  est  bien  celle  de  l'enfance  et  de  la  jeunesse;  elle  est 
la  grande  préoccupation  de  tous  les  esprits  sérieux,  de  l'épiscopat 
surtout.  Mgr  Chollet,  évêque  de  Verdun,  si  connu  et  si  goûté  pour  ses 
excellents  ouvrages,  publie  à  la  librairie  LethieUeux  un  nouveau 
livre  qui  a  précisément  pour  titre  :  Les  Enfants.  «  C'est  un  petit  livre, 
dit  trop  modestement  Mgr  l'évêque  de  Verdun,  un  petit  livre  que 
nous  envoyons  cqmme  un  missionnaire  dans  les  régions  si  malheu- 
reuses troublées  par  la  lutte  scolaire.  »  Et  c[ue  leur  apporte-t-il  à  ces 
régions  qu'il  doit  rassurer?  .Une  étude  sur  les  droits  des  parents,  de 
l'Eglise  et  de  l'État  à  l'égard  des  enfants  et  une  autre  étude  sur  la 
responsabilité  morale  des  enfants;  ensuite  deux  lettres  pastorales, 
relatives  au  décret  Quam  singulari  dans  lesquelles  sont  envisagés  les 
devoirs  des  parents  et  des  enfants  en  face  de  l'Église  et  de  l'école. 
Faut-il  ajouter  que  toutes  les  considérations  sur  ces  points  si  impor- 
tants sont  d'une  précision,  d'une  opportunité  et  d'une  rectitude  qui 
entraînent  la  conviction.  Cette  œuvre  d'évêque  dépasse  les  limites 
trop  étroites  d'un  diocèse;  elle  s'étendra  à  tous  les  diocèses  de  France, 
où  elle  trouvera  le  plus  fidèle  écho  :  les  plus  graves  intérêts  du  présent 
et  de  l'avenir  du  pays  sont  en  jeu. 

£  —  Avant  tout,  évidemment,  il  faut  que  nos  enfants  soient  bien 
instruits  de  la  vraie  doctrine.  L'aumônier  des  servantes  du  T.-S.  Sa- 
crement  à   Paris  veut  y  travailler  par  son  Catecismo  de  la  infancia. 


—  104  — 

Un  catéchisme  en  lajigi:e  espagnole  n'est  pas  pour  nous  effrayer;  il 
sera  bientôt  traduit  et  nos  établissements  pourront  en  tirer  profit. 
C'est  la  préparation  dogmatique  et  morale  à  la  première  communion. 
M.  l'abbé  Malinjoud  accomplit  cette  pieuse  tâche  par  des  instructions 
catéchistiques  qu'il  donne  aux  jeunes  filles  de  son  établissement.  Après 
des  préliminaires  assez  développés,  c'est  la  première  partie  du  livre, 
comprenant  les  vérités  que  nous  devons  croire,  ou  les  articles  du  sym- 
bole. La  2^  partie  est  consacrée  aux  devoirs  que  nous  avons  à  pra- 
tiquer ou  le  Décalogue,les  préceptes  de  1  Église,  et,  par  voie  de  logique 
conséquence,  il  est  question  du  péché  en  général,  des  péchés  capitaux 
et  des  vertus  opposées.  Dans  la  3^  partie,  l'auteur  traite  des  sacre- 
ments et  des  moyens  de  sanctification.  Douze  instructions  morales 
sur  la  prière  pour  les  morts,  sur  la  grandeur  de  notre  âme,  qvielques 
fêtes,  la  dévotion  à  l'Eucharistie  et  à  la  T.  S.  Vierge  remplissent  la 
4^  partie  et  complètent  l'enseignement  religieux  qui  convient  à  l'en- 
fance. Il  faut  bien  que  l'auteur  ait  consciencieusement  rempli  la  tâche 
qu'il  s'était  imposée,  puisque  S.  E.  le  cardinal  Merry  del  Val  et  un 
grand  nombre  d'évêques  français  et  espagnols  lui  ont  écrit  des  let- 
tres si  élogieuses. 

• —  M.  le  doyen  ^'andepitte  donne  à  son  enseignement  catéchistique 
une  forme  plus  élevée.  Ses  Conjérences  à  la  jeunesse  des  écoles  sont . 
divisées  en  trois  séries.  La  1^*^  traite  des  grandes  vérités  du  salut  et  des 
devoirs  d'état;  quatorze  conférences  ontpour  objet  Dieu,  Jésus-Christ, 
le  Saint-Esprit,  l'Église,  les  fins  dernières  ;  quinze  s'occupent  des 
actions  de  la  journée,  de  la  messe,  de  la  communion,  des  œuvres,  de 
la  vocation  :  les  unes  et  les  autres  très  courtes  —  on  n'aurait  pas  le 
temps  d'y  dormir  —  terminées  chacune  par  quelques  réflexions  et 
pratiques  «  modestes  Heurs  a,ux  couleurs  et  aux"  parfums  variés, 
laissées  à  la  disposition  de  chacun,  suivant  ses  attraits  particuliers.  » 
Les  conférences  de  la  2^  série  sont  au  nombre  de  dix-neuf  sur  les  de- 
voirs envers  Dieu  et  envers  le  prochain  :  la  foi,  l'espérance,  la  charité, 
l'instruction  religieuse,  la  fuite  du  péché  et  des  occasions,  l'accepta- 
tion des  souffrances  de  la  vie,  la  prière,  la  piété;  l'amour  du  prochain^ 
le  support  mutuel,  les  parents  et  les  maîtres,  les  amis,  le  prêtre,  les 
âmes  du  Purgatoire.  Les  devoirs  envois  nous-mcmes. —  3®  série  — 
sont  rappelés  dar.s  vingt  et  une  confâences  sous  des  titres  nom- 
breux, entre  autres  les  suivants  :  sanctification  de  l'âme,  emploi  du 
temps,  la  conscience,  les  passions,  les  péchés  de  la  lajigue,  le  scandale, 
les  tentations,  poignée  de  défauts,  poignée  de  vertus,  apostolat,  per- 
éévérance.  Et  M.  le  vicaire  général  de  Cambrai  nous  permet  d'appré- 
cier l'œuvre  de  M.  le  doyen  en  lui  écrivant  la  lettre  qui  lui  apporte 
ses  félicitations  :  «  L'expérience  qu'en  fera  la  jeunesse  de  nos  écoles, 
ajoute-t-il,  prouvera  que  vous  avez  fait  couvre  utile  en  lui  procurant 


—  105  — 

une  ample  matière  à  s'instruire  dans  la  connaissance  de  la  religion 
et  à  se  perfectionner  dans  la  pratique  de  la  vertu.  » 

Spiritualité.  — 15  à  19.  —  Bernard  Olivier,  de  l'ordre  des  Ermites 
de  saint  Augustin  et  évêque,  appartient  au  xiii^  siècle;  il  fut  un  des 
plus  grands  théologiens  mystiques  de  son  temps  et  pajmi  ses  nom- 
breux ouvrages,  tous  estimés  pour  leur  profonde  et  sûre  doctrine,  se 
distingue  celui  que  le  P.  Bénigne  Fernandez,  du  même  ordre,  vient 
d'éditer  :  Excitatoriiim  mentis  ad  Deiim.  On  dirait  un  autre  livre  de 
V Imitation.  La  1^®  partie  nous  invite  à  avoir  la  plus  grande  confiance 
en  la  miséricorde  do  Dieu;  la  2^  nous  rappelle  les  principales  vertus 
du  divin  Maître,  sa  passion  et  sa  mort;  dans  la  troisième  se  trouvent 
cinq  prières  pour  solliciter  de  Dieu  le  pardon  de  nos  péchés  ^.1  toutes 
les  grâces  qui  nous  sont  nécessaires.  L'action  de  grâces  et  la  louange 
divine  forment  la  4®  partie.  Ce  sont  des  méditations,  des  prières,  des 
élévations  qui  éclairent,  fortifient,  encouragent  l'âme  en  l'attachant 
de  plus  en  plus  à  Dieu  qu'elle  veut  aimer  et  servir. 

—  Qui  ne  connaît  la  vie  séraphique  de  saint  François  d'As- 
sise? Et  cependant  on  éprouve  une  vraie  satisfaction  spirituelle  à  la 
voir  reparaître  dans  le  Miroir  de  la  perfection  du  bienheureux  par  le 
Frère  Léon.  M.  Paul  Budry  vient  de  nous  donner  une  version  fran- 
çaise de  cette  œuvre  et  nous  ne  saurions  trop  l'en  remercier.  Sans 
nous  attarder  à  la  savante  «  note  historique  »  sur  cet  ouvrage,  note  qui 
intéresse  surtout  les  érudits,  ouvrons  aussitôt  le  livre  à  la  page  où 
«  commence  le  miroir  de  perfection  de  l'état  de  frère  mineur.  »  Nous 
voilà  en  plein  dans  l'action;  François  d'Assise  nous  saisit  et  nous 
pénètre  par  son  amour  pour  la  règle,  et^  sans  nous  détourner  im  seul 
instant  de  l'objet  de  son  livre,  l'auteur  nous  fait  suivre  son  héros  à 
travers  toute  sa  vie  si  parfaitement  religieuse;  pratique  rigoureuse  et 
aussi  affectueuse  de  la  pauvreté;  sa  charité,  sa  compassion  et  sa  con- 
descendance pour  le  prochain;  sa  perfection  dans  l'obéissance  et 
l'humilité,  son  zèle  pour  la  perfection  de  la  règle,  de  ses  frères  et  de 
l'ordre  tout  entier,  de  son  amour  pour  la  passion  du  Christ,  pour 
l'oraison,  sa  victoire  sur  les  tentations,  son  esprit  de  prophétie,  enfin 
sa  préparation  à  la  mort.  Sans  doute,  le  lecteur  se  rend  bien  compte 
qu'il  ne  peut  prétendre  à  cette  pratique  de  la  perfection,  mais  il  prend 
intérêt  à  admirer  l'œuvre  de  Dieu  dans  ses  saints  et  si,  pour  l'imita- 
tion de  leurs  vertus,  il  ne  peut  les  égaler,  il  sait  que,  comme  les  saints, 
il  peut  compter  sur  la  grâce  pour  s'l lever  du  moins  à  c[uel que.  degré. 

—  Le  R.  P.  Olivaint  disait  avec  raison  :  «  11  faut  moins  de  temps 
que  de  courage  po.ur  faire  un  saint.  »  Ayons  le  courage  d'abord  d'ou- 
vrir le  Journal  de  ses  retraites  annuelles;  parcourons-le  attentivement, 
surtout  avec  l'intention  bien  arrêtée  d'en  profiter,  et  puis,  la  grâce 
aidant,  mettons  bien  en  pratique  les  excellents  conseils  qu'il  nous 


—  106  — 

donne.  Ses  six  retra'tes  de  1860  à  1865  ont  pour  objet  la  vie  terrestre 
de  Jésus-Christ,  l'union  à  Jésus-Christ,  le  Sacré-Cœur  de  Jésus,  l'hu- 
milité, le  courage  et  la  ferveur,  ici  et  là  revenant  sur  les  principaux 
actes  de  la  vie  du  divin  Maître  pour  nous  pénétrer  davantage  du  sou- 
venir do  ses  exemples  et  de  son  enseignement.  C'est  la  même  méthode 
qu'il  suit  dans  ses  autres  retraites  de  1866  à  1870  :  volonté  et  dévoue- 
ment, la  fin  de  l'homme,  la  préparation  à  la  mort,  la  vie  surnaturelle, 
le  règne  du  Saint-Esprit  dans  la  pureté  du  cœur.  C'est  p^r  cette  vie 
de  prière,  de  mortification,  d'humilité,  de  zèle,  que  le  saint  religieux 
sepréparait  à  rendreunbon  témoignage  à  son  Dieu  et  méritait 
la  grâce  du  martyre.  Ne  semble-t-il  pas  nous  dire  avec  Notre- Seigneur: 
«  Hoc  fac  et  vives.  Faites  tout  ce  que  nous  a  enseigné  le  Maître  et  vous 
vivrez»?  Puissent  de  nombreux  lecteurs  goûter  les  méditations  duR.P. 
Olivaint.  Il  semble  que  de  chacune  de  ces  pages,  écrites  pour  ainsi  dire 
avec  le  sang  d'un  saint  confesseur,  s'échappe  un  parfum 
divin  qui  embaume  l'âme  et  q,ui  la  fortifie.  11  faut  du  courage,  oui, 
mais  Dieu  le  donne  à  qui  le  demande,  bien  disposé  à  en  faire  usage. 

• —  Nous  aurons  alors  tout  ce  qui  convient  pour  prendre,  à  la  suite 
de  M.  le  chanoine  Lejeune,  notre  élan  Vers  la  ferveur.  Le  pieux  au- 
teur a  eu  déjà  de  nombreux  disciples  — ■  son  livre  est  à  son  2®  mille  — ; 
il  en  mérite  davantage  et  il  les  aura.  Il  a  dédié  son  œuvre  à  ses  onze 
cents  mères  chrétiennes  de  Charleville,  sa  paroisse;  c'est  à  toutes 
les  mères  chrétiennes  que  devra  peu  à  peu  parvenir  son  appel.  «  La 
ferveur,  au  dire  de  saint  François  de  Sales,  est  l'amour  de  Dieu  par- 
venu à  ce  point  de  perfection  qui  nous  fait  agir  pour  Dieu  soigneuse- 
ment, fréquemment  et  promptement.  »  Mais  Dieu  commande  ^^ar 
ordres  formels  —  tels  les  préceptes  du  Décalogue  —  ou  bien  il  nous 
fait  connaître  sa  volonté,  sans  nous  y  contraindre,  mais  désirant  notre 
assentiment  à  ce  qui  est  simplement  son  bon  plaisir.  Là  est  le  devoir 
de  tout  fidèle;  ici,  c'est  la  générosité  d'un  cœur  aimant  Dieu  par-dessus 
tout,  c'est  la  ferveur.  Voilà  le  but  à  atteindre;  suivons  notre  excellent 
guide  :  le  don  de  soi-même  à  Dieu,  la  pureté  d'intention,  même  dans 
les  moindres  actions,  vie  intérieure,  recueillement,  l'humilité,  la  mor- 
tification, l'apostolat,  tels  sont  les  degrés  par  lesquels  nous  attein- 
drons cette  ferveur  que  nous  cherchons.  11  faut  avouer  qu'il  n'est  pas 
de  voie  plus  sûre,  mais  elle  peut  paraître  un  peu  rude  à  parcourir. 
L'auteur  a  prévu  cette  frayeur  et  en  route  il  renverse  les  obstacles, 
résout  les  objections,  de  telle  sorte  que  le  sentier  ardu  devient  aplani 
et  facile.  Vous  y  réussissez  si  bien  que  vous  voulez  communiquer  à 
autrui  votre  satisfaction  :  à  votre  tour  vous  vous  faites  apôtres  de  la 
ferveur. 

—  Et,  pour  entretenir  en  vous  cette  divine  flamme,  vous  avez  la 
divine  Eucharistie  où  réside  Celui  qui    est   venu    porter  le  feu   sur 


—  107  — 

la  terre  et  qui  n'a  qu'un  désir,  celui  de  le  voir  brûler  dans  toutes  les 
âmes.  Écoutez  donc  les  raisons,  les  méthodes  et  les  expériences  que 
vous  expose  le  R.  P.  Lintelo  dans  sa  brochure  :  La  Communion  fré- 
quente. Ces  quelques  pages  ont  eu  la  bonne  fortune  d'être  louées  par 
S.  E.  le  cardinal  Gennari;  elles  ont  été  présentées  au  Pape  qui  en 
désire  la  plus  large  diffusion. 

Piété. — 'Dévotions.  —  20  à  25.  —  Le  livre  du  P.  Joseph  Thermes 
continue  et  développe  l'œuvre  du  P.  Lintelo  :  son  Manuel  eucharis- 
tique est  bien  de  nature  à  faire  mieux  connaître  et  mieux  pratiquer  le 
sacrement  de  nos  autels.  Voici  d'abord  les  figures  et  les  promesses 
de  l'Eucharistie  dans  les  deux  Testaments.  Aussitôt  après,  l'institu- 
tion elle-même,  au  soir  de  la  dernière  cène,  et  alors  démonstration 
de  la  présence  réelle  de  Notre-Seigneur  sous  les  espèces  du  pain  et  du 
vin.  Les  chapitres  suivants  sont  consacrés  aux  miracles  dans  l'Eucha- 
ristie, à  la  matière,  au  ministère  et  au  sujet  de  ce  sacrement,  aux  fruits 
qu'il  doit  produire  en  nous,  aux  dispositions  pour  communier,  à  la 
préparation,  à  l'action  de  grâces;  en  un  mot,ce  livre  est  un  petit  traité 
complet  pour  la  doctrine  et  la  pratique,  relativement  à  l'Eucharistie; 
il  se  termine  par  des  visites  au  Saint  Sacrement.  Rien  de  plus  efficace 
pour  satisfaire  la  piété. 

—  Le  Fils  appelle  la  Mère  :  ils  sont  inséparables;  la  piété  pour  Jésus 
ne  peut  pas  aller  sans  la  piété  pour  Marie.  Celle-ci  se  développera  de 
plus  en  plus  par  le  livre  où  M.  l'abbé  Saulnier  nous  offre  sous  le  titre  : 
Un  )nois  du  rosaire  chez  soi,  une  série  de  sujets  de  méditations, de  lec- 
tures,de  traits,  de  légendes  et  d'histoires  pourle  mois  d'octobre,  comme 
aussi  pour  le  mois  de  mai.  Ce  livre  peut  être  utile  à  tous  les  fidèles;  il 
sera  surtout  apprécié  des  infirmes  ou  des  malades,  condamnés  à  ne 
pouvoir  aller  à  l'église  et  qui  seront  heureux  d'y  trouver  un  moyen  si 
facile  de  s'associer,  de  loin,  aux  pieux  exercices  de  la  paroisse  en 
l'honneur  de  Marie.  Les  méditations  portent  sur  les  invocations 
accoutumées  des  litanies;  mais  l'auteur  a  mis  aussi  à  profit  le  remar- 
quable ouvrage  du  R.  P.  Esser  sur  le  Saint  Rosaire  qui  est  bien  le 
monument  le  plus  complet  en  l'honneur  de  l'auguste  Mère  de  Dieu. 
Des  notes  préliminaires  renseignent  le  lecteur  sur  les  diverses  formes 
du  saint  rosaire  et  lui  offrent  un  exercice  très  ingénieux  pour  les 
mystères  à  énoncer  à  chaque  dizaine,  avec  quelques  mots  de  médita^ 
tion  ou  une  strophe  d'un  cantique  qui  y  est  adapté.  Les  lectures,  les 
traits,  les  histoires  sont  bien  choisis,  très  intéressants  et  de  la  plus 
sérieuse  édification. 

—  La  piété  trouvera  aussi  un  précieux  aliment  dans  les  Pieuses 
Considérations  et  règles  de  conduite  que  M.  l'abbé  Baudot  nous  ap- 
porte avec  son  nouveau  livre  sur  le  Règne  de  V Evangile  dans  la  cité 
chrétienm.  Hélas  !  m^m?  les  chrétiens  sont  si  loin  de  la  doctrine  et  de 


—  108  — 

Tesprit  de  l'Evangile  !  Ils  ont  grand  besoin  d'y  être  ramenés  afin  que 
Jésus-Christ  vienne  régner  parmi  nous.  Cet  opuscule  est  divisé  en 
deux  parties;  la  1^^  est  foimée  de  quatre  livres  où  l'auteur  traite 
tour  à  tour,  avec  autant  de  brièveté  que  de  précision,  de  tout  ce  qui 
doit  convenir  aux  besoins  spirituels  de  nos  contemporains  :  vie  et 
avenir  de  nos  âmes,  connaissance  et  service  de  Dieu,  immortalité, 
liberté  de  l'homme,  honnêteté  chrétienne,  charité,  bonté,  justice,^ 
douceur,  humilité,  force,  prudence,  piété,  douleur,  mission  et  apos- 
tolat du  prêtre;  dans  la  2^  partie,  l'auteur  rappelle  nos  devoirs  envers^ 
Dieu,  envers  Jésus-Christ,  envers  le  prochain,  envers  soi-même. 
Telles  sont  les  obligations  et  les  règles  de  la  vie  chrétienne;  en  nous 
y  conformant,  nous  contribuerons,  chacun  pour  notre  part,  à  res- 
taurer parmi  nous  le  règne  de  l' Évangile. 

—  Sans  doute,  de  nous-même  et  tout  seul,  nou--  ne  pourrions  pas 
accomplir  ce  grand  œuvre,  mais  le  Petit  Catéchisme  de  la  grâce  nous 
apprend  que  Dieu  est  là  pour  nous  faciliter  cette  tâche  en  nous  prê- 
tant son  secours.  Il  n'est  pas  facile  de  faire  bien  comprendre  à  tous  les 
esprits  la  vraie  notion  théologique  de  la  grâce.  M.  le  chanoine  Van- 
depitte,  que  nous  sommes  heureux  de  retrouver  ici,  a,  ce  nous  semble, 
bien  réussi  à  rendre  cette  notion  assez  intelligible;  il  nous  dit  simple- 
ment et  clairement  ce  qu'est  la  grâce,  ce  qu'elle  fait  en  nous  et  de 
nous;  et  il  nous  indique  les  principaux  moyens  d'entretenir  et  de  dé- 
velopper en  nous  la  grâce  :  les  sacrements,  surtout  la  pénitence  et 
l'Eucharistie,  la  sainte  messe,  la  parole  de  Dieu,  la  prière,  les  bonnes 
oeuvres,  la  méditation  au  pied  du  crucifix,  la  pensée  de  la  présence  de 
Dieu,  le  souvenir  des  fins  dernières. 

—  Le  Guide  de  la  jeunesse,  par  l'abbé  de  Lamennais,  a  fait  ses  preu- 
ves; il  en  est  à  sa  15^  édition.  Et  quel  bien  il  a  produit  dans  les  âmes  ! 
Il  sait  toujours  poursuivre  son  œuvre,  car  les  besoins  des  âmes  sont 
toujours  grands,  même  aujourd'hui  plus  grands  que  jamais.  Com- 
posé par  le  Lamennais  croyant  et  orthodoxe,  cet  ouvrage  est  nourri 
de  la  substance  des  saintes  Écritures,  surtout  de  la  doctrine 
des  Évangiles.  Avec  un  art  admirable,  l'auteur  a  su  fondre,  pour  ainsi 
dire,  son  style  dans  le  texte  sacré,  en  y  mettant  le  meilleur  de  son 
talent  sans  rival  et  de  son  âme  d'apôtre.  Hélas  !  depuis...  Mais  son 
lœuvre  continue  à  opérer  le  même  bien,  à  préserver  cette  jeunesse 
qui  goûte  ses  exhortations  et  suit  ses  conseils.  —  Le  Guide  de  la  jeu- 
nesse est  précédé  fort  à  propos  de  l'ouvrage  du  D^  Jacques  Balniès  : 
La  Religion  démontrée  à  la  jeunesse  et  d'un  abrégé  de  l'histoire  sainte 
par  Bossuet.  Cette  trilogie  se  complète;  trois  grands  esprits  asso- 
ciés à  l'œuvre  la  plus  importante  et  la  plus  chère  à  l'Église. 

—  M.  le  chanoine  Girard  a  une  prédilection  pour  ceux  qui  souffrent; 
il  est  VAmi  des  malades.lh  sont  si  à  plaindre  !  Ils  ont  si  peu  de  consola- 


—  100  — 

lions  !  Toujours  torturés  par  le  mal  et  presque  toujours  seuls  !...  avec 
leur  douleur  !  Ce  petit  livre  nous  apprend  d'abord  quel  est  le  rôle  pro- 
videntiel Je  la  maladie  et  comment  nous  devons  la  sanctifier  par  notre 
résignation  à  la  volonté  de  Dieu,  notre  obéissance  et  notre  patience. 
Il  nous  indique  les  secours  divins  qui  nous  sont  offerts  :  le  prêtre  ,  les 
sacrements,  les  autres  secours  de  la  sainte  Église.  11  termine  par 
un  abrégé  des  vérités  de  la  foi,  certaines  maximes  bonnes  à  méditer, 
quelques  prières  indulgenciées,  surtout  par  les  prières  spéciales  aux 
malades.  «  C'est  bien  le  Manuel  des  malades,  écrit  à  l'auteur  M. 
le  vicaire  général  de  Rennes;  rien  n'y  est  oublié...  Le  succès  ne  saurait 
faire  doute,  la  diffusion  sera  large,  le  bien   produit  immense.  » 

F.  Chapot. 

POÉSIE  —  THÉÂTRE 

I.  PoKsiE.  —  1.  Lr  S'ibla  d'or,  p:\T  Henry  D'krieux.  Lyon,  L'Art  libre,  s.  d.,  petit 
in-8  de  39  p.,  2  fr.  —  2.  Essais  poétiques,  par  L.-A.  Morel.  Paris,  Plon-Nourrit, 
s.  d.,  in- 16  de  9t  p..'  2  fr.  —  3.  Une  Promenade,  par  Auguste  Barbier.  Paris, 
Savante,  s.  d.,  in-16  de  136  p.,  t  fr.  50.  —  4.  Sornettes  et  sonnets,  rimes  païennes. 
par  Jean-  LivelT.  Paris,  Éditions  des  nscholiers,  s.  d.,  in-16  de  136  p.,  2  fr.  —  5. 
Les  Victoires,pciV  Léon  Guillot.  Paris,  Beauchesne,  i9  0,  in-4  de  50  p.,  4  fr.  —  6. 
UA'lieu  à  Vadoloscence,  par  François  Mauriac.  Paris,  Stock,  1911,  in-18  de  216 
p.,  3  fr.  50.  —  7.  Le  Beau  Pays,  par  Pierre  Lestringuez.  Paris,  Fignière,  1911, 
in-12  de  165  p.,  3  fr.  50.  —  8  Chants  et  poèmes  solognots.  En  Blouse  et  en  sabots, 
par  PaulBesnard.  Paris,  Figuière,  191  !,  in-18  de  128  p.,  2  fr.  —  9.  Le  Cantique 
de  la  Seine,  par  André  Mary.  Paris,  Éiuile-Paul,  1911,  in-16  de  212  p.,  3  fr.  50. 
—  10.  La  Chanson  des  mendiants,  par  J.-F.  Louis  Merlet.  Paris,  l'édition  libre 
1911,  petit  in-8  de  121  p.,  3  fr.  50.—  11.  Les  Chanf.  du.cygne.  par  î.  R.-G.  Paris, 
Ijemerre,  1911,  in-18  de  232  p.,  3  fr.  — •  12.  Le  Chant  des  sources,  par  Pierre 
d'Arcancues.  Paris,  Perrin,  1911,  in-16  de  219  p.,  3  fr.  50.  —  13.  Le  Crépuscule 
de  Dioûysos,  par  Paul-Louis  Aubert.  Paris,  Ficker,  1911,  in-12  de  152  p., 
3  fr.  50,  —  14.  Dernières  Veillées.,  par  Arsène  Vermenouze.  Paris,  Jouve,  1911, 
petit-in-8  de  x-204  p.  et  portrait,  3  fr.  50.  —  15.  Edelu'eiss  et  goémons,  par  Jean 
Plémeur.  Paris,  Figuière,  1911,  in-18  de  164  p.,  3  fr.  50.  -^  16.  Les  Foyers 
perdu9,  par  Antoine  Nicol\ï.  Paris,  Éilitioas  du  Beffroi,  1911,  in-16  de  127  n., 
3  fr.  50.  —  1  ;.  Sous  les  h'Hres  de  l'Est,  par  Gabriel  dç  Pimodan.  Paris,  Messein, 
1911,  petit  in-8  de  358  p.,  3  fr.  50.  — -18.  L'Horizon,  par  Claude  Couturier. 
Paris,  Lemerre,  1911,  in-18  de  143  p;,  3  fr.  —  19.  La  Légende  du' Mont  Saint- 
Michel,  par  Louis  Foisil.  Paris,  Jouve,  1911,  petit-in-8  de  132  p.,  3  fr.  50.  — 
20.  En  Marche  vers  les  ct'n?f,  par  É  ïlf  Pignot.  Paris,  Bloud,  1911,  in-16  de  118 
p.,  3  fr,  —  21.  Le  Miroir  enchante,  par  Robert  Lestrange.  Paris,  Figui're, 
1911,  in-12  de  240  p.,  3  fr.  50.  —  22.  L'Ombre  du  templ-,  par  R.  de  HANciîf.-^SAU- 
MANE.  Paris.  Falque,  1911,  in-16  carré  de  117  p.,  3  fr.  50.  —  23.  Le  Paradis 
retrouvé,  p"'..'  Joachim  Gasquet.  Paris,  Grasset,  1911,  in-16  de  238  p.,  3  fr.  50.  — 
24.  Pour  retrouver  l'enfant,  par  Gustave  Zidler.  Paris,  Jouve,  191!,  petit  in-8 
de  133  p.,  3  fr.  50.  —  25.  Les  Rêves  exaltés,  par  Lucien  Boudet.  Paris,  Éditions 
du  Beffroi,  1911,  in-16  de  103  p  ,  3  fr.  50.  —  26.  Tout  mon  camr  par  tous  les 
chemin'!,  par  Paul  Sentenac.  Paris'  Grasset,  1911,  in-16  de  190  p.,  3  fr.  50.  —  27. 
La  Veillée  so/iVa/re,  par  Jean-Paul  Tort.  Pftris,  Figuière,  1911,  in-18  de  191  p., 
3  fr.  50.  —  28.  La  Vie  qui  s'oui>re,  par  Jacques  Boyer.  Paris,  Figuicre,  1911, 
in-12  de  110  p.,  3  fr.  50.  — 29.  Les  Visions  du  chemin,  p'^X  Ht^^k^  Rovger.  Pari-;, 
Lemjrre,  1911,  in-18  de  Î62  p.,  3  fr.  —  30.  Les  Autels  et  les  tomh  s,  par  Léon 
Lahovary.  Paris,  Jouve,  1912,  in-18  de  ix-183  p.,  3  fr.  —  31.  Passages  de  l'ûme, 
par  Frédéric  Saisset.  Paris,  Jouve,  1912,  in-16  de- 121  p.,  3  fr. 


-  110  — 

Poésie  ricviMNE.  —  32.  Dans  le  Jardin  de  notre  amour,  par  Alice  Clerc.  Paris, 
Falqiie,  191K  in-12  de  157  p.,  3  fr.  50.  —  33.  Les  Souvenez-vous,  par  Claire 
ViRENQUE.  Paris,  Falque,  1911,  in-16  de  154  p  ,  3  fr.  50.  —  34.  Les  Voix  de  la 
montaf;ne,  par  A.  de  Bary.  Paris,  Stock,  1911,  in-18  de  256  p.,  3  ir.  50. 

Anthologies.  Recueils.  —  35.  Aniologia  provenzale,  par  E.  Portal.  Milan,  Hoepli, 
191 1,  petit,  in-16  relit^,  de  viii-674  p.,  4  fr.  50.  —  36.  Œuvres  inconnues  de  Racine. 
Poèmes  sacrés,  découverts  à  la  Bililiothèque  impériale  de  Saint-P6ters])ourg,  par 
l'abbé  Joseph  Boînnet.  Auch,  bureaux  de  l'archevêché,  1911,  gv.  in-8  de  xvi- 
316  p.,  avec  planches  et  fac-similé,  10  fr. 

Poèmes  en  prose.  —  37.  La  Chanson:  du  poète  errant,  par  Gabriel  Sarrazin.  Paris, 
Perrin,  1911,  in-16  de  xii-261  p.,  3  fr.  50.  —  38.  Ballades  françaises.  Un  de  France, 
par  Paul  Fort.  Paris,  Figuière,  1911.  in-18  de  210  p.,  3  fr.  50.  —  39.  Ballades 
françaises.  L'Aventure  éternelle  (livre  I'''),  par  Paul  Fort.  Paris,  Figi-ière,  1911, 
in-18  de  147  p.,  3  fr.  50. 

Critique.  —  40.  Étude  sur  les  Ballades  françaises  de  Paul  Fort,  par  Louis  Mandin. 
Paris,  Figuière,  1911,  gr.  ip.-8  de  67  p.,  1  fr.  —  41.  Nouvel  Essai  sur  V intensisme 
en  poésie,  par  Charles  de  Saint-C.yb.  Paris,  Marcel  Rivière,  s.  d.,  in-18.de  73  p., 
3  fr.  —  42.  Mélanges  de  linguistique  provençale,  par  F.-N.  NicoLLET.Aix-en-Pro- 
s'ence,  Tmp.  ouvrière,  1910,  g?.  in-S  de  73  p. 

II.  Théâtre.  —  1.  U An  Mille,  drame  en  cinq  actes  en  vers,  par  Victor  Kinon. 
Paris,  Librairie  générale  des  sciences,  arts  et  lettres;  Bruxelles,  Yv^  Larcier, 
1911,  in-16  de  221  p.,  3  fr.  50.  —  2.  Le  Théâtre  chrétien.  Au  Clocher,  par  Paul 
Janot.  Paris,  Bloud,  1911,  in-16  de  xii-271  p.,  3  fr.  50.  — Z.  Études  dramatiques, i>a.r 
Adolphe  Môny.  T.  V.  Babel.  Paris,  Plon-Nourrit,  1911,  in-16  de  141  p.,  3  fr.  50. 

—  4.  Les  Erreurs  sociales.  La  Peine  de  vivre.  Châtiment,  drames  modernes,  par 
Emile  Pierret.  Paris,  Lemerre,  1911,  in-8  de  iv-247  p.,  3  fr.  50.  —  5.  L'Otage, 
drame,  par  Paul  Claudel.  Paris,  Marcel  Rivière,  1911,  in-18  de  205  p.,  3  fr.  50. 

—  6.  Pendant  la  croisade,  conte  en  un  acte  en  vers,  par  Martin-Valdour  et  Char- 
les Gallo.  Paris,  H.  Paulin,  1912,  in-12  de  64  p.,  2  fr.  50.  —  7.  Poèmes  de  France 
et  d'Algérie,  pa''  Maurice  Olivaint.  Paris,  Lemerre,  1911,  in-18  de -242  p.,  3  fr. 

—  8.  Le  Béveil,  comédie  dramatique  en  trois  actes  et  en  vers,  par  Henri  Guer- 
LiN.   Paris,   Jouve,   1911,  in-18  de   149   p.,   2  fr. 

La  marce  poétique  continuant  à  enfler  ck' mesure  ment,  nous  avens 
tâché  d'apporter  dans  notre  examen  un  essai  de  classement  indispen- 
sable, suivant  la  logique,  le  temps...  ou  l'alphabet. 

1.  Poésie.  —  1.  —  Le  Sable  d'or  est  un  mince  cahier  où  M.  Henry 
Dérieux  a  voulu  apporter  «  un  hommage,  un  simple  hommage  aux 
maîtres  dont  la  parole  un  temps  l'éblouit,  au  point  qu'il  put  se  mé- 
prendre entièrement  sur  la  nature  de  son  tempérament  vrai.  »  Ces 
maîtres  sont  Henri  de  Régnier,  Vielé-Griffin,  Mallarmé,  Charles 
Guérin.  Lorsque  M.  Dérieux  aura  retrouvé  «  son  tempérament  vrai,  » 
nous  reviendrons  à  lui  avec  plaisir. 

2.  —  M.  L.-A.  Morel,  lui  aussi,  publie  des  Essais  poétiques.  A  quoi 
bon  publier  des  essais? 

3.  —  L'Auguste  Barbier  qui  a  écrit  les  fables  d'Une  Promenade 
n'a  rien  de  commun  avec  le  fougueux  auteur  des  ïambes.  Jadis  atta- 
ché au  pèlerinage  de  N.-D.  de  Lies?e,  il  a  été,  comme  religieux,  exilé 
de  France,  et  il  console  ses  quatre-vingts  ans  en  offrant  aux  enfants 
des  apologues  souvent  imités  du  P.  Desbillons,  le  jésuite  fabuliste 
latin  du  xyiii^  siècle.  On  le  voit,  nous  sommes  loin  do  la  Curée  ou  de 
l'Idole. 


—  111  — 

4.  —  Les  Sorneiies  et  sonnets  de  M.  Jean  Lively  sont  simplement 
des  polissonneries,  dont  bien  pou  sent  spirituelles. M.  Octave  Pradels, 
dans  une  Préface  en  vers...  libres,  naturellement,  déclare  que  ces 
poésies  n'ont  jamais  rêvé  de  faire  la  conquête 

D'un  lotus  d'ijr  aux  Jeux-Floraux. 

Elles  ont  bien  fait. 

5. —  Avec  les  Victoires, de  M.  Léon  Gui]lct,nous  rencontrons  enfin 
un  livre.  Il  est  écrit  en  un  beau  style  classique,  • —  un  peu  trop  conti- 
nûment lyrique  et  hautain  à  la  façoii  de  Moréas.  Heureusement,  vers 
la  fin,  le  poète  s'humanise  un  peu  plus;  il  descend  de  son  trépied  sy- 
billin  pour  décrire  d'agréables  et  touchants  paysages  de  France  : 

Les  bois  sont  embaumés  par  une  odeur  de  miel. 
Entre  les  troncs  moussus,  comme  des  pans  de  ciel, 
D"iiïimobiles  étangs  rêvent,  mélancoliques, 

Et,  par  delà  les  flots  rutilants  de  blé  mûr, 
Par  delà  les  maïs  aux  feuilles  métallioues, 
Le  Jura  violet  bar.'e  le  clair  azur. 

6. — M.  François  Mauriac,  lui,n'a  rien  de  cette  gravité  hautaine.  Très 
jeune  encore,  il  a  été  mis  aux  premiers  rangs  par  les  Mains  jointes, 
dont  Maurice  Barrés  salua  si  noblement  la  sincérité,  l'émotion,  le  fré 
missement  contenu.  Nous  retrouvons  ces  mêmes  qualités,  très  pre- 
nantes, dans  l'Adieu  à  l'adolescence.  M.  Mauriac,  qui  aime  à  la  fois,  et 
on  ne  saurait  l'en  blâmer, 

Lts  vers  de  Jean  Racine  et  ceux  de  Baudelaire, 

sait  à  merveille  se  replier  sur  lui-même,  et,  comme  Charles  Guérin, 
il  nous  donne  une  sorte  de  «  journal  poétique  »  du  crépuscule  de  S(  n 
adolescence  et  de  l'aube  de  sa  jeunesse.  Malgré  la  fatigue  qu'engendre 
en  général  la  poésie  subjective,  ce  journal  est  très  attachant,  car  au- 
tant les  banales  expériences  amoureuses  fournissent  des  thèmes  qui 
écœurent,  autant  l'éveil  progressif  d'une  jeune  âme  à  la  vie  est  un  su- 
jet délicat  et  charmant.  M.  Mauriac  l'a  traité  de  la  façon  abandonnée 
qui  est  la  sienne,  avec  quelques  souvenirs  de  Francis  Jammes;  il  n'a 
pas  la  dextérité  minutieuse  et  un  peu  affectée  de  M.  Edmond  Gojon 
dans  ce  beau  livre  qui  s'intitule  :  Le  Visage  penché  et  où  revivent 
aussi  des  scènes  d'enfance.  Il  écrit  un  peu  vite,  comme  son  cœur  bat. 
Il  ne  s'inquiète  pas  de  savoir  si  «  passionné  »  compte  trois  ou  quatre 
syllabes;  pour  le  plaisir  de  faire  un  vers  bien  balancé,  il  nous  dira 
que  les  jansénistes  ont  goûté 

L'austère     volupté     des     belles     hérésies, 
ce  qui  transformerait  ces  vieux  fanatiques,  hypnotisés  par  l'enfer, 


—  112  — 

en  dilettantes,  précurseurs  de  son  ami  Baudelaire...  Mais  le  mérite 
de  M.  Mauriac  est  ailleurs  :  il  est  dans  sa  jeunesse  extrêmement  sen- 
sible, prompte  à  s'analyser,  dans  la  culture  des  «  états  d'âme  »  aux- 
quels il  a  le  loisir  et  le  goût  de  se  livrer,  —  et  dans  tout  ce  qu'il 
révèle  d'impressions  gâchées  ou  ensevelies  à  ceux-là  qui  ont  juste  le 
temps  de  vivre. 

7.  —  Avec  M.  pierre  Lestringuez,  nous  demeurons  encore  sous 
l'influence  dominatrice  de  Baudelaire  (nous  retrouvons  dans  le  Beau 
Pays  certaines  de  ses  expressions);  mais,  de  plus,  Verlaine  est  passé 
par  là,  apportant  ses  impropriétés  de  termes,  ses  bavures,  ses  ryth- 
mes déconcertants  et  surtout  son  inspiration  sans  élan  et  sans  éner- 
gie. M.  Lestringuez  dédie  certains  de  ces  vers,qui  racontent  en  général 
de  bien  pauvres  histoires,  à  Maurice  Magre  et  à  Edmond  Gojon; 
mais  il  est  loin  d'avoir  le  souffle  lyrique  du  premier  et  l'écriture  artiste 
du  second. 

8.  —  On  éprouve  une  grande  déception  à  lire  les  Chants  et  poèmes 
solognots  de  M.  Paul  Besnard;  dès  l'abord,  on  est  séduit  par  le  bon 
accent  de  terroir  de  ce  livre,  par  sa  verve  paysanne  et  son  allure  de 
santé...  Puis,  tout  à  coup,  on  tombe  sur  des  grivoiseries,  des  saletés, 
des  niaiseries  anticléricales  :  par  exemple,  dans  Tu  t'en  trouvras  ben, 
l'auteur  cherche  à  établir  que  le  meilleur  moyen  d'  «  arriver  «  aujour- 
d'hui, en  France,  c'est  d'avoir  été  élevé  dans  une  école  catholique  et 
d'être  patronné  par  les  royalistes  !  Quant  à  Rêve  de  Curé  et  à  Jeanne 
d'Arc,  ce  sont  de  pures  ignominies,  de  la  littérature  pour  Homais. 
Ce  n'est  pas  avec  cela  que  l'on  rénovera  nos  patois  provinciaux. 

9.  —  Nous  arrivons  vite,  pour  nous  cojisoler  un  peu,  au  Cantique  de 
la  Seine,  où  M.  André  Mary  s'est  affirmé  un  de  nos  meilleurs  poètes  : 

...  Je  veux  honorer  le  ))eau  fleuve  gaulois 

La   douce  et  claire  Seine 
Qui,  seule,  s:nt  parler  à  mon  cœur  d'une  voix 

Divinement  humaine, 

Que  ce  soit  au  printemps,  aux  portes  de  Paris, 

Où  la  Marne  tirdive 
Te  rejoint  au  milieu  des  cent  vergers  fleuris 

Qui  parfument  ta  rive, 

Que  ce  soit  sur  ces  quais  vénérés,  Ou  je  peux, 

Quand  le  soir  me  délivre, 
F'àner  loin  des  tracas,  près  des  palyis  pompeux, 

Le  front  sur  quelque  li  re, 

Ou  monter  sur  le  poat  de  tas  Ijgers  bateiux, 

Quand  l'air  se  rassérène 
Et  qu'il  fait  bon,  de  loin,  contempler  les  coteaux 
De  Sèvre  et  de  Suresne... 

Autour  de  ces  clairs  paysages  séquanais,  tracés  avec  tant  d'exacte 


—  113  — 

mesure,  le  jeune  poète  a  su  évoquer,  peut-on  dire,  rossence  de  notre 
patrie  et  de  son  génie.  Peu  d'écrivains,  certainement,  l'ont  pénétrée 
autant  que  lui,  et  pour  aimer  la  France,  il  l'a  étudiée  profondément. 
Faut-il  s'étonner  dès  lors  que  Ton  sente  parfois  transparaître  chez  lui 
le  souvenir  de  ses  immenses  lectures,  depuis  les  conteurs  de  notre 
moyen  âge  jusqu'à  Banville,  depuis  Ronsard  jusqu'au  bon  Coppée 
lui-même?  Non;  il  n'y  a  là  en  tout  cas  qu'un  abus  de  richesse,  d'éru- 
dition, de  ressources  littéraires;  ne  nous  plaignons  pas  que  la  mariée 
soit  trop  belle,  et  souhaitons  à  M.  André  Mary  de  continuer  son  œu- 
vre, qui  sera  certainement,  chose  rare  en  ce  temps-ci,  une  œuvre 
vraiment  française. 

10.  —  Du  Cantique  de  la  Seine  à  la  Chanson  des  mendiants,  le  saut 
est  brusque;  dans  ce  livre  curieusement  édité,  avec  portrait^  hors- 
texte  et  croquis  de  M.  Max-Pierre  Jouret,  M.  J.-F. -Louis  Merlet  a' 
repris, en  vers  le  plus  souvent  libres, des  thèmes  bien  usés,  que  M.  Mau- 
rice Magre  a  galvanisés  pour  la  dernière  fois  dans  la  Chanson  des 
hommes.  Quoique  le  fougueux  Emile  Verhaeren  déclare,  dans  la  pré- 
face, que  voici  un  «  poème  ardent,  tumultueux,  enflammé,  brûlant  de 
pitié,  tour  à  tour  violent  et  doux,  clair  et  sombre,  rageur  et  clément  », 
il  nous  est  impossible  de  suivre  M.  Merlet  nous  présentant  un  Christ 
anarchiste  qui  lève  la  torche  «  pour  brûler  et  purifier  dans  les  cités 
les  foyers  d'injustice  et  de  cruauté.  »  Sommes-nous  en  1848  ou  en 
1912?' 

11.  — Très  loin  de  ces  divagations  révolutionnaires,  un  mystérieux* 
I.  R.-G.,  et  à  qui  l'on  doit  déjà  de  nombreux  recueils  de  vers,  publie 
sous  le  titre  :  Les  Chants  du  cygne,  un  volume  de  rondels,  de  dizains, 
de  distiques  et  de  sonnets,  où  une  foule  de  pièces  fugitives  enferment 
des  pensées  délicates.  * 

12.  —  Le  Chant  des  sources,  par  M.  Pierre  d'Arcangues,  rontre  un 
peu  dans  la  même  catégorie  de  livres  de  salon.  On  ne  peut  apporter 
rien  de  bien  neuf  en  littérature,  quand  on  se  contente  de  célébrer  les 
Feuilles  mortes,  le  Vieux  Cimetière,  le  Clair  de  lune,  Noël,  la  Mer, 
l'Avril  et  autres  choses  inattendues.  Et  l'auteur,  cependant,  écrit  en 
pays  basque,  au  milieu  des  plus  fraîches  sources  d'inspiration  !  Il  ne 
s'en  est  guère  souvenu  que  dans  son  titre,  et  par  ci  pa'r  là... 

13.  —  Quand  j'ai  ouvert  le  Crépuscule  de  Dionysos,  de  M.  Paul- 
Louis  Aubert,  j'ai  été  frappé  au  contraire  de  la  personnalité  et  de  la 
vigueur  de  ce  recueil.  La  première  partie,  malgré  son  pessimisme 
romantique,  renferme  des  poèmes  vraiment  admirables,  tels  que  le 
Sphinx.  Malheureusement,  cela  ne  dure  pas.  Dès  les  Sonnets,  la  ma- 
tière se  gâte,  et  les  Flymnes  et  les  stances,  qui  suivent,  semblent  avoir 
été  hâtivement  entassés  pour  donner  au  volume  la  Jongueur  néces- 

FÉVRiER  1912.  T.  CXXVI.  8. 


_  114  —  . 

saire.  M.  AubeiU,   en   un   poème  limii.aire,   exalte  l'Ait,   et  dit  au 

poète  : 

Sois  probe  et  sérieux  quand  tu  le  servira*?, 

Ce  n'"est  qu'aux  patients  qu'il  o:;lr'otivre  ses  bra=. 

Or,  tout  son  livre,  par  les  succès  de  sa  }  umièie  partie  et  les  échecs  de 
la  seconde,  est  une  illustration  de  ce  d'stique. 

14.  —  Ce  n'est  pas  le  défaut  de  patience,  par  contre,  que  l'on  pourra 
reprocher  à  Arsène  ^^ermenouze  ni  à  son  exécuteur  testamentaire. 
Le  regretté  poète  d'Auvergne  attendit  jusqu'après  la  quarantaine 
pour  publier  ses  premiers  vers  et,  dans  sa  courte  carrière,  se  montra 
toujours  le  plus  scrupuleux  et  le  plus  probe  des  écrivains.  Après  sa 
mort,  son  ami,  je  pourrais  dire  son  directeur  de  conscience,  M.  Ga- 
briel Aubray,  au  lieu  de  se  hâter  d'entasser  les  Reliquiae  et  de  nous 
donner  pêle-mêle  tous  les  vieux  papiers  du  défunt,  a  su  faire  un 
triage  courageux,  bien  plus  digne  de  la  mémoire  de  \'ermenouze,  et 
nous  offrir  ainsi,  avec  les  Dernières  Veillées, wn  livre  à  peu  près  par- 
fait. Avec  une  grande  émotion,  je  feuillette  ce  livre,  ouvert  par  l'ef- 
figie anguleuse,  vigoureuse,  caractéristique,  à  la  fois  espagnole  et 
celtique,  de  cet  Auvergnat  qui  ressemblait  un  peu  à  Don  Quichotte, 
et  je  relis  tant  de  ces  poèmes,  dont  j'ai  eu  les  manuscrits  en  mains, 
dont  j'ai  souvent  corrigé  les  épreuves  sur  les  indications  toujours 
insatisfaites  de  ce  pur  artiste  trop  ignoré.  On  parle  de  Francis  Jam- 
nies  et  de  nos  jeunes  poétesses  naturistes;  on  parle  de  François  Fabié 
et  des  écrivains  les  plus  fidèles  à  leur  terroir  :  pourquoi  oublie-t-on 
trop  souvent  Arsène  Vermenouze,  grande  âme  chrétienne,  peintre 
inégalé  de  sa  province,  aussi  bien  en  langue  d'oïl  qu'en  langue  d'oc? 

Les  Dernières  Veillées,  dans  leurs  fragments  mutilés,  sont  encore 

plus  belles  c^'En  plein  Vent  ou  que  Mon  Auvergne;  les  prosaïsmes  du 

début  ont  presque  tous  disparu;  le  vers  est  plus  souple,  plus  affiné  : 

il  a  fréquenté  les  jeunes  maîtres  symbohstes;  le  sentiment  chrétien 

s'y  pare  des  images  plus  riches  que  réclame  notre  poésie.  Par  exemple. 

cette  communion  de  Noël  : 

Et  quand  le  prêtre  prit  l'hostie  en  ses  mains  p'des, 

Ils  s'ai)prc'chèrent  tous,  émus  et  recueillis, 

Et  ce  fut  comme  si  quelque  céleste  lis 

Eût,  d'en  haut,  sur  leur  lèvre  effeuillé  ses  pétales... 

Voyez  encore  cette  page  d'anthologie,  la  Ruche  :  • 

Décortiqué  par  l'homme,  ébranché  par  le  vent, 
Le  tronc  fendu,  ce  chpne-li''ge  vénérable, 
Df  ns  sa  nudité  rouge  et  tragique,  est  semblable 
A  quelque  grand  martyr,  écorché  tout  vivant. 

Mais  de  ses  larges  flancs  aux  béantes  crevasses 

S'exhale,  aromatique,  une  senteur  de  miel, 

Et,  pcintiliant  d'or  clair  l'azur  riant  dv  ciel, 

Un  vol  d'abeillci  sort  du  Titil  arbre  vivace.  '  ' 


^  115  — 

Car  ce  sont  les  s'urirants,  les  saignants,  les  meurtris, 
Ceux  (jue  la  vie  a  déchirés  de  ses  épines, 
Qui  conservent,  dans  leurs  douloureuses  poitrines, 
Le  plus  de  pitié  douce  et  d'amour  attendri. 

Non,  Vermenouze  n'est  pas  seulement  le  plus  grand  poète  de  sa 
province  —  ce  qui  est  déjà  beau  ;  —  l'une  des  gloires  du  félibrige,  car 
s^on  œuvre  en  langue  d'oc  en  fait  un  des  premiers  qui  marchent  dans 
les  traces  de  Mistral  :  à  force  de  se  développer  en  profondeur,  comme 
son  illustre  maître  de  Maillane,  il  atteint  l'humanité  en  général,  et  il 
mérite  d'attirer  l'admiration  d'autres  gens  que  des  folkloristes,  des 
curieux  des  particularités  locales  ou  des  partisans  indécouragés  de 
nos  régions  françaises.  Il  s'adresse  à  tous,  et  il  faut  remercier  M.  G. 
Aubray  de  savoir  si  bien  prolonger  l'écho  de  cette  bonne  et  grande 
voix.  On  se  souvient  encore  en  Auvergne  de  la  magnifique  conférence 
que  Jean  Richepin  lui  consacra.  Rien  d'étonnant  à  cet  enthousiasme; 
car  on  peut  sans  paradoxe  comparer  l'art  de  Vermenouze  à  celui  de 
l'auteur  des  Blasphèmes.  C'est  la  même  maîtrise  prosodique,  les 
mêmes  rimes  inattendues,  la  même  audace  d'expression  et  de  mé- 
trique, la  même  sonorité,  la  même  richesse  d'images...  Mais  ici,  au- 
dessus  du  tumulte  ordonné  des  mots  et  de  la  musique  savante  des 
rythmes,  il  y  a  toujours  l'ombre  dominatrice  de  la  Croix. 

15.  —  Si  les  intentions  de  M.  Jean  Plémeur  sont  aussi  louables  — 
et  nous  n'en  saurions  douter  en  voyant  mêlés  à  son  œuvre  les  noms 
de  MM.  Henry  Bordeaux  et  Louis  Tiercelin  —  il  s'en  faut  que  leur 
réalisation  soit  aussi  brillante.  En  chantant  la  Bretagne  et  les  Alpes 
dans  Edelweiss  et  goémons,  l'auteur  ne  s'est  guère  élevé  au-dessus  du 
niveau  de  la  mer,  et  ses  étonnements  devant  les  montagnes  semblent 
en  faire  foi  : 

Quel  Yitan  façonna  leurs  flancs  mystérieux 

Et  quels  i'eux  inconnus  rougissent  leurs  carcasses...  (p.  80). 

16.  —  M.  Antoine  Nicolaï  est  plus  moderne;  ses  Foyers  perdus  ap- 
partiennent à  l'école,  un  peu  calmée,  un  peu  assagie,  de  Baudelaire. 
Dans  ce  recueil,  il  y  a  surtout  à  signaler  quelques  notations  sur  la 
Corse,  que  l'on  aurait  voulues  plus  précises,  et  un  sonnet  pittoresque 
sur  les  fameuses  «  vocératrices  »  des  funérailles,  annonçant  les  ven- 
dettas : 

Prophétesses  du  deuil  aux  larges  manteaux  noir,, 
L'âme  de  Colombe  rugit  dans  leurs  cantiques. 

17.  —  Une  autre  région  nous  apparaît  avec  les  Hêtres  de  l'Est  de 
M.  Gabriel  de  Pimodan,  la  région  dévastée  et  arrachée  par  la  guerre. 
C'est  vraiment  l'œuvre  d'un  fils  pieux  de  la  douce  France  que  de 
rappeler  nos  yeux  et  notre  cœur  vers  tout  ce  que  l'Alsace  et  la  Lor- 
raine ont  apporté  à  l'âme  nationale.  Aussi  lira-t-on  avec  intérêt   ce 


—  116  — 

livre  distingué,  jamais  banal,  où  passent  les  vieilles  et  poétiques 
légendes  des  Vosges  et  du  Rhin,  présentées  de  façon  très  adroite,avec 
un  riche  vocabulaire.  Sur  ces  thème''  où  passent  et  repassent  les  châ- 
telaines, les  abbesses,  les  croisés,  les  sultanes,  on  aurait  pu  tomber 
dans  le  poncif  romantique,  dans  une  réplique  des  Odes  et  Ballades  : 
il  n'en  est  rien.  M.  de  Pimodan  s'en  est  sauvé  grâce  à  des  rythmes  très 
modernes,  grâce  à  un  soin  du  détail  qui  conserve  à  toutes  ses  «  pièces 
à  dire  »  une  haute  tenue  poétique.  Et  ce  livre  touchant  du  souvenir 
et  de  l'espérance  se  termine  par  la  superbe  ballade  mélancolique 
«  Au  soir  du  jour  et  de  la  vie  »,  adressée  à  la  Dame  à  la  faulx, 
comme  dirait  Saint- Pol- Roux  : 

Vous  seulf  nous  venez  en  aide  au  soir  du  jour... 

^  Nous  n'en  sommes  pas  là,  et  M.  de  Piniodan  nous  donnera  encore 
beaucoup  de  beaux  vers.  '• 

18.  —  L'Horizon,  de  M.  Claude  Couturier,  se  rattache  à  peu  près 
à  la  même  école  poétique.  Ce  recueil  contient  de  jolies  ballades,  no- 
tamment celle  des  «  Fleurs  qui  veulent  être  cueillies  »  :  <^ 

Que  l'on  nous  cueille,  disent-elles. 

Mais  les  sujets,  que  ne  relève  aucun  intérêt  particulier,  laissent  traî- 
ner le  volume  dans  la  banalité  :  c'est,  tour  à  tour,  du  Banville,  du 
Coppée,  du  Sully- Prudhomme...  On  voudrait  du  Couturier.      '^^ 

19.  —  La  Légende  du  Mont  Saint- Michel,  par  M.  Louis  Foisil,  vient 
nous  prouver  à  temps,  une  fois  de  plus,  les  immenses  ressources  ap- 
portées à  la  poésie  par  l'histoire  de  nos  terroirs.  A  notre  époque  où 
les  livres  de  vers  ressassent  misérablement  les  lieux  communs  les 
plus  usés  de  la  sentimentalité,  il  est  séduisant  de  voir  un  jeune  poète 
se  consacrer  à  chanter  une  des  merveilles  de  son  pays,  qui  est  en  même 
temps  un  des  plus  purs  joyaux  de  France.  M.  Louis  Foisil  a  donc  écrit 
patiemment  une  chronique  rimée  du  Mont  Saint-Michel  :  et  vous 
pensez  bien  qu'elle  ne  manque  pas  de  quelques  prosaïsmes;  elle  au- 
rait pu  aussi,  ce  me  semble,  être  plus  nourrie,  plus  complète  —  un 
poème  sur  l'Archange  fait  défaut,  au  début  —  et  elle  aurait  pu  de 
cette  façon  se  passer  des  sonnets  normands  qui  complètent  le  volume; 
mais  enfin,  c'est  une  œuvre  qui  révèle  une  volonté,  une  pensée  élevée, 
un  culte  sincère  de  l'art.  Je  n'en  veux  pour  preuve  que  cette  invec- 
tive contre  la  fameuse  digue;  elle  indigne  M.  Foisil  à  juste  titre,  et 
par  une  invention  poétique  qui  aurait  ravi  Huysmans,  il  y  voit  une 
revanche  de  Lucifer  :  ? 

Et  Id  Digue  allonge;'it  sn  courî)e  de  couleuvre. 
—   Lui,   Satan,  contemplait,   en   ricanant,   son   œuvre   : 
Ce  per'ide  chemin    à  tous  venants  ouvert 
Di^couronnait  le  Sî-int  du   Péril-de-la- Mer, 


—  117  — 

Y  versait  le  venin  de  la  Bête  vaincue  1  ':  3 

20.  —  Nous  nous  délasserons  un  instant  avec  En  Marche  vers  les 
cîmes,  de  M.  Emile  Pignot,  qui  continue  bravement  à  faire  des  vers 
qui  datent  à  peu  près  d'un  demi-siècle.  II  l'avoue  d'ailleurs  sans  am- 
bages en  exaltant  Victor  Hugo,  «  interprète  do  la  République  »  et 
«  sauveur  de  la  patrie  »  :    .  :=  , 

Et  voilà  que,  du  fond  des  horizons  inamenses, 

Monte  le  pur  s/leil  Lai^nant  d'or  les  semences. 

Il  monte,  rouge  et  vaste,  et  son  ascension 

Est  une  formidable  bénédiction. 

Mctrr  Hugo,  je  voi?  dans  son  orbite  rouge, 

Qui  monte  et  s'^ilargit  sur  le  monde  qui  bouge 

Et  semble  le  dossier  d'un  immense  fauteuil. 

Je  vois,  maître,  ton  buî^te  énorme,  ô  saint  aïevl  ! 

Espérons  que  M.  Pignot  a  tout  vu. 

21.  —  M.  Robert  Lestrange  a,  lui  aussi,  le  culte  de  Victor  Hugo;  il 
y  joint  celui  d'Edgar  Quinet  et  de  Richepin.  Il  doit  également  aimer 
Banville,  car  il  refait  sans  trouble  la  fameuse  Ballade  des  pendus. 
]\/[me  Lucie  Delarue-Mardrus,  dans  la  préface  qu'elle  a  écrite  pour  le 
Miroir  enchanté,  déclare  que  «  c'est  un  plaisir  de  parler  d'un  poète 
dont  la  sincérité  va  parfois  jusqu'à  l'ingénuité.  «  Cette  ingénuité 
n'empêche  pas  M.  Lestrange  d'insulter  l'Église  et  ses  «gras  cardinaux» 
et  de  refaire  à  sa  façon  le  discours  de  l'abbé  Daniel,  du  Duel,  à  la 
duchesse  de  Chailles  : 

O  femme,  au  cœur  de  qui  bout  l'ardente  chimère... 

On  préférera  probablement  s'en  tenir  à  la  prose  de  M.  Lavedan.  v 

22.  —  L'Ombre  du  temple,  de  M.  R.  de  Manoël-Saumane,  n'a  rien 
de  commun  avec  ces  pauvretés.  C'est  un  livre  païen  très  bien  écrit. 
Lisez,  par  exemple,  V Inscription  sur  une  fontaine  : 

riumnie,  pnsse  sans  bruit.  Tu  ne  sais  rien  des  choses. 

Le  doute  est  ta  science,  et  c'est  ta  vanité; 

Profita  des  effets,  ne  cherche  pas  les  causes"  : 

Respecte  le  secret  de  la  divinité. 

Qu'es-tu  donc?  Un  esprit  qiù  se  count  ît  à  peine, 

Porté  fa  tellement  vers  son  destin  obscur; 

Tu  ne  reflètes  rien,   et  vois  cette  fontaine  : 

Dans  la  candeur  de  l'eau  se  mire  tout  l'azur. 

—   Homme,  suis  ton  chemin  sans  fatuité  vaine. 

Sois  modeste  devant  le  mystère  éternel, 

Toi  qui  n'as  que  tes  yeux  pour  regr.rder  le  ciel. 

Malheureusement,  tout  ceci  après  Hérédia,  Samain,  Henri  de  Ré- 
gnier, c'est  pur  exercice  d'école;  aujourd'hui,  les  vers  antiques  ne 
doivent  servir  qu'à  enfermer  des  allégories  modernes  et  des  «  pen- 
sers  nouveaux.  » 


—  118  — 

23.  —  Dans  tous  ses  livres,  le  lyrique  qu'est  M.  Joachim  Gasquet  a 
appliqué  ce  principe;  sa  muse,  à  la  fois  impétueuse  et  hiératique,  ne 
s'est  jamais  diisintéressée  des  problèmes  contemporains.  Après  avoir 
beaucoup  évolué  à  travers  tous  les  systèmes  politiques  et  sociaux, 
il  en  est  arrivé  à  l'optimisme  gratuit  qui  fut  le  lot  de  Victor  Hugo. 
Aujourd'hui,  dans  son  Paradis  retrouvé,  il  fait  siennes  toutes  les  idées 
d'un  Enjolras,  il  paraphrase  V Internationale  et  salue  déjà  les  États- 
Unis  d'Europe  : 

L'arc  triomphcJ  est  là.  La  Paix  t'ouvre  son  arcl.e. 
Venez,  de  tous  pays,  passez,  ntétiers  en  m-xrche 
Sous  l'hymne  de  la  Tour  Eirfel. 

Quelque  estime  que  l'on  professe  pour  le  talent  éprouvé  de  M.  Joa- 
chim Gasquet,  quelque  souvenir  inaltérable  que  l'on  garde  de  sa 
belle  campagne  des  Pays  de  France,  il  est  bien  difficile  de  le  suivre 
dans  cette  voie.  D'ailleftrs,  il  semble  que  Victor  Hugo  n'ait  pas  seu- 
lement troublé  ses  pensées,  mais  aussi  boursouflé  un  peu  sa  forme, 
si  respectueuse  jadis  des  disciplines  classiques.  On  est  un  peu 
étonné  par 

Les  sanglotantes  mains  du  Scnge  universel; 

et,  dans  un  superbe  poème,  d'ailleurs,  consacré  à  «  la  Gloire  de  Mar- 
seille »,  on  est  un  peu  gêné  de  voir  Puget,  qui  venait  sur  le  quai, 

Et  de  ses  yeux  nerveux  pétrissant  l'air  en  flamme 
Sculptait  sur  l'horizon  les  galères  du  soir. 

Ah  !M.  Gasquet,  ce  ne  sont  pas  les  oliviers  de  votre  divine  Provence 
qui  vous  ont  chuchoté  ces  inspirations-là  ! 

24.  — M.  Gustave  Zidler,  par  un  chemin  mélancolique,  nous  ramène 
à  la  vérité.  Encore  un  bon  poète  qui  n'est  pas  à  son  rang  !  Cette  fois, 
il  s'inscrit  dans  la  phalange  de  ceux  qui,  depuis  le  drame  de  Ville- 
quier,  ont  exhalé  leurs  plaintes  paternelles.  Sans  égaler  le  livre  admi- 
rable que  M.  Charles  de  Pomairols  consacre  à  la  mémoire  de  la  petite 
Lili,  Pour  retrouver  l'.enfant,  de  M.  Gustave  Zidler,  est  un  recueil  fort 
touchant,  plein  de  sentiments  sincères  et  de  pensées  ingénieuses. 
Dans  la  suite  d'élégies  où  il  évoque  la  mémoire  de  son  fils,  il  fait  par- 
fois penser  à  M.  Louis  Tiercelin,  qui  déplora  fort  harmonieusement  la 
perte  de  sa  petite-fille;  mais  il  trouve  aussi  des  accents  fort  person- 
nels, qui  tireront  les  larmes  des  yeux.  Je  sais  bien  que  certains  s'éton- 
neront de  voir  un  chrétien  comme  M.  Zidler  ne  demander  à  Dieu  pour 
son  paradis 

Que  l'éternel  trésor  de  l'Enfant  retrouvé; 

ce  n'est  peut-être  pas  d'une  mystique  très  orthodoxe  :  mais  comn  e 
c'est  tendrement  humain  ! 


~  119  —       ^  '; 

Quelques  prosaïsmes,  bien  difficiles  à  éviter  en  un  sujet  aussi  in- 
fime, mais  qui  ressortent  davantage  sur  la  trame  rigoureusement 
parnassienne  du  style.  Coppée  n'y  a  pas  échappé. 

25.  — •  Après  ce  son  si  clair  d'une  belle  âme,  les  Rê^>es  exaltés,  de 
M.  Lucien  Boudet,  sonnent  quelque  peu  faux.  Toute  l'originalité  de 
ce  livre  baudelairien  réside  dans  sa  conclusion  :  un  appel  au  néant  et 
un  blasphème.  11  vaut  mieux  ne  pas  insister. 

26.  —  Le  livre  de  M.  Paul  Sentenac  —  un  débutant  —  :  Tout  mon 
cœur  par  tous  les  chemins,  est  plus  personnel.  Il  y  a  là  du  sentiment 
(et  aussi  de  la  sensualité)  et  un  goût  assez  vif  de  la  beauté.  Mais  que 
le  style  en  est  donc  parfois  lâché  î  j  ,£  ^^ 

...  J'ai  sorti  de  leur  oTjscur  recoin  .' 

Mes  premiers  vers,  laissés  pour  que  je  les  oublie, 
Et  maintenant  j'ai  peur  de  les  aim3r  biea  m>ins,  \ 

Commo  un  enfant  devant  des  choses  dém')lies... 

On  n'a  pas  le  droit  d'écrire  ainsi  quand  on  porte  en  soi  une  âme 
de  poète,  et  en  d'autres  pages  M.  Sentenac  nous  le  laisse  fermement 
•espérer. 

27.  —  Mêmes  incorrections  dans  le  livre  de  M.  Jean- Paul  Tort  -.La 
Veillée  solitaire,  qui  semble  bien  être  d'un  disciple  de  Samain;  mais 

l'âme  qui  s'étale  en  ce  livre  inquiétant  et  prenant  quand  même,  appa- 
raît singulièrement  pessimiste,  dégoûtée,  amère,  antichrétienne,  sans 
idéal;  elle  n'a  vu  dans  le  xvii*^  siècle  que  «  courtisans  débauchés, 
marquises  hypocrites...»,  et  pourtant,  au  milieu  même  de  cette  boue, 
il  y  a  des  fleurs  de  vraie  poésie.  Quel  dommage  qu'il  soit  si  difficile 
d'aller  les  cueillir  ! 

28.  —  Nous  n'aurons  pas  les  mêmes  regrets  devant  la  Vie  qui 
s'ouvre,  où  M.  Jacques  Boyer  dédie  à  son  père,  à  sa  mère,  ses  «  pre- 
miers essais  de  la  seizième  à  la  vingt-unième  année.  »  Peut-être,  à  la 
place  des  parents  de  ce  jeune  homme,  lui  conseillerions-nous  de  nous 
offrir  des  aspirations  plus  saines,  d'apprendre  la  prosodie  et  la  ponc- 
tuation. Mais  il  annonce  dans  sa  dédicace  que  «  les  soucis  de  l'exis- 
tence l'éloigneront  du  recueillement  de  la  poésie.  »  Tout  va  bien. 

29.  —  Parlons  sérieusement  de  M.  Henri  Bouger,  dont  les  Visions 
du  chemin  sont  un  livre  sérieux,  d'une  perfection  formelle  très  rare  à 
notre  ^  poque,  bien  que  je  n'aime  guère  : 

J'aurai  tissu  bientôt  tmite  ma  destinée  (p.  17).        ' 

M.  Bouger  est  un  solide  h.-ritier  des  romantiques  et  des  parnas- 
siens. Son  œuvre  est  un  peu  froide;  le  marbre  l'est  aussi.  Mais  il  est 
peu  de  poètes  contemporains  capables  d'écrire  avec  cette  richesse  et 
cette  suret)  de  longs  poèmes  symboliques  comme  l'Etrangère,  ou  le 
Pèlerin,  qui  par-dessus  le  marché  est  disposé  en  terza  rima. 


—  120  — 

Certes,  nous  ne  suivons  pas  M.  Rouger  dans  ses  exposés  philoso- 
phiques, qui  vont  droit  au  matérialisme  le  plus  noir  ou  à  l'utopie 
révolutionnaire.  Nous  ne  nous  occupons  ici  que  du  poète,  et  son  atti- 
tude méditative  et  hautaine,  son  respect  de  la  forme  et  de  l'art  doi- 
vent être  soulignés.  Nous  ne  pouvons  citer  longuement;  contentons- 
nous  de  cette  fin  de  sonnet  sur  Tliraséas  mourant  : 

Ft  tandis  que,  la  voix  presque  éteinte,  les  mains 
D  jà  froides,  le  fils  des  grands  aïeux  romriins 
Parle,  en  montrant  du  doigt  les  taches  élargies,^ 

L'envoyé  «le  Néron,  pâle,  le  front  baissé, 
Respire  malgré  lui,  sur  les  dalles  rougies. 
L'acre  libation  faite  du  sang  \ersé. 

Nous  souhaitons  à  beaucoup  de  jeunes  poètes  de  travailler  dans  ce 
goût. 

30.  —  C'est  ce  que  fera  certainement  M.  Léon  Lahovary,  quand 
il  se  sera  dépouillé  d'une  trop  grande  exubérance.  Déjà  son  second 
recueil,  les  Autels  et  les  Tombes,esi  notablement  supérieur  au  premier. 
On  y  trouve  une  âme  vibrante,  trop  vibrante,  trop  prompte  à  exté- 
rioriser tous  ses  sentiments,  et  qui  ne  sait  pas  encore  suffisamment 
séparer  ce  qui  doit  appartenir  à  la  pure  intimité  de  ce  qui  peut  être 
publié  et  intéresser  l'ensemble  des  lecteurs.  Mais  il  y  a  de  l'âme,  et 
c'est  beaucoup. 

31.  —  Justement,  voici  les  Paysages  de  l'âme,  de  M.  Frédéric  Sais- 
set.  Ici,  nous  avons  affaire  à  un  poète  qui  a  atteint  la  maîtrise.  Sur 
des  thèmes  moins  forts  que  dans  son  précédent  ouvrage,  les  Mois- 
sous  de  la  solitude,  avec  une  fluidité  qui  rappelle  son  premier  volume, 
Au  fil  des  rêves,  dont  Rodenbdch  écrivit  jadis  la  préface,  M.  Saisset 
nous  donne  une  série  de  poèmes  psychologiques  des  plus  délicats, 
parmi  lesquels  nous  citerons  Connaître,  Toi  qui  n'eus  pas  d'amour, 
V Impénétrable...  Le  recueil  manque  toutefois  d'unité,  car  nous  sor- 
tons ensuite  des  «  paysages  de  l'âme  »,  pour  entrer  en  des  te  poèmes  du 
RoussiUon  «  qui  n'ont  rien  d'abstrait.  Là,  notre  auteur  révèle  une  face 
nouvelle  de  son  talent ;il  s'y  affirme  méridional  épris  des  couleurs,  des 
ligTies,  des  traditions  pittoresques  de  son  pays  natal;  et  sans  égaler  le 
coloris  éblouissant  de  son  compatriote  Henry  Muchart,  il  célèbre,  en 
une  série  de  vives  aquarelles, 

Le  parler  catalan,  si  ruile  et  savoureux, 

Et  les  danses  au  vol  rythmique  et  gracieiix. 

Les  feux  de  la  "Saint- Jean  qui  dans  la  nuit  s'allument... 

...  tous  ces  chants  du  terroir  . 
La  Repa,  lo  Pardal,  Montanyes  régalades, 
Le  vin  qui  coule  en  cascadantes  «  xirritados   » 
Dii  haut  du  bras  levé,  le  vin,  fils  du  pressoir; 
..  Les  jeux  du  carnaval  effervescents  et  fous... 


—  121  — 

et  enfin,  surtout, 

...  le  long  de  rom!)re  des  platanes, 
Flirtant  leur  cruche  en  grès,  les  fines  Catalanes 
Avec  leur  coiffe  ronde  et  leur  f>  ulard  pointu. 

Il  n'y  a  pas  à  regretter  que  I\I.  Frédéric  Saisset  ait  abandonné  un 
instant  les  «  paysages  de  l'âme,  »  puisqu'il  sait  si  bien  regarder  le 
monde  extérieur. 

Poésie  féminine.  —  32.  —  Nous  voici  arrivés  aux  dames  avec 
Dans  le  jardin  de  noire  amour.  M^^e  Alice  Clerc  a  aimé;  elle  avaitun 
cœur,  nous  dit-elle,  «  qui  ne  demandait  qu'à  souvrir  et  s'étendre  ». 
Après  avoir  rêvé  qu'elle  possédait  tout  ce  qu'elle  désirait  :  «  la  beauté, 
la  richesse,  une  villa  normande,  »  eUe  a  vu  enfin  arriver  l'ami  tant 
attendu.  Jour  triomphant  ! 

...    Les  fleurs 
Nous  ten/'ent  leur  cou  mince  et  leur  ronde  cordlle. 

Mais  l'ami  montre  déjà  quelque  scepticisme;  elle  soupire  : 

.Ma  sensibilité  florale  est  si-.ns  échos. 

Et  l'aventure,  d'une  banalité  affreuse,  se  termine  : 

De  loin  vous  prépariez  la  rupture  avec  moi, 

Et  vous  l'avez  effectuée. 
Mon  âme  est  morte,  et  c'est  vous  qui  P.ivez  tn&  ! 

Cependant,  fidèle  à  l'ordinaire  logique  féminine,  cette  âme,'  défini- 
tivement assassinée,  goûte  une  éternelle  joie.  Ne  nous  frappons  pas. 

33.  —  Laissons  la  plaisanterie  pour  signaler  les  Souvenez- voit  s  de 
M™^  Claire  Virenque,  qui  sont  un  des  livres  féminins  les  plus  remar- 
quables de  ces  dernières  années.  C'est  une  série  de  poèmes  d'amour, 
mais  d'amour  dominé  par  la  piété,  par  la  raison,  par  une  forte  disci- 
pline chrétienne,  et  exprimé  dans  un  langage  tellement  sincère,  tel- 
lement spontané  qu'il  ne  porte  presque  plus  de  parure,  ni  de 
date.  La  partie  la  plus  remarquable  de  ce  volume  me  semble 
le  dialogue  qui  en  occupe  à  peu  près  le  centre  et  s'intitule  : 
L' Impossible  Tendresse.  11  nous  fournit  une  note  tout  à  fait  person- 
nelle, en  traitant  la  vieille  question  de  savoir  si  l'amitié,  la  pure  ami- 
tié, est  possible  et  durable  entre  un  homme  et  une  femme  : 

T'.st-il  une  tendresse  à  côté  de  l'amour 
Aussi  grande  que  lui,  m  is  de  forme  idéale, 
Où  l'âme,  qui  cherchait  s^,  sœur  et  son  égnle, 
Trouve  un  bonheur  prefoad  et  pur  cunime  le  jour? 

Dans  le  cas  particulier  dont  elle  nous  décrit  toutes  les  phases,  et  avec 
quelle  souple  délicatesse,  M"^®  Virenque  répond  négativement. 
L'homme  n'a  pas  su  s'égaler  à  celle  qui  lui  disait  si  bien  : 

Artisan  d'ici-b.-is,  travallie  pour  le  ciel. 


—  122  — 

et  qui  lui  offrait  stoïquement 

Qu'une  autre  soit  l'aimée,  et  ni'U  l'ancre  gardien. 
Alors,  ils  se  sont  éloignés,  comme  elle  l'a  voulu, 

Sans  m'-me  se  tourner  sur  leur  geste  hér(iï]U'^, 

et,  après  les  renoncements  nécessaires,  si  vaillamment  acceptés,  il  ne 
reste  plus  aux  cœurs  déchirés  que  les  consolations  divines  :  mais  c'est 
l'abime  insondable  de  l'amour  !  , 

Qu'importe  que  ton  rêve  m3ure, 

—  Pleure,  si  tu  veux,  pleure  un  peu  — 
Mais  pense  à  Celui  qui  demeure  : 

Plus  haut  que  ton  amour,  vois  Dieu. 

•  Qu'importe    que    ton    r.m"»ur   passe, 

—  Pleure,  si  tu  veux,  pleure  un  peu  — • 
Mais  regarde  à  travers  l'espace  : 
Plus  haut  que  ton  amour,  vois  Dieu. 

Qu'importe  ton  mU  ou  ta  peine, 

—  Pleure,  si  tu  veux,  pleure  un  peu  — 
Mais  qi''est-ce  que  la  vie  humaine? 
Ai'-dessï  s  de  ton  mal,  vois  Dieu. 

Nous  n'avons  pas  la  place  d'en  citer  davantage.  Mais  ceci  suffit  à 
montrer  que  M"^^  Virenque,  qui  a  fondé  le  prix  de  Littérature  spiri- 
tiialiste  et  a  donné  un  si  vif  essor  au  renouveau  chrétien  de  la  jeune 
poésie,  peut  aussi  offrir  des  modèles  de  noble  inspiration.  Dans  le 
chœur  des  voix  féminines  d'aujourd'hui,  elle  est  la  muse  de  la  pure 
tendresse.  ,j 

34.  —  M"i^  A.  de  Bary  n'a  pas  d'aussi  hautes  ambitions;  dans  ses 
Voix  de  la  montagne,  elle  se  contente  de  noter  des  paysages,  des  lé- 
gendes alpestres,  beaucoup  d'inutilités  et  un  certain  nombre  de 
chansons  qui  doivent  être  charmantes  en  musique. 

Anthologies.  Recueils.  —  35.  —  L' Antologia  procenzale^de  M.  E. 
Portai,  est  une  preuve  éclatante  et  nouvelle  de  l'attention  apportée, 
au-delà  de  nos  frontières,  à  notre  littérature  félibréenne.  11  y  a  peut- 
être  trop  de  choses  dans  ce  recueil;  mais  c'est  un  vaste  répertoire  qui 
fournit  bien  des  morceaux  oubliés  et  introuvables  et  qui  rendra, 
même  aux  Français,  de  notables  services.  Ajoutons  que  l'auteur  s'est 
documenté  auprès  d'autorités  sérieuses  :  Paul  Roman,  Esticu,  Per- 
bosc.  On  regrette  seulement  que  les  biographies  des  auteurs  cités 
soient  séparées  de  cet  excellent  volume. 

36.  —  Nous  n'avons  pas  à  revenir  ici  sur  la  discussion  élevée  au- 
tour des  Œuvres  inconnues  de  Racine,  découvertes  par  M.  l'abbc  Bon- 
net à  Saint-Pétersbourg.  Ces  paraphrases  des  Psaumes,  attribuées 
jusqu'ici  à  Eustache  Lo  Noble,   sont-eUes  de  Racine?  M.  Bonnet 


—  123  — 

semble  l'établir  par  la  qualité  du  papier,  par  l'écriture  des  corrections, 
par  d'intéressants  rapprochements  de  style.  Quelquefois  même,  il 
veut  trop  prouver.  De  ce  que  Racine  a  écrit  dans  Briiannicus  : 

Dans  le  fond  de  ton  cœur,  je  sais  que  tu  me  h;iis, 

il  ne  s'ensuit  pas  que  lui  seul  pouvait  écrire  dans  le  psaume  XIII  : 

Le  fou,  dans  le  fond  de  son  cœur  (p,  155)  ; 

et  de  ce  que  nous  trouvons  dans  Phèdre     : 

Minos  juge  aux  enfers  tous  les  pâles  humain<5, 
il  n'y  a  pas  à  inférer  qu'il  soit  l'auteur  de  ce  vers  du  même  psaume  : 

Ils  traînent  le  malheur  et  la  pâle  tristesse  (p.  1561. 

Quoi  qu'il  ensoit,  il  faut  remercier  M.  l'abbéBonnet  de  nous  avoir 
rappelé  une  œuvre  qui  aura  désormais  sa  place  dans  notre  grande 
poésie  religieuse.  Certains  sonnets  —  on  les  a  cités  déjà  un  peu  par- 
tout —  sont  fort  beaux.  D'autres  sont  ordinaires.  Par  exemple,  pour 
traduire  :  Quoniam  contiirbata  siint  ossa  /nea,  je  n'aime  pas  beau- 
coup  : 

...  C''lmez  le  trouble  qui  me  tue 
Et  de  mes  os  perclus  rassurez  les  ressorts  (p.  5); 

Ni,  en  regard  de  :  Et  non  est  sanitas  in  carne  meâ, 

Quand  tout  mon  pauvre  corps  n'a  pas  une  paT*tie 
Où  je  plisse  trouver  une  ombre  de  santé  (p.  38). 

Mais  arrêtons-nous;  en  critiquant  Eustache  Le  Noble,  nous  pour- 
rions avoir  l'air  de  manquer  de  respect  à  Racine. 

Poèmes  en  prose.  —  37.  —  Il  est  difficile  de  définir  les  lois  des 
poèmes  en  prose  :  ceux  que  M.  Gabriel  Sarrazin  a  réunis  dans  la  Chan- 
son du  poète  errant  ne  nous  y  aideront  pas,  car  leur  rythme  est  presque 
insaisissable.  Toutefois  ce  sont  de  délicates  notations  poétiques,  un 
peu  brèves,  tantôt  sur  des  états  psychologiques,  tantôt  sur  des  voya- 
ges. Remarqué  principalement  les  Châteaux  du  Roi  de  Bavière,  et 
Arles,  «  fleur  de  Provence,  /ries  des  Arlésiennes,  cité  de  la  beauté 
vivante...  » 

38.  —  La  manière  de  M.  Paul  Fort  est  plus  facile  à  saisir,  puisque, 
avec  force  licences,  il  se  contente  de  rythmes  connus,  simplement 
disposés  à  la  queue  leuleu.  Nous  avons  déjà  signalé  le  charme  de  cette 
poésie  fantaisiste.  Mais  pourquoi  paraît-elle  avec  un  semblable  désor- 
dre? La  3®  édition  d'Ile  de  France,  qui  vient  de  nous  arriver  est  ex- 
quise avec  ses  promenades  à  Coucy-le-Château,  Senlis,  Saint-Jean, 
aux-Bois,  Roissy-en-France,  Jouy-en-Josas,  etc.  Mais  pourquoi,  tout 
à  coup,  les  ballades,  quelquefois  un  peu  lestes,  de  Margot  mon  page, 
viennent-elles  rompre  l'unité  du  volume? 


—  12'i  — 

39.  —  Dans  l'Aventure  éternelle,  c'est  encore  plus  d(  ccnceitant  :  le 
recueil  comprend  le  premier  livre  d'une  histoire  d'amour,  puis  des 
pages  délicieuses  consacrées  au  Gâtinais,  pleines  de  poésie  et  à,e  drô- 
lerie, sur  Château-Landon,  Nargis,  le  canal  du  Loing,  et  les  deux 
villages  inattendus  de  Mont-cochon  et  des  Pieds-Chauffés  :  «  A  qui  ne 
le  sait  pas  faites-en  confidence;  j'aime  les  Pieds-Chauffés;  j'aime 
aussi  Montcochon.  «  Il  faudrait  bien  classer  un  peu  toute  cette  pro- 
duction luxuriante  :  mais  M.  Paul  Fort  le  voudra-t-il  jamais? 

Critique.  ■ —  40.  —  M.  Louis  Mandin  peut-être  pourra  nous  répon- 
dre, lui  qui,  mieux  que  personne,  connaît  les  Ballades  jrancaises  et 
leur  auteur.  Son  étude  est  fort  utile  à  consulter. 

41.  —  Il  est  difficile  d'en  dire  autant  du  Nouvel  Essai  sur  Vinten- 
sisme  en  poésie,  où  M.  Charles  de  Saint- Cyr  emploie  bien  des  pages 
et  un  mot  nouveau  pour  remuer  de  vieilles  idées.  Il  a  raison  de  ne 
pas  se  laisser  éblouir  par  M.  Rostand  ni  par  M.  Fernand  Gregh;  mais 
Leconte  de  Lisle  a  écrit  le  Manchy  et  non  le  Manchez  (p.  49)  et  l' Al- 
batros, de  Baudelaire,  n'est  pas  un  sonnet. 

42.  —  Les  Mélanges  de  linguistique  provençale,  de  M.  F  -N.  Nicol- 
let,  renferment  sur  «  le  provençal  d'Arles  au  xiii^  siècle  »  des  rensei- 
gnements intéressants  pour  la  littérature  félibréenne  et  l'œuvre  de 
Mistral 

IL  Théâtre.  —  1.  —  H  y  a  des  sujets  dans  l'air  que  plusieurs  au- 
teurs traitent  simultanément.  L'An  Mille  est  de  ce  nombre.  Le  drame 
que  M.  Victor  Kinon  a  composé  sur  ce  thème  ne  ressemble  guère, 
d'ailleurs,  à  celui  que  M.  Maurice  Magre  fit  exécuter,  l'été  dernier, 
à  Albi  et  à  Toulouse.  C'est  une  sorte  de  formidable  mélodrame,  qui 
oscille  entre  les  Burgraves  et  la  Princesse  Maleine  de  Maeterlinck  : 
cinq  actes  épouvantables  de  fureur,  d'orgie  et  de  démence.  Le  grand 
défaut  de  cette  pièce,  c'est  de  s'achever  comme  la  réelle  fin  du  monde; 
à  ce  point  de  vue,  le  dénouement  de  M.  Maurice  Magre,  qui  nous  mon- 
tre les  hommes  sortant  de  leur  terreur  et  reprenant  goût  à  la  vie,  est 
bien  plus  exact  et  saisissant.  Mais,  malgré  tout,  malgré  des  situations 
d'une  invraisemblance  exaspérée  et  un  style  emphatique  et  boursouflé, 
cet  An  Mille  de  M.  Kinon  a  de  la  puissance,  de  la  grandeur,  et  produi- 
rait certainement  un  effet  impressionnant  sur  la  scène. 

2.  —  Dans  une  note  plus  mesurée,  le  Théâtre  chrétien  de  M.  Paul 
Janot  se  recommande  tout  spécialement  à  notre  attention.  Il  ne 
s'agit  pas  du  tout  des  habituelles  pièces  de  patronage,  mais  de  véri- 
tables drames,  mystères,  comédies,  employant  les  vrais  moyens  du 
théâtre  à  la  diffusion  des  idées  patriotiques  et  religieuses.  Nous 
applaudissons  au  succès  à' Au  Clocher  qui  fut  représenté  à  Paris,  en 
juin  dernier;  mais  le  volume  contient  d'autres  œuvres  au  moins  aussi 
remarquables  :  Magnificat,  émouvant  épisode  de  l'expulsion  des  con- 


—  125  — 

grégations;  CAec  Pilate,  excellente  satire  dans  la  manière  de  Courte- 
line,  et  qui  ne  comprend  que  des  rôles  d'hommes;  enfin  l'Ange  de 
Noël,  une  sorte  de  délicieux  «  miracle,  »  moderne  et  archaïque  à  la 
fois,  qui  est  un  vrai  petit  chef-d'œuvre  et  au  sujet  duquel  M.  Maurice 
Barrés  a  écrit  à  l'auteur  :  «  Votre  affabulation  est  d'une  imagination 
rare,  poétique,  qui  m'a  rappelé  certaines  fables  religieuses  du  moyen 
âge,  ces  charmants  contes  de  la  Vierge,  où  l'on  voit  des  personnages 
de  la  plus  noble  qualité  se  dévouer  au  service  de  Notre-Dame.  » 

3.  —  La  Babel,  de  M.  Adolphe  Môny,  fait  aussi  partie  d'une  série; 
mais  elle  appartient  au  genre  tout  différent  des  énormes  tragédies 
dont  les  théâtres  de  plein  air  ont  donné  le  goût.  Ingénieur  des  mines, 
médecin,  oculiste,  sculpteur,  alpiniste,  M.  Môny  a  beaucoup  travaillé, 
jusqu'à  l'âge  de  quatre-vingts  ans.  Il  est  douteux  cependant  que  ses 
pièces  de  théâtre,  injouées,  conservent  sa  mémoire. 

4.  —  Encore  du  théâtre  imprimé,  après  de  vaines  attentes  chez  les 
directeurs,  que  :  La  Peine  de  vivre  et  Châtiment.  M.  Êrnile  Pierret,  leur 
auteur,  qui  se  lamente  avec  raison  sur  la  décadence  de  notre  art  dra- 
matique, semble  croire  que  M.  Paul  Bourget  n'a  dii  qu'à  son  grand 
nom  d'imposer  sur  le  Boulevard  des  œuvres  comme  la  Barricade.  Il  y 
a  là  une  petite  exagération.  La  Barricade'  peut  offrir  des  tendances 
discutables  :  elle  n'en  est  pas  moins,  surtout  dans  ses  trois  premiers 
actes,  un  drame  supérieurement  agencé  et  dialogué,  alors  que  les 
pièces  de  M.  Pierret  se  font  remarquer  soit  par  leur  décousu,  soit  par 
leur  inexpérience.  On  a  rendu  service  à  leur  auteur,  qui  peut  être  un 
probe  écrivain  et  un  excellent  moraliste,  en  ne  les  exposant  pas  aux 
feux  de  la  rampe. 

5.  —  Serait-il  prudent  de  tenter  cette  épreuve  avec  VOtage,  de  M. 
Paul  Claudel?  On  me  pardonnera  d'en  douter.  Je  ne  méconnais  point 
le  grand  talent  de  Paul  Claudel  et  je  crois  que,  de  tous  ses  drames 
symboliques,  VOtage  est  le  plus  compréhensible.  Toutefois,  cette 
pièce  philosophique,  politique  et  religieuse,  qui  se  déroule  entre 
l'ancien  régime,  la  société  nouvelle,  la  France,  l'Église  et  la  foi, 
sous  les  personnages  du  Pape  Pie  VII,  du  curé  Badilon,  de  Sygne  de 
Coûfontaine,  de  son  oncle  le  vicomte  Ulysse -Agénor- Georges  de  Coû- 
fontaine  et  Dormant,  et  du  baron  puis  comte  Toussaint  Turelure, 
préfet  de  la  Marne  puis  de  la  Seine,  agite  de  trop  formidables  pro- 
blèmes, sous  son  style  tout  en  versets  comme  l'Apocalypse,  pour 
qu'un  public,  même  très  éclairé,  puisse,  au  vol,  en  pénétrer  le  sens. 
Contentons-nous  donc  de  lire  l'Otage  dans  sa  superbe  édition  ;  tâchons 
d'en  goûter  toutes  les  beautés  —  quelquefois  en  nous  prenant  la  tête 
à  deux  mains  —  et  ne  regrettons  pas  que  M.Claudel  ne  dispute  aucun 
brin  de  laurier  à  MM.  de  Fiers  et  de  Caillavet. 

6.  —  MM.  Martin- Valdour  et  Charles  Gallo,  eux,  ont  été  joués,  et 


—  126  — 

si  ce  n'était  un  dialogue  beaucoup  trop  haché,  à  l'imitation  de  Ros- 
tand, leur  conte  en  vers  :  Pendant  la  croisade,  ne  ferait  pas  trop  d© 
concessions  à  la  triste  mode  du  jour.  La  place  nous  manque  pour  ana- 
lyser cet  acte  très  bien  agencé,  tout  à  la  gloire  de  la  femme  française  et 
à  l'exaltation  des  plus  nobles  sentiments.  Oserai-je  noter,  en  marge^ 
que  l'adjectif  pieux  compte  deux  syllabes?  C'est  le  substantif  pieu 
qui  n'en  a  qu'une. 

7.  —  M.  Maurice  Obvaint,  lui  aussi,  nous  envoie  trois  petits  actes^ 
représentés  à  la  Comédie -Française  et  à  l'Odéon,  s'il  vous  plaît  :  La 
Champmeslé  au  camp,  la  Ballade  à  Bérengère,  l'Apothéose  de  Musset. 
Je  ne  suis  pas  très  sûr  que  M.  Olivaint  ait  un  sens  très  profond  du 
théâtre,  de  l'intérêt  dramatique,  mais,  en  tout  cas,  c'est  un  écrivain 
maître  de  sa  plume.  Il  le  prouve  dansles  nombreux  poèmes  qui  accom- 
pagnent ses  petites  pièces  et  qu'il  a  groupés  sous  le  titre  général  de  :- 
Poèmes  de  France  et  d'Algérie.  Il  y  célèbre  tout  à  tour  la  Normandie, 
l'Algérie,  ses  émotions  personnelles  et  d'aimables  fêtes  officielles.. 
Toutefois,  ses  imitations  des  poèmes  arabes  nous  laissent  un  peu  rê- 
veur : 

Ses  dents  sont  un  collier  de  perle?  qui  repose 
Au  fond  d'un  riche,  écrin  sur  de  l'ouate  rose... 
—  ...  Je  ris  des  yatagans  aux  hunes  bien  trempées, 
Mais  j'ai  peur  de  tes  cils,  ces  mignonnes  épées. 

Je  n'aime  pas  M.  Maurice  Olivaint  en  mamamouchi. 

8.  —  Terminons  par  le  théâtre  en  plein  air,  pour  nous  consoler  des 
rigueurs  de  la  saison  :  Le  Réveil,  de  M.  Henri  Guerlin,  a  été  créé,  le 
13  août  dernier,  sur  le  Théâtre  de  verdure  de  Courçay-sur-Indre. 
C'est  l'histoire,  un  peu  longue,  de  nos  paysans  de  Touraine,  maltraités 
et  rançonnés  par  les  Anglais,  mais  peu  à  peu  reprenant  courage  et 
relevant  la  tête  au  bruit  de  l'arrivée  de  Jeanne  d'Arc.Au  dernier  acte, 
on  entend  les  trompettes  de  la  sainte  Libératrice  et  le  chant  du 
Vexilla  Piegis,  qui  annonce  sa  marche  triomphale.  C'est  un  beau  mo- 
ment,   mais   bien   longtemps   désiré.        îà    Armand  Praviel. 


HISTOIRE,  ART  ET  SCIENCES  MILITAIRES 

Mémoires  du  capitaine  Bertrand  (Grande  Jrm'e  1805-1815J,  recueillis  et  pu  liés 
par  le  colo.;el  Chaland  de  la  Guillanche,  son  petit-fils,  Angers,  Siraudcr^.u, 
1911,  in-8  de  312  p.,  5  fr.  —  2.  Un  Héros  de  la  Grande  Armée.  Jean  Gaspard  Hulot 
de  Collart  (1780-1854),  par  le  vicomte  du  Motey.  Paris,  A.  Picard  et  fils,  1911, 
in-8  de  xiv-585  p.,  avec  pi.  et  cartes,  7  fr.  50.  —  3.  Quatre  g/'néraux  de  la  Révo- 
lution. 2*^  série.  Hoche  et  Desaix.  Kléber  et  Marceau,  par  Arthur  Chuquet.  Paris, 
Fontemoing,  1911,  in-8  de  47'i  p.,  7  fr.  50.  —  4.  Les  Levées  départementales  dans 
V Allier  sous  la  Révolution  (1791-1796),  par  le  lieut'-co!'''  Dulac.  T.  II.  Paris,  , 
Plon-Nourrit,  1911,  in-8  de  520  p.,  7  fr.  50.  —  5.  ZUich.  Masséna  en  Suisse,  par 
le  capitaine  L.  Hennequin.  Paris  et  Nancy,  Berger- Le vrjiult,  1911,  in-8  de  xxii- 
559  p.,  12  fr.  —  6.  Guerres  d'Espagne,  Le  Prologue.  Expédition  iu  Portugal  (1807), 


—  127  — 

par  le  licut'-cnb'  L.  Picaro.  Paris,  Jouve,  1912,  ^r.  in-8  de  viii-354  p.,  5  fr.  — v. 
De  Munich  à  Vilna,  à  Vétat-major  du  corps  bavaroi'i  de  la  Grande  Armée,  en  1812 
d'après  les  papiers  du  général  d' Albignac,  par  le  lieut'-col'''  Sauzey.  Paris,  Cha- 
pelot,  1911,  gr.  in-8  de  xxiv-239  p.,  avec  9  grav.  et  9  planches,  7  fr.  50.  —  8. 
Soldats  suisses  au  service  étranger.  Aventures  de  guerre  du  capitaine  C.  Gattlen. 
Vie  et  aventures  d'un  pauvre  homme  du  Toggenbourg  (U.  Braecker).  Correspon- 
dance et  Journal  de  A.  Massé.  Genève,  A.  Jullien,  1912,  in-lG  de  iv-343  p.,  3  fr.  50. 
—  9.  Les  Gardes  d'honneur  de  la  Marne,  1813,  pr.r  François  Sagoi.  Pari?,  Cham' 
pion,  1911,  in-8  de  167  p.,  2  fr.  50.  —  10.  Lettres  de  1793,  l^e  série.  Lettres  de  1812, 
{re  série.  lettres  de  1815,  1'''=  série,  par  Arthur  Chuquet.  Paris,  Champion,  1911, 
3  vol.  petit  in-8,  de  311,  368,  et  413  p.,  chp.(,ue  vol.,  3  fr.  50.—  11.  1809.  Carn. 
pagne  de  Pologne.  Vol.  T.  Documents  et  matériaux  français,  par  Wladyslaw  de 
Fedorowic?-.  Paris,  Plon-Nourrit,  19;  1,  in-8  de  iv-447  p.,  7  fr.  50.  —  12.  La  Vie 
militaire  du  maréchal  Ney,  duc  d'Elchingen,  prince  de  la  Moskcwi,  par  le  général 
H.  Bonn  AL.  T.  II.  Paris,  Chapelot,  19  il.  g.  in-8  de  508  p.,  avec  portrait  et  18 
cartes,  14  fr.  —  13.  Gands  Artilleurs.  Le  Maréchal  Valée,  1773-1846,  par  Maurice 
GiROD,  de  l'Ain.  Paris  et  Nancy,  Berger-Levrault,  1911,  ge.  in-8  de  495p.,p.vec  un 
portrait,  2  reprod.  de  talOeaux  et  2  cartons,  12  f.  —  14.  Clauseivitz,  par  le  colo- 
nel Camon.  Paris,  Chapelot,  1911,  in-8  de  x-269  p.,  avec  17  cartes,  4  fr.  —  15.  Le 
Maréchal  Pélissier,  duc  de  Malakoff,  par  le  général  D  :rrécagaix.  Paris,  Chapelot, 

1911,  in-8  de  viii-635  p.,  avec  3  pi.  et  2  cartes,  10  fr.  —  16.  Voyage  d'hi'iloire 
militaire  de  Mgr  le  duc  d'Orléans  en  Bohême  [août  1910),  par  le  générel  Bonnal. 
Paris.  Nouvelle  Li'irairie  nationale,  1911,  g*.,  in-8  de  97  p.,  avec  portrait  et  fac- 
similé  de  lettre  autogrp.phe,  3  fr.  50.  —  17.  La  G  lene  de  1870-71  et  le  Traité  de 
Francfort,  d'apr." s  les  derniers  documents,  par  le  général  Bourelly.  Pgris,  Penin, 

1912,  in-16,  vii-221  p.,  2  fr.  50. —  18.  La  Bataille  de  Frceschwlller.  Les  Préliminaires, 
les  incertitudes,  l'événement,  par  A.  de  Metz-Norlat.  Pa.is  et  Nancy,  Berger- 
Levrault,  1911,  in-8  de  124  p.,  a^vec  2  cartes  et  un  itinéraire  du  champ  de  bataille, 
2  fr.  50.  —  19.  Les  Surprises  de  Baalon  et  de  Stenei/  en  1870,  par  le  capitaine  Le- 
clère.  Paris,  Charles  Lavauzelle,  s.  d.,  in-8  de  44  p.,  1  fr.  —  20.  Les  Japonais 
en  Mandckourie,  p  r  le  colonel  Cordonnier.  Paris,  Charles  Lavauzelle,  s.  d.,  in-8 
de  286  p.,  6  fr.  —  21.  L' Armée  russe  au  feu  pendant  la  guerre  de  1904-1905,  par  le,, 
lieutenant  de  landwehr  Richard  ULLRicH;trad.  par  Raoul  deMarsollet.  Paiis, 
Chapelot,  1911,  in-8  de  vin-316  p.,  6  fr.  —  22.  Guerre  -russo-japonaise,  1904- 
1905.  Historique  rédigé  à  rétat-mijor  général  russe;  trp,d.  sous  la  direction  du 
2*'  bureau  de  l'état-m'ijor  de  l'armée  française.  T.  II",  1'^  et  2«  parties.  Paris, 
Chapelot,  1911,  2  vol.  ensemble  ix-932  p.,  avec  atlas,  45  fr.  —  23.  La  Guerre  avec- 
le  Japon.  Drclaralions  nécessaires.  Réponse  à  l'ouvrage  du  général  Kouropat-kine, 
par  le  comte  Witte;  trad.  de  E.  Duchesne.  Paris  et  Nancy,  Berger-Levrault, 
19;  1,  ia-8  de  vii-77  p.,  2  fr.  50.  —  24.  Campagne  de  1908-1909  en  Chaouïa,  par  le 
général  d'Amade.  Paris,  Chp,pelot,  1912,  in-8  de  vi-393  p.,  avec  44  cartes  et  cro- 
quis dont  33  hors  texte  et  20  photos  hors  texte,  7  fr.  50.  —  25.  Documentas  ine- 
ditos  para  la  historia  de  Mexico.  J  Mémoriat  del  rorone/ Manuel  Maria  GiménEZ, 
ayiidante  de  campo  del  gênerai  Santa  Anna  (179o-1878).  II.  La  Cooperacion  de 
Mexico  en  la  independencia  de  Centra  America,  por  el  gênerai  Vicente  Filisola. 
1.  I  et  IJ,  publicados  por  Geina  ;o  Garcia.  Mexico,  Vda.  Bouret,  1911,  3  vol.  petit 
in-8  de  286,  327  et  340  p.,  15  fr.  —  26.  L.es  Grandes  Marches  d'année,  par  le  gé- 
néral H.  BoNNAL.  Paris,  Chapelot,  1911,  in-8  de  65  p., 1  fr.  50. —  21. L'Économie  des 
forces  à  la  bataille  de  Ligny,  par  le  commandant  Bourguet.  Paris,  Charles- Lavau- 
zelle, s.  d.,  in-8  de  32  {).,  0  fr.  75.  —  28.  L?s  Grands  Espions.  J^ur  histoire,  par 
Paul  et  Suzanne  Lanoir.  T.  I.  Paris,  FicKer,  1911,  in-16  de  335  p.,  3  fr.  50.  — 
29.  Paroles  d'un  soldat,  par  le  général  Bruneau.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  s.  d., 
in-16  de  304  p.,  3  fr.  50.  —  30.  Le  Devoir  militaire,  par  le  com*  J.-A.  Ordioni. 
Pi-ris,  H.  Paulin,  1911,  in-18  de  56  p.,  1  fr.  25.  —  31.  Syndicats  d'officiers,  par 
PoBERT  DE  Boiseleury,  Paris,  Nouvelle  Liîjrairie  nationale,  s  d.,  in-18  de  71  p., 
0  fr.  75.  —  32.  Ca-.'alerie  Procédés  techniques:  la  cavalerie  dans  l'ensemble  de  l'ar- 
mée, la  cavrlerie  dans  la  bmaillc,  ^îw  le  C^\>iU\'me  Loir.  Pari?,  Chapelot,  1912,  in-S 
de  x-'iOl  p.,  aA'ec  nom')r.  croquis  et  12  certes,  9  fr.  —  33.  L'Infanterie  -i  la  guerre. 
par  le  capitaine  A.  Balédent.  Paris,  Chapelot,  1911,  in-8  de  xxiv-202  p..  avec 


_  12>^  — 

3  cartes,  5  fr.  —  3'i.  La  Tyrannie  de  Varm^.  à  feu,  par  le  capitaine  Ltnarès.  P;  - 
ris,  Ch-îpelot,  J91 1,  in-8  de  ix-'l  p.,  1  fr.  50.  —  35.  Le  Combai  sous  bois  H  les  com- 
pagnies foresii'Tes,  par  Lucien  Chancerel.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  s.  d., 
in-8  de  104  p.,  2  fr.  50.  —  36.  Combinaison  des  efforts  de  r infanterie  et  de  l'artillerie 
dans  le  combat,  par  le  commandant  Niessel.  2<;  éd.  Paris,  Charles-Lavauzelle, 
s.  d.,  in-8  de  68  p.,  1  fr.  25.  —  37.  Une  Conférence  anglaise  sur  la  liaison  des 
armes,  p?r  le  brigadier  gôn'^ral  R.-C.-B.  Haki^c;  trad.  de  l'anglais  par  le  colonel 
d'artillerie  Dubois.  Pnris,  Charles-Lavauzelle,  s.  d.,  in-8  de.  6C  p.,  1  fr.  25.  — 
38.  Infanterie  et  artillerie  en  liaison,  par  le  lieutenant-colonel  Thomas  de  C.olli- 
GNY.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  s.  d.,  in-8  de  126  p.,  2  fr.  50.  —  39.  Dans  quelle 
mesure  l'infanterie  peut-elle  compter  sur  l'artillerie  pour  appuyer  son  attaque?  par 
le  colonel  Lalubin.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  s.  d.,  in-8  de  168  p.,  3  ''r,  rj(».  —  40, 
Infanterie  française  et  artillerie  allemande,  par  le  commandant  Gascouin,  Paris, 
Charles-Lavauzelle,  s.  d.,  in-8  de  152  p.,  3  fr.  —  41.  yl  i?  C  tactique,  par  le 
génc;ral  Crémer.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1911,  in-16  de  72  p.,  1  fr.  50,  —  42. 
Emplois  civils  et  militaires  réservés  aux  engagés  et  rengagés.  Paris,  Charles-Lavau- 
zelle, 1911,  in-8  de  326  p.,  2  fr.  50.  —  43.  La  Menace  prussienne.  La  Riposte, 
par  le  lieutenant  Hayem.  Paris,  r.hnrles-Lavauzelle,  s.  d.,  gr.  in-8  de  48  p., 
1   fr.  g;ï?/-        -     r     •  ^"^        "~  ■ 

1. — Nous  l'avons  dit  à  différentes  reprises  ici  même  :  on  n'aurait 
jamais  cru,  il  y  a  encore  un  demi-siècle,  que  ces  soldats  du  premier 
Empire,  qu'on  entrevoyait,  à  cette  époque,  seulement  comme  des 
traîneurs  de  sabre  assez  frustes,  eussent  compté  un  aussi  grand  nom- 
bre d'esprits    délicats,  primesautiers  même,  quelques-uns  fins  lettrés, 
qui  aimaient  à  noter,  dans  leurs  soirées  de  bivouac,  les  détails  delà 
vie  aventureuse  qu'ils  avaient  vécue  dans  la  journée.  C'est  une  réfle- 
xion qui  nous  venait  encore  une  fois  à  la  pensée, en  lisant  les  Mémoires 
du  capitaine  Bertrand,   que  vient  de  faire  paraître  son  petit-fils,  le 
colonel  Chaland  de  la  Guillanche.  Ces  Mémoires,  par  leur  intérêt,  la  va- 
leur des    détails  sont  appelés  à  prendre  un  place  honorable  à  côté 
des  Souvenirs  de  Marbot,  de  Thiébault,  Noël,  Gonneville,  Saint-Cha- 
mans,   etc.,   etc.  Bertrand,   entré   dans  l'armée  quinze  jours  avant 
Austerlitz,  y  demeure  jusqu'à  la  fin  de  l'Empire  et  met  ces  dix  années 
à  conquérir  ses  épaulettes  de  sous-lieutenant.  Mais,  comme  il  n'est 
nommé  que  quinze  jours  après  la  bataille  de  Waterloo  par  le  géné- 
ral Rapp,  et  au  nom  de  Bonaparte,  le  gouvernement  royal  n'a  guère 
la  possibilité  de  le  confirmer  dans  ce  grade.  Licencié  le  1^^  novembre 
1815,  Bertrand,  qui  a  la  passion  de  son  métier,  tient  à  rentrer  de  n'im- 
porte quelle  façon,  dans  l'armée,  et  c'est  ainsi  que  nous  le  voyons  en 
mars  1816,  contracter  un  engagement  comme  simple  fusilier  au  1^' 
régiment  d'infanterie  de  la  garde  royale.  Sous-lieutenant  en  1825, 
lieutenant  en  1830,  capitaine  en  1836,  il  prit  sa  retraite  trois  ans 
après  et  mourut  en  1864  ayant,  pendant  70  ans,  mené  une  vie  d'hon- 
neur et  de  loyauté.  Le  colonel  de  la  Guillanche  a  bien  fait  de  remettre 
en  lumière  la  figure  de  ce  vieux   soldat,   dont  les   souvenirs    consti- 
tuent une  contribution  intéressante  à  l'histoire  du  premier  Empire. 

2.  —  Le  nom  de  Hulot  n'est  pas  inconnu  à  quiconque  s'occupe  de 


—  12L>  — 

l'histoire  du  premier  Empire,  les  Mémoires  du  général  Hulot,  parus 
jadis,  dans  le  Spectateur  militaire,  autant  qu'il  nous  en  souvient, 
constituent  sur  la  période  impériale  un  document  de  valeur.  Le 
Hulot  dont  nous  parle  aujourd'hui  le  vicomte  du  Motey  n'est  pas 
l'auteur  des  Mémoires,  mais  son  frère  dit  Hulot  de  Collart,  personnage 
de  moindre  envergure  que  le  précédent,  néanmoins  aussi  intéressant, 
peut-être  même  plus  intéressant  à  d'autres  points  de  vue.  Élève  de 
l'École  polytechnique  en  1796,  capitaine  d'artillerie  à  27  ans,  chef 
de  bataillon  à  33  (1813),  Hulot  de  Collart  eût  pu  atteindre  aux^plus 
hauts  grades  de  la  hiérarchie  militaire  si  l'Empire  avait  duré.  Mais  les 
événements  de  1814  vinrent  mettre  à  néant  les  espérances  du  jeune 
officier  et  ce  fut  ainsi  qu'il  fut  amené  à  prendre  sa  retraite  en  1830, 
comme  lieutenant-colonel,  s'étant  trouvé,  par  la  force  inéluctable  des 
événements,  cristallisé  dans  ce  grade  pendant  un  peu  plus  de  seize 
années.  C'est  à  l'aide  des  lettres  éci-ites  par  Hulot  de  Collart  et  en  les 
donnant  la  plupart  du  temps  in-extenso,  que  M.  du  Motey  a  recons- 
titué cette  existence  mouvementée  du  vaillant  soldat  qui  fut  à  la  fois 
un  chrétien  et  un  royaliste  convaincu.  On  lira  avec  intérêt  ce 
livre  rempli  de  détails,  de  renseignements  inédits  sur  les  campagnes 
du  premier  Empire.  A  ce  dernier  point  de  vue,  le  travail  de  M.  du 
Motey  :  Un  Héros  de  la  Grande  Armée,  Jean  Gaspard  Hulot  de  Collart 
dépasse  le  cadre  d'une  simple  biographie;  c'est  en  somme  une  étude 
d'intérêt  général  qu'on  devra  nécessairement  consulter  pour  l'his- 
toire des  campagnes  napoléoniennes. 

3.  —  Dans  son  livre  :  Quatre  généraux  de  la  Ré^^ohition  :  Hoche  et 
Desaix,  Kléber  et  Marceau,  M.  Chuquet  a  réuni  environ  six  cents 
lettres  ou  documents  divers  concernant  les  généraux  dont  les  noms 
sont  inscrits  au  frontispice  du  volume.  Certaines  de  ces  lettres  étaient 
déjà  connues  mais  les  chercheurs  seront  bien  aisés  de  les  trouver 
groupées  ici.  Recueil  intéressant  et  qui  pourra  rendre  service  aux 
écrivains  s'occupant  de  la  période  révolutionnaire. 

4.  —  Les  Levées  départementales  dans  V Allier  sous  la  Révolution 
de  M.    le    colonel    Dulac,    constituent     un    très    utile    document 
pour  l'histoire  militaire  de  la  période  révolutionnaire,   à  ses  débuts 
surtout.  Sans  doute  on  pourrait  penser  tout  d'abord  que  ce  travail 
qui  apparaît  seulement    comme    une  série  de   pièces    détachées 
comme  un  répertoire  de  noms,  de  lettres,  de  fragments,  de  Mémoires 
ou  de  Souvenirs  divers,  n'a  d'intérêt  qu'au  point  de  vue  de  l'histoire 
locale.  En  réalité,  une  étude  plus  attentive  de    cette  étude  témoigne 
qu'il  y  a  là  autre  chose  qu'une  histoire  de  clocher.  Quantité  de   faits 
mis  au  jour  par    M.  Dulac  jettent  une  lumière  très  vive  et  très  nette 
sur  certains  points  controversés  de  la  question  des   volontaires  sous 
la  Révolution.  A  ce  point  de  vue,    la  valeur    de    cette    publication 

FÉVRIER  1912  T.  CXXIV.  9. 


—  130  — 

s'affirme  comme  mie  de  celles  dont  les  historiens  devront  désorinai» 
tenir  compte. 

5.  —  Si  Masséna  fut,  au  point  de  vue  moral,  le  personnage  sujet  à 
caution  que  l'on  sait,  le  «  déprédateur  intrépide  »  dont  parlait  Napo- 
léon à  Sainte- Hélène,  il  fut,  tout  de  même,  le  soldat  audacieux  et 
heureux  qui  a  inscrit  dans  les  fastes  militairesdenotrearméequelques 
journées  glorieuses.  Parmi  ces  dernières,  celles  des  24  et25  septembre 
1799,  les  grandes  journées  de  Zurich,  demeurent  parmi  les  mémora- 
bles, puisque,  du  même  coup,  le  futur  duc  de  Rivoli  non  seulement 
'nfligeait  à  Korsakov  une  sanglante  défaite,  contraignait  Souvorov 
à  une  désastreuse  retraite  sur  les  Grisons,  mais  forçait  encore  la 
Russie  à  se  retirer  de  la  deuxième  coalition.  En  dépit  de  l'intérêt  que 
présentent  de  tels  événements,  il  ne  paraît  pas,  à  l'examen  de  la 
bibliographie  d'origine  et  de  langue  françaises,  que  cette  campagne 
eût  éveillé  im  très  vif  sentiment  de  curiosité  dans  notre  pays  et  c'pst 
pour  combler  cette  lacune  que  M.  le  capitaine  L.  Hennequin  vient  de 
reprendre  le  sujet.  Son  travail  Zurich.  Masséna  en  Suisse  (juillet- 
octobre  1799)  est  l'étude  la  plus  complète  que  nous  ayons  encore  lue 
sur  la  matière. 

6. — M.  le  colonel  L.  Picard  commence,  chez  Jouve,  une  histoire 
des  Guerres  d'Espagne  sous  le  premier  Empire  et  nous  donne  aujour- 
d'hui le  Prologue  de  cette  désastreuse  équipée,  V Expédition  du  Portu- 
gcd.  (Pourquoi  du  Portugal  et  non  de  Portugal.  Est-ce  que  Ton  dit 
l'Expédition  de  /a  Russie,  l'Expédition  (Ze  /a  Chine?).  Nous  signalons 
ce  travail  comme  ime  étude  intéressante,  mais  qui  devra  être  examinée 
de  près  par  la  critique.  Surtout  après  les  jugements  sévères  publiés 
par  l'écrivain  dans  sa  préface  sur  la  valeur  des  historiens  en  général, 
sur  ceux  qui  l'ont  précédé,  on  serait  en  droit  d'espérer  qu'il  fera 
beaucoup  mieux.  Or,  nous  avons  été  surpris  de  voir  qu'à  diverses 
reprises  M.  le  colonel  Picard  se  départ  du  calme,  de  la  sérénité  indis- 
pensables à  l'historien.  Quand  il  nous  parle,  par  exemple  (p.  105),  du 
'(  nombre  incalculable  de  victimes  sacrifiées  par  Torquemada  »,  on 
se  demande  si  cette  assertion,  à  propos  d'une  légende  dont  la  critique 
historique  a  laissé  fort  peu  de  chose  debout,  est  bien  à  sa  place  dans 
une  histoire  de  V Expédition  de  Portugal  en  1807.  Quoiqu'il  en  soit,  le 
travail  de  M.  L.  Picard  est,  nous  le  répétons, une  œuvre  consciencieuse 
et  d'une  valeur  certaine;  nous  attendrons  l'apparition  des  volumes 
suivants  pour  l'étudier  plus  en  détail. 

7.  —  De  Munich  à  Vilna,  en  1812,  de  M.  le  lieutenant-colonel  Sau- 
zey,  est  l'histoire  du  corps  bavarois  de  la  Grande  Armée  pendant  la 
campagne  de  Russie.  Cette  étude,  écrite  presque  entièrement  avec  les 
papiers  du  général  d'Albignac,  chef  d'état-major  au  6"^  corps,  sera 
sans  doute  suivie  d'une  seconde  partie,  puisque  le  présent  volume  ne 


—  I>31'  — 

nous  conduit  pas  au-delà  du  15  juillet.  —  M.  Sauzey  ne  peut  laisser 
son  œuvre  inachevée  et  nous  aimerions  à  le  voir  nous  dire  ce  que 
firent  les  Bavarois  dkns  la  deuxièhie  partie  de  1^'  campagne,  notam^ 
ment  à  Polotzk.  Comme  le  dit  l'auteur  avec  justesse,  le  soldat'  bava- 
rois du  premier  Empire  est  tellement  français  de  cœur  qu'il  nous 
intéresse  plus  qu'aucun  de  nos  alliés  de  cette  époque  :  l'infamie  d'un 
de  Wrède  ne  doit  pas  nous  faire  oublier  cette  vérité. 

8. —  La  collection  des  Soldats  suisses  au  service  étranger,  commencée 
il  y  a  trois  ans  par  l'éditeur  .JuUien,  de  Genève,  vient  de  s'enrichir 
d'un  nouveau  volume  consacré  aux  Aventures  de  guerre  du  capitaine  C. 
Gattlen,  à  la   Vie  et  aventures  d'un  pauvre  homme  du    Toggenbourg 
(U.  Braeker),  enfin  à  la  Correspondance  et  journal  de  A.   Massé.   Les 
souvenirs  de  Gattlen  et  ceux  de  U.  Bfaeker,  «  le  pauvre  homme  du 
Toggenbourg,  »  ont  paru  jadis  en  allemand,  et  c'est  la  première  fois; 
croyons-nous,  qu'on  en  donne  une  version  française.  Des  Mémoires 
de  Gattlen  nous  dirons  peu  de    chose,    sinon,   que  sans  avoir  une 
valeur   historique  notable  et  quoique  on  puisse  même,  à  propos  de 
Marengo  par  exemple,  y  signaler  quelques  erreurs,  ils  demeurent 
cependant  intéressants  à  lire  et  pleins  d'aperçus  curieux  sur  la  vie 
militaire  dans  les  armées  dé  cette  époque.  Mais  le  récit  capital  de  ce 
volume,  c'est  la  narration  de  Braeker,  que  son  charme,  sa  couleur, 
son  pittoresque  désignent  comme  un  vrai  bijou  littéraire.  Ce  «  pauvre 
homme  du  Toggenbourg  »  est  réellement  un  pauvre  diable  qu'un  offi- 
cier recruteur  prussien,  peu  scrupuleux,  enrôle,  sans  qu'il  s'en  doute, 
au  compte  de  son  maître,  le  vieux  Frédéric,  qu'il  conduit  faUacieuse- 
ment  à  Berlin,  et  qu'il  enrégimente  de  force  malgré  toutes  les  protes- 
tations du  malheureux  «  volontaire  ».  Les  misères  de  la  vie  militaire 
dans  les  troupes  du  grand  Frédéric  sont  décrites  là,  avec  une  intensité 
de  couleur  et  de  sentiment  véritablement  frappante.  Le  départ  de 
l'armée  pour  la  campagne  de  1756,  les  réflexions  des  soldats  à  ce  su- 
jet, les  détails  sur  l'existence  en  marche,  sur  les  bivouacs,  lanarration 
de  la  bataille  de  Lowositz,  etc.,  constituent  autant  de  tableaux  déli- 
cieusement rendus.  La  troisième  partie  du  nouveau  volume  de  Sol- 
dats suisses  comprend  la  Correspondance  et  le  journal,  de  A.  Massé, 
documents  que  M.  F.  B.  a  intitulés:  Journal  et  lettres  d'un  garde  d'hon- 
neur.   M.  F.  B.  est  l'écrivain  auquel  M.    JuUien  a    confié  la  tâche  de 
nous  présenter,  dans  une  Introduction  sommaire,  la  personnalité  de 
l'auteur  du  Journal,  et  nous  voyons  danfe  cette  notice  qu'Amédée 
Massé  était  né  en  1785,  ce  à  quoi  nous  ne  contredisons  pas.  Là  où 
nous  nous  insurgeons,  c'est  quand  le  même  biographe  ajoute  qu'en 
<f  1811,  le  jeune  homme  fut  désigné  pour  être  incorporé  daiisle  4®  ré- 
giment de  Gardes    d'honneur,    cette    cohorte     de    recrues    nobles 
que  Napoléon  levait  alors  dans  ses  États-.  »  —  Il  y  a  là  une  erreur 


—  132  — : 

certaine,  les  4  régiments  de  gardes  d'honneur  ayant  étt  cif.s  seule- 
ment par  senatus-consulte  du  3  ûvtjV  1813.  Ces  régiments,  quine 
furent  jamais  complètement  organisés,  ne  parurent  aux  armées  que 
par  fractions  détachées,tout  à  fait  à  la  fin  de  la  campagne  et  quelques- 
uns  seulement  en  1814.  Au  3  avril  1813,  Amédée  Massé,  qui  était 
accrédité  comme  secrétaire  civil  près  du  général  Bertrand  en  lUj-rie, 
depuis  le  mois  de  f écrier  1812,  avait  suivi  son  général  en  Allemagne 
et  passa  là  tout  le  reste  de  la  campagne.  On  ne  voit  donc  pas  com- 
ment le  préfet  du  Léman  aurait  pu  l'inscrire  parmi  les  gardes  d'hon- 
neur de  son  département. S'il  y  eut  im  Massé  sur  les  listes  du  préfet, 
c'aura  vraisemblablement  été  son  frère,  ce  frère  dont  il  dit  dans  une 
lettre  à  son  père,  datée  de  Laybach,  15  avril  1813  :  «  M.  de 
Chabrol  m'a  parlé  des  nouvelles  demandes  et  levées  que  l'on  fait  en 
France  des  fils  des  familles  les  plus  imposées....  je  suis  fort  inquiet 
pour  mon  frère  (p.  226).  >'  Ces  réflexions  au  sujet  de  la  situation  d' Amé- 
dée Massé,  en  1813,  n'enlèvent  rien  à  la  valeur  de  sa  correspondance 
et  de  son  Journal  qui  nous  fournissent  de  précieux  détails  sur  les  dix 
demières  années  de  TEmpire,  en  particulier  sur  la  situation  des  pro- 
vinces illyrieimes,  à  cette  époque.  En  somme,  ce  quatrième  volume  de 
Soldats  suisses  au  service  étranger  a  tout  lintérèt  de  ses  aînés;  il 
est  à  souhaiter  que  l'éditeur  continue  cette  excellente  collection. 

9.  —  Nous  venons  de  voir  que  Amédée  Massé  ne  put  jamais  comp- 
ter parmi  les  gardes  d'honneur.  C'est  précisément  de  cette  troupe 
d't  lite,  spécialement  du  2^  régiment,  que  nous  parle  M.  François  Sa- 
got  dans  son  attachante  étude  :  Les  Gardes  d'honneur  de  la  Marne 
en  1813.  Il  y  a  dans  cette  brochure  de  très  curieux  détails  sur  les  dif- 
ficultés qu'eurent  à  vaincre  les  préfets  pom*  amver  à  remplir  les 
cadres  des  nouveaux  corps  dont  l'Empereur  confiait  tout  spéciale- 
ment la  constitution  à  leur  solhcitude.  Mais  tous  les  préfets  n'avaient 
pas  l'habileté  de  M.  de  Jessaint,  et  certains,  sentant  craquer 
l'édifice  impérial,  n'apportèrent  pas  à  l'œuvre  à  laquelle  on  les  con- 
viait tout  le  zèle  désirable.  C'est  ce  qui  explique  comment  cette 
conception  n'aboutit  jamais.  Eùt-eUe  abouti,  d'ailleurs,  elle  n'était 
plus  à  même  de  sauver  l'Empire. 

10.  —  Nous  avons  parlé  mi  peu  phis  haut  de  lettres  de  Kleber,  de 
Marceau,  etc.,  publiées  par  M.  Arthur  Chuquet.  Le  laborieux  et  infa- 
tigable historien  pubhe  trois  autres  volumes  de  correspondances, ayant 
trait  à  des  sujets  divers,  dues  à  des  écrivains  très  différents  et  se 
Jéférant  aux  années  1792,  1812, 1815.  On  trouvera  dans  ce  répertoire 
(qui  sera  continué)  d'intéressantes  pages,  dont  beaucoup  sont  iné- 
dites ou  tout  au  moins  peu  connues. Les  Lettres  de  1815  nous  ont  paru 
spécialement  curieuses. 

11.  —  La  campagne  de  1809,  quand  on  en  parle  en  France  et  même 


oo  

ailleurs,  Autriche  comprise,  c'est  Essling  et  Wagram.  Peu  de  gens 
savent  qu'il  y  eut,  cette  même  année,  en  Pologne,  une  campagne 
qui,  pour  avoir  été  moins  brillante  que  celle  menée  sur  les  bords  du 
Danube,  présenta  cependant  un*  vif  intérêt,  et  c'est  pour  combler  cette 
lacune  historique  que  M.  le  sénateur  autrichien  Wladyslaw  de  Fedo- 
rowicz  publie  aujourd'hui  le  volume  :  1809.  Campagne  de  Pologne. 
L'écrivain  a  réuni  dans  ce  premier  volume  uniquement  des  docu- 
ments de  langue  française;  nous  aurons  les  documents  allemands 
dans  mi  second  volume  et,  dans  un  tome  troisième,  nous  trouverons 
lee  textes  en  autres  langues  avec  un  résumé  historique  en  français. 
Nous  avons  lu  avec  intérêt  ces  documents  et  le  sujet  traité  nous  a 
paru  bien  réellement  neuf.  C'est  à  désespérer  de  connaître  jamais  à 
fond  cette  période  napoléonienne,  dans  laquelle,  chaque  jour,  les 
chercheurs  rencontrent  quelque  dessous  inexploré. 

12.  —  Nous  avons  présenté  naguère  à  nos  lecteurs  le  tome  I^^  de 
la  Fz'e  militaire  du  maréchal  .Vf//, par  M.  le  général  II.  Bonnal.  Signa- 
lons-^eur,  sans  tarder,  l'apparition  du  deuxième  volume  de  cette 
étude,  qui  va  de  mars  1802  (c'est-à-dire  de  la  signature  de  la  paix 
d'Amiens)  au  18  juillet  1807.  Comme  nous  le  remarquions  à  propos 
du  précédent  volume,  l'étude  du  général  Bonnal  va  très  au-delà 
de  ce  que  nous  annonce  le  titre,  et  cette  Vie  militaire  du  maréchal  Ney 
est  presque  une  histoire  complète  des  guerres  du  premier  Empire.  Les 
lecteurs  no  s'en  plaindront  pas. 

13.  —  AL  Maurice  Girod  de  l'Ain  vient  de  consacrer  au  Marcchal 
Volée,  qui  fut  comme  Ney  un  soldat  du  premier  Empire,  vne  notice 
très  complète,  peut  être  im  peu  touffue  pour  la  taille  du  sujet.  Effecti- 
vement, la  partie  du  travail  consacrée  au  Valée  de  la  période  impé- 
riale est  relativement  écourtée;  celle  qui  parle  de  la  Restauration  tient 
en  dix  pages,  et  tout  le  reste  du  volume  est  relatif  à  la  carrière  du 
maréchal  en  Algérie.  Ce  travail  considérable  est  bi?a  plutôt  une  his- 
toire de  la  conquête  nord-africaine  que  l'histoire  d'un  homme,  mais, 
tel  qu'il  est,  il  offre  un  très  grand  intérêt.  Toutefois,  l'ouvrage  aurait 
gagné  à  être  élagué  de  quelques  paqes  de  correspondances  qui  eussent 
figuré  plus  avantageusement  dans  des  annexe  .  Nous  estimons  qu'une 
telle  modification  faciliterait  singulièrement  la  lecture  de  cette  étude 
consciencieuse.  \ .- tL'^r.^'^^ 

14.  —  Le  Clausewitz  de  M.  le  col  niel  Camon  n'est  pas,  comme  on 
pourrait  le  supposer,  un':"  étud>  biogî'aphique  C'est  moins  l'homme 
que  l'écrivain  militaire  o\,  le  penseur  dont  -'occupe,  dans  ces  pages, 
M.  Cimon,  et  la  thèse  qu'il  développe  ne  sera  pas  tout  d'abord  sans 

urprendre,  c'est  à  savoir  que  «  Cl  lusewitz  n'a  pas  saisi  l'essence  même 
du  système  de  guerre  de  Napoléon,  pas  plu?  que  c  11  >  de  son  système 
de  bataille.»  L'accusati -n  est  formelle,  comm^  on  voit.  Il  ne  nous 


—  134  — 

scnitle  |")cS  que  M.  CeniQH  en  ait  ('tabli  entièitment  le  bien  fondée 
pourtai  t,  nous  pn  levons  qu'en  ce  sujet  délicat  nos  lecteurs  exami- 
nent par  eux-mi  mes  le  litige  et  nous  les  .rej. voyons  au  Clansewitz  .en 
questi  n.  « 

15.  —  De  Clausewitz  au  maréclial  Pélissier  la  distance  parait  con- 
sidérable. Elle  l'est  moins  cependaait  qu'elle  le  semble  à  première  vue. 
Pélissier   né    en  1794    —   quatorze    ans    seulement     après    Clau- 
sewitz —  eut  dû  être  compris  dans  la  levée  anticipée  de  1813  et  prendre 
part  aux  deux  dernières  campagnes  de  l'Empire;  c'est  un  premier  lieu 
qui  l'eût  rapproché  du  grand  écrivain  allemand,  lin  autre  trait  de  res- 
semblance, c'est  que,n"ayant  très  probablement  jamais  lu  les  théories 
de  Clausewitz,  il  les  appliquait  d'instinct  avec  un  tact  et  une  énergie 
qu'aucun  chef  d'armée  n'a  sans  doute  possédés  depuis  Bonaparte.  Son 
nouveau  biographe,  M.  le  général  Derrécagaix,  qui  le  connut  bien, 
ayant  été  longtemps  attaché  à  sa  personne  en  qualité  d'aide  de  camp, 
nous  le  peint  tel  qu'il  fut,  tel  qiie  nous  l'avons  connu  nous-même  :  en 
apparence,  un  ours  mal  léché,  ayant,   au  point  de  vue  militaire,  des 
qualités  géniales,  avant  tout,  une  volonté  de  fer,  un  entêtement  irré- 
ductible. Pélissier,  en    dehors    du  monde  militaire,    où  il  se  croyait 
obligé  d'être  rude,  souvent  grossier,   montrait  dans  les    relations  de 
la  vie  civile  et  dans  les  rapports    de   société  des  formes  beaucoi^p 
plus    adoucies.  Le  général    Derrécagaix    nous   retrace    la  carrière 
entière    du  général     Pélissier,    de   sa    naissance   (1794)   à  sa   mort 
(1864);    mais    le     Pélissier  de     l'histoire     n'a    pas    vécu     d'aussi 
longues    années,     et       c'est     son     commandement       en      Orient, 
au  siège    de    Sébastopol,     qui    donnera  à    sa    mémoire     l'auréole 
du     véritable      capitaine     et     du      grand     chef     d'armée.      Les 
événements    de    Crimée    ont    été    trop    souvent     racontés,    sont 
trop   connus,    pour    qu'au    point    de  vue  de    la  relation     môme 
des    événements,    le    nouveau  biographe    ait  trouvé    de  l'inédit  à 
mettre    sous   nos    yeux.    11  n'en  est  pas  de  même  sous  le  rapport 
des    relations    particulières     qu'entretint  Pélissier    avec  les  Tuile- 
ries   pendant    son    séjour     devant     Sébastopol    et    on  lira,  à  ce 
Bujet,   dans  le    nouyeau  volume  dont  nous  parlons,  quelques  révé- 
lations d'un'^ véritable  intérêt.  Cette  nouvelle  biographie  du  Maréchal 
Pélissier,  par  son  côté  anecdotique  aussi  bien  qu'historique,  apparaît 
comme  un  travail  à  la  fois  attachant  et  instructif,  qu'il  y  a  lieu  de 
vulgariser.  Sans  doute,  il  ressort  de  cette  lecture  une  pensée  qui 
vous  suit  longtemps  encore  après  qu'on  a  fermé  le  livre:  comment 
un  homme  aussi  bien  doué  au  point  de  vue  de  l'esprit  et  du  caractère 
a-t-il  été  aussi  sec  au  point  de  vue  du  cœur?  Et  l'on  arrive  à  constater 
qu'en  dépit  de  toutes  leurs  qualités  intellectuelles,  de  tels  êtres  sont 
pbitôt   antipathiques.  On  ne  saurait  les  ha'i'r,  mais  il  n'est  pas  pos- 


—  135  — 

Bible  de  les  aimer.  II  est  vrai  qu'un  tel  regret  se  manifeste  en  nous  à 
propos  de  bien  d'autres  personnalités  célèbres  et  notamment  des 
plus  grands  hommes  de  guerre  connus.  Qu'ont  été  César,  Frédéric, 
Napoléon,  sinon  des  violents,  des  irascibles,  deségoïstes?  Ces  «  grands 
hommes  »  honorent-ils  davantage  l'humanité  que  «  l'honnête  homme  » 
tout  court  ?  il  est  permis  d'en  douter. 

16.  —  On  a  dit  souvent  que  si  Pélissier  avait  vécu  en  1870,  les  évé- 
nements de  l'Année  terrible  eussent  suivi  un  autre  cours.  C'est  une 
façon  de  parler;  car, à  cette  date,  le  duc  de  Malakoff,  déjà  fort  affaibli 
physiquement  et  moralement  en  1864  (l'année  desamort),  n'eût  plus 
été  capable  de  nous  aider  même  de  ses  conseils.  Peut-être,  cependant, 
s'il  eût  vécu  en  1866,  eût- il  réussi  à  ouvrir  les  yeux  des  conseillers  de 
Napoléon  III  et,  peut-être  aussi,. sa  perspicacité  eût-elle  signalé  les 
dangers  qui,  dès  cette  époque,  s'amoncelaient  autour  de  notre  pays.M. 
le  général  Donnai, appelé  récemment  par  le  duc  d'Orléans,  à  l'accom- 
pagner dans  sa  visite  aux  champs  de  bataille  de  Bohême  en  1866,  a-t-il 
parlé  au  prince  de  cette  éventualité  ?  Nous  l'ignorons  ;  mais  ill'  eût  fait  sans 
doute  s'il  avait  eu  l'occasion  de  lire  l'ouvrage  du  général  Derréca- 
gaLx.  Quoi  qu'il  en  s^oit,  la  brochure  écrite  par  M.  Donnai,  à  la  suite 
de  ce  voyage  avec  Monseigneur,  nous  donne  le  récit  des  huit  journées 
qu'a  exigées  cette  excursion.  A  Podol,  Gitchin,  Trautenau,  Nachod, 
Sadowa,  le  général  a  eu  à  exphquer  à  l'héritier  de  Henri  IV  les  péri- 
péties de  cette  lutte  rapide  où  sombra  l'hégémonie  autrichienne  en 
Allemagne.  Cette  brochure  est  intéressante  à  lire,  et  il  suffira 
d'en  signaler  l'apparition  à  nos  lecteurs. 

17  et  18.  —  De  Sadowa  à  Frœschviller,  la  transition  est  facile,  car 
l'un  est  le  prologue  de  l'autre,  le  dernier  nom  est  la  conséquence  du 
premier.  Nous  signalerons  donc,  ici  ensemble,  deux  intéressantes  étu- 
des sur  la  guerre  de  1870-71,  Tune  de  M.  le  général  BoureUy  sur  la 
Guerre  de  1870-1871  et  le  Traité  de  Francfort,!' axitre  consacrée  par 
M.  de  Metz-Noblat  à  laBataillede  i^rcesrAw'iZfe/'.  Encore  que  l'on  puisse 
croire  quetout  a  été  dit  sur  les  événements  delà  guerre  franco- allemande, 
il  est  bien  certain  que  nombre  de  points  sont  encore  à  élucider  et,  pour 
s'en  convaincre,  on  n'a  qu'à  lire  les  deux  travaux  de  MM.  Dourelly  et 
Metz-Noblat.  De  telles  contributions  historiques  ne  redresseraient- elles 
qu'un  petit  nombre  d'erreurs,  elles  demeurent  utiles  et  doivent  être 
encouragées.  C'est  dans  cet  esprit  qu'elles  seront  accueillies  favora- 
blement par  le  public,  .  ^ 

19.  —  Nous  parlerons  en  mêmes  termes  du  travail  de  M.  le  capi- 
taine Leclère  sur  les  Surprimes  de  Bojalon  et  de  Stenay  en  1870.  Nous 
avons  nous-même  raconté  jadis  ces  deux  coups  de  main,  qui  réussi- 
rent davantage  grâce  à  l'entrain  des  jeunes  officiers  qui  y  prirent  part 
que  par  '.uitede  l'habileté  des  dispositions  prises.  Quoi  qu'il  en  soit. 


—  136  -- 

ils  réussirent  et,  sans  avoir  eu  do  grandes  conséquences,  on  peut  avec 
quelque  raison  les  rappeler  au  souvenir  des  générations  présentes. 
Elles  verront  dans  ce  petit  livre  la  preuve  qu'à  la  guerre  l'audace 
est  presque  toujours  couronnée  par  le  succès.  Ce  n'est  pas  une  vé- 
rité nouvelle,  mais  elle  est  de  celles  qu'il  convient  de  rappeler. 

20,  21,  22  et  23.  — Nous  parlerons  ici,  en  même  temps,  de  quatre 
ouvrages  qui,  en    des  modes  variés,  sur    des  tons  divers,  mais  avec 
ime  valeur  à  peu  près  égale,  traitent  du  même  sujet  :  l'étude  de  M.  le 
colonel  Cordonnier  sur  les  Japonais  en  Mandchoiirie,  celle  du  lieute- 
nant de  landwehr  allemand  R.  Ullrich  :  L'Armée  russe  au  feu  pendant 
la  guerre    de    1904-1905,    la  relation  officielle  de    cette    même 
guerre     par    l' état-major  russe  :   Guerre    russo-japonaise    dont 
la  traduction  paraît  chez  Chapelot    au   fur  et  à  mesure  qu'on 
l"imprime  à  Saint-Pétersbourg,  enfin   une   brochure  à    sensa- 
tion: La  Guerre  avec  le  Japon, écrite  par  le  comte  Witte,  ancien 
ministre  des    finances    de   Russie,     en  réponse     à  la   relation 
des  événements  militaires    rédigée  et    publiée  par  le    général 
Kouropatkine.     M.    Cordonnier,  dans    les  Japonais    en  Mand- 
chourie,  laisse  de  côté  les  détails  pour  aborder  les  conditions 
politiques  dans  lesquelles  éclatala  guerre  del904,  pour  déter- 
miner   de  quelle  façon  furent  arrêtés,  des  deux    côtés,    les    plans 
de  campagne,  pour  envisager  avec  quelles  chances  de  succès  s'abor- 
daient, à    priori  ,  les   adversaires.    Point    de   vue  élevé,    traité  par 
l'écrivain     avec      compétence     et      connaissance     de    son      sujet. 
—  Au    contraire  du     colonel   Cordonnier,   M.  le   lieutenant  Ullrich 
s'en  tient   surtout  au    détail,    au    détail   des    choses  qu'il    a  vues, 
des  engagements  auxquels    il   a    assisté,   car  cet     officier  allemand 
prit  part,  en  amateur,  à  la  guerre  de  Mandchourie,  notamment  à  la 
bataille  de  Sandepu,  à  celle  de  Moukden,  à  celle    d'Ingoa,  etc.  Ces 
remarques  sur  la  tactique  de  l'infanterie  russe  ont  donc  l'éminent 
avantage  'd'avoir  été  notées  sur  place,  d'avoir  été  vues  et  pour  ainsi 
dire  vécues.  C'est  un  document  de  première  main. — ^Très  intéressante 
également,  «  quoique  »  ou  peut-être  «  parce  que  »  ayant  la  tournure 
d'un  pamphlet,  la  brochure  du  comte  Witte.  Cette  brochure,  où  le  gé- 
néral Kouropatkine  est  fort  malmené,  avait  d'abord  été  interdite  en 
Russie,  mais  l'interdiction  a,  paraît-il,  été  récemment  levée.  Elle 
nous    signale  des    faiblesses     de    commandement,     d'organisation, 
d'administration  que  nous  connaissions  déjà.  Puissent  nos  amis  et 
alliés  profiter  de  tels  conseils,    de  pareilles  révélations  !  — 
Il  nous  reste  à  dire  quelques  mots  de  la  relation  de    la    guerre     de 
Mandchourie  rédigée  par  l'état-major  russe.  Nous  avons  examiné,  en 
son  temps,  la  valeur  du  premier  volume  ;  les  tomes  récemment  parus 
nous  ont     semblé     avoir  le  même  mérite  que  leur  aîné.  Ces 


—  137  -^ 

nouveaux  venus  nous  parlent  des  opérations  dans  la  région 
de  Lyaoyang,  c'est-à-dire  de  la  situation  au  milieu  de  juillet  1904, 
des  combats  de  ce  môme  mois  de  juillet,  de  la  suspension  des 
opérations  pendant  la  saison  des  pluies,  de  la  reprise  des  hostilités 
(10-23  août)  jusqu'à  la  concentration  de  l'armée  sous  Lyaoyang  (16- 
29  août),  enfin  de  la  bataille  elle-même.  Toute  la  série  des  mouve- 
ments des  troupes  est  traitée,  dans  ces  deux  volumes,  avec  les  minu- 
tieux détails  qui  seuls  permettent  de  tirer  de  tels  événements  les 
leçons  pratiques  qu'ils  comportent.  Quiconque  veut  apprendre,  veut 
comprendre  l'immensité,  l'infini  des  combinaisons,  des  opérations, 
des  détails  qu'exige  la  conduite  des  armées  modernes  aura  une  idée 
d'ensemble  assez  juste  de  ce  gigantesque  problème  en  lisant  l'ouvi'age 
dont  nous  parlons.  Et  en  voyant  nos  généraux  modernes  placés  du 
jour  au  lendemain  et  presque  sans  préparation  à  la  tête  de  masses 
d'un  demi-million  d'hommes,  l'on  songe,  pensif  et  peu  rassuré,  au 
mot  de  Napoléon  :  «  Il  n'y  a  que  moi  et  Davout  qui  puissions  conduire 
une  armée  de  cent  mille  hommes  »  1 

24. —  La  Campagne  de  1908-1909  en  Chaoaïa,  publiée  chez  Chape- 
lot,  est  le  titre  du  gros  rapport  publié  par  le  général  d'Amade  sur  ses 
opérations  au  Maroc.  La  première  partie  de  ce  travail  contient, outre 
de  nombreux  détails  sur  la  topographie  du  pays,  sur  les  mœurs  des 
habitants,  un  exposé  des  opérations  militaires  de  janvier  1908  à  l'af- 
faire d'Azemmour  en  juillet  1909.  On  lira  avec  intérêt  le  récit  détaiUé 
des  engagements  de  Dar-Kseibat  et  Zaouïet-el-Mekki  qui  donnent 
une  idée  exacte  du  genre  de  combats  que  nous  eûmes  à  soutenir  con- 
tre les  tribus  hostiles.  On  trouvera  dans  la  deuxième  partie  un  résumé 
des  précautions  prises  en  Chaouïa  pendant  l'expédition  d'Abd-el- 
Aziz  vers  Marrakech;  enfin,  encore  à  la  troisième  partie,  l'auteur  du 
rapport  passe  en  revue  les  particularités  relatives  aux  combattants 
en  présence,  Marocains  et  troupes  françaises,  et  il  développe  les  en- 
seignements tactiques  que  doivent  tirer  les  différents  armes  de  notre 
expédition.  A  signaler  les  nombreux  croquis,  cartes,  gravures,  repro- 
ductions de  photographies  prisesau cours  des  opérations, illustration 
qui  donne  à  l'œuvre  un  cachet  pittoresque  et  artistique  très  sen- 
sible. 

25.  —  Nous  finirons  ces  notes  d'histoire  militaire  par  quelques 
mots  consacrés  à  trois  nouveaux  volumes  qui  continuent  la  collec- 
tion des  Documentos  ineditos  o  muy  raros  para  la  historia  de  Mexico 
dont  M.  Genaro  Garcia,  l'érudit  directeur  du  Museo  nacional  de 
Mexico,  a  entrepris  la  publication.  Le  premier,  qui  porte  dans  la  collec- 
tion le  no  34,  nous  fait  connaître  les  Mémoires  du  colonel  Manuel  Ma- 
ria Giménez;  les  deux  suivants  (n^^  35  et  36)  sont  consacrés  à  la  corres- 
pondance et  aux  souvenirs  du  général  Vicente  Filisola,  sous  le  titre  : 


—  138  — 

t 

La  Cooperaciôn  de  Mexico  en  la  independencia  de  Mexico.  Nous  avons 
dit  déjà  le  mérite  littéraire  et  historique  de  cette  collection  et  com- 
bien s'honorait  le  gouvernement  mexicain  en  accordant  son  appui, 
tout  au  moins  moral,  à  cette  entreprise.  C'est  donc  avec  une  surprise 
pénible  que  nous  avons  appris  que,  par  suite  des  troubles  politiques 
qui  bouleversent  depuis  quelques  mois  le  Mexique,  l'œuvre  d'érudition 
des  Docamentos  était  obligée  de  suspendre  ses  publications.  Espérons 
que  cette  interruption  sera  de  peu  de  durée  :  les  érudits  de  tous  le& 
pays,  en  particulier  ceux  de  France,  le  souhaitent  de  tout  cœur;  il 
serait  désastreux  pour  la  réputation  intellectuelle  du  Mexique 
qu'une  œu^Te  de  ce  genre,  à  la  fois  patriotique  etnationale,  sombrât 
pour  de  misérables  raisons  de  coterie  ou  de  pobtique. 

26  et  27.  —  Avec  V Économie  des  forces  à  la  bataille  de  Ligny,  de  M. 
le  commandant  Bourguet,  et  surtout  avec  Us  Grandes  Marches 
d'armée,  de  M.  le  général  H.  Bonnal,  nous  quittons  l' histoire  pour 
entrer  dans  la  stratégie.  M.  le  commandant  Bourguet,  qui  ne  redoute 
pas  les  barbarismes  comme  «  retraiter  »  pour  «  battre  en  retraite  », 
estuneque  Napoléon  donna  à  Lignydes  signes  d'égarement  intellec- 
tuel dénotés  par  sa  conception  erronée  du  plan  de  Blûcher  et  celle 
peut-être  aussi  fausse  de  l'effet  que  produirait  sur  la  droite  prussienne 
l'intervention  de  Ney  (corps  d'Erlon),  quand  celui-ci  pourrait  inter- 
venir. Tous  les  esprits  habitués  à  penser  sont  d'accord  pour  dire  avec 
M.  Bourguet  que  Ligny  a  été  une  victoire  maigrelet  graves  défauts 
du  plan  de  bataille.  Quant  à  charger  Ney  de  la  faute  commise  par 
l'Empereur  en  le  détachant  avec  des  ordres  très  positifs  sur  les  Qua- 
tre-Bras,  il  semble  qu'il  y  ait  là  une  partialité  regrettable. «  Exécu- 
tez ponctuellement  mes  ordres,  avait  jadis  écrit  Napoléon  à  Berthier  : 
«Moi  seul  sais  ce  que  je  veux  faire.»  Avec  de  telles  instructions  et  une 
telle  façon  de  commander  chez  Napoléon, on  est  mal  venu  à  exiger 
de  ses  lieutenants  une  initiative  qu'il  était  le  premier  à  leur  inter- 
dire, La  responsabilité  de  Ligny,  notamment  celle  des  marches  et 
contre -marches  de  d'Erlon,  incombe  entièrement  à  l'Empereur, 
tout  de  même  que  l'inaction  de  Grouchy  le  18  ;  l'histoire  impartiale 
doit  le  proclamer.  —  Nous  ne  dirons  qu'un  mot  des  Grandes  Marches 
d'armée, de  ■M. le  général  Bonnal,  qui  y  réclame  la  paternité  de  certains 
principes  logistiques,  notamment  le  rapport  entre  rétablissement 
des  cantrmnemcnts  et  la  capacité  de  marche  des  armées.  Sujet 
compréhensible  surtout  pour  un  officier  d'état-major. 

28-  —  Les  Grands  Espions,  de  MM.  Paul  et  Suzanne  Lanoir,  nous 
retracent  l'existence  mouvementée  de  quelques  espions  plus  ou  moins 
célèbres  et  classent  dans  cette  catégorie,  on  ne  sait  vraiment  pour- 
quoi, des  patriotes  comme  Apfel  et  Stabs.  Une  grande  partie  dia  vo- 
lume est  consacrée  à  l'histoire  des  agents  secrets  ciui  opérèrent  autour 


—  139  - 

de  Metz  en  1870,  surtout  au  fameux  Régnier.  En  ne  suivant  pas 
l'ordre  chronologique,  les  auteurs  ont  rendu  difficile  la  lecture 
d'une  étude  qui  pourrait  être  aisée  et  intéressante.  Ce  serait  un  amen- 
dement utile  pour  une  deuxième  édition  ou  un  second  volume. 

29.  —  Les  Paroles  d'un  soldat,  de  M.  le  général  Bruneau,  ont  été 
inspirées  à  l'éminent  écrivain  par  la  nécessité  de  montrer  aux  géné- 
rations actuelles  la  vanité,  l'inanité  et  tout  à  la  fois  le  danger  des  théo- 
ries antimilitaristes.  De  telles  paroles  ont  déjà  été  dites,  de  telles 
maximes  ont  été  déjà  prônées,  mais  il  est  utile,  il  est  bon  qu'un 
officier  du  mérite  de  M.  Bruneau  les  fasse  siennes,  leur  donne 
l'autorité  qui  s'attache  à  sa  situation  militaire.  L'honorable  général 
commence  par  nous  dire  la  façon  dont  il  comprend  l'idée  de  patrie, 
ce  qu'est  la  guerre,  ce  qu'est  l'armée.  Puis  il  s'adresse  aux  détracteurs 
de  ces  trois  pri  ne  i  paux  facteurs  delà  grandeur  française,  aux  Hervé,  aux 
Jaurès,  aux  capitaines  Moch  et  Bleibtreu,  et  montre  victorieusement 
combien  le  système  des  milices,  peut-être  excellent  en  des  pays  comme 
la  Suisse,  serait,  en  France,  tout  à  fait  insuffisant. Un  souffle  ardent 
de  patriotisme  anime  ces  pages  qu'il  serait  urgent  de  répandre  et 
de  vulgariser  :  une  édition  populaire  à  très  bas  prix  rendrait,  sous  ce 
rapport,  de  grands  services.     • 

30.  —  Du  même  genre  que  le  livre  du  général  Bruneau  apparaît  la 
brochure  de  M.  le  commandant  Ordioni  :  Le  Devoir  militaire,  conférence 
faite  aux  élèves  de  l'École  normale  d'Auxerre  le  l^^  mai  de  l'année 
dernière.  La  tâche  de  l'orateur  n'était  pas  aisée,  car,  en  dépit  des 
fleurs  de  rhétorique  dont  il  entourait  son  discours,  il  ne  pouvait 
être  sans  ignorer  combien  les  théories  de  l' antimilitarisme  ont  fait  de 
progrès  parmi  les  instituteurs  de  France;  il  devait  donc  craindre  que 
ses  auditeurs  ne  fussent  pas  toujours  en  parfaite  communion  d'idées 
avec  lui.  M.  Ordioni  n'a  eu  que  plus  de  mérite  à  affirmer  devant  ce 
public  incertain  la  grandeur  de  l'idée  de  patrie,  la  nécessité  d'une 
organisation  militaire  solide  et  forte,  le  danger  de  l' antimilitarisme, 
l'urgence  pour  les  instituteurs  de  donner  aux  enfants  confiés  à  leurs 
soins  une  éducation  morale  les  préparant  à  l'accomplissement  du 
devoir  militaire.  Cette  petite  brochure,  imprimée  dans  un  format 
commode,  est  à  recommander  et  à  faire  lire  à  la  jeunesse. 

31.  —  Syndicats  d'officiers  !  Tel  est  le  titre  d'une  brochure  dans 
laquelle  M.  Robert  de  Boisfleury  examine  si  de  tels  groupements 
sont  possibles  dans  l'armée,  s'ils  sont  désirables,  s'ils  ne  se  produiront 
pas  fatalement  dans  un  corps  d'officiers  désorienté  comme  le  nôtre. 
Il  conclut  par  l'affirmative  et,  acceptant  le  fait  accompli,  ou  près  de 
s'accomplir,  il  recherche  la  façon  dont  l'institution  nouvelle  pourra 
être  utilisée  pour  le  salut  du  pays.  Tout  cela  est  bien  pensé,  bien  dit, 
rempli  d'idées  justes,  nouvelles,  qui  ne  peuvent  manquer  de  fruc- 
tifier, 


.-  140  - 

32.  —  Avec  le  livre  de  M.  le  capitaine  Loir  :  Cavalerie,  nous  entrons 
définitivement  dans  la  tactique.  L'écrivain  affirme  que  l'utilité  des 
armes  à  cheval  est  plus  démontrée  que  jamais,  en  dépit  de  la  puis- 
sance sans  cesse  croissante  du  fusil  et  du  canon.  Et  cette  vérité  qu'a- 
vait entrevue  dès  1869  Ardant  du  Pic,  que  confirmaient,  moins  loin 
de  nous,  des  écrivains  comme  les  généraux  Maillard  et  Négrier,  il 
l'établit  par  de  nouveaux  arguments,  de  nouvelles  preuves  indénia- 
bles. Le  livre,  très  étudié,  embrasse  l'ensemble  de  toutes  les  opéra- 
tions qui  constituent  le  service  de  la  cavalerie  :  découverte,  marches, 
stationnement,  la  cavalerie  dans  l'ensemble  de  l'armée,  la  cavalerie 
avant,  pondant,  après  la  bataille.  Travail  très  complet,  d'une  lec- 
ture facile. 

33.  —  Tout  différent  du  précédent  volume  nous  apparaît  le  travail 
de  M.  le  capitaine  Balédent  :  L' Infanterie  à  la  guerre,  répertoire  d'exer- 
cices pour  petites  unités,  avec  étude  de  la  carte.  L'écrivain  s'attache 
plus  au  sens  qu'à  la  lettre  même  des  règlements  et  sa  méthode  est 
certainement  la  bonne.  Cet  ouvrage,  plutôt  pratique  que  théorique 
en  dépit  de  ses  allures  didactiques,  rendra  certainement  des  services 
à  nos  jeunes  officiers. 

34.  —  Bien  que  tous  les  officiers  «d'infanterie  soient  aujourd'hui 
imbus  de  l'esprit  offensif,  M.  le  capitaine  Linarès  est  persuadé  que 
le  mode  d'emploi  actuel  du  feu  de  mousqueterie  paralysera,  à  leur 
insu  même,  le  mouvement  en  avant.  Il  l'affirme  dans  sa  brochure  : 
La  Tyrannie  de  l'arme  à  feu,  et  il  cherche  un  moyen  de  nous  soustraire 
à  cette  tyrannie  en  prônant  ce  qu'il  appelle  le  «  feu  défensif  ».  Beau- 
coup d'idées  nouvelles,  neuves,  émanant  évidemment  d'un  esprit 
perspicace,  que  certains  traiteront  peut-être  de  paradoxal,  mais 
dont  les  audaces  nous  paraissent  fondées. 

35.  —  M.  Chancerel,  inspecteur  des  eaux  et  forêts,  vient  de  publier, 
sous  le  titre  :  Le  Combat  sous  bois  et  les  compagnies  forestières,  une 
étude  dans  laquelle  il  examine  la  méthode  suivant  laquelle  les  mas- 
sifs boisés  peuvent  être  utilisés  à  la  guerre  soit  pour  le  cheminement 
en  avant  et  l'attaque,  soit  pour  le  combat  défensif  et  la  retraite.  Il 
nous  dit,  en  outre,  de  quelle  façon  les  corps  actuels  de  soldats  forestiers 
pourraient  être  employés  pour  de  s  missions  tenant  à  la  spécialité.  Nous 
voyons  là  que  la  question  posée  par  M.  Chancerel  a  été  étudiée  déjà 
par  plusieurs  de  ses  confrères,  notamment  par  M.  l'inspecteur  Por- 
tier: elle  ne  manquera  pas  d'aboutir,  espérons-le  tout  du  moinis,  pour 
le  bien  de  notre  armée.  Le  livre  de  M.  Chancerel  complète  heureuse- 
ment l'excellente  étude  du  lieutenant  Barthélémy  :  La  Manœuvre 
en  terrain  boisé  que  nous  avons  étudiée  ici  l'armée  dernière.  Il 
appelle  une  fois  de  plus  l'attention  des  pouvoirs  publics  sur  une 
question  plus  importante  que  jamais  à  la  guerre,  aujourd'hui  que  le 


-  141  — 

défilement  des  troupes  pour  la  marche  d'approche  est  une  con- 
dition essentielle  du  succès. 

36,  37,  38  et  39. — La  liaison  des  armes  sur  le  champ  de  bataille, 
c'est-à-dire  le  mutuel  soutien,  le  judicieux  appui  qu'elles  doivent  se 
prêter  l'une  à  l'autre  pour  arriver  plus  rapidement,  plus  sûrement 
au  succès,  est  une  des  questions  qui  préoccupe  le  plus,  de  nos  jours, 
les  esprits  qu'attirent  les  problèmes  de  haute  tactique.  Nous  avons 
la  preuve  de  cette  attraction  dans  la  publication  simultanée  de  qua- 
tre études  qui,  sous  des  titres  différents, avec  des  arguments  divers, 
d'après  des  méthodes  varices,  traitent  de  la  même  question  :  i°  Com- 
binaUon  des  efforts  de  l'infanterie  et  de  l' artillerie  dans  le  combat,  par 
le  commandant  Niessel  ;  2°  une  conférence  faite  en  Angleterre  par  le 
brigadier-général  R.  C.  B.  Haking  sur  la  Liaison  des  armes\  3°  In- 
fanterie el  artillerie  en  liaison^  par  le  lieutenant-colonel  Thomas  de 
Colligny;  enfin  et  4°  une  brochure  du  colonel  Lalubin  :  Dans  quelle 
mesure  l'infanterie  peut-elle  compter  sur  l'artillerie  pour  appuyer  son 
attaque?  Ces  quatre  travaux  méritent  à  divers  points  de  vue  d'être 
sérieusement  médités,  en  particulier  la  conférence  du  général  anglais 
qui,  par  sa  hauteur  de  vues  et  tout  à  la  fois  le  côté  pratique  de  son 
argumentation,  nous  a  paru. apte  à  frapper  particulièrement  le  lec- 
teur. M.  le  colonel  Dubois,  en  traduisant  ces  pages,  a  rendu  un 
véritable  service  à  notre  armée. 

40.  —  Nous  aurions  pu  rattacher  aux  quatre  brochures  dont  nous 
venons  de  parler  celle  du  commandant  Gascouin:  Infanterie  française  et 
ariillerie  allemande,  car,  tn  réalité,  c'est  encore  de  la  liaisondes  armes 
qu'elle  nous  entretient.  Toutefois,  l'écrivain  envisage  spécialement 
le  problème  au  point  de  vue  de  la  diminution  maxima  des  pertes, et 
cette  spécialité  dans  l'objectif  nous  a  amené  à  traiter  son  étude  à 
]  art.  L'honorable  officier  cherche  de  quelle  manière  une  infanterie 
assaillante  pourra  effectuer  son  attaque,  sous  le  feu  d'une  artillerie 
nombreuse  et  bien  servie,  comme  le  sera  sans  doute  l'artillerie  alle- 
mande, cela  en  subissant  le  minimum  de  pertes.  Et  il  conclut  en  assu- 
rant que  le  succès  de  la  bataille  dépendra  du  degré,  de  l'intensité  de 
la  liaison  entre  l'infanterie  et  l'artillerie.  Pour  arriver  au  but  sou- 
haitéàcet  égard, M.  Gascouin  propose  que,  dans  le  règlement  sur.  le 
service  en  campagne,  le  chapitre  du  combat  ne  soit  pas  traité  d'une 
façon  différente  pour  les  deux  armes  principales  (infanterie  et  artille- 
rie), comme  la  chose  a  lieu  actuellement,  mais  au  contraire  qu'il  soit 
fondu,  pour  ces  deux  armes,  en  un  texte  unique.  Il  y  a  là  une  idée 
qui  paraît  très  judicieuse  et  pour  la  défense  de  laquelle  on  trou- 
verait plus  d'un  argument  dans  la  brochure  du  général  Haking  dont 
nous  parlions  tout  à  l'heure.  Ce  serait  une  raison  de  plus  pour  l'esti- 
mer acceptable. 


—    142  ^ 

4J.  —  U  A  B  C  tactique  de  M.  le  général  Crémer  est  un  petit 
répertoire  de  définitions  et  de  principes  militaires  capitaux,  qui 
pouiTa  servir  de  mémento  aux  chefs  des  petites  unités  pour  lesquels 
il  paraît  avoir  été  écrit.  C'est  à  eux  surtout  qu'on  doit  le  recom- 
mander. 

42  et  43. —  N-ous  terminons  cet  article  d'ensemble  en  signalant  tout 
d'abord  à  ceux  de  nos  lecteurs  qu'elle  peut  intéresser  la  brochure  : 
Emplois  civils  et  militaires  réservés  aux  engagés  et  rengagés  :  l'ouvrage 
a  été  mis  au  courant  jusqu'à  aujourd'hui;  il  a  donc  le  mérite  de  l'ao- 
tualité  et  de  l'exactitude.  —  Enfin  nous  citerons  la  brochure  de  M.  le 
lieutenant  Hayem  :  La  Menace  prussienne.  La  Riposte,  qui  nous  ar- 
rive au  dernier  moment.  M.  Hayem,  après  avoir  examiné  la  forme  que 
prendrait  une  nouvelle  guerre  avec  l'Allemagne,  la  zone  probable 
des  combats  futurs,  convie  la  France  à  se  ressaisir  devant  im  danger 
toujours  menaçant,  à  se  tenir  prête  au  point'  de  vue  matériel,  mais 
surtout  de  fortifier  son  âme  et  de  se  dérober  aux  intrigues  politiques 
qui  nous  divisent.  Comte    de   Sérig.nan. 

THÉOLOGIE 

jVouveaoBX     I?IéB«nges    os>»t»ires,    par     M.   dMIijlst.    IX.     Paris, 
de  Gigord,  1911,  in-3  de  534  p.  —  l'rix  :  /j  fr. 

Ce  nouveau  volume  des  Œuvres  posthumes  de  Mgr  d'Hulst  embrasse, 
on  peut  le  dire,  toute  sa  carrière  sacerdotale,  puisqu'il  s'étend  de 
l'année  18.67,  presque  son  époque  de  début,  à  l'année  1896,  l'année 
même  de  sa  mort.  Il  s'y  trouve,  surtout  pour  les  années  de  début,  un 
grand  nombre  de  discours  achevés  et  complets,  et  aussi,  surtout  pour 
les  dernières  années,  de  simples  canevas  ou  résumés,  brefs  de  mots, 
mais  pleins  de  choses.  Les  uns  et  les  autres  sont  très  dignes  d'être 
lus  et  médités,  pour  le  plus  grand  profit  de  l'esprit  et  de  l'âme.  Ne 
pouvant  analyser  tant  d'oeuvres  différentes,  il  suffit  d'en  indiquer  les 
sujets  généraux.  Une  première  série  a  trait  aux  œuvres  eucharisti- 
ques. Ce  sont  des  triduums  d'adoration  perpétuelle,  des  octaves  de 
réparation,  des  instructions  aux  associés  de  l'adoration  ou  de  la  com- 
munion réparatrice  ou  de  l'œuvre  des  tabernacles,  toutes  œuvres 
particulièrement  chères  au  cœur  de  l'éminent  prélat.  La  deuxième 
série  comprend  les  sermons  pour  les  fêtes  de  la  sainte  Vierge  et  tout 
particulièrement  le  Mois  de  Marie.  La  troisième  série  enfin,  ce  sont  les 
sermons  donnés  aux  réunions  des  Mères  chrétiennes  de  Notre-Dame 
de  Sion,  complétés  et  achevés  par  un  beau  sermon  de  charité  prcèhé 
à  Sainte-Gudule  de  Bruxelles,  en  faveur  de  l'œuvre  du  Calvaire. 

Tel  est  en  résumé  ce  nouveau  volume,  tout  à  fait  digne  de  ses 
aînés,  et  auquel  le  public  chrétien  fera  le  même  bon  accueil. 

E.    PONTAL. 


-  143  - 

lie  Boitddhism®  primitif,  par  Alfbbo  Roussbl.  Paris, Téquik  1911, 
iti-12  (le  ix-^31  p.  -  Prix  :  4  fr. 

Chaque  année,  depuis  quelque  temps,  les  travaux  français  consa- 
crés au  bouddhisme  se  succèdent  presque  sans  interruption.  Après  le 
livre  récent  de  M.  de  la  Vallée- Poussin,  celui  du  P.  Roussel  sera  le 
bienvenu.  Devant  des  auditoires  choisis,  à  Fribourg  d'abord,  puis-  à 
Paris,  l'éminent  oratorien  a  étudié  les  problèmes  principaux  de  cette 
doctrine  si  difficilement  accessible  aux  intelligences  européennes.  Là 
Bouddhisme  primitif  se  divise  en  trois  parties  :  la  Vie  et  l'œuvre  du 
Bouddha,  d'après  l'histoire  et  la  légende,  le  Dhamma,  c'est-à-dire 
l'onsoignement  dogmatique  et  moral  du  Bouddha,  le  Sangha  ou  mona- 
chisnre  bouddhique.  La  compétence  du  P.  Roussel  est  universelle- 
ment reconnue  des  indianistes,  et  l'on  ne  peut  que  se  féliciter  que, 
par  une  vulgarisation  savante,  il  se  soit  appliqué  à  en  faire  bénéficier 
les  profanes.  L'exposition  est  aisée,  claire  et  agréable,  non  toutefois 
sans  quelques  longueurs.  L'auteur  s'est  attaché  à  discuter  abondam- 
ment les  comparaisons  qu'il  est  de  mode,  en  certains  milieux  incro- 
yants, d'instituer  entre  le  bouddhisme  et  le  christianisme,  spéciale- 
ment le  christianisme  catholique.  11  a  bien  montré  l'originalité  irré- 
ductible et  l'incontestable  transcendance  de  notre  religion.  Son  ou^ 
vrage  joint  donc, à  ses  autres  mérites,  celui  d'apporter  à  l'apologé- 
tique de  précieuses  contributions.  Il  est  de  nature  à  dissiper  les  ma- 
lentendus et  les  méprises.  On  peut  donc  en  conseiller  vivement  la 
lecture  et  l'étude  àtous  ceux  que  préoccupent  les  questions  soulevées 
à  propos  de  l'histoire  comparée  des  religions.  Puisque  le  P.  Roussel  a 
cru  devoir  joindre  à  son  livre  un  «  Chapitre  supplémentaire  »  où  il 
décrit  l'état  présent  du  bouddhisme  dans  l'Inde,  particulièrement  à 
Ceylan  et  au  Népal,  nous  formerons  le  vœu  qu'il  étende  quelque  jour 
son  enquête  aux  immenses  régions  situées  au  nord  de  l'Himalay. 

J.  L. 

SCIENCES  ET  ARTS 

Esquisse   d'une  pliiieso|ilile    des  sciences,  par  W.  OsTWiLD 
trad.  de  l'allemand  par  M.  Dorollh.  Paris,  Alcan,  lyli,  iri-16  de   iv-184   p. 
—  Prix  :  2  fr.  oO. 

L'auteur  de  l'Esquisse  d'une  philosophie  des  sciences  professe  une 
philosophie  positiviste  et  subjective.  Il  ne  combat  pas  précisément 
toute  métaphysique,  si  ce  n'est  par  prêter ition;  il  n'en  parle  jamais, 
il  l'ignore.  On  peut  se  représenter  par  là  ce  que  doit  être  sa  «  théorie 
générale  de  la  connaissance,  »  sujet  de  son  livre  P^.  C'est  d'une  con- 
naissance purement  sensible,  exclusivement  fondée  sur  le  témoi- 
gnage des  sens,  qu'il  fait  la  base  de  sa  philosophie  des  sciences.  Si, 
dans  le  raisonnement,  il  admet  la  déduction,  ce  n'est  qu'en  tant  que 


—  Wi  — 

Bubordonnce  à  l'induction  et  s'appuyant  exclusivement  sur  des  prin- 
cipes ou  vérités  mis  en  lumière  en  premier  lieu  par  l'induction  expé- 
rimentale. 

Il  arrive  ainsi  à  repartir  toutes  les  sciences  en  trois  grandes  divi- 
sions. Dans  la  première,  il  range  la  logique  avec  les  sciences  du  cal- 
cul, la  géométrie  et  la  «  phoronomie  «  (lisez  :  la  cinématique);  la 
seconde  comprend  les  sciences  physiques  proprement  dites,  mécani- 
que, physique  et  chimie;  et,  dans  la  troisième,  celle  des  sciences  biolo- 
giques :  la  physiologie,  la  psychologie  (sic)  et  la  sociologie.       .,;,; 

On  sera  moins  surpris  de  voir  la  psychologie  placée  après  la  physio- 
logie, lorsqu'on  saura  que,  pour  l'auteur,  l'âme  humaine  n'est  point 
considérée  comme  substantielle,  mais  bien  comme  une  sorte  de  per- 
manence évolutive  du  souvenir.  L'âme  humaine  rabaissée  à  la  faculté 
purement  sensitive  de  la  mémoire,  voilà  à  quoi  aboutit  une  philoso- 
phie des  sciences  qui,  en  rejetant  toute  une  classe,  et  la  plus  relevée, 
de^facultéshumaines,ne  veut  voir  dans  celles-ci,  dans  les  opérations 
defesprit,  qu'un  effet  du  jeu  des  sens  et  des  phénomènes  sensoriels. 

Sur  cette  base  essentiellement  incomplète  et,  partant,  nécessai- 
rement fausse,  l'auteur  a  écrit  un  livre  d'ailleurs  très  savant,  rendu 
par  le  traducteur  en  un  style  austère  et  sobre  qu'on  eût  aimé  voir 
au  service  d'une  philosophie  plus  élevée  et  plus  vraie. 

C.     DE     KlRW^AN. 

lia    Charité   à   travers  la  vie,  par    la   comtesse    d'Haussonville. 
Pari?,  Lecoffre,  Gabalda,  1912,  in-8  de  320  p.  —  Prix  .-  3  fr.  5ii. 

Ce  bon  et  charmant  livre  est  un  recueil  de  passages  choisis  extraits 
des  meilleurs  écrivains  et  orateurs  sur  la  charité  et  s'appliquant  aux 
différentes  circonstances  de  la  vie  :  enfance,  âge  mûr,  vieillesse,  ri- 
chesse, pauvreté,  etc.  On  y  trouvera  les  noms  les  plus  divers  depuis 
l'abbé  Perreyve  jusqu'à  Bossuet  et  depuis  Madame  Craven  jusqu'à 
saint  Grégoire  de  Nazianze.  Mais  les  pages  inédites  ne  le  cèdent 
en  rien  aux  autres.  On  y  reconnaît  l'auteur  de  l'Introduction  si 
simple  et  si  chrétienne,  dans  laquelle,  en  25  lignes.  Madame  la 
comtesse  d'Hausson ville  a  écrit  une  des  plus  touchantes  exhorta- 
tions à  la  charité.  Il  n'est  personne  à  qui  ce  livre  ne  puisse  faire  du 
bien  et  on  comprend  à  merveille  les  hautes  approbations  épiscopales 
dont  il  a  été  l'objet  et  l'élogieuse  Préface  de  M.  le  chanoine  de  Giber 
gués.  La  charité,  c'est  le  résumé  de  toute  la  doctrine  chrétienne,  mais, 
pour  le  comprendre,  il  faut  avoir  soin  d'être  fidèle  au  sens  exact  du 
mot  et  de  l'identifier  avec  l'amour  du  prochain  tel  qu'il  est  prescrit 
par  l'Évangile.  C'est  cette  vérité  que  ce  livre  rend  lumineuse.  Il  n'en 
est  pas  de  plus  utile  à  répandre, au  moment  où  certains  chrétiens, 
d'inspiration  contestable,  prétendent  trouver  ailleurs  que  dans  la 
charité' le  moyen  de  restaurer  le  règne  du  Christ.  E.  G. 


^  145  ~ 

nisforfa  «le  la  educarîoEt  y  la  pcdagogia,   por  el    P.   RAMô^f 
Ruiz   Amado.  Barcelone),  Gili,  1911,  ia-16  de /<26  p.  —  Prix:  -i  fr. 

L'auteur  de  ce  livre  s'est  proposé  de  passer  en  revue  les  différents 
systèmes  ou  concepts  de  l'éducation  et  de  la  pédagogie  à  travers 
les  siècles.  Il  distingue  quatre  époques  principales  :  1^  l'époque  tradi- 
tionaliste (qui  comprend  un  traditionalisme  philologique,  dans  l'Inde; 
scientifique,  en  Egypte;  religieux,  chez  les  Hébreux;  politique,  en 
Chine);  2°  l'époque  humaniste  (qu'il  subdivise  en  humanisme  grec,  et 
en  humanisme  grec-romain);  3°  l'cpoque  néo-latine  (pédagogie  patris- 
tique,  monastique,  scholastique,  humanistique;  formation  de  l'en- 
seignement secondaire  et  de  l'enseignement  primaire);  4°  l'époque 
rationaliste    (pédagogie     réaliste,     philanthropique,     humanitariste, 
moraliste,  politique,  et  nettement  catholique-réactionnaire).  La  pre- 
mière l'poque  remonte  aux  temps  les  plus  reculés  de  l'histoire;  l'au- 
teur fait  preuve,  dans  cette  partie,  d'une  érudition  peu  commune 
puisqu'il  s'agit  de  sjTithétiser  les  connaissances  que  nous  avons  pu 
recueillir  à  grand' peine  dans  les  livres  sacrés  de  l'Inde  et  dans  les 
textes  hiéroglyphiques  de  l'Egypte.   Deux  appendices  intéressants 
concernent  la  pédagogie  chez  le  peuple  hébreu  et  dans  la  Chine,  A 
partir  de  la  seconde  époque,  le  P.  Rujz  Amado  a  divisé  en  numéros 
distincts  chacune  de  ses  monographies,  et  nous  en  comptons  142  jus- 
qu'à la  fin  du  volume.  C'est  assez  dire  que  le  travail  de  l'auteur  est 
une  étude  consciencieuse  et  aussi  complète  que  possible  de  la  question. 
Nous  nous  plaisons  à  signaler  tout  particuhèrement  la  partie  qui  con- 
cerne le  moyen  âge.  On  sait  combien  cette  époque  a  été  dédaignée 
parce   qu'elle  a  été  trop  longtemps  méconnue;  une  réaction  s'est 
produite  au  xix^  siècle,  par  suite  d'efforts  et  de  découvertes  (!)  de  la 
part  d'hommes  sérieux,  ou  plutôt  d'hommes  de  goût.  Le  moyon  âo-e 
a  reconquis  de  nos  jours  la  gloire  qu'il  n'aurait  jamais  dû  voir  s'obs- 
curcir. Et  le  P.  Ruiz  Amado  le  met  en  bonne  place  dans  son  excel- 
lent ouvrage.  Il  était  aussi  tout  naturel  qu'il  fît  une  mention  parti- 
cuHère  des  efforts  déployés  par  les  jésuites  pour  l'éducation  des  jeunes 
gens  :  est-ce  modestie?  Est-ce  quelque  autre  motif  qui  l'a  empêché 
de  développer  davantage  ce  point  si  intéressant?  Toujours  est- il  que 
nous  avons  trouvé  un  peu  écourtées  les  pages  qu'il  a  consacrées  à  ce 
sujet.  Trop  concises  aussi  nous  ont  paru  les  sections  de  la  fin,  où  il 
traite  des  congrégations  religieuses  de  femmes  dédiées  à  l'enseigne- 
ment :  8  pages  seulement,  c'est  peu, trop  peu, quand  il  s'agit  de  montrer 
tout  ce  qu'ont  fait  ou  qu'ont  voulu  faire  les  ursulines,   les  visitan- 
dines,  et  tant  d'autres  ordres  qui  ne  sont  même  pas  nommés,  dont  la 
mission  a  cependant    laissé    un  sillon  lumineux  et  marqué  d'une 
empreinte  profonde  la  société  contemporaine.  G.  Bernard. 


Flvpier  1912.  T.  CXXIV.  10. 


—  146  — 

Histoire  «les  léi;uines.  par  Georges  Gibault.  P^ris,  Lfljrairie  hisni^. 
coïc,  l'.MJ,  gv.  iu-s  do  viii-404  p.,  avec  grav.  —  Prix  :  5  fr. 

S'occupaat  de  la  vie  matérielle  des  hommes,  ce  "voîiime  retraee  tout 
ce  qui  concerne  la  partie  de  l'alimentation  que  l'on  demande  aux 
produits  herbacés  du  sol, aux  légumes,  etnon  pas  seulement  ce  qui  se 
fait  de  nos  jours,  où  les  habitudes  se  sont  établies  en  faveur  de  tels 
ou  tels  végétaux,  ont  subi  les  effets  de  la  mode  et  permis  à  cer- 
tains préjugés  de  prendre  faveur  soit  pour  soit  contre  certaines  na- 
tures de  plantes  ou  de  légumes,  mais  encore  ce  qui  s'est  fait  jadis, 
chez  les  peuples  de  Rome,  de  l'Asie  et  même  en  Egypte. 

Comme  l'auteur  le  dit  au  début  de  son  livre,  notre  curiosité  sera 
excitée  par  ce  que  nous  trouvons,  mais  elle  ne  sera  jamais  entière- 
ment satisfaite.  Des  documents  archéologiques  font  défaut,  ou  sont 
incomplets;  maisle  peu  qui  en  subsiste,et  à  côté, les  graines, les  débris 
végétaux  qu'on  a  trouvés  dans  les  fouilles  opérées,  notamment' dans 
les  tombeaux  Égyptiens,  identifiés  avec  les  représentations 
figurées  sur  les  monuments,  tous  ces  spécimens  d'autres  temps,  plus 
récemmentencore  les  miniatures  des  manuscrits,  ont  été  utiliséspar 
l'auteur  qui  nous  a  vraiment  donné  un  recueil  curieux,  plein  de  science 
et  du  plus  grand  intérêt. 

La  division  du  livre  n'est  pas  rigoureusement  scientifique,  comme 
M.  Gibault  le  dit  tout  de  suite,  lui-même.  Il  débute  par  l'asperge^ 
continue  par  les  légumes  proprement  dits,  herbages  légumiers,  salade, 
légUmes  racines,  donne  un  développement  considérable  aux  plantes 
tuberculeuses  apparues  ou  propagées  dans  les  temps  modernes.  Ce 
sont  les  heliantis,  lescrosnes.les  patates  et, entre  toutes,la  pomme  de 
terre.L' usage  de  celle-ci  est  déjà  bien  ancien,  sinon  fort  répandu.  On 
suit  dans  ces  pages  l'histoire  de  son  développement  dans  notre  Eu- 
rope comme  aussi  dans  notre  France,  pour  arriver  au  point  moderne 
où,  chez  le  pauvre  comme  chez  le  riche,  on  ne  saurait  se  passer  de  ce 
tubercale.  Après  un  chapitre  consacré  aux  fruits  légumiers,  dont  la 
fraise  est  le  plus  intéressant  spécimen,  quelques  pages  rappellent  quel- 
les sont  les  plantes  potagères  qui  ont  eu  leur  temps  de  vogue,  qui 
n'ont  pu  maintenir  cette  faveur,  mais,  depuis,  sont  tombées  en  dis- 
crédit. G.  DE  Senneville. 


LITTÉRATURE 

llippolyte  de  la  lUorvoniiaiiîi,  «a  Yie,  ses  œuvres,  SC8  idées. 

Elude  sur   le   rom'inlhmi;    en   Bretagne,   diaprés    des   documents   inédits,    par 
l'abbé  E.  Flrury.  Paris,  Champion",  1911,  gr.  in-8  <Je  588  p.  —  Prix  :  7fr.  50. 

Hippolyte  de  la  Mervonnait».  lEuvreH  elioi»ies.  Poésie 
et  prose,  avec  des  notes  explicatives,  par  le  même.  Paris,  Champion, 
1011,  gr.  iu-B  de  150  p.       Prix  :  2  fr.  50. 

De  loin,  cet  Hippolyte  de  la  Morvonnais  fait  quelque  figure.  Il  fut 


-^  147  — 

l'ami  ou  le  correspondant  de  Chateaubriand,  dô  Lamennais,  de  La- 
martine, de  Sainte-Beuve,  de  iVlaùrice  de  tjùéfin,  l'hôte  Complaisant 
en  son  manoir  du  Val  de  FArguenon  d'una  quantité  d'écrivains  célè- 
bres de  1830  à  1850.  On  ne  touche  guère  aux  grands  romantiques 
sans  rencontrer  son  nom  dans  quelque  coin,  en  tête^ou  au  bas  de 
quelque  lettre.  Et,  comme  on' sait  qu'il  a  écrit  en  vers  et  en  prose,  on 
a  fait  à  l'auteur  de  la  Thébaïde  des  grèves,  des  Larmes  de  Madeleine, 
du  Manoir  des  dunes,  la  grâce  de  croire  qu'il  eut,  lui  aussi,  du  talent 
et  peut-être,  à  cause  de  sa  vie  retirée  au  fond  de  la  Bretagne,  un  talent 
méconnu. 

A  cause  de  cela  même,  il  était  bon  qu'un  travailleur  allât  y  voir  de 
près  et  remuer  le  fatras  d'inédit  qu'a  raison  de  garder  son  petit- fils, 
que  n'eut  pas  tout  à  fait  tort  de  brûler  et  d'abandonner  dédaigneu- 
sement aux  rats  sa  fille  Marie.  Or,  si  M.  l'abbé  Fleury  n'a  pas  eu  l'hé- 
roïsme de  voir  que  son  «  héros  »  était  de  bois  creux,  s'il  lui  conserve 
une  admiration  qui  tend  à  justifier  son  labeur  et  ses  deux  volumes, 
l'évidence  est  là;  et  c'est  la  famille  du  pauvre  Hippoiyte  qui  eut  raison 
en  le  considérant  toute  sa  vie  comme  un  fou,  un  demi-fou  tout  au 
moins,  à  qui  le  romantisme  et  le  mal  littéraire  avaient  tourné  la  tête. 

Son  portrait  en  tête  du  volume  donne  déjà  l'impression  d'un 
halluciné.  Ce  qu'on  nous  dit,  trop  discrètement,  de  sa  façon  de  vivre, 
ses  promenades  solitaires  en  pleins  champs,  en  pleines  grèves,  avec 
une  majestueuse  redingote  et  un  chapeau  à  haute  forme  éternel, 
confirment  cette  inquiétude.  Et  il  transparaît  que,  quoiqu'il  fût  tout 
le  contraire  d'un  méchant  homme,  il  fit  par  les  bizarreries  de  son  hu- 
meur et  son  indocilité  à  suivre  la  voie  commune  le  tourment  de  sa 
mère;  qu'il  rendit  pendant  dix  ans  sa  charmante  femme  très  malheu- 
reuse, en  la  rabrouant  durement  parce  qu'elle  essayait,  l'étroite  et 
sotte  bourgeoise,  de  ramener  doucement  le  malade  à  la  réalité  et  de 
l'incliner  à  s'occuper  un  peu  de  ses  affaires;  qu'il  s'écarta  avec 
aigreur  de  presque  toute  sa  famille,  s'isolant  dans  sa  hauteur  de  génie 
incompris  et  même  persécuté.  Mais  il  apparaît  en  toute  évidence  que 
compilant,  compilant,  écrivant,  écrivant,  en  vers,  en  prose,  et  sur 
tous  sujets,  reconstituant  le  monde,  refaisant  même  le  catholicisme, 
donnant  dans  toutes  les  utopies  du  fond  de  son  trou  qu'il  appelait 
noblement  sa  thébaïde,  adressant  à  tout  propos  des  lettres  apoca- 
lyptiques et  démesurées  à  tout  le  monde,  à  Lamartine,  à  George 
Sand,  à  Enile  da  Girardin,  voire  au  nonce  du  Pape,  et  à  la  Nation 
française,  et  réussissant  tout  juste,  malgré  l'appétit  de  gloire  qui  le 
dévorait,  à  imprimer  à  ses  iVais  li-ois  ou  quatre  méchants  volumes, 
et  à  ghsser  dans  quelques  journaux  ot  revaos  d3  333  amis  quelques 
«  tartines,  »  il  fut  liitérairemeat,  et  au  sans  pariait  da  mot,  un  raté. 

—  Les  pages  choisies  qui;  M.  l'abbé  Fieui'y  a  données  parallèle- 


148  — 

ment  à  sa  grosse  thèse  justifient,  hélas!  ce  jugement  plutôt  dur.  Et 
il  est  vrai  que  son  goût  n'est  pas  du  tout  le  mien,  qu'il  admire  comme 
pittoresque  et  original  ce  que  je  trouve  fade  et  plat,  et  voit  dans  la 
lune  qui  se  mire  sur  l'étang  ou  dans  l'épi  doré  que  ramasse  le  glaneur 
des  «  images  neuves  et  charmantes...  «  Mais  enfin  il  n'a  pas  pu  se 
tromper  tout  le  temps  dans  son  choix.  Or,  d'un  bout  à  l'autre,  les  vers 
sont  mous,  puérils,  d'une  vraie  misère.  Quant  à  la  prose,  à  toutes 
les  divagations  philosophiques,  sociales  et  rehgieuses,  par  lesquelles 
La  Morvonnais  fait  écho  dans  son  pauvre  cerveau  fêlé  d'abord  aux 
thèmes  romantiques  de  la  hberté  de  l'art  et  de  la  sainteté  de  la 
poésie,  ensuite  à  toutes  les  utopies  fouriéristes  qu'il  épousa  pour  les 
rendre  plus  troubles  encore,  annonçant  l'égalité  et  l'harmonie  univer- 
selle ;Vétablissant  un  parallèle  entre  Jésus-Christ  notre  «  initiateur 
précédent  religieux  «  et  Fourier  «  notre  initiateur  postérieur  scienti- 
fique »;  cherchant  à  être  un  «  harmonien  catholique  »,  défendant  le 
«  système  sociétaire  »  et  la  «  doctrine  harmonienne  »  contre  Lamartine 
et  contre  l'archevêque  de  Cambrai,  le  divorce  et  le  «  mariage  sé- 
riaire  «;  voulant  qu'on  «  libère  pleinement  les  instincts,  car  toute 
nature  en  soi  est  bonne  »;  et  cherchant  à  donner  la  formule  nou- 
velle'"d'un  catholicisme  élargi  et  plus  humain  :  tout  cela  est  si  incohé- 
rent et  si  niais  sous  sa  forme  grandiloquente  et  verbeuse,  que  c'eût 
été  une  charité  de  jeter  dessus  le  voile,  et  de  nous  conserver  seulement 
en  médaillon  la  silhouette  du  doux  songe-creux  qui  fit  connaître  à 
Maurice  de  Guérin  la  mer,  qui  s'occupa  de  faire  avoir  à  Chateaubriand 
l'îlot  du  Grand-Bé  pour  tombeau,  et  qui  finit  pieusement  ses  jours, 
quoique  républicain,  démocrate,  et  ivre  de  48,  en  bâtissant  une 
église  et  en  devenant  marguillier  de  sa  paroisse...  * 

Mais  la  vérité  a  ses  droits  et  le  doctorat  ses  exigences.  L'intérêt  du 
travail,  consciencieux  et  naïf,  de  M.  Fleury  est,  avec  celui  de  nous 
ôter  l'illusion  que  La  Morvonnais  fut  quelqu'un,  de  nous  faire  voir 
les'ravages  qu'opéra  dans  la  jeunesse  du  xix^  siècle,  après  les  folles 
lectures  du  xviii®,  la  contagion  de  toutes  les  maladies  romantiques. 
Car  le  pauvre  La  Morvonnais  les  prit  toutes  :  mal  du  doute,  dégoût  de 
vivre  et  orgueil  de  la  solitude  à  la  René,  mal  d'écrire  et  tourment  de 
la  gloire  à  la  Chateaubriand  (d'où  les  épopées  en  39  chants,  comme 
Pharamond,  et  les  traductions,  et  les  essais  dans  tous  les  sens...);  puis, 
de'Lamennais  à  Fourier,  les  utopies  sociales  et  religieuses  les  plus 
extravagantes...  Là  où  il  n'y  a  plus  le  prestige  de  l'art,  —  et  c'est 
ici  le  cas,  —  l'œuvre  apparaît  un  chaos  sans  le  moindre  éclair,  la  vie 
un  gâchis  stérile  et  lamentable.  Gabriel  Audiat. 


—  149  — 

Haute   Magyarorszïigoii  {Dante  en  Hongrie),  ina  Kaposi  Jôzssf. 
Budapest,  Rêvai,  1911,  gr.  in-8  de  373  p. 

Innombrables  sont  les  auteurs  qui  ont  traduit,  coram.enté,  analysé 
l'œuvre  de  Dante,  et  cependant  l'ouvrage  de  Joseph  Kaposi  comble 
une  lacune.  Non  seulement  il  résume  ave:,  autant  d'impartialité  que 
d'exactitude  tout  ce  qui  a  été  publié  en  Hongrie  sur  l'auteur  de  la 
Divine  Comédie,  mais  encore  il  étudie  les  rapports  de  l'auteur  avec 
le  royaume  d'André  III.  Il  établit  que  le  poète  n'accompagne  ni 
Charles  Martel  ni  Charles  Robert,  et,  commentant  les  vers  : 

;  •  "'                                    0  beata  Uogaria,  se  non  si  lascia| 
Più  malmenare  ! 

il  montre  que  beaucoup  de  traducteurs  se  sont  mépris  sur  leur  signi- 
fication, parce  que,  pour  en  saisir  le  sens,  il  faut  connaître  l'histoire  de 
la  Hongrie,  fort  compliquée  à  cette  époque  où  le  trône  de  Saint- 
Ètienno  fut  occupé  par  des  membres  de  la  maison  d'Anjou. 

La  Divine  Comédie  a  commencé  à  être  connue  en  Hongrie  vers  1417  • 
par  une  traduction  latine  de  Giovanni  da  Serravale,  dont  un  exem- 
plaire se  trouve  à  la  bibliothèque  épiscopale  d'Eger;  d'autres  tra- 
vaux suivirent,  on  en  retrouve  la  trace  dans  la  Corvina\  le  mouvement 
8' accentua  à  l'époque  de  la  Réforme  et  se  développa  jusqu'à  nos 
jours.  Joseph  Kaposi  étudie  toutes  les  traductions  hongroises  qui  en 
furent  faites  et  dont  la  première  est  due  à  François  Csâszâr;  celle  de 
Charles  Szâsz,  publiée  en  1882,  est  une  des  plus  importantes.  Les 
principaux  chapitres  de  l'ouvrage  de  Joseph  Kaposi  sont  :  La  Fortuna 
di  Dante;  Dante  et  la  Hongrie;  Les  Premiers  Travaux  sur  Dante  en 
Hongrie;  Les  Codex  hongrois  de  Dante;  Dante  en  Hongrie  du  xvi®  au 
xviii^  siècle;  Les  Prêtres  hongrois  et  la  littérature  dantesque;  L'His- 
toire de  la  littérature  italienne  en  hongrois;  les  Femmes  dans  la  littéra- 
ture hongroise  de  Dante  ;  Nouvelles  Traductions;  Dante  dans  l'art  hon- 
grois. Une  bibliographie  hongroise  de  Dante  accompagne  l'ouvrage 
que  termine  un  index  alphabétique  des  jioms.  Dante  en  Hongrie,'j\\x\ 
résume  tout  ce  qui  a  été  publié  en  Hongrie  sur  le  poète  florentin,  est 
un  travail  complet,  bien  écrit,  facile  à  consulter,  qui  rendra  service 
à]ceux  qui  voudront  étudier  l'auteur  de  la  Divine  Comédie.  : 

fj  HORN. 


HISTOIRE 

te»   CltrétÈciités   celticittcs,''  par  Dom    Louis    Gouga.ud.    Pari 
Lecoffre,  Gabalda,  1911,  iQ-1-2  de  xxxv-.410  p.,  avec  3  cartes.  — Prix:  3  fr.50. 

Ce  volume  prend  place  dans  l'histoire  ecclésiastique  de  l'Angle- 
terre avant  celui  de  Dom  Cabrol  sur  l'Angleterre  chrétienne  avant  les 
Normands.  A  eux  deux,  ils  forment  pour  ce  pays  un  tout  complet.  Le 


—  1^0  - 

dernier  paru  se  recomfl:ande  par  les  mcmes  qualilds  que  le  premier^. 
Énidilion  sûre,  analyse  sobre  des  détails,  synthèse  claire  et.  ferme 
des  grandes  lignes,  exposition  simple  et  nette,,  tout  contribue  à  en 
faire  un  excellent  ouvrage  de  vulgarisation  à  l'usage  des  gens  ins- 
truits. 

Après  une  Introduction  riche  et  ordonm  e  sur  les  sources  et  les  ins- 
truments de  travail,  Dom  Gougaud  étudie  d'abord  les  cultes  païens 
chez  les  Celtes,  puis  les  origines  et  l'épanouissement  du  christianisme 
dans  les  pays  insulaires  et  en  Armorique,  et  enfin  les  expansions  de 
ce  christianisme  surtout  par  les  apôtres  irlandais  dans  les  îles  du  nord 
et  sur  le  continent.  Il  caractérise  le  rôle  tout  particulier  du  mona- 
chisme  dans  les  Églises  celtiques  en  ce  qui  concerne  leur  organisation 
et  leur  développement.  Il  raconte  ensuite  les  controverses  discipli- 
naires, les  institutions  ecclésiastiques,  la  culture  littéraire  et  théolo- 
gique,  la  liturgie,  la  dévotion,  les  arts  chez  ces  chrétiens,  séparés 
depuis  si  longtemps  du  monde  romain,  remphs  de  tradition?  très 
particuïaristes,  doués  d'une  foi,  d^une  crédulité  toutes  spéciales.  11 
termine  en  montrant  comment  ils  s'accordent  peu  à  peu,  mais  con- 
traints et  tardivement,  avec  leurs  voisins  les  Anglo-Saxons  et  les  au- 
tres chrétientés.  Cette  liistoire  descend  jusqu'au  xi*^  siècle,  sans 
avoir  la  prétention  d'éclaircir  tous  les  problèmes,  mais  en  jetant  une 
lumière  discrète  sur  presque  tous,  du  moins  autant  que  la  science  mo- 
derne le  permet.  Elle  fera  bonne  figure  dans  la  Bibhothèque  de  l'en- 
seignement' de  l'histoire  ecclésiastique.  A.  Clerval. 


lie  Roi  et  mes  uiinieJres  peiedaut  lesti'ois  derniers  siècIi'H 

de  la  JMoiiiireliîe,  par  Paul  Viollet.   Paris,  Larose  et  Teniu,  1912, 
^m-8  de  x-6t6  p.  —  Prix  :  10  fr. 

11  n'est  personne  parmi  les  amis  des  antiquités  nationales  qui  ne 
connaisse  et  n'apprécie  les  beaux  travaux  de  M.  Paul  Viollet  sur  l'his- 
toire du  droit  français,  privé  ou  public,  et  qui  ne  les  considère  comme 
une  source  abondante  (ie  renseignements  à  recueillir  et  de  réflexions 
à  faire.  Son  Histoire  des  institutions  politiques  et  achninisiratif^es  de  la 
France  (i890-1903,  o  vol.  in-8)  s'arrêtait  au  xvi^  siècle.  Le  volume 
que  nous  signalons  aujourd'hui  :  Le  Boi  et  ses  ministres  pendant  les 
trois  derniers  siècles  de  la  Monarchie  en  est  une  continuation  partielle 
jusqu'à  la  Révolution.  Le  sujet  est  développé  en  neuf  chapitres  :  I. 
Le  Royaume  (1.  Les  Accroissements  du  royaume.  2.  Les  Accroisse- 
ments du  domaine).  IL  Le  Roi  (1.  Le  Droit  divin.  2.  La  Papauté  et 
la.  Couronne  de  France.  3.  L'Empereur  et  le  Roi  de  France).  IIL  Le 
Rôle  de  la  Royauté.  —  Le  Chancelier  et  les  secrétaires  du  Roi  (1.  Le 
Roi  et  le  pouvoir  central.  Vues  générales.  2.  Le  Chancelier.  3.  Les 
Notaires  et  secrétaires  du  Roi).  IV.  Le  Surintendant,  le  contrôleur 


—  151  — 

général  des  i'inances  (1.  La  Surintendance'  des  finances  jusqu'à  Col- 
bert.  2.  Colbert  et  le-  Contrôle  général).  V,  Les  Secrétaires  d'État 
(1.  Les  Secrétaires  d'État  avant  1661.  2.  Les  Secrétaires  d'État  de- 
puis 1661).  VI.  L'Armée.  —  Préliminaires.  —  Première  section  : 
Éléments  anciens.  —  Les  Officiers  supérieurs.  (1.  Suppression  du 
connétable.  Le  Maréchal  général  des  camps  et  armées  du  Roi.  2.  Les 
Maréchaux  de  France.  3.  Les  Gouverneurs).  Deuxième  section  :  Élé- 
ments actifs.  —  Les  Officiers  supérieurs.  —  Les  Troupes  (1.  Vues  gé- 
nérales. 2.  L'Infanterie  et  la  cavalerie.  3.  L'Artillerie  et  le  génie.  4. 
Les  Commandants.  5.  La  Vénalité  et  la  noblesse  dans  l'armée.  6.  Les 
Troupes.  7.  Les  Trésoriers  et  les  commissaires  des  guerres.  —  Les 
Inspecteurs.)  VIL  La  Marine.  VIII.  Quelques  grands  Services  publics. 
(1.  Les  Mines.  —  Les  Eaux  et  forêts.  2.  La  Voirie.  3.  Les  Postes  et 
les  messageries.  4.  La  Surintendance,  puis  Direction  des  bâtiments  du 
Roi).  IX.  Les  Intendants  de  province  (1.  Les  Intendants  d'après  l'in- 
tendant d'Aube  et  d'après  Law.  2.  Historique  jusqu'à  la  Fronde  in- 
clusivement. 3.  Historique  après  la  Fronde.  4.  La  Fin  des  intendants.) 
—  Une  Table  alphabétique  générale  complète  \&  volume  et  en  facilite 
l'usage.  —  Fruit  d'un  travail  énorme,  qu'ont  éclairé  les  rayons  d'une 
inteiligenoe  remarquablement  vigoureuse,  claire  et  subtile,  ce  volume 
s^&ppuie  sur  une  bibliographie  si  riche  qu'elle  en  est  presque  effrayante, 
et  dont,  soit  par  les  listes  placées  à  la  fin  de  chaque  chapitre,  soit  par 
les  indications  mises  au  bas  des  pages,  l'auteur  a  fait  avec  une  libé- 
ralité surabondante  profiter  le  lecteur,  auquel  il  ouvre  ainsi  toutes 
sortes  de  voies.  Cette  extraordinaire  érudition  n'a  rien  enlevé  à  la 
netteté  vive  et  précise,  ni,  ce  qui  est  plus  fort,  à  l'agrément  aimable 
et  original,  parfois  piquant  de  l'exposé,  par  où  la  rare  valeur  scienti- 
fique du  livre  se  rehausse  d'un  beau  mérite  littéraire.  M.  Viollet  a  le 
don  singulier  de  pratiquer  à  la  fois  la  plus  minutieuse  analyse  et  la  plus 
large  synthèse  et  de  les  faire  valoir  l'une  par  Fautre.  Là  mente  où  on 
pourra  différer  d'avis  ou  de  sentiment  avec  l'auteur  (et  ce  sera  sur- 
tout le  cas  pour  telle  ou  telle  des  questions  délicates  touchées  par  lui 
dans  son  second  chapitre  avec  une  prédilection  peut-être  excessive  et 
une  sympathie  non  dissimulée  pour  certaines  façons  de  voir),  on  pro- 
fitera de  sa  science,  unie  en  lui,  nous  le  savons,  à  une  conscience  pro- 
fondément chrétienne,  et  on  goûtera  son  talent  de  mise  en  œuvre.  Nous 
ne  croyons  pas  céder  à  l'entraînement  d'une  vieille  amitié,  mais  ex- 
primer une  impression  juste,  en  disant  que,  considéré  dans  son  en- 
semble, son  livre  est  de  ceux  qui  honorent  le  plus  la  science  française. 

M.  S. 


—  152  - 

Une    B"rj>vinrc    mous    Liouis    XIV.    Ij'AtliniiiisIratioii    des 
-   inlSBidauls  «l'Orléans  €le    fl6»S»  à    391»,    par   Charlhs    db 

Bkaucohps.  OrledUi,  Marron,  1911,  iu-s  de  xviii-ilO  p.,  avec  portrait.  — 

Prix  :  1  tv.  50. 

L'organisation  administrative  de  l'ancien  régime  est  peu  connue 
dans  son  fonctionnement  journalier.  On  sait  que,  tout  en  étant  assez 
minutieuse,  eUe  profitait  d'une  bien  plus  large  décentralisation  que 
celle  dont  nous  a  gratifié  un  système  électif  poussé  à  l'excès  et  engen- 
drant forcément  le  despotisme  intolérable  des  incompétents.  Du 
moins,  les  fonctionnaires  de  l'ancien  régime  se  montraient  capables, 
indépendants,  très  préparés  à  leurs  fonctions,  et  nous  leur  devons  la 
plupart  des  progrès  acquis  aux  xvii^  et  xviii^  siècles.  M.  Ch.  de  Beau- 
corps,  ancien  élève  de  l'Ecole  des  chartes, a  étudié  et  analysé  toutes 
les  pièces  qui  demeurent  sur  le  gouvernement  de  l'Orléanais  sous 
trois  intendants  distingués,  Jean  de  Creil,  André  de  Bouville  et  Yves 
de  la  Bourdonnaye  à  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV. 

On  trouvera  des  détails  intéressants  sur  leur  vie,  on  lira  surtout 
avec  intérêt  le  résumé  très  exact  des  divers  points  sur  lesquels 
s'exerçait  leur  contrôle  :  impositions,  comprenant  la  taille,  la  capita- 
tion,  le  dixième,  les  aides  et  les  gabelles;  l'administration  commu- 
nale; lestravauxpublics,  ponts, levées, canaux;  les  affaires  militaires, 
ban  et  arrière-ban  de  la  noblesse,  milices  provinciales;  la  justice  et  la 
police;  les  affaires  religieuses,  clergé  régulier  et  séculier,  instruction 
publique,assistance  et  travaux  de  charité;  le  commerce  et  les  disettes. 

On  voit  que  bien  des  questions  sont  abordées  dans  ce  mémoire  pré- 
senté à  la  Société  archéologique  et  historique  de  l'Orléanais,  mais  qui, 
par  certains  côtés,  présente  un  intérêt  général  et  peut  servir  de 
point  de  comparaison.  Le  tout  est  très  clairement  exposé  et  appuyé 
sur  des  documents  nombreux,  parmi  lesquels  il  n'était  pas  facile  da 
faire  im  choix  judicieux.  G.   B.    de    P. 

lia  Conspiration  et  la  fin  de  Jean^  baron  de  Batz  (t  993- 

18SÎÎ;,  par  le  barou  de  Batz.  Paris,  Gaimaun-Levy,  s.  d.,  ia-8  de  o33  p. 
—  Prix  :  3  fr.  53. 

Sur  ce  second  et  dernier  volume  de  l'histoire  agitée  et  romanes- 
que par  excellence  du  baron  de  Batz,  nous  maintenons  nécessaire- 
ment les  réserves  que  nous  avons  cru  devoir  présenter  à  l'examen 
àxipvem\eT{Polybiblion  de  septembre  1908,  t.  CXIII,  p.  256-257) 
et  que  divers  ouvrages  parus  depuis  n'ont  fait  que  confirmer  ; 
mais  nous  continuons  aussi  à  lire  avec  un  vif  intérêt  les  aventures 
de  ce  personnage  toujours  énigmatique,  toujours  agissant.  Le  style 
môme  de  l'auteur,  familier,  abondant  et  ardent,  fait  circuler  une 
animation  entraînante  dans  ses  récits,  et  si,  par  là  même,  il  ne  leur 


—  153  — 

apporte  pas  toute  la  force  de  la  science  historique,  il  leur  donne 
l'intérêt  de  la  passion  et  l'agrément  du  mouvement.  Le  «  conspi- 
rateur »  de  la  Révolution  ne  pouvait  rencontrer  un  historien  plus 
séduit  par  le  personnage,  mieux  entré  dans  le  sujet.  Tout  un  monde 
circule  dans  ces  pages;  une  bonne  table  alphabétique  facilite  les 
recherches,  et  c'est  fort  à  propos.  Le  «  baron  »  est  donc  représenté 
comme  le  pivot  de  tout  le  mouvement  antirévolutionnaire  en  France 
pendant  sept  ou  huit  ans;  il  veut  «  écraser' les  Girondins  »,  puis 
«  avilir  la  Convention  »;  entre  temps  il  corrompt  à  prix  d'argent 
les  députés,  achète  les  policiers,  fait  manœuvrer  comme  des  pan- 
tins les  bourgeois  de  Paris,  ^répand  l'argent,  s'échappe  de  prison, 
se  déguise,  se  grime,  etc.  Il  veut  arracher  du  Temple  la  Reine, 
mais  manque  sa  généreuse  entreprise,  s'évanouit  comme  une  ombre 
et  ne  recommence  pas.  Il  apporte  l'affirmation  positive  de  la  mort 
du  malheureux  Dauphin  (p.  387)  et  son  historien  partage  sa  ma- 
nière de  voir.  Il  est  l'adversaire  «personnel»  de  Robespierre,  avec 
qui  il  mène  un  «  duel  »  dont  le  9  Thermidor  serait  l'étape  victo- 
rieuse. Très  calme  sous  le  Consulat,  plus  calme  encore  pendant 
l'Empire,  tout  occupé  alors  de  chicanes  pour  défendre  ses  droits 
de  propriété  sur  une  terre  achetée  sous  un  faux  nom,  en  Auver- 
gne, il  reçoit,  à  la  Restauration,  les  épaulettes  de  général  de  bri- 
gade, et  il  meurt  (10  janvier  1822)  d'un  coup  de  sang. 
^.Une  grande  partie  de  ses  nombreux  papiers,  saisis  pendant  la 
Révolution,  lui  furent  restitués  ^  par  le  gouvernement  royal;  ces 
dossiers,  devenus  la  propriété  de  M.  de  Batz,  constituent,  appuyés 
par  la  multitude  de  ses  lectures,  la  trame  de  son  récit;  des  Appen- 
dices ajoutent  des  éclaircissements  sur  la  généalogie  et  le  décès  de 
ce  personnage  qui. demeure,  pour  nous  du  moins,  toujours  mysté- 
rieux. G.  DE  G. 


IiV4nib»g8ade  du  duc  Decazes  en  4ngleterre  (1990-1991), 
par  Ernest  Daudst.  Paris.  Plou-Nourrit,  1910,  iu-3  de  iN-374  p.  — 
Prix  :  7  fr.  50. 

^Nous  ayant  conté  les  actes  de  M.  Decazes  au  pouvoir,  dans  un 
premier  volume,  M.  Daudet,  qui  nous  décrit  ici  son  ambassade  en 
Angleterre,  devra  ajouter  une  troisième  étude  sur  M.  Decazes  à 
la  Chambre  des  pairs,  comme  grand  référendaire  sous  la  monarchie 
de  Juillet,  s'il  veut  achever  une  histoire  dont  les  éléments  sont  puisés 
dans  les  riches  archives  du  château  de  la  Grave.  Nous  ne  nous  en 
plaindrons  pas.^M.  Daudet  écrit  sans  passion,  mais  non  pas  sans 
sympathie  très  vive  pour  son  «  sujet  ».  Je  lui  reprocherais  de  ne 
voir  dans  les  adversaires  de  M.  Decazes  que  de  mauvais  Français, 
quand  la  proposition  contraire   se   pourrait  mieux  soutenir;  c'est 


—  154  — 

ime  injustice  que  de  nommer  toujours  les  royalistes  des  «  ultras  », 
puisque  l'auteur  prend  en  mauvaise  part  ce  terme  qui  ne  doit 
dcésigner  qu'une  fraction  du  parti  royaliste.  Lui  aussi^  ce  terme 
d'ultra  pourrait  être  soutenu  et  défendu  non  pour  les  exagérations 
que  l'on  prête  aux  politiques  qui  le  reçurent,  mais  pour  les  principes 
sociaux    cju'il  représente.  . ,,  ; 

Sans  nous  faire  de  grandes  révélations  sur  les  sentiments  intimes 
de  Louis  XVIII  pour  son  favori,  ce  volume  nous  apporte  les  té- 
moignages nouveaux  de  cette  passion  qui  s'épanche  en  des  lettres 
dont  les  expressions  côtoient  le  ridicule  par  leur  vivacité.  Mais  aussi 
le  vieux  Roi  comprend  son  devoir  et  fait  passer  la  tranquillité  de 
l'Etat  avant  la  satisfaction  de  ses  plaisirs  personnels;  ainsi  ne 
veut-il  pas  créer  à  ses  nouveaux  ministres  des  embarras  par  la  pré- 
sence de  son  ancien  ami  et  il  tient  ]\L  Decazes  loin  de  Paris.  Cette 
volonté  lui  devient  plus  facile  pfir  son  afl'ection  nouvelle  pour 
M°i^  du  Cayla.  M.  Ernest  Daudet  est  fort  sévère  pour  cette 
dame    et  il  fournit  nombre  d'arguments  en  faveur  de  son  opinion. 

On  est  surpris  de  la  nullité  politique  de  M.  Decazes  à  l'ambas- 
sade de  Londres.  Deux  ou  trois  billets  de  sa  femme  ont  autrement 
de  relief  et  de  piquant  que  ses  dépêches  et  ses  lettres  au  Roi. 
Sur  la  société  anglaise  nous  avons  cependant  quelques  détails  cu- 
rieux, surtout  sur  le  procès  de  la  reine  Caroline  qui  faisait  alors 
scandale  dans  tout  le  royaume.  Plusieurs  Appendices  ont  leur  inté- 
rêt, en  particulier  une  longue  lettre  adressée  au  duc  d'Angoulême 
le  2  janvier  1828  par  M.  Decazes.  Mais  il  semble  avéré  que  tout 
ce  que  l'on  sait  de  lui  et  tout  ce  que  l'on  saura  lui  conservera  la 
figure  d'un  personnage  très  «  arrivis-"  »  et.  ^u  fond,  fort  médiocre. 

G. 


lit»  Restauration  de   l'eatipire  allcneand.  liC  Rôle  de   la 

Baiièpe, 'par  A.  de  Ruvillk  ;  trad.de  rallemand  par  Pibrre  Albin. 
avec  une  Introduction  sur  les  papiers  de  Cercay  et  le  secret  des  corres- 
pondances diplomatiques  par  Joseph  Reinagh.  Paris^  Alcan,  1911,  in-8de 
ixxu-3-27  p.   —  Prix  :  7  fr. 

Il  est  rare  qu'un  ouvrage  allemssud  soit  elair.' Celui-ci  pourtant, 
malgré  quelques  longueurs,  mérite  d'être  loué  pcmr  sa  clarté  et,  à 
vrai  dire,  les  longueurs  qu'on  peut,  au  premier  abord,  lui  reprocher 
ne  sont  que  rinévitaljle  résultat  du  légitime  et  intéressant  souci  de 
Tauteur  de  ne  rien  négliger  dans  l'exposé  de  négociations  extrê- 
mement compliquées.  Mais  nous  aimons  à  trouver  une  explication 
de  cette  heureuse  anomalie  dans  ce  fait  que  M.  de  Ruville  est  d'o- 
rigine française.  Son  arrière-grand-père  avait  émigré  en  1792  et 
sa  famille  était  restée  fixée  en  AUemague. 

Quand  nos  i)ensées  sont  ramenées  vers  le  drame    de  1870,  nous 


—  155  — 

sopimes  invinciblement  hypnotisés  par  le  calvaire  de  nos  armées  et 
la  chute  de  la  France.  Tout  ce  qui  ne  se  rapporte  pas  direttement 
aux  opérations  de  guerre  et  à  notre  révolution  politique  nous  paraît 
chose  négligeable  et  nous  sommes  peut-être  trop  habitués  à  la  manière 
incidente  dont  nos  historiens  traitent  les  événements  politiques  qui 
concernent  l'histoire  intérieure  de  l'Allemagne,  et  l'évolution  politique 
dont  l'aboutissement  fut  l'établissement  plutôt  que  la  restauration  de 
l'empire  allemand. —  En  hsant  l'ouvrage  de  M.  de  Ruville,  on  pénètre 
les  intrigues  et  les  difficultés  sans  nombre  au  miheu  desquelles  le  prince 
de  Bismarck  sut  se  mouvoir  pour  arriver  à  ses  fins.  Les  prétentions 
des  États  du  sud,  l'eiïort  sournois  de  l'Autriche  pour  reprendre  pied 
en  Allemagne,  en  dépit  des  événements  de  1866,  expliquent,  s'ils 
ne  les  excusent  pas,  les  hésitations  du  gouvernement  français  au 
début  de  la  guerre.  La  diplomatie  de  ces  princes  et  de  ces  ministres 
teutons  y  apparaît  comme  la  plus  fourbe  et  la  plus  déloyale  qu'on  puisse 
rêver.  C'est  l'école  à  laquelle  a  été  élevéM.  deKiderlen-Waechter  et  le 
modèle  qu'il  paraît  vouloir  imiter  dans  sa  négociation  marocaine  : 
donner  et  reprendre  à  chaque  incident  et  se  contredire  avec  cynisme, 
telle*  sont  les  maximes  qui  paraissent  dominer  cette  politique.  La  Ba- 
vière et  son  roi  Louis  II  auraient  voulu  gardsr  leur  indépendance 
nationale  tout  eij  ne  se  mettant  pas  en  opposition  avec  le  sentiment 
national  qui  poussait  vers  l'unité.  M.  de  Ruville  démêle  le  réseau  touffu 
des  intrigues  auxquelles  ce  doul  le  et  contradictoire  sentiment  a  donné 
lieu.  Mais  surtout,  et  c'est  là  ce  qui  donne  à  son  livre  un  intérêt  de 
premier  ordre,  il  explique  comment  les  papiers  de  M.  Rouher,  tombés 
au  pouvoir  de  M.  de  Bismarck  à  la  suite  de  l'occupation  par  les  troupes 
allemandes  du  château  de  l'ancien  ministre  de  Napoléon  IH,  lui  ont 
permis  d'exercer  un  chantage  politique  d'une  irrésistible  puissance 
sur  les  hommes  d'État  qui  défendaient  l'indépendance  des  États  du 
sud  et  spécialement  sur  le  comte  Bray,  ministre  de  Bavière.  Devant 
la  menace  de  la  révélation  des  négociations  qui  avaient  eu  lieu  avant 
la  guerre  entre  la  France  et  l'Autriche  d'une  part,  l'Autriche  et  la  Ba- 
vière d'autre  part,  pour  éviter  l'hégémonie  menaçante  de  la  Prusse, 
ceux-ci  ont  dû  cesser  toute  résistance.  L'empire  allemand  a  été  fait 
et  la  Bavière  n'en  est  plus  qu'une  province. 

Dans  une  Introduction  très  documentée  et  tout  à  fait  remar(.;ua- 
ble,  M.  Joseph  Reinach  cherche  à  dé?.ager  la  responsabilité  de  ce 
secoiws  inattendu  arrivé  entre  les  mains  de  M.  de  Bismarck.  M.  Rou- 
her avait-il  eu  le  droit  de  soustraire  ces  papiers  aux  Archives  gouver- 
nementales? Question  singulièrement  angoissante  quand  on  observe 
que  si  les  traces  de  ces  négociations  ne  s'étaient  pas  trouvées  au  do- 
micile particulier  de  l'ancien  ministre,  elles  ne  seraient  pas  tombées 
entre'  les  mains  de  notre  vainqueur,  qui  les  détient  encore  sans  les  avoir 


—  156  — 

«Atièreinent  fait  connaître   et  qui,    grâce  à  elles,    a  pu    exercer  uua 
pression  dont   le   résultat  pèse  si    lourdement  sur    la  France. 

Mais,  d'un  autre  point  de  vue,  il  est  permis  de  se  demander,  après 
plus  de  quarante  ans,  si  les  véritables  victimes  de  l'unité  allemande 
n'ont  pas  été  (après  l'Alsace-Lorraine,  bien  entendu),  mais  peut-être 
autant  que  la  France,  ces  États  du  sud,  qui  jadis  marchaient  à  la 
civilisation  sous  l'influence  française  qui  les  pénétrait  et  les  poliçait 
et  qui,  depuis  cette  époque,  écrasés  par  la  domination  prussienne, 
rétrogradent  vers  la  barbarie  teutonne.  M.  de  Ruville  a  raison  de  dire, 
en  terminant  son  livre, que  ce  n'était  pas  être  nécessairement  un  mau- 
vais Allemand  que  de  concevoir  l'unité  allemande  autrement  qu'elle 
a  été  réalisée.  Nous  ajouterons  que,  si  la  Providence  réserve  à  la  France 
la  victoire  dans  la  lutte  prochaine,  l'orgueil  prussien  en  pâtira  certai- 
nement, mais  l'intérêt  bien  compris  des  pays  allemands  y  trouvera 
peut-être  largement  son  compte.  Eugène  Godefroy. 

Femmes  de  Ficauce.  CoUecliou  publiée  par  la  maison  Lethielleux. 
Série  de  volumes  in-l^  à  O  fr.  GO  :  1 .  Madstme  dt-  la  Fayette,  par  G.  Le- 
GIGNE,  lio  p.  —  2.  Mademoiselle  de  Monipeiisier,  par  le  même,  120  p. 
—  3.  George  ISand,  par  le  même,  126  p.  —  4.  Madame  de  Sévigné,  par 
le  même,  116  p.  —  5.  Madame  de  Staël,  par  le  même,  125  p.  —  6.  Eugénie 
de  Gaérin,  par  M.  A.  PraT,  124  p.  —  1.  Madame  Octave  Feuillet,  par 
M.  DB  Varbilles-SommiÈres,  128  p.  —  S.  Madciiioîseile  de  &.esipinasse, 
par  M.  A.  Prat,  154  p. 

L'objet  et  le  plan  de  la  collection  Femmes  de  France,  entreprise 
par  la  librairie  Lethielleux, nous  sont  indiqués  en  ces  termes: «L'heure 
est  aux  collections.  On  en  fait  de  très  sérieuses  et  de  très  frivoles,  de 
très  savantes  et  de  très  superficielles.  Celle-ci  sera  avant  tout  une  ga- 
lerie de  portraits,  presque  de  miniatures.  Cent  trente  pages  pour 
chaque  brochure,  pas  plus  !...  Des  esquisses  légères,  rapides,  bien 
soignées  et  très  vivantes,  voilà  ce  qu'on  veut  faire.  —  L'ensemble 
sera  quelque  chose  comme  le  Panthéon  féminin  de  la  France,  un  musée 
élégant  et  aimable  où  trouveront  une  place  toutes  les  femmes  qui  se 
sont  fait  un  nom  dans  les  lettres,  dans  les  arts,  dans  le  monde  ou  dans 
l'Église,  dans  la  paix  comme  dans  la  guerre...  Le  directeur  de  la  col- 
lection est  M.  C.  Lecigne,  professeur  de  littérature  française  aux  Fa- 
cultés libres  de  Lille.  Il  a  écrit  lui-même  les  premiers  volumes  de  cette 
bibliothèque.  »  — ■  Les  cinq  portraits  dûs  à  la  plume  de  M.  Lecigne  : 
Madame  de  la  Fayette,  Mademoiselle  de  Montpensier,  George  Sand, 
Madame  de  Sécigné  et  Madame  de  Staël,  sont  excellents  et  les  deux 
derniers  particulièrement  remarquables.  Nous  les  avons  lus  avec  un 
très  vif  plaisir  et  ils  nous  ont  donné  une  très  forte  idée  de  l'intelli- 
gence et  du  talent  de  l'auteur,  comnie  critique  et  comme  écrivain. 
Nous  sommes  heureux  de  féliciter  l'Université  catholique  de  Lille  de 


_  157  — 

posséder  dans  son  corps  enseignant  un  homme  aussi  distingué.  Quel- 
ques remarques  de  détail  n'enlèvent  rien  dans  notre  pensée  à  ce  juste 
et  sincère  éloge.  C'est  un  gros  anachronisme,  à  l'époque  de  l'anecdote 
relative  à  La  Rochefoucauld  et  Retz  (Madame  de  la  Fayette,  p.  45), 
que  de  conférer  dès  lors  à  ce  dernier  le  titre  de  cardinal.  Il  y  a  un  vé- 
ritable excès  dans  la  qualification  de  «livre  effroyable»,  infligée  aux 
célèbres  Maximes  (p.  47).  Écrire  de  l'oratorien  Du  Guet  et  de  sa 
pénitente  (p.  97)  que  «  le  prêtre  essayait  de  radouber  la  pauvre  épave 
et  de  la  remettre  à  flot  »,  c'est  se  laisser  aller  à  une  métaphore  à  la 
fois  prétentieuse  et  désagréable.  Le  goût  est  pire  encore  dans  la  «  tar- 
tine beurrée  d'un  rayon  de  soleil  »  (  !)  que  nous  avons  eu  le  regret  de 
rencontrer  au  cours  de  l'étude  sur  George  Sand  (p.  81).  On  s'étonne 
de  cet  écart  chez  un  écrivain  élégamment  classique,  comme  l'est  en 
général  M.  Lecigne.  On  se  demande  ce  que  vient  faire  «  la  banque  de 
France  »  dans  une  anecdote  relative  à  Madame  de  Sévigné  (p.  69).  Du 
reste,  fond  et  forme  sont  d'ordinaire  de  bon  aloi  et  de  bon  exemple 
dans  ces  cinq  volumes,  tout  à  fait  propres  à  bien  inaugurer  et  à  faire 
valoir  auprès  du  public  la  collection  Femmes  de  France.  Le  sixième 
volume  :  Eugénie  de  Guérin,àvi  à  M.  A.  Prat,est  aussi  un  très  bon  por- 
trait et  il  est  écrit  d'un  style  fin  et  distingué.  Le  septième  :  Madame 
Octave  Feuillet,  doit  moins  sa  valeur  au  sujet  lui-même  qu'au  talent 
avec  lequel  M.  de  Vareilles- Sommier  es  a  mis  en  relief  les  circonstan- 
ces et  les  milieux  où  a  vécu  successivement  cette  aimable  dame  de 
lettres,  et  qui  sont  devenus  sous  la  plume  de  son  panégyriste  d'agréa- 
bles et  vivantes  peintures  de  mœurs.  Quant  au  huitième.  Mademoiselle 
de  Lespinasse,  œuvre  de  M.  Prat,  non  seulement  il  est  très  inférieur 
à  l'étude  sur  Eugénie  de  Guérin^  mais,  c'est  notre  devoir  de  le  dire, 
malgré  la  juste  sévérité  du  jugement  général  de  l'auteur  sur  les  fai- 
blesses de  son  héroïne,  il  fait  tache  dans  la  collection,  où  il  aurait 
mieux  valu  s'abstenir  de  lui  donner  place.  Nous  y  avons  goûté  sans 
doute  un  fidèle  et  intéressant  tableau  des  salons  du  xviii^  siècle,  où 
l'esprit  français  s'épanouit  alors  en  fleurs  si  brillantes;  nous  y  louons 
aussi  les  bonnes  et  saines  réflexions  morales  de  l'Introduction.  Mais 
nous  ne  pouvons  pas  faire  que  les  interminables  citations  de  la  corres- 
pondance déclamatoire  où  M^i^  de  Lespinasse  épanche  à  grands  flots 
la  fougueuse  passion  de  son  amour  en  partie  double,  ennuyeuses  pour 
j,es  esprits  mûrs,  ne  soient  dangereuses  pour  la  jeunesse.  Nous  som- 
mes donc  obligé  d'excepter  ce  volume  de  l'cloge  et  de  la  recomman- 
dation générale  que  mérite  jusqu'à  présent  la  collection  Femmes  de 
France.  M.    S. 


—  158  — 

l^-.%in('  «l'un  grniad  caflioliqnc.  E'iiit'it  fie  fei  Ae  O^oals 
Veuillef.  journaliste  et  puléiniste,  d'après  sa  correspoii liante. 
L'J/^mme  vu'nic,  par  G.  CiiuGiiAU.  Pans,  Lelhiolleux,  s.  d.,  2  vol.  iu-l2  de 
LV-3oO  eL  364  p.  —  Prix  :  7  Ir. 

Pour  faire  suite  à  son  premier  volume  sur  «  l'homme  intime,  » 
le  «  grand  chrétiea  »  qu'était  Louis  Veuillot,  M.  G.  Cerceau  dé- 
peint ici  le  «  grand  catholique  »  que  fut  aussi  le  directeur  de 
l' Univers.  11  use  de  sa  correspondance,  pour  le  montrer,  en  de  larges 
extraits  reliés  par  des  commentaires  chronologiques.  A  partager 
l'admiration  de  M.  Cerceau  pour  Louis  Veuillot,  ce  que  je  fais  bien 
volontiers  et  sans  restriction  aucune,  j'ajouterai  le  désir  que  l'ex- 
pression de  ce  sentiment  ait  été  un  peu  pUis  modérée,  parce  qu'il 
eût  été  plus  convaincant  pour  ceux  qui,  connaissant  moins 
bien  le  grand  écrivain,  conservent  sur  lui  des  préjugés  qu'en  bonne 
justice  on  A^oudrait  voir  tomber.  Et  ils  doivent  tomber  en  face  de 
la  sincérité  de  l'honiime,  du  désintéressement  du  catholique  et  des 
bénédictions  de  l'Église  dont  il  fut  le  serviteur  humble  et  très 
soumis,  très  avisé  et  très  courageux.  Les  doctrines  défendues  par 
Louis  Veuillot  avec  le  sens  (je  dirai  le  bon  sens)  de  l'orthodoxie 
ont  été  certainement  bénies  par  le  Saint-Siège;  les  théories,  sédui- 
santes ou  non,  de  ses  adversaires  ont  été  perse véramment  condam- 
nées; cette  double  remarque,  qu'aucun  fait  ne  peut  contredire, 
a  bien  sa  valeur,  je  crois. 

L'intérêt  et  l'utilité  du  travail  de  M.  Cerceau  sont  donc  indé- 
niables; ses  trois  volumes  feront  connaître,  apprécier,  respecter, 
aimer  Louis  Veuillot  en  proportion  même  de  ce  qu'il  a  été  plus 
méconnu  et  à  certains  jours  plus  calomnié.  L'agrément  littéraire  des 
nombreuses  citations  de  ses  lettres  soutient  le  lecteur  dans  des 
polémiques  qui  sembleraient  anciennes  :'la  hberté  d'enseignement, 
la  question  des  classiques,  le  ralliement  à  l'Empire,  la  lutte  contre 
l'Empire  infidèle  à  ses  promesses  catholiques,  la  suppression  et  le 
rétablissement  de  l'Univers,  la  troisième  République,  les  dernières 
polémiques  libérales. 

A  la  suite  de  chaque  volume,  l'auteur  a  signalé  «  quelques  pages 
à  relire  »,  citées  déjà  dans  le  cours  de  son  travail,  et  où  le  lecteur 
en  elïet  éprouvera,  sans  aucun  doute,  le  plaisir  de  retrouver  les 
meilleurs  morceaux  de  la  table  ,où  on  l'a  fait  déjà  s'asseoir.  Un 
Index  des  noms  propres  clôture  ce  recueil  et  facilite  les  recherche^ 

!'G.   DE    G. 


lies  Derniers  Jours  de  PauI  TerSatne,  par  F.-A.  Cizii^  et 
Gustave  I.k  Rouge.  Paris,  Mercure  de  France,  1911,  in-18  de  1-270  p., 
avec  nombreux  documents  et  dessins.  —  Prix  :  3  fr.  sn. 

Deux  amis  des  derniers  iours,et  dont  l'un  au 'moins  fut  souvent  soi 


I 


—  159  — 

compagnon  de  bohème  et  d'hôpital  (  ce  qui  hii  a  permis  d«  faire  du 
pauvre  Verlaine  quantité  de  dessins  très  justes  exprimant  bien  à  eux 
seuls  ses  déchéances),  ont,  après  quinî^e  ans,  pensé  qu'on  pouvait, 
suivant  le  mot  de  M.  Barrés,  «  jeter  le  manteau  de  Noé  par  la  fenêtre  » 
et  mettre  à  nu  devant  le  public  toute  sa  misère.  J'aime  trop  la  vérité 
pour  m'en  plaindre  :  mais  de  voir  ce  malheureux  qui  était  né  bour- 
geois, qui  avait  été  bien  élevé,  fort  instruit,  qui  avait  eu  le  sens  de 
tout  ce  qui  est  noblement  et  délicatement  beau,roulant  de  l'assommoir 
à  l'hôpital,  dégoûtant  par  sa  mendicité  et  ses  absinthes  les  amitiés  les 
meilleures,  et  tombant  la  proie  des  liaisons  les  plus  dégradantes,  c'est 
vraiment  lamentable.  Les  deux  apologistes  ont  beau  essayer  de  trans- 
figurer tout  cela  avec  des  mots,  l'appeler  «  Messie  crucifié  »,  «  un  Christ 
de  la  poésie  qui  s'est  sacrifie  pour  nous  offrir  le  meilleur  et  le  piredelui- 
même  »;  proclamer  non  seulement  qu'il  est  «  spirituel  comme  Voltaire, 
attendri  comme  Rousseau,  délicat  comme  jM"^^  de  Se  vigne»,  maisenc  re 
que  «  l'Église  n'a  jamais  eu  dans  le  moyen  âge  et  n'aura  sans  doute 
jamais  plus  un  artiste  de  cette  hauteur,  qui  célèbre  les  extases  de  la 
foi  avec  autant  de  sublimité  attendrie  »  ;  ils  ont  beau  jeter  la  pierre  à 
tous  ceux  que  cet  avilissement  désolait,  même  à  ceux,  comme  le  bon 
Coppée,  qui,  malgré  leurs  répugnances,  vivant  ne  l'abandonnèrent 
jamais  tout  à  fait,  mort,  s'empressèrent  de  jeter  le  manteau  sur  sa  fin  ; 
hélas  !  et  les  faits  et  les  vers  qu'ils  citent,  ceux  aussi  qu'à  cause  de 
leur  obscénité  ils  n'ont,  malgré  tout,  pas  pu  citer,  empêchent  qu'on 
épouse  une  telle  admiration,  et  ne  suggèrent  aux  plus  indulgents 
qu'une  pitié  affreuse.  Ils  ont  tort  d'ailleurs  de  prétendre  que  le  vice 
et  les  maladies,  qui  firent  de  Verlaine  physiologiquement  une  épave, 
n'entamèrent  pas  son  cerveau  et  son  génie.  On  a  le  droit,  d'après  les 
documents  mêmes  qu'ils  apportent,  de  penser  qu'il  y  avait  des 
«  gommes  »  dans  ce  cerveau  et  dans  ce  talent  des  tares.  L'intérêt  prin- 
cipal de  leur  indiscrète  publication  n'est-il  pas  môme  de  fournir  à  la 
critique  de  l'avenir  l'explication  de  ce  qu'elle  trouvera  dans  l'oeuvre 
de  trouble,  de  fumeux,  de  déliquescent?...  Gabriel  Audiat. 


Ei'Asmenalil^e    constituante.     lie   Pltilosepliîsme    révolu - 

nairc  en  aetion,  par  Gusta.vb  Gautherot.  Paris,  Beauchesne,  1911, 
petit  in-6  de  xv-d40  p.  —  Prix  :  5  fr. 

On  sait  le  grand  succès  des  conférences  sur  l'histoire  de  la  Révo- 
lution faites  à  l'Institut  catholique  par  M.  Gustave  Gautherot. 
Le  distingué  professeur  les  réunit  aujourd'hui  en  volume  et  l'on  ne 
saurait  trop  l'en  remercier  ;  il  faut  aussi  lui  savoir  grand  gré 
d'avoir  renoncé  à  son  premier  mode  de  publication  qui  ne  pouvait 
convenir  qu'à  un  tout  petit  nombre  de  disciples  fervents.  En  adop- 
tant   la    forme  actuelle,  il  centuple    le    nombre  de  ses  lecteurs,  et 


—  160  — 

cela  dans  l'intérêt  de  l'histoire  et  du  pays.  M.  Gautherot  rompt 
carrément  en  visière  avec  les  idées  communément  reçues  sur  la 
Révolution  et,  depuis  trente  ans,  plus  propagées  que  jamais  par 
les  maîtres  du  jour.  Il  proclame  bien  haut  la  faillite  de  la  Révolution 
ou  plutôt  la  faillite  de  la  France  par  la  Révolution.  Cette  Révo- 
lution, la  philosophie  du  xviii^  siècle  Ta  préparée  ;  les  sociétés  se- 
crètes, les  Illuminés,  la  Franc-maçonnerie  probablement,  l'ont  orga- 
nisée et  une  minorité  bruyante  et  audacieuse  l'a  imposée  au  pays. 
Le  savant  et  regretté  Albert  Sorel  a  admirablement  résumé  le 
gouvernement  de  la  Constituante  en  ces  termes  :  «  On  vit  le  mi- 
nistère dominé  par  l'Assemblée,  l'Assemblée  par  les  clubs,  les  clubs 
dominés  par  les  démagogues,  les  démagogues  par  la  populace^ ar- 
mée, fanatique  et  faméhque  qu'ils  croyaient  entraîner  à  leur  suite 
et  qui,  en  réalité,  les  chassait  devant  soi  «.  11  est  impossible  de 
mieux  caractériser  l'histoire  de  ces  deux  années  et  demie,  de  mai 
1789  à  septembre  1791,  et  M.  Gautherot  en  apporte  de  nouvelles 
preuves.  Il  a  suffi  de  si  peu  de  temps  pour  bouleverser  complète- 
ment la  France,  changer  sa  mentalité  et  faire  d'une  nation^catho- 
lique  et  réglée  un  peuple  désemparé,  flottant  à  tous  les  vents  de 
doctrine  et  n'ayant  plus  ni  foi  religieuse  ni  foi  politique.  |.  Les 
illusions  des  uns,  la  faiblesse  des  autres,  l'inexpérience  de  tous  ont 
laissé  le  champ  libre  à  un  petit  nombre  de  meneurs  qui,  eux,  sa- 
vaient ce  qu'ils  voulaient,  c'est-à-dire  faire  tablelJrase  du-'  passé 
et  établir  à  la  place  les  principes  néfastes  que  le  temps  devait  déve- 
lopper et  qui  nous  ont  amenés  où  nous  en  sommes  :  la  centralisa- 
tion à  outrance  par  la  destruction  de  tous  les  corps  organisés, 
l'émiettement  de  la  France  par  sa  division  en  départements  et  la 
suppression  des  provinces,  l'éclosion  des  luttes  de  classes  et  des 
conflits  d'ouvriers  et  de  patrons  par  l'abolition  des  corporations, 
où  il  y  avait  des  améliorations  à  faire,  mais  qu'il  ne  fallait  pas 
détruire,  le  vieux  patriotisme  français  remplacé  par  un  humanita- 
risme vague,  l'indiscipline  introduite  dans  l'armée  par  les  dénoncia- 
tions contre  les  officiers  et  la  fréquentation  autorisée  des  clubs, 
la  guerre  religieuse  déchaînée  par  la  constitution  civile  du  clergé. 
Ne  sont-ce  pas  là  les  maux  dont  nous  souffrons  encore  —  tant 
l'histoire  se  poursuit  et  se  répète,  • —  et  n'avons-nous  pas  le  droit 
d'en  rendre  responsables  les  «  grands  ancêtres  »  qui  ont  bâti  de 
toutes  pièces  l'édifice  dont  tous  ces  maux  sont  sortis? 

Max.  de  la  Rocheterie. 


—  IGl  — 

lies  Turcs    ont  passé   là.    Recueil  de  documents^    dossiers,  rapports 
requêtes,    protestations,   suppliques    et    enquêtes   établissant    la    vérité   sur    les 
massacres  d'Adana  en  1U09,  par  GEORGES  BrÉzol.   Paris,  chez  l'auteur,  66, 
boulevard  Ornano,  1911,  in-12  de  vi-400  p.,  illustré.  —  Prix  :  5  fr.  50. 

L'heure  est-elle  venue  d'écrire  l'histoire  des  événements  tragiques 
qui  se  sont  déroulés  tout  autour  du  golfe  d'Alexandrette  en  avril 
1909?  On  peut  hésiter  sur  la  réponse.  En  tout  cas,  personne  ne  con- 
testera l'immense  intérêt  du  drame  cilicien,  où  viennent  en  jeu,  par- 
fois jusqu'au  paroxysme,  les  plus  mauvaises  passions  individuelles, 
les  haines  de  races,  les  pires  déviations  du  sentiment  religieux  et, 
en  face  d'admirables  dévouements,  d'odieuses  intrigues  avec  tous 
genres  de  calculs  intéressés.  Comme,  de  plus,  les  multiples  péripéties 
de  la  poignante  hécatombe  sont  en  étroite  relation  avec  l'évolution 
capitale  qu'a  subie  l'Orient  dans  ces  dernières  années,  on  peut  pré- 
dire à  coup  sûr  qu'elles  solliciteront  un  jour  irrésistiblement  l'at- 
tention des  historiens.  Qu'il  soit  d'ailleurs  déjà  possible  de  préparer  le 
récit  définitif,  M.  Brézal  n'est  pas  seul  à  l'avoir  pensé.  Mais  son  ré- 
cent travail  est  peut-être  à  cet  égard  le  plus  important  de  tous  cqux 
qu'on  a  jusqu'ici  publiés  sur  le  sinistre.  Ce  n'est  pas  une  narration  sui- 
vie, encore  moins  un  réquisitoire  ou  une  œuvre  systématique  qui 
donne  à  craindre  exagération  ou  parti  pris.  C'est  un  pur  dossier. 
Mais  combien  éloquent  et  convaincant  dans  sa  simplicité,  je  dirais 
même  dans  le  décousu  des  pièces  qu'il  renferme.  Vraiment  son  au- 
teur a  été  bien  inspiré  :  les  années  vont  vite;  il  fallait  se  hâter  de 
recueillir  les  témoignages  des  survivants,  de  ramasser,  sans  les  laisser 
s'éparpiller  davantage,  les  importantes  relations  des  témoins,  les  cor- 
respondances de  la  presse  du  monde  entier,  les  télégrammes  officiels, 
les  dépêches  et  appels  de  détresse  des  «  rescapés  »,  les  suppliques  et 
protestations  de  leurs  chefs  spirituels  et  civils,  les  enquêtes  parle- 
mentaires et  gouvernementales,  les  rapports  des  cours  martiales,  les 
déclarations  ministérielles,  les  hommages  que  la  reconnaissance  indi- 
viduelle ou  l'admiration  publique  ont  valus  aux  sauveteurs  tant  mu- 
sulmans que  chrétiens,  en  un  mot,  toutes  les  informations  capables  de 
jeter  le  plein  jour  sur  l'ensemble  et  les  particularités  de  l'affreuse  tra- 
gédie. Voilà  ce  qu'a  essayé  M.  Brézol.  On  trouvera  dans  son  livre, 
méthodiquement  groupés,  non  pas  certes  la  totalité  des  documents 
connus — il  a  dû  forcément  se  borner — mais  un  très  grand  nombre  de 
pièces  et  des  plus  démonstratives.  Si  le  volume  n'est  pas  encore  une 
histoire,  il  suffit  du  moins,  tel  qu'il  est,  à  situer  l'effroyable  épisode 
dans  l'histoire  générale  contemporaine,  à  montrer  la  vraie  signifi- 
cation des  faits  et  à  fixer  les  responsabilités.  L'auteur  ne  prétend  rien 
de  trop  quand  il  affirme  en  tête  de  son  œuvre  qu'elle  établit  la  vérité 
sur  les  massacres  d'Adana.  J.  Delarue. 


FàvAiBR   1912.  T.  CXXIV.  11. 


—  162  — 

liibrary  of  (  oiigrc'<>x.  jiiuericaii  and  Fuglifili  Généalogies 
in  llie  liibrary  ol  Coiegress.  Pre'im'.nary  CxiaLojH"  coiupiied 
uiider  the  direction  of  ihe  chief  of  the  Catalogue  Division.  Washington, 
Government  piinting  office,  1910,  in  8  de  805  p. 

On  sait  que  les  études  généalogiques  jouissent,  actuellement  d'une 
'  grande  vogue  en  Amérique.  D'importantes  revues  paraissent,  aux 
États-Unis,  qui  sont  entièrement  consacrées  à  la  publication  des 
généalogies.  Les  monographies  de  famille  forment  à  la  Bibliothèque 
du  Congrès  une  série  fort  nombreuse;  le  Catalogue,  qui  vient  de  pa- 
raître, ne  comprend  pas  moins  de  3.750  articles. 

Les  ouvrages  que  ce  répertoire  nous  indique  se  rapportent,  pour 
la  très  grande  majorité,  à  des  familles  anglo-américaines.  Quelques- 
uns,  cependant,  ont  trait  à  des  maisons  c[ui  ne  se  sont  pas  trans- 
portées au-delà  de  l'Océan,  ainsi,  aux  dynasties  royales  d'Angleterre 
et  d'Ecosse.  Un  bon  nombre  de  généalogies  intéressent  à  la  fois  l'Eu- 
rope et  l'Amérique;  ce  sont  celles  de  certaines  races  d'immigrés  dont 
la  filiation  est  déduite  à  partir  d'une  époque  antérieure  à  leur  éta- 
blissement dans  le  Nouveau  Monde. 

On  est  surpris  de  l'antiquité  que  quelques  monographies  attribuent 
aux  familles  dont  elles  font  connaître  l'histoire.  A  en  croire  les  titres 
relevés  dans  le  Catalogue,  la  généalogie  des  Sanborn  remonte  à 
1194,  celle  des  Hayford  à  1100,  celle  des  Morgan  à  1089,  celle  des 
Van  Doom  à  1088,  celle  des  Davenport  à  1086,  celle  des  Heam  et, 
celle  des  Townsend  à  la  conquête  de  l'Angleterre  par  les  Normands, 
ceUe  des  Hammond  à  l'an  mille,  celle  des  Hubbard  à  866,  celle  des 
Greene  à  861,  celle  des  Riddle  à  £60.  Ce  n'est  rien  encore,  11  paraît  'que 
les  ancêtres  de  George  Washington  sont  connus  depuis  l'an  70,  et 
ceux  des  Tirre'l,   depuis  443...  avant  Jésus-Christ. 

MAX'^PRI^ET. 

La  ISibiio1li«-qiic  |ii(1)lr<jue  de  Carca!»!»onne,  par  Jean^  Amiel 
Paris,  Le  Soudier,  1911,Jm-8  de  vni-i87.  —  Prix  :  3  fr. 

Comme  beaucoup  de  nos  bibliothèques  françaises,  c'est  à  la  Révo- 
lution que  la  bibliothèque  de  Carcassonne  doit  son  existence.  Son 
premier  fonds  provient  des  livres  pris  par  l'Etat  aux  établissements 
religieux  supprimés  ou  aux  émigrés  dont  les  biens  furent  confisqués. 
Quelques  dons  importants  :  ceux  de  Cornet-Peyrusse  et  du  baron 
Guillaume  Peyrusse,  de  Mahul,  de  Gabriel  de  Chénier,  de  Ccstc-Re- 
boulh,  de  Jourdanne,  sont  venus,  au  cours  du  xix«  siècle  et  du  xx^, 
accroître  ses  collections.  Le  budget  des  acquisitions  (et  du  njatériel)  a 
été  longtemps  fort  maigre  et  irrégulier;  actuellement,  il  est  d'un  mil- 
lier de  francs.  A  un  moment  la  ville  a  songé  à  supprimer  son  biblio- 
thécaire, trouvant  que  la  maison  rendait  peu  de  services.  Au  jour- 


—  163  — 

d'hui  encore  le  nombre  des  lecteurs  est  peu  considérable;  des  statisti- 
ques et  des  explications  produites  par  M.  Amiel,  il  semble  qu'il  ne 
dépasse  pas  une  moyenne  de  quinze  par  jour  (prêt  sur  place  ou  à  do- 
micile). La  faute  en  est  peut-être  au  peu  de  commodité  des  heures 
d'ouverture.  Les  efforts  faits  pour  obtenir  de  l'adminis- 
tration municipale  une  ouverture  plus  large  et  plus  facile  n'ont  pas 
abouti  jusqu'ici.  Peut-être  ce  livre  de  M.  iVmiel  contribuera- 1- il  à 
obtenir  un  meilleur  résultat. 

Bibliothécaire  adjoint  de  la  bibliothèque  municipale,  il  a  voulu 
connaître  et  faire  connaître  la  maison  à  laquelle  il  donne  son  temps  et 
son  dévouement.  De  là  est  né  le  petit  volume  que  nous  annonçons  et 
qui  contient  l'histoire  de  l'établissement,  divisée  en  trois  périodes 
dont  la  première  (1803-1830)  est  caractérisée  comme  une  époque  de 
stagnation;  la  deuxième  (1831-1887)  comme  une  ère  de  prospérité 
sur  laquelle  se  contente  de  vivre  la  dernière  période  (1868-1911), 
période  du  statu  quo. 

Des  notes  sur  les  bienfaiteurs,  sur  les  conservateurs  qui  se  sont  suc- 
cédé à  la  tête  de  rétablissement,sur  les  budgets,  les  catalogues,  quel- 
ques mots — un  peu  trop  brefs  — sur  les  autographes  et  les  manuscrits 
complètent  cet  essai,  que  M.  Amiel  pourra  reprendre  quelque  jour  en 
le  développant  et  en  précisant  certains  points  demeurés  vagues.  L'on 
ne  serait  pas  fâché  d'être  renseigné  d'une  manière  plus  précise  sur 
la  composition  de  la  Bibliothèque,  sur  les  principes  qui  guident  les 
acquisitions,  sur  les  moyens  qu'elle  possède  de  répondre  aux  besoins 
tant  des  chercheurs  et  des  érudits  que  des  lecteurs  ordinaires  et  du 
public  ouvrier,  industriel  et  commercial;  sur  le  genre  d'ouvrages  qui 
sont  le  plus  souvent  demandés,  etc.  E.-G.  Ledos. 


CORRESPONDANCE 

M.  Seymour  de  Ricci  nous  adresse  la  lettre  suivante  : 
Monsieur, 

Dans  un  article  très  flatteur  que  consacre  votre  collaborateur  M. 
E.-G.  Ledos  à  mon  Catalogue  raisonné  des  premières  impressions  de 
Mayence  (Polyhihlion,  janvier  1912)  je  découpe  le  passage  suivant  : 

«  Peut-être  pourrait-on  relever  de  ci  de  là  quelques  traces  de  légè- 
reté, nous  n'en  citerons  qu'un  exemple  :  à  propos  de  la  Bible  de  36  L, 
M.  Seymour  de  Ricci  écrit  (p.  16,  n^  14)  :  «  Selon  M.  Léopold  Delisle 
(Journal  des  savants,  1893,  p.  216),  un  exemplaire  aurait  été  offert 
vers  1890  pour  150,  000  fr.  par  un  libraire  de  Munich  »;  dans  la 
phrase  visée  et  que  voici,  il  n'est  question  ni  de  1890,  ni  de  Munich  r 
«  Un  libraire  n'a  pas  craint  dans  ces  derniers  temps  de  demander 


—  1G4  — 

150.090  francs  d'un  exemplaire  de  la  Bible  imprimée  à  Baniberg  par 
Albrecht  Pfister  ».  Quant  au  doute  que  M.  de  Ricci  se  permet  d'émet- 
tre sur  cette  assertion,  tous  ceux  qui  connaissent  le  soin  scrupuleux  de 
M.  Delisle  dans  tous  ses  travaux  ne  s'y  arrêteront  pas.  » 

Il  y  a  dans  mon  travail,  je  le  sais  mieux  que  personne,  plus  d'une 
trace  de  légèreté;  mais  c'est  à  tort  que  votre  collaborateur  incrimine 
le  passage  par  lui  cité.  Si  j'ai  parlé  de  Munich  et  de  1890  c'est  que, 
devant  le  laconisme  de  la  phrase  publiée  par  Léopold  Delisle,  j'avais 
été  demander  à  M.  Delisle  lui-même  quelques  indications  complé- 
mentaires, que  celui-ci  me  fournit  aussitôt  avec  sa  bonne  grâce  ha- 
bituelle, m'indiquant  même  le  nom  du  libraire  qui  avait  fait  cette 
offre.  [^ 

Je  suSjd'autre  part, qu'un  bibliographe  anglais  avait  recherché  cet 
exemplaire,  sans  trouver  d'autre  trace  de  son  existence;  le  libraire-de 
Munich  m'a  déclaré  ne  se  souvenir  de  rien  et  n'avoir  jamais  possédé 
la  Bible  de  36  lignes.  Une  personne  fort  au  courant  de  l'histoire  de  la 
librairie  allemande  m'a  assuré  que  le  libraire  en  question  s'était  borné 
à  offrir  pour  150.000  francs  la  Bible  en  question  :  si  un  acheteur  sé- 
rieux s'était  présenté,  il  aurait  essayé  d'acquérir  un  des  exemplaires 
appartenant  à  des  bibliothèques  universitaires  allemandes. 
.'nQuoi  qu'il  en  soit,  et  j'en  fais  juge  vos  lecteurs,  j'étais  parfaitement 
en  droit,  après  mon  enquête,  de  commenter  la  phrase  de  M.  Delisle 
dans  les  termes  suivants,  que  seul  M.  Ledos  a  estimés  tendancieux  : 
«  J'ai  peine  à  croire  que  cette  offre,  dont  il  m'a  été  impossible  de  pré- 
ciser les  circonstances,  concernât  véritablement  un  exemplaire  de 
cette  Bible  appartenant  à  ce  libraire.  » 

Veuillez  agréer,  etc.  Seymour  de  Ricci. 

;    Et  voici  la  réponse  de  M.  Ledos  : 

Même  après  les  explications  que  nous  fournit  M.  Seymour  de 
Ricci  et  que  je  me  félicite  d'avoir  provoquées,  la  phrase  que  j'ai  citée 
demeure  malheureuse  et  inexacte,  puisqu'elle  se  réfère  à  un  texte  qui 
ne  répond  pas  à  l'énoncé  qu'elle  en  donne  et  que  rien  ne  laisse  soup- 
çonner au  lecteur  les  motifs  que  M.  Seymour  de  Ricci  a  eus  de  le 
compléter  comme  il  fait.  Il  aurait  pu,  sans  allonger  beaucoup  son 
texte,  fournir  au  lecteur,  d'une  manière  sommaire,  les  précisions  qu'il 
apporte  ici  et  qui  justifient  le  vague,  très  certainement  voulu,  de 
l'indication    donnée    par   M.    Delisle.  E.-G.    L. 


—  1G5  — 


BÏJLLETIN 

Kl  Convite  dei  tilviiio  «moi-,  por  JosÉ  Frassinetti  ;  trad.  del  ilaliano 
por  José  Pérez  IIervâs.  Barcelona,  Siibirana,  1911,  petit  in-16  de  xvi- 
163  p.  —  Prix  :  1  fr.  50. 

Frasî'inetti  a  publié,  il  y  a  qiulque  trente  ans,  divers  opuscules  qui  ont 
tous  pour  but  d'exciter  les  fidèles  à  la  réception  fréquente  du  sacrement 
de  l'Eucharistie.  Celui  que  vient  de  traduire  en  espagnol  Don  José  Pérez 
Hervâs  est  a,ssurément  le  plus  doctrinal  et  en  mênnie  temps  le  plus  pra- 
tique. Il  est  divisé  en  cinq  chapitres  :  1°  le  Banquet  de  l'Amour;  2°  les 
faveurs  qu'on  y  reçoit;  3*^  les  dispositions  pour  s'tn  approcher;  4°  la  fré- 
quente communion;  5°  le  zèle  qu'on  doit  apporter  à  propager  cette  pra- 
tique. Ce  livre  de  piété  s'ajoute  à  tous  ceux  qui  ont  été  publiés  depuis  le 
décret  de  la  S.  Cong-régation  du  concile  du  16  déc(mbre  19C5,  tt  ne  sera 
pas  le  moins  utile  aux  prêtres  et  aux  f:dèles  qui  ont  à  cœur  de  développer 
le  culte  eucharistique  et  la  fréquente  communion.  G.  Bernard. 


L.a  Fôrmuli»  «oclal   crUtlana,   por   UBALDO    ROMBRO  QUINONES.    Guadala- 

jarn,  Minguijon,  1910,  in-16  de  614  p.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Moins  que  jamais  la  religion  catholique  ne  peut  se  désintéresser  de  ]a 
question  sociale.  Elle  le  peut  d'autant  moins  que  la  politique,  au  lieu  d'apla- 
nir les  difficultés,  ne  fait  qu'en  retarder  la  solution,  par  suite  de?  compé- 
titions, des  luttes  personnelles  et  de  l'instabilité  du  régime.  L'auteur  du 
li\Te  que  nous  venons  de  lire  a  cherché  à  fc  mener  à  la  catégorie  de  principes 
scientifiques  les  vérités  capitales  de  la  théologie  chrétienne,  à  renouer 
l'harmonie  entre  le  vieux  christianisme  et  la  civilisation  moderne,  à  re- 
mettre en  honneur  les  notions  traditionnelles  de  la  famille,  du  mariage, 
de  la  propriété,  du  droit  et  de  la  liberté.  Ce  n'est  pas  du  socialisme  chré- 
tien, mais  la  théorie  chrétienne  exposée,  suivant  le  dogme  et  l'Évangile, 
pour  éclairer  les  masses  et  diriger  les  efforts  de  ceux  qui  veulent  de  bonne 
foi  résoudre. le  terrible  problème  actuel.  Les  éternelles  vérités  que  rapp'^Ue 
M.  Quinones  ne  doivent  être  oubliées  de  personne;  le  progrès  des  sciences 
ne  les  a  point  affaiblies,  et  tout  travail  est  condamné  à  rester  stérile,  si  l'on 
fait  abstraction  des  devoirs  qui  nous  lient  à  Dieu  et  à  son  Église,  sous  le 
spécieux  prétexte  de  faire  prévaloir  des  droits  contestés,  sinon  contestables. 

G.  Bernard. 

■utei-nacloiia  matematikal  lexiko  en  Ido,  germsinn,  ungla,  fi-anoa 
e  iialiana,  par  Louis  Couturat.  léna,  Fischer,  1910, iu-4  de  ii-36  pages. — 
Prix  :  1  fr.  80. 

Ce  dictionna,ire  contient  environ  1200  termes  usités  en  mathématique. 
Dans  une  première  partie,  disposée»  en  cinq  colonnes  par  page,  les  mots 
classés  par  ordre  alphabétique  en  ido  sont  accompagnés  de  leur  t  ^aduction 
en  allemand,  anglais,  français  et  italien.  Pour  la  formation  des  mots  en 
ido,  I\L  Couturat  a  pris  l'avis  de  tous  les  pontifes  de  cette  nouvelle  langue; 
pour  le  choix  des  mots  et  pour  leur  équivalence  franco-all*^mand<^  il  a  eu 
recours  à  l'excellent  lexique  de  Félix  Mùller;  pour  les  traductions  anglaises 
et  italiennes,  il  s'est  adressé  à  des  spécialistes  dont  la  compétence  est 
indiscutable.  Dans  une  seconde  partie,  les  mots  des   quatre    langues  vi— 


—  166  — 

vantes  considérées  sont  claasés  par  ordre  alphabétique,  sans  distinction  de 
langue;  toutefois,  les  mots  qui  ne  diflennt  d";  F i do  que  par  la  terminaison 
grammaticale  ont  été  intentioruxt^lL-ment  omis.  Espérantiste  peu  pratiquant 
et  pas  du  tout  militant,  ni.us  ne  pavLrons  pas  d  î  l'influence  que  peut  avoir 
ce  lexique  pour  la  propagation  d?  l'Ido.  Mtis,  par  contn-,  nous  insisterons 
sur  les  immenses  services  qu'il  peut  rcnd't'e  aux  mathématiciens  d'une 
des  quatre  langues  vivant^^s  d'>nt  il  donn?  les  équivalents.  Ce  volume 
remplace  doiize  kxiques  différents  et,  grâce  à  son  heureuse  disposition,  il 
permet  d>  trouver  rapidement  la  tr?dj'ctif>n  d'un  mot  d'une  des  langues 
dans  une  quiconque  d^s  trois  autres.  Nous  souhaitons  donc  un  très  vif 
succès  à  cet  ouvrage;  nous  voudrions  qu'il  soit  tel  qu^,  prochainement,  une 
édition  plus  complète  paraisse;  nous  préférerions  la  voir  publier  dans  un 
format  plus  commode  :  \m  manuel  dans  le  genre  des  VHustrierte  tecknische 
W ôrter bûcher  i>nïy\iés  par  von  Oldenbourg  (Munich)  serait  la  perfection. 

E.  Chaii.an. 

On  ttaa  Hfstory  of  the   Ballads  (  1  1  OO-l  STOU),  by  W.  P.  Kbb.  London^ 

Troude,  s.  d.,   in-8  de  26  p.  —  Prix  :  1  fr.   8o. 

«  Poème  à  la  fois  lyrique  et  narratif,  d'origine  populaira  ou  coulé  d.tns  le 
moule  de  la  poésie  populaire,  fait  de  plus  pour  circuler  moralement  parm 
tout  un  groupe  d'hommss,  «  c'est  ainsi  que  M.  Ker  définit  la  ballade  par 
oppo'^ition  au  conte  populaire  d'une  part,  à  la  poésie  purement  lyrique,  de 
l'autre.  La  ballade  ainsi  comprise  forme  un  genre  littéraire  qui  fut  long- 
temps florissant,  mai?  dont  l'histoire  est  ob.cure.  Voici  les  principales 
questions  relatives  à  ce  genre  que  touche  M.  Ker  dans  le  court  mémoire 
qu'il  a  lu  à  l'Académi?  britannique. 

1°  Domaine  (dans  les  pays  de  langue  romane  ou  germanique,  les  seuls 
dont  s'occupe  l'auteur).  La  ballade  se  trouve  partout,  sauf  dans  l'Italie  au 
sud  des  Apennins  ;  en  Castille,  les  romances  sont  uae  producMon  particu- 
lière et  distincte.  2^  Parenté  entre  les  ballades  des  dii'férents  pays  :  la 
France  du  nord,  le  Languedoc,  le  Piémont,  la  Catalogne,  auxquels  peuvent 
se  rattacher  encore  le  Portugal  et,  en  partie  seulement,  l'Espagne;  dans 
les  pays  germaniques,  trois  groupes,  anglai;,  danois  (qui  comprer  d  les  au- 
tres pays  Scandinaves),  allemand  ;  le  group3  danois  trahit  une  influence 
française.  3°  Date  :  sauf  de  rares  exceptions,  nos  textes  ne  remontent  qu'au 
xv^  ou  même  au  xvi^  siècle;  une  antiquité  bien  plus  grande  se  laisse  supposer 
par  des  vestiges  de  rédaction  antérieures  ou  par  le  lien  apparent  entre 
certaines  bal'ades  et  tel  ou  tel  événement  historique;  la  démonstration  de 
cette  antiquité,  très  difficile  à  faire,  paraît  suffisante  pour  certaines  balla- 
des danoises  ;  les  premières  ballades  dïîivent  appartenir  à  la  fin  du  xi^  siè- 
cle et  au  commenC'^ment  du  xii^  ;leur  forme  métrique  n'est  certainement 
pas  antérieure,  au  moins  dans  Ir-s  pays  de  langue  germanique,  mais  certains 
thèmes  ou  motifs  proviennent  d'une  littérature  ou  d'une  tradition  plus 
anciennes.  4°  Origine  :  les  ballades,  au  moins  dans  les  pays  Scandinaves  et 
en  Espagne,  ne  sont  pas  nées  dans  les  classes  tout  à  fait  illettrées,  mais  ont 
été  compo-ées  pour  des  gens  d'une  certaine  culture;  elles  ne  semblent  pas, 
sauf  en  Espagne,  dériver  d'une  poésie  épique  ou  narrative  plus  ancienne 
dont  elles  seraient  pour  ainsi  dire  des  fragments;  elles  constituent  une  forme 
poétique  particulière  qui  se  distingue  par  le  mélange  de  narration  et  de 
lyrisme,  par  la  concision,  par  l'unité  d'intérêt,  par  la  note  ordinairement 
tragique.  A  travers  ce  résumé,  on  apercevra  peut-être  tout  ce  qu'en  vingt- 
six  pages  a  su  condenser  de  matière  l'un  des  hommes  d'Europe  qui  connais- 
sent le  mieuK  la  littérature  du  moyen  âge.  A.  B.vubea.u. 


—  167  —  , 

•^.'Italie    dailâ    qnclques  ;,pnblleatlon!»    da    Jésuites     rruiiçal»,       par 

Gabr[Bl  Mauqain.  Paris, Champion,  1910,  gr.  iu-8de62  p.— Prix:  1  f;.  50. 

Cette  brochure  e?t  con>acré3  aux  doctrin3î  littéraires  de  Rapin  et  Bon- 
heurs, à  leurs  appréciations  sévèt'es  sur  les  hommas  et  les  choses  d'Italie, 
au  Journal  de  Trévoux  et  à  ses  jugements  malveillants  sur  tout  ce  qui 
touche  à  la  péninsule,  — le  Vatican  et  les  jésuites  exceptés.  M.  Maugain  a 
rattaché  ce  sujet,  d'intérêt  médiocre,  à  l'histoire  littéraire  générale,  en  y 
voyant  un  épisode  de  la  revirade  qui  se  produit  en  France  entre  la  géné- 
ration italophile  de  Ménage,  Chapelain,  La  Fontaine,  M"»^^  de  Sévigné  et 
de  La  P"'ayett3  et  la  génération  plus  exclusivement  française  de  Boileau, 
Adrien  Baillet,  ttc  :  chose  bizarre,  cet  éloignement  de  l'italianisme  se  produit 
au  fort  de  la  querelle  des  anciens  et  des  modernes;  ce  sont  les  jésuites  qui, 
au  milieu  des  horreurs  de  la  Bulle,  comme  dira  Voltaire,  se  déchaînent 
contre  les  ultramontains.  On  ne  voit  pas  que  M,  Maugain  ait  essayé  d'ex- 
pliquer ce  qu'il  y  a  au  premier  abord  de  déconcertant  dans  ces  anachronis- 
mes  ;  il  montre  que  les  attaques  contre  l'Italie  furent  si  vives  dans  ce  petit 
clan  qu'elles  provoquèrent  une  renaissance  de  la  critique  en  Italie,  par  la 
création  d'une  gazette  de  défense  fondée  à  Venise  par  Apostolo  Zeno, 
Scipion  Maffei,  Vallisnieri,  le  Giomale  de'  Letterati  d  Ilalla  :  peut-être  au- 
rait-il pu  insister  davantage  sur  les  circonstances  de  cette  fondation  et 
le  caractère  national  du  giomale,  un  des  premiers  et  lointains  précurseurs, 
presque  insconscients  du  reste,  de  l'esprit  patriotique  et  unitaire.  L'auteur 
essaye  de  montrer  les  causes  de  cette  autorité  accordée  par  les  Italiens  du 
Settecento  à  ces  deux  grammairien-,  si  parfaitement  oubliés  de  nos  jour=,  et 
montre  que  les  Italiens  ont  eu  raison  de  voir  en  eux  des  adversaires  bien 
armés  et  puissants  de  leur  influence  littéraire.  L'épisode  n'a  d'ailleurs,  en 
somme,  qu'une  bien  minime  importance.  L'étude  est  soigneusement  faite, 
méthodique,  patiente,  bien  documentée.  L.-G.  Pélissibh. 


tJne)   I»ériotlo    électorale    ù.    ï^oîtiers    en     1  rSO,    par    H.    COUTURIBR, 
Poitiers,  imp.  Biais  et  Roy,  1911,  in-8  fie  101  p.  —  Prix  :  1  fr.  25.  ._ 

C'est  ajout:T  un  chapitre  nouveau  à  l'histoire  qu'avait  écrite,  il  y  a 
deux  ans,  l'auteur  sur  la  Préparation  des  Etats  généraux  de  1789  en  Poitou, 
que  de  nous  donner  des  détails  relatifs  à  ce  qui  s'est  passé  à  Poitiers  même 
pour  les  élections  dans  l'hiver  d?  1789,  quand  deux  mille  électeurs 
se  pressèrent  d-ius  la  ville  pendant  deux  mois.  Il  est  curisuxde  voir  la  diffé- 
rence d'esprit  d'^s  trois  ordres  :  intransigeante  sur  ses  prérogatives  hono- 
rifique •■■,  la  noblesse  se  prête  à  des  sacrifices  pécuniaires  en  faveur  de  l'État, 
et  s'occupe  volonti?r3  du  sort  du  peuple;  dans  le  clergé,  autour  des  dsux 
évêques  de  Poitiers  et  de  Luçon,  les  membres  les  plus  respectables  par- 
tagent ces  sentiments  avec  la  crainte  des  nouveauté^;  une  minorité  do 
jeunes  prêtres  turbulents  ou  de  petits  curés  de  paroisses  rurales  étalent 
sans  vergogne  leur  ambition  toute  personnelle  et  de  la  façon  la  plus  irres- 
pectueuse poui"  les  autorités  ecclé.-iastiqu?s.  Dans  le  tin's  état,  les  ma- 
giitrats  et  avocats  de  Poitiers  veulent  conserver  les  coutumes  et  éviter 
des  bouleversements  soc'aux  que  réclament  au  contraire  avec  beaucoup 
de  véhémence  et  d'impmdence  la  grande  majorité  des  membres  du  tiers. 
Ces  derniers  semblent  bi^n  satisfaire  leurs  jalousies  sociales  sous 
prétexte  du  bien  général.  Dans  tout  cela,  il  règne  beaucoup  de  désordre 
et  de  passion. 

M.  Couturier  laisse  parler  les  faits  qu'il  recueille  et  expose  sans  commen- 


—  168  — 

taire;  le  tabloau  n'en  est  que  plus  frappant  et  cette  histoire  poitevine  a  dû 
être  celle  de  la  plupart  de  nos  provinces  au  dékut  de  la  Révolution.     G. 


Soiivonlrci,     lnipr'<>sslc  ns    et     réflexions    cL'iid    vlenx     l>onapai>tl»te, 

exlr;iits  des  Mémoires  iifdils  d'un  paysan,    par  Arsène  Thkvenot.  Arcis- 
sur-Aube,  Gradassi-Royer,  s.  d.,  in-16  de  69  p.  —  Prix  :  0  fr.  50. 

L'auteur  a  été  f.ous  l'Empire  inï^titutcur  puis  vérificateur  d'^s  poids  et 
mesures  dans  l'Aube.  En  1870,  il  a  vaillamment  combattu  comme  franc- 
tireur  et,  après  une  injuste  révocation,  il  s'est  fait  journaliste  et  son  dernier 
emploi  en  cette  qualité  a  été  celui  de  directeur  du  Vosgien,  journal  conser- 
vateur et  catholique  d'Épinal.  C'est  un  bonapartiste  d'une  fidélité  tou- 
chante et  noblement  désintéressée.  Cet  opuscul<-  contient  quelques  souvenirs 
personnels,  des  louanges  et  une  justification  plus  sentimentale  que 
documentée  de  Napoléon  III  et  de  sa  politique,  enfin  quelques  pièces  de 
vers  dont  la  dernière  est  un  épithalame  r,ur  le  mariage  du  prince  Victor 
Napoléon  avec  la  princesse  Clémentine  de  Belgique.  La  conclusion  que  le 
lecteur  en  tirera  est  que  l'auteur  est  un  vieillard  ardemment  patriote  et 
extrêmement  sympathique.  Mais  il  ne  us  pei'mettra  d'ajouter  que  ses 
déductions  politiques  n'ont  rien  de  rigoureux.  Eugène  Godefroy. 


KIsâssisclie  %'ei-ras8un^e-und   Vei-AvultuiigSwunsclic   Im  lS.Iahr> 
bandent,   les  Pieux  Désirs  d'un  Alsacien,  publié  par  ErnST  HaUVIL- 

LHR.  Metz,  Scriba,  1911,  in-8  de  71  p/'- 

Voilà  une  brochure  qui  fit  à  son  apparition  un  certain  bruit  en  Alsace- 
Lorraine.  C'est  un  mémoire  dû  à  un  auteur  anonyme  du  xviii®  siècle,  reven- 
diquant pour  l'Alsace  une  nouvelle  constitution  afin  qu'elle  ne  soit  plus 
traitée  en  province  réputée  étrangère.  Trouvé  aux  Archives  nationales  à 
Paris,  par  le  directeur  des  archives  de  la  Lorraine,]M.  Hauvill  r,  ce  document 
fut  publié  par  lui  er  1910  dans  le  Bulletin  de  la  Société  lorraine  d'histoire 
et  d'archéologie  de  Metz.  11  fut  présenté  à  l'empereur  Guillaume  II  qui  le 
trouva  très  intéressant,  ordonna  sa  publication  en  tiré  à  part  et  recommanda 
de  le  répandre  à  profusion.  C'est  que  le  mémoi^'e  en  question  était  d'une 
haute  actualité,  au  moment  où  l'on  discutait  la  nouvelle  constitution 
d'Alsace-Lorraine.  11  est  curieux  de  constater  combien  cette  nouvelle 
constitution  se  rapproche  de  celle  que  demandait  l'anonyme  auteur  du 
mémoire,  au  xviii.e  siècle.  C'est  dire  combien  le  régime  nouveau,  par  lequel 
l'Alsace-Lorraine  va  être  gouvernée,  répond  peu  aux  idées  modernes.  La 
lecture  du  mémoire  publié  par  M.  Hauviller  est  donc  d'un  grand  intérêt, 
mais  le  commentaire  de  27  pages  dont  il  a  cru  devoir  le  faire  précéder 
montre  comment  on  peut  faire  dire  à  "un  document  tout  autre  chose  que 
ce  qu'il  exprime.  \.  G^ 

Ames  inconnues,  par  JEAN  DE  LA   Brète.  Paris,  Plon-Nourrit,  in-16  de 
Ln-120  p.  —  Prix  :  1  fr.  50. 

Ce  petit  volume  du  délicat  auteur  qu'est  l'auteur  de  Mon  Oncle  et  mon 
curé,  fait  honneur  à  son  talent  et  à  son  cœur.  Avec  les  Notes  intimes  d'un 
séminariste,  l'auteur  a,  non  pas  conté  la  vie  humble  et  cachée  d'un  sémi- 
nariste qu'une  mort  prématurée  n'a  pas  permis  de  se  faire  connaître  au 
monde,  mais  il  nous  découvre  le  fond  de  son  âme,  une  âme  qui  n'a  fait 
que  grandir  d'année  en  année,  jusqu'au  moment  où  Dieu    est    venu  la 


—  169  ~ 

cueillir  pour  son  paradis.  Auguste  Merlet  était  né  en  1887,  il  est  mort  en 
mars  1909,  avant  d'avoir  accompli  sa  vingt-troisième  année,  et  son 
Journal  intime  laisse  l'impression  d'un  esprit  distingué  mais  plus  encore  d'une 
très  belle  âme,  parvenue  de  bonne  heure  à  la  maturité,  et  que  le  milieu 
chrétien  où  il  a  passé  toute  sa  vie  si  courte  n'a  connue  que  pour  deviner 
les  espérances  qui  se  pouvaient  fonder  sur  elle.  Belle  fleur,  qui  n'a  pu 
donner  ses  fruits,  et  qui  est  allée  s'épanouir  au  ciel,  dans  toute  sa  fraîcheur 
et  son  éclat.  Livre  à  proposer  aux  méditations  des  jeunes  chrétiens,  prin- 
cipalement à  C9UX  qui  s^^  préparent  à  l'honneur  et  aux  labeurs  du  sacer- 
doce. Ils  y  trouveront  profit  pour  leur  âme,  rien  n'étant  contagieux  comme 
le  voisinf.go  de  si  rares  et  si  hautes  vertus.  Quant  à  ceux  qui  ne  connaissent 
pas  le  prêtre,  je  voudrais  qu'ils  lussent  aussi  ce  livre  pou  se  rendre  compta 
de  la  vigilance  éclairée  qui  préside  ri  la  préparation  des  âmes  sacerdotales 
et  de.*^  admirables  vertus  int:ïllectuelles  et  morales  que  l'éducation  cléri- 
cale sait  faire  fleurir  dans  les  âmes.  Ils  n'y  trouveraient  pas  la  foi  peut- 
être,  qui  est  un  fruit  de  la  grâce,  mais  ils  sentiraient  naître  dans  leur  âme, 
pour  ces  frères  inconnus,  une  estime  intellectuelle  et  morale  préparatoire 
de  jug3ments  plus  équitables  et  des  pacifications  récefsaires  de  l'avenir. 
Je  rec(jmmande  chaudement  ce  petit  livre,  qui  présente  vraiment  un  très 
grand  intérêt.  P.  Ta  «.on.  5,^^ 

CHRONIQUE 

Nécrologie.  —  Le  docteur  Paul  Topinard,  l'illustre  anthropologiste, 
est  mort  à  Paris,  le  20  décemb-'e,  à  82  ans.  Né  à  l'Isle-Adam  (Seine-et- 
Oise),  le  4  novembre  1880,  il  alla  passer  les  premières  années  de  sa  jeu- 
nesse en  pleine  nature  sauvage  aux  États-Unis,  où  son  père  s'était  fait 
pionnier  dans  le  Delaware.  Après  avoir  fait  ses  premières  études  à  la  Nou- 
velle-Orléans, il  revint  en  France  pour  suivre  les  cours  de  médecine.  Reçu 
interne  des  hôpitaux  puis  docteur  en  1869,  il  se  fixa  à  Paris  où  il  exerça 
jusqu'en  1871.  Mais  à  cette  date,  sous  l'influence  de  son  maître  Broca,  il 
renonça  à  la  médecine  pour  se  livrer  à  l'étid-:^  de  l'anthropologie.  Grâce 
à  ce  dernier,  il  fut  nommé  conservateur  d' s  collections  de  la  Société  d'an- 
thropologi  ,  puis  directeur  adjoint  du  laboratoire  de  l'École  des  hautes 
études.  En  1876,  il  devint  professeur  à  l'École  d'anthropologie  qui  venait 
d'être  fondée  et,  en  1880,  à  la  mort  de  Broca,  il  le  remplaça  comme  secré- 
taire général  de  la  Société  d'anthropologie  et  il  prit  en  même  temps  la 
direction  de  la,  Revue  d'anthropologie.  On  ne  doit  au  D' Topinard  que  deux 
ouvrages  de  médecine  :  Aperçu  sur  la  chirurgie  anglaise  (Paris,  1860,  in-8) 
et  De  VAtaxie  locomotrice  progressive  (Paris,  U65,  in-8),  volume  couronné 
par  l'Académie  de  médecine.  Mais  ses  travaux  relatifs  à  l'ethnographie 
et  àl'anthoropologie  sont  nombreux  et  des  plus  importants.  Le-  principaux 
publiés  en  volumes,  sont  :  Études  sur  les  races  indigènes  de  V Australie 
(Paris,  1872,  in-8);  —  U Anthropologie  (Paris,  1876,  in-8,  ouvrage  cou- 
ronné par  l'Académie  de  «médecine  et  par  l'Institut  et  qui,  devenu  clas- 
sique, a  été  traduit  dens  plusieurs  langues;  —  Étude  sur  la  taille  considérée 
suivant  Vâge,  le  sexe,  l'individu,  les  milieux  et  les  races  (Paris,  1865,  in-8);  — ■ 
Des  Anomalies  de  nombre  de  la  colonne  vertébrale  chez  Vhomme  (Pai'is,  1877, 
in-8);  —  Éléments  d'anthropologie  générale  (Paris,  1885,  gT.  in-8),  ouvrage 
également  récompensé  par  l'Institut;  —  L'Homme  dans  Za  namre  (Paris,) 
1891,  in-8);- — Science  et  foi.  L'Anthropologie  et  la  science  sociale  (Paris,  1900, 
in-8). 


—  170  — 

—  Le  docteur  Manuel  Leven,  dont  la  ca^'rière  scientifique  a  été  des 
plus  brillantes,  est  mort  à  Paris  au  commencement  de  janvier,  à  81  ans. 
iS'é  en  1831, il  était  entré  àTIn-stitut  agronomiqu,^  dt  Versailles.  Mais,  lorsque 
•cet  établi '.sèment  fut  supprimé  en  1852,  il  sotourni  du  côté  do  la  médecine. 
Interne  d:>s  hôpitaux  en  1856,  il  fut  successivement  médecin  do  la  Com- 
pagni  ?  du  chemin  de  fer  du  Nord,  puis  médecin  en  chef  de  l'hôpital  Roth- 
schild. C'est  dans  ce  dernier  établissement  qu'il  se  livra  à  ces  recherches 
sur  bs  maladies  de  l'estomac  qui  ont  établi  sa  réputation  sci':'ntifiqur'.  Les 
principaux  ouvrages  qu'il  a  composé>'.  sont  :  Traité  des  maladies  de  V esto- 
mac (Paris,  1879,  in-8);  —  Estomac  et  cerveau  (Paria,  1884,  in-8);  • —  La 
Névrose  (Paris,  1887,  in-8);  —  Système  nerveux  et  maladies  fPa^is,  1893, 
in-8);  —  La  Vie,  Vâme  et  la  m.aladie  (Paris,  1903,  in-8);  —  Mémoire  sur  le 
cervelet  (Paris,  1904,  in-8),  avec  Luys  et  Ollivier;  —  Traité  de  philoso- 
phie médicale,  œuvre  restée  inachevée. 

—  M.  Alexandre-Charles- Auguste  Bisson,  l'auteur  dramatique  si  sou- 
vent applaudi,  est  mort  à  Paris,  le  27  janvier,  à  l'âge  d^  63  ans.  Né  à  Briouze 
(Orne),  le  9  août  1848,  il  vint  à  Paris  en  1869  et  entra  comme  rédacteur 
au  ministère  de  l'instruction  publique;  mais  il  ne  tarda  pas  à  donner  sa 
■démission  pour  se  consacrer  entièrement  à  la  carrière  dramatique  et  à  la 
littérature  musicale.  Depuis  lors,  il  fit'représenter  sur  diverses  scènes  toute 
une  série  de  vaudevilles,  opérettes  et  comédies,  dont  plusieurs  obtinrent 
un  vif  succès,  entre  autres  :  Quatre  coups  de  canif  (Folies-Marigny,  1873); 

—  Le  Chevalier  Baptiste  (Gymnase,  1872),  avec  André  Sylvane;  —  Le 
Vignoble  de  M^^e  pichois  (Théâtre  Scribe,  1874),  avec  le  même;  —  Un 
Voyage  d'agrément  (Vaudeville,  1881),  avec  M.  Gondinet;  —  Un  Lycée  de 
jeunes  filles  (Théâtre  Cluny,  1881);  —  115,  rue  Pigalle{C\nny,  1882); — 
Ninette  (Renaissance,  1882),  avec  Alfred  Hennequin;  - —  Le  Député  de 
Bombignac  (Théâtre-Français,  1884);- — LeCupidon  (Palais-Royal,  1884); 

—  Le  Moûtier  de  Saint- Guignolet  (Galeries  Saint-Hubert,  à  Bruxelles, 
1885);  —  Une  Mission  délicate  (R.ona';;sance,  1886);  —  Un  Conseil  judi- 
ciaire (Vaudeville,  1882); —  Ma  Gouvernante  (Renaissance,  1887);  —  Le 
Boi  Koko  (Renaissance,  1887);  —  Les  Surprises  du  divorce  (Vaudeville, 
1888),  avec  Antonv  Mars,  une  des  meilleures  pièces  de  l'auteur;  —  Feu 
Toupinel  (Vaudeville,  1890);  —  Le  Sanglier  (1890);  —  Les  Joies  de  la 
paternité  (Paris,  1891,  in-12);  —  La  Terre-Neuve  (Paris,  4897,  in-12);  — 
Le  Contrôleur  des  wagons-lits  (Pari",,  1898,  in-12);  —  Le  Bon  Juge  (Paria, 
1901,  in-12);  —  Les  Apaches  (Paris,  1904,  in-12);  —  Les  Trois  Anabap- 
tistes (Paris,  i904,  in-i2).  Très  au  courant  de  la  théorie  musicale,  M.  Ale- 
xandre Bisson  a  collaboré  en  outre  aux  ouvrages  siuivants  de  M.  Théo- 
dore de  Lajarte  :  Grammaire  de  la  musique  (Paris,  1879,  m-8);  —  Petit 
Traité  de  composition  musicale  (Paris,  1881,  in-8);  —  Petite  Encyclopédie 
musicale  (Pari:,  1881-1883,  2  vol.  in-8). 

—  L'archéologie  a  fait  une  perte  son  .ible  en  la  personne  d  ^  M.  Anthyme 
Saint-Pal L,  un  de  ces  infatigables  travailleurs  di  la  province  dont  les 
travaux  honorent  tant  l'érudition  française.  Né  à  Montre  jeau  (Haute- 
Garonn-),  il  est  mort  en  novembre,  à  69  an>.  En  outre  d-s  nombreux 
articles  qu'il  a  d'innés  à  diverses  revues  savantes  telles  que  le  Bulletin 
monumental  et  la  Revue  de  l'art  chrétien,  M.  Anthyme  Saint-Paul  a  publié 
les  ouvrag.-s  suivants  fort  estimé;  :  Le  Présent  et  l'avenir  de  Varchitecture 
chrétienne  (Paris,  1876,  in-8);  —  De  la  Position  et  de  la  forme  des  clocliers 
(Arras,  1878,1882,  2  brcKïh.  in-8);  —  L'Année  archéologique.  Calendrier 
archéologique.  Centenaires  (Paris,  1880,  in-8);  —  Annuaire  de  l'archéoogue 
jrançais  (Paris,  1877-1879,  3  années  seules  parues);  —  Viollet-lc-Duc,  ses 


—  171  — 

travaux  d'art  et  son  système  archéologique  (Paris,  1881,  iB-8);  —  Le  Cas  de 
la  cathédrale  de  Reims  (TOTU'S,  1881,  gr.  in-8)  ;  —  Notes  sur  V architecture  dans 
le  Comminges  du  iii^  au  xv^  siècle  (Paris,  1887,  in-8);  —  Du  Célibat  au^ 
mariage.  Lettre  à  M.  Vabhé  Bolo,  auteur  du  livre  intitulé  «  Du  Mariage  et 
du  dii'orce  )y  (Paris,  1891,  in-12); — L'Archéologie  du  moyen  âge  et  ses  mé- 
thodes (Paris,  1904,  in-5);  —  Architecture  et  catholicisme.  La  Puissance 
créatrice  du  génie  français  et  chrétien  dans-  la  formation  des  styles  au  moyen 
âge  (Paris,  1905,  in-1  6)  ;  —  Histoire  monumentale  de  la  Franc?  (Paris,  1911, 
gr.  in-8). 

• —  Le  Dr.  Félix  Dahn,  jtirist  \  historien,  romancier  et  dramaturge  alle- 
mand, qui  jouissait  d'une  grande  notoriété  au-d  'là  du  Rhin,  est  mort  à 
Breslau,  le  3  janvier,  à  78  ans.  Né  à  Hambourg  le  9  février  1884,  il  fit  ses 
étrdîS  à  Munich  et  s\iivit  ensuite  î^s  cours  d^  droit  à  Berlin.  Nommé  pro- 
fesseur à  rUnivur;-.ité  de  Wurt>bourg  en  1863,  il  fut  chargé,  en  1872,  d'en- 
seigner le  droit  ail  'mand  et  la  philosophie  du  droit  à  l'Université  de  Kœ- 
nigsborg  et,  un  peu  plus  tard,  il  alla  occuper  une  chaire  semblable  à  l'Uni- 
versité de  Breslau.  L'œuvre  d^  M.  Dahn  est  considérable  et  surtout  fort 
variée.  Au  domaine  du  droit  et  d:)  l'histoire  apparti- nn^  nt  les  volumes 
suivants  :  Die  Kœnige  der  Gcrmanen  (Wurtzbourg,  1^61-1871,  6  vol.  in-8); 
—  Procopius  von  Caesarea  (Berlin,  1865,  in-8);  — Westgotische  Studien 
(Wurtzbourg,  1874,  in-8);  —  Handelsrechtlige  Vortraege  (Leipzig,  1875, 
in-8);] — Das  deutsche  bûrgerliche  Recht  der  Gegenwart  (Nœii'dling?n,  1876, 
in-8);  —  Grundriss  des  deutschen  Privatrechts  (Leipzig,  1878,  in-8); — Lon- 
gobardische  Studien,  Paulus  Diaconus,  etc.  (Leipzig,  1876,  in-8);  — •  Die 
Vernunft  im  Recht  (Berlin,  1879,  in-8);  • — •  Rechtsphilosophische  Studien 
(Berlin,  1883,  in-8);  —  IJrgeschichte  der  germaniscken  und  rnmanischen 
Voelker  (Berlin,  1881-1883,  3  vol.  in-8),  etc.  Mais  la  g/ande  réputatio'n 
•d'écrivain  que  M.  Félix  Dahn  s'et'.t  acquise, il  la  doit  phn  encore  à  s.  s  ouvrages 
•d'imagination,  surtout  à  ses  romans  historiques,  qui  ont  bcai.e  >up  contri- 
bué au  développement  du  roman  moderne.  Pa;rmi  ces  travaux  littéraires 
nous  citerons  :  Harald  und  Theano  (Berlin,  1856,  in-8); — Gerfsc/ue  (Berlin, 
1857,  et  Stuttgart,  1872,  in-8);  —  Zwodf  Balladen  (Leipzig,  1874,  in-8)  ; 
- — •  Ein  Kampf  um  Rom  (Leipzig,  1876,  in-8),  plusieurs  fois  réimprimé  ;  — 
Odhins  Trost  (Leipzig,  1880,  in-8),  etc.  Enfin,  comme  auteur  dramatique, 
;1  a  donné  un  certain  nombre  de  tragédies  et  de  comédies,  notamment  : 
Der  King  Roderich  (1874  et  1876)  ;  —  Deutsche  Treue  (1875)  ;  —  Staatskunst 
der  Frauen  (iSTJ); —  SUhne  (Leipzig,  1880),  etc.  Enfin  il  est  l'auteur 
des  libretti  de  quelques  opéras,  tels  que  :  Armin;'  Der  Schmied  von  Gretna 
Green;  Der  Fremde,  etc. 

—  M.  Hi'go  LuBLiNER,  l'auteur  dramatique  allemand  bien  connu,  qui 
est  mort  à  Berlin,  le  19  décembre  à  66  ans,  était  né  à  Breslau,  le  22  avril 
1846.  Après  avoir  fsit  ses  études  à  l'École  des  arts  et  méti  -rs  de  Berlin, 
il  divint  le  directeur  d'vn)  manufacture  d?  ti.sus.  Mai'isesaptit- d  spour 
la  littérature  théâtrale  le  poussèrent  bi  jntôt  à  renoncer  à  l'industrie,  et, 
après  quelques  essais  qui  passèrent  inaperçus,  il  attira  sur  lui  l'attention 
par  Isa  comédi  •  Frauenadvocat  (1873).  Dès  lors,  '1  d')r.n\  un  certain  nombre 
de  d''ameo,  d  congédies  et  d^  tragédies,  soit  sous  son  nom,  soit  soiis  le  pseu- 
den  me  d^^  H  go  Burg^r,  tantôt  seul,  tantôt  en  collaboration,  entre  centres  : 
Gabrielle  (1878);  —Die  Frau  ohne  Geist  (1879);  —  Gold  und  Eisen  (1881); 
— •  Frau  Suzanne  (1885);  —  Armen  Reichen  1886);  —  Die  Frau  von  neun- 
zehn  Jahren  (1887);  —  Der  Name  (1888);  —  Im  S  pie  gel  (1890);  —  Der 
Kommende  Tag  (1891).  M.  Lubliner  a  publié  également  quelques  ouvrages 
sur  d  s  sujets  divers  ainsi   que  d  s  romans,  entre  autres  :  Berlin  im  Kai- 


—  172  — 

serreich  (Berlin,  18cS6,  2  vol.  in-8)  et  Frau  Schubds  Tochter  (Berlin,  1905, 
in-8). 

•  —  L'Italie  vient  de  perdre  un  de  ses  poètes  les  plus  tn  vue.  M.  Mario  Rapi- 
SARDi,  professeur  do  littérature  italienne  à  l'Université  do  Catane  (Sicile), 
est  mort  au  commencement  de  janvier,  à  68  ans,  dans  cette  ville,  où  il  était 
né  le  65  fé\'ri3r  1832.  Partisan  enthousiaste  d'un  humanitarisme  basé 
sur  des  aspirations  n'ayant  ri  n  d  ;  commun  avec  l'idéal  chréti.  n,  M.  Rapi- 
sardi  avait  consacré  aux  revendications  sociales  de  notre  époque  tout  son 
taknt,  servi  par  un  style  passionné,  parfois  exagéré  et  violent.  Il  a 
abordé  avec  vne  égale  habileté  l'élégie,  la  satire,  le  drame  et  l'épopée 
sociale.  Cette  œuvre  nous  montre  le  poète  passant  par  toutes  les  phases 
de  l'emportement  pour  arriver  finalement  aux  derniers  jours  de  sa  vie  à 
une  sorte  d;  calme  bovddhique,  produit  de  la  désillusion  et  de  rêves  non 
réalisés.  Voici  la  liste  de  ses  principales  publications  :  Canti  (1863);  — 
Per  il  centenario  di  Dante  (1865);  —  Ricordanze  (1872);  —  Lucifero  :  poema 
(1877);—  Al  Re  :  ode  (1879);  —  //  nuevo  Concetto  scienUfico  (1879);)—  La 
Natura,  libro  VI  di  Lucrezio  (1879);  —  //  Marzo  :  ode  (1882);  —  Giusti- 
zia  :  versi  (1883)  ;  —  Giobbe  :  trilogia  (1884)  ;  —  Poésie  religiose  (1889-1895)  ; 
—  Versi  scelti  e  riveduti  (1888);  —  La  Poésie  di  Catullo  interamente  tra- 
dotte  (1889)  ;  —  Elégie  (1889)  ;  —  Per  Nino  Rixio,  ode  (1890)  ;  —  Empedocle 
ed  altri  versi  (1892);  —  //  Prometeo  di  ShelUy  tradotto  (1892); —  U Atlan- 
tide, poema  (1894); —  Le  Odi  di  Orazio,  tradotte  (1897);  —  Un  Santuario 
domestico.,  comedia  (1897);  —  VAsceta  ed  altri  versi  (i9(i2]. 

—  M.  Gustave  de  Molinari,  le  célèbre  économiste  belge,  est  mort  le 
28  janvier  à  la  Parme,  petite  ville  du  littoral  de  la  Belgique,  à  l'âge  de 
93  ans.  Fils  du  baron  Philippe  de  Molinari,  ancien  officier  de  l'Empire, 
il  naquit  à  Liège,  le  3  mars  1819.  11  se  fixa  d'abord  à  Bruxelles  où  il  exerça 
la  mideeine  homœopathique  et  composa  quelques  traités  relatifs  à  son 
art;  mais  pci  d  ■  temps  après  il  vint  à  Paris  où  il  écrivit  dans  divers  jour- 
aux  de  l'opposition.  Obligé  de  rentrer  .n  Belgique  au  coup  d'État  du 
2  d'ic-mbre,  il  fut  nommé  professeur  d'économie  politique  au  Musée  de 
l'ind  istrie  à  Bruxelles  et  devint  directeur  de  l' Economiste  belge.  Là,  comme, 
(n  France,  il  se  fit  une  réputation  d'économiste  d  s  plus  remarquables. 
Le  28  mars  1874,  il  fut  élu  membre  corre.spondanl  d^  l'Académie  des  sciences 
morales  et  politiques.  M.  Gustave  de  Molinari  a  été  un  zélé  collaborateur 
non  seulement  de  V Économiste  belge  et  de  la  Bourse  du  travail  , journaux 
belges  qu'il  avait  fondés  avec  son  frère  M.  Eugène  de  Molinai'i,  avocats 
mais  encore  des  périodiques  français  la  Patrie,  le  Libre- échange,  le  Courrier 
français,  la  Revue  nouvelle,  le  Commerce,  le  Journal  des  économistes,  le. 
Débats,  etc.  Parmi  les  nombreux  ouvrages  qu'il  a  publiés,  nous  citerons  : 
Des  Moyens  d'améliorer  le  sort  des  classes  laborieuses  (Paris,  1844);  — 
Etudes  économiques  (1846,  in-16);  —  Histoire  du  tarif,  les  fers  et  les  houilles, 
les  céréales  (Paris,  1847,  in-8)  ;  —  Les  Soirées  de  la  rue  Saint-Lazare  (Paris, 
1849,  :n-8); — Les  Révolutions  et  le  despotisme  [Bru^ellefi,  1852);  —  Cours 
d'économie  politique:  De  la  Production  et  de  la  distribution  des  richesses 
(Paris,  1855,  et  1864);  —  Conversations  familières  sur  le  commerce  des  grains 
(Paris,  18.^6  et  2^  édit.  1886,  in-l6);  —  J5e  l'Enseignement  obligatoire  (Paris, 
1859);  —  Lettres  sur  la  Russie  (Paris,  1S61  et  2^  tdit.  1877,  in-18);  — 
Napoléon  III  publiciste  (Paris,  1861,  in-18);  —  Questions  d'économie  poli- 
tique et  de  droit  public  (Paris,  1861,  2  vol.  in-8);  —  Le  Congrès  européen. 
(Paris,  1864,  in-8);  —  Galerie  des  financiers  belges  (1866,  in-18);  —  Les 
Clubs  rouges  pendant  le  st^ge  (Paris,  1871,  in-18);  —  Le  Mouvement  socia- 
liste avant  la  révolution  du  4  septembre  1870  (Paris,  1871,  in-18); —  La 


—  173  — 

République  tempérée  (Paris,  1873,  in-8);  —  Lettres  sur  les  Etats-Unis  et 
le  Canada  (Paî'is,  1876,  in-18);  —  La  Rue  des  Nations  à  V Exposition  uni- 
verselle de  1878  (Pa^is,  1878,  in-18);  —  U É^'olution  économique  au  xix®- 
siècle  (Paris,  1880,  in-3);  —  U Irlande,  le  Canada,  Jersey  (Pavis,  1881, 
in-18);  —  L' Éi'olution  politique  et  la  Révolution  (Pari?,  1884,  in-8);  —  Au 
Canada  et  aux  Montagnes-Rocheuses,  en  Russie,  en  Corse  et  à  l'Exposition 
universelle  d'Anvers  (1885,  in-18);  —  Les  Lois  naturelles  de  l'économie  poli- 
tique (Paî'is,  1887,  in-18);  —  A  Panama,  l'Isthme,  la  Martinique,  Haïti 
(Paris,  1887,  in-18);  —  La  Morale  économique  (Pa^is,  1888,  in-8);  —  No- 
tions fondamentales  d'économie  politique  et  programme  économique  (Paris, 
1891,  in-8),  etc.  M.  do  Molinari  a  donné  en  outre  une  nouvelb  édition  de 
VEssai  sur  le  principe  de  la  population,  de  Malthus  (Pavi-;,  1889,  in-8). 

—  On  annonce  encore  la  mort  d  '  MM.  :  Le  D""  Joaquin  Albarran,  d'ori- 
gine cubaine,  chirurgien  d  >  l'hôpital  Necker,  professeur  de  clinique  uro- 
logiquc  à  la  Faculté  d    méd  ;cine  de  Paris,  mort  au  comm  nomment  de 
janvier,  lequel  est  l'auteur  de    travaux  fort  estimés  relatifs  surtout  à  l'uro- 
logie et  à  la  médecin^  opératoire  tels  que  :  Étude  sur  le  rein  des  urinaires 
(Paris,''l{^89,  in-8),  thèse;  Les   Tumeurs  de  la  vessie  (Paris,  1892,  gr.  in-8); 
Les  Tumeurs  du  rein  (Paris,  1903,  g.',  in-8)  et    Exploration   des   jonctions 
rénales,  Etude  médico-chirurgicale  (Paris,  1905,  gi".  in-8)  ; —  Albert  Blass, 
poète,  collaborateur  du  journal  les   Gaudes,   de  Besançon,   qui  laisse  un 
important  ouvTage  :  Les  Oiseaux  du  chasseur  (2    vol.  in-8),  mort  à  Ray 
(Haute-Saône),  le  2  jan\'ier,  à  l'âge  de  6'*  ans;  —  le  chanoine  Bonnaure, 
supérieur  du  grand  séminaire  du  diocèse  de  Viviers,  mort  au  milieu  de  jan- 
vier, à  55  ans;  —  Stéphane  Borel,  poète  chansonnier  lyonnais,    auteur 
d'un  grand  nombre  d'œuvTes  populaires,  telles  que  La  Voix  des  chênes,  le 
Credo  du  paysan,  etc.,  mort  au  milieu  de  janvier;  —  le  comte  Bernard- 
Hippolyte-Marie   d'Harcourt,   le   distingué    diplomate,   mort   au   com- 
mencement de  janvier,  à  90  ans,  lequel  avait  joué   un  rôle  très  important 
comme  ambassadeur  à  Mad"id,  à  Rome  et  à  Londres  et  à  qui  l'on  doit  un 
ouvrage  estimé  :   Diplomatie  et  diplomates.   Les   quatre   Ministères  de  M. 
Drouyn  de  Lhuys  (Paris,  1882,  in-S);  —  A.  Hougueret,  professeur  hono- 
raire au  lycée  Condorcet  et  à  l'Ecole  normale  supérieure,  mort  à   Paris, 
au  commencement  de  janvier,  à  66  ans;  —  Victor  Lecoffre,  l'éditeur 
parisien  si  avantageusement  connu,  mort  le  28  janvier,  à  78  ans;  —  l'abbé 
MusTEL,  ancien  directeur  d^  la  Revue  catholique,   mort  d 'rnièrement  à 
Avranches,  à  77  ans;  — •  Paul  Pattinger,  qui  a  publié  dans  le  journal    la 
Dépêche,   d^  Besançon,  di  erses  nouvelles  et  des  étud.s  sur  l'Allemagne 
du  sud,  a  donné  aussi,  sous  le  pseudonyme  d?  Pierre   Damour,  plusieurs 
contes  intéressants,  dans  la  revue  les  Gaudes,  et  s'est  occupé  de  recherches 
sur  les  patois  d)  Franche- Comté,  mort  à  Belfort,  le  23  décembre  dernier, 
dans  sa  44^  année;  —  Léon  Quid'beuf,  directeur  de  l'École  libre  Notre- 
Dame  de  Sainte-Croix  au  Mans,  lequel  avait  débuté  dans  le  journalisme 
sous  la  direction  de  Louis  Veuillot,  mort  au  Mans,  au  commencement  de 
janvier,  à  78  ans;  — Rodolphe  Radau,   physicien  et  astronome,  membre 
de  l'Institut,  ancien  .secrétaire  de  la  rédaction  de  la  Revue  des  Deux  Mon- 
des, mort   à   Paris,   à  la    fin  de  décembre,    lequel  a  écrit  de  nombreux 
ouvrages  de  vulgavisation,  notamment  :  L' Acoustique,  ou  les  phénomènes  du 
son    (Paris,  1867,   \n-i2);  Les  Derniers  Progrès   de   la  science   (Pai*is,  1868, 
in-12)  et  le  Magnétisme  (Paris,  1875,  in-12);  —  Reynaud,  ancien  professeur 
de  littérature    latine  à  la  Faculté  des  lettres  de  Montpellier    et    ancien 
professeur  de  rhétorique  supérieure    au  lycée  Michelet  à  Paris,  mort  au 
au  commencement  de  janvier  ;  —  le  comte    Louis    de    Romain,   com- 


—  174  — 

posiU-ur  ot  critique  musical,  fondateur d'S  concerts  populaires  d' Angers,, 
mort  à  l'Vibourg  (Suisse),  à  la  fin  d-^  janvier;  — Alphonse  Serré-Guino, 
ancien  examinateur  d'admission  à  l'École  militaire  de.  Saint-Cyr,  pro- 
fesseur honoraire  à  l'École  normale  sui>éricure  de  Sèvres,  mort  au  milieu 
d^^  janvier;  —  Léon  Tendron,  architecte,  qui,  ayant  collaboré  au  journal 
l'Expert,  a  écrit  des  études  comparées  sur  la  Jurisprudence  de  V architecture 
et  a  publié  un  ouvrage  estimé  :  De  la  Situation  de  l'architecture  en  province, 
mort  à  Angers,  le  15  novembre  1911,  à  l'âge  de  64  ans; —  Just  Tripard, 
auteur  d*  divers  travaux  historiques  dont  le  plus  important  a  pour  titre  : 
Notices  sur  la  ville  et  des  communes  du  canton  de  Salins,  suivies  de  biogra- 
phies saiinoises  (Besançon  et  Salins,  1881,  in-8),  mort  à  Besançon,  lo  15 
février. 

—  A  l'étranger  on  annonce  la  mort  d^    MM.  :    Baruete,    le    célèbre 
peintre  et  critique  d'art  espagnol,  historiographe  de  Velasquez,  mort  der- 
nièrement;—  Samuel  Bieler.  directeur  d,^  l'Institut  agvicole  de  Lausanne, 
de  1887  à  1903,  foudatour  d3  la  Chronique  agricole,   où  il  a  publié  de  nom- 
breux articles  très  appréciés,  mort  à  Laxisann^,  le  5  octobre  dv-rnivr,  à  l'âge 
de  85  ans;  —     D''  Heinrich  Billeteti,  professeur  de  thérapeutique  den- 
taire à  l'Université  suisse  de  Zurich,  mort  en  cette  ville,    en  janvier,    à 
78  ans;  —  Edoardo   Calendra,    peintre,    romancier    et"    auteur   drama- 
tiqu<ntali:n,  qui  a  publié,  entre  autres  ouvrages,  l'Ouragan  (1898),  Punition 
(1899),   diverses    comédies    et,    en  collaboration  avec  l'ingénieur  Claudio 
Calandra,  une  étude  archéologique  sur  Une  Nécropole  barbaresque  découverte 
à  Testofia  (1890),  mort  à  Turin  le  29  octobre  dernier,  à  l'âge  de  70  ans;  — 
Arthur  DE  Claparède,  géographe  et  historien  suisse,  mort  à   Genève,  en 
décembre;  ■ —  Dr.  Max  Conrat,  ancien  professeur  de  droit  romain  à  l'Univer- 
sité néei-land  ise  d'Amsterdam,  mort    à    H(id  Iberg    (Allemagne),    le  12 
décembre,  à  63  ans;  —  M™<^  Blacda  Coron  y,  femme  d'  lettres  allemande, 
auteur  de  divers  romans,  morte  en  décembre,  à  Halle-sur-la-Saale,  à  70  ans; 
—  le   R.    P.    François-Xavier  Durazzo,  de  la  Compagnie  dcJéius,  mort 
à  Gên  'S,  sa  ville  natal'\  à  la  fin  de  décembre,  à  80  an"-,  lequel  s'est  distin- 
gué d  .ns  la  presse  catholique  d?  son  pays  comme  une  brillant  polémiste 
par  d;'  nombreux  articles  donnés  à  VEco  d'Italia,  au  Caltolico   militante  et 
au  Cittadino,  d'  Gênes;  — Théophile  Durand,  directeur  du  Jardin  bota- 
nique d^  l'État  belge,  membre  de  l'Académie  royde  de  Belgique,  mort 
le  12  janvier,  à  l'âge  de  56  ans;  —  le  Rev.  James  Oswald  Dykes,  ministre 
anglican,  mort  à  Edimbourg  au  commencement  de  janvier,  lequel  s'était 
fait  connaître  comme  prédicateur  éloquent  et  comme  écrivain  distingué 
ayant  publié  :   On  the    written   Word  (1868);  Béatitudes    of  the    Kingdom 
(iSl 2);  Abraham  the  Friend  of  God  [iSll )  ;  Laws  of  the  Ten   Words  [188^), 
etc.;  —  Francis  Espinasse,  écrivain  anglais,   mort  à  Londres  en  janvier, 
à  89  ans,    qui  laisse,  enti'e  autres  ouvrages  :  Life  and  Tune  of   François-^ 
Marie  Arouet,  calling  himself  Voltaire  (Lond''es,  1866,  in-8)    et  Lancashire 
Worthies   (Lond'es,   1877,   in-8);   —   Hermann   Friedrichs,   poète    alle- 
mand, mort  le  4  décembre,  à  Saint-Goar,  à  58  ans;  —  John  S.  Gibb,  écri- 
,vain  écossais,  aiuteiu"  d-  :  Notes  on  «  Helenore  )>  by  Alexander  Ross,    School- 
master,  Lochlee,  1699-1784,  mort  au  milieu  dj  janvier;  —    Dr,    Johannes 
Hartmann,  chanoine  de  la  cathédrale  d;  Munster    (Westphalic),  profes- 
seur d";  droit  ecclésiastique-,  mort  tn  décembre,  à  83  ans;  —   Henri  IIy- 
mans,  membre  de  l'Académie  royale  de    Belgique,    membre    correspon- 
dant d)  l'Institut  d  ;  France,  conservateur  en  chff  honoraire  d;  la  Biblio- 
thèque royale  et  profes-seur  à  l'Académie  d'Anvers,  mort  à  Bruxelles,  en 
féxTier;  —  Dr.  Emil  Joxas,  éci'ivain  allemand,  passé  au  service  du  gou- 


^  175  — 

vernim'-nt  dmois,  mort  à  Berlin,  rn  janvier,  à  87  am,  lequel  a  contribué^ 
largom'  nt,  par  d^  nombreuses  traductions,  à  faire  connaître  aux  Alle- 
mand-; la  littérature  d'S  pays  Scandinaves  et  a  publié  en  outre  divers 
ouvrages  ;;ur  la  Suèdi  et  la  Norvège,  notamment  :  Schweden  und  seine 
Entwickelung  in  volkswirthschajtlichen  und  geistlichen  Beziehung  wâhrend 
des  letzten  Jahrzents  (Berlin,  1875,  in-8);  Reise  und  Skizzenbuch  fUr  Schwc' 
den  (Berlin,  1875,  in-8);  Illustrirtes  Reise  und  Skizzenbuch  fur  Norwegen 
(Berlin,  1876,  in-8);  —  Thomas  Knorr,  éditeur  allemand,  mort  le  13 
décembre  à  Munich,  à  60  ans;  —  Dr.  Jean  Kowalczyk,  astronome  polo- 
nais, mort  tn  décembre,  à  Varsovie,  à  78  ans;  —  Henry  Labouchêre, 
journaliste  et  écrivain  anglais,  fondateur  du  périodique  Trwi/?,  auteur  de 
Letters  of  a  Besieged  Résident  (1870),  mort  à  Flortnce,  au  milieu  de  jan- 
vier, à  80  ans;  —  Dr.  Otto  Lies  m  an  n,  professeur  de  philosophie  à  l'Uni- 
versité allemande  d'Iéna,  mort  en  cette  ville,  le  14  janvier,  à  72  ans;  — • 
Dr.  Wini  List,  bibliothécaire  en  chef  de  l'Université  et  d»^  la  ville  de  Stras- 
bourg, mort  en  cette  ville,  le  8  juin,  à  56  ans;  —  Dr.  Wilhelm  Franz  Loe- 
BiscH,  professeur  de  chimie  médicinale  à  l'Université  d'innsbruck  (Tyrol), 
mort  en  cette  ville,  le  9  janvier,  à  72  ans;  - — Sir  Frederick  Maurice, major- 
général  de  l'armée  anglaise,  soldat  accompli  et  écrivain  militaire  très  estimé, 
mort  au  milieu  de  janvier  à  71  ans,  auquel  on  doit  :  Popular  History  of 
the  Ashanti  Carnpaign  (Londres,  1874);  Hostilities  without  Déclaration  of 
War,  The  Officiai  History  of  the  1882  Carnpaign,  The  Officiai  History  of  the 
Boer  War,  etc; — Dr.Josef  Ladi  lav  Pic,  archéologue  et  slaviste  tchèque,mort 
à  Prague,  le  19  d3cembre;  —  Alexander  Riach,  journaliste  écossais,  qui, 
après  avoir  appartenu  à  la  rédaction  du  Scotsman  d'abord,  puis  du  Daily 
Telegraph,  fut  pendant  vingt-trois  ans  le  directeur  de  Edinhurgh  Eve- 
ning  Despatch,  mort  le  29  décembre,  à  Holytown,  près  de  Glasgow;  — 
Dr.  Gustav  Salchow,  professeur  d3  droit  romain  et  de  droit  civil  à  l'Uni- 
versité allemande  de  Halle,  mort  en  cette  vill^,  le  11  décembre,  à  42  ans; 
—  •  Dr.  Bernhard  Schuchardt,  écrivain  allemand,  mort  le  9  décembre, 
à  Gotha,  à  88  ans;  —  Fri.drich  ThEiL,  philologue  allemand,  mort  le 
7  janvier,  à  Roirdi  (Saxe),  à  77  ans;  —  Ludwig  Voltz',  peintre  et  dessina- 
teur bavarois,  qui  avait  fourni  les  illustrations  d'un  certain  nonibre 
d'ouvrag''S,  mort  dîvnièrement  à  Munich,  à  87  ans;  - —  M"*^  Rosamund 
Marriott  Watson,  femme  de  lettres  anglaise,-  morte  à  la  fin  de  décembre, 
laquelle  laisse  plusieurs  volumes  d'^  poésies,  d^s  articles  de  critique  artis- 
tique insérés  dans  VAcademy,  et  quelqu.es  ouvrages  sur  des  questions  d'art, 
tels  que:  The  Art  of  the  House  et  The  Connaisseur  o'cr ces;  — LvdA^igW'ECHS 
ler,  écrivain  hongrois,  mort  à  Bidapest  en  janvier,  à  51  ans;  —  Herber- 
Ed.vin  Clarke,  poète  anglais,  mort  à  L(  ndres,  au  milieu  de  janvier,  dont 
les  œuvres,  notamment  :  Songs  in  Exile  and  olher  Poents  (L(  nd'es,  1879, 
in-8)  et  Storm  Drift  :  Poems  and  Sonnets  (Londres,  1882,  in-8)  (nt  obtenu 
un  légitime  succès;  —  le  comte  Albrecht  von  Wickenburg,  écrivain 
autrichien,  mort  à  Yicnn?,  le  17  décembre,  .à  73  ans,  lequel  est  l'auteur 
d;  :  Eigenes  und  Fremdes.  Gedichte  (Vienne,  1874,  in-16);  Ollanta.  Per- 
uanisches  Original  Drama  aus  der  Inca-Zeit  (Vienne,  1876,  in-8,  etc.;  — 
Dr.  Fran^-  von  Winckel,  professeur  d?  gynécologie  et  d'accouchement 
à  l'Université  allemande  de  Munich,  mort  en  cette  ville,  lel*^"^  janvier,  à 
75  ans;  —  N.  N.  Zlatovratsky,  romancier  russe,  mort  le  23  décembre, 
dont  les  romans  fort  bien  écrits  :  La  Vie  de  tous  les  fours  au  village;  Cœurs 
d'or  ;  Fondations,  etc.,  s'adressaient  surtout  aux  paysans  et  avaient  pour 
but  dî  les  moraliser. 


—  176  — 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  inscriptions  -et  belles-lettres. 

—  Le  5  janvier,  le  P.  Scheil  décrit  les  formules  dont  se  servaient  les  Baby- 
loniens poxir  désigner  les  années  sans  le  concours  de  l'arithmétique,  et  il 
parle  de  la  série  qui  correspond  au  roi  Hammurabi.  —  M.  HoUeaux  com- 
mente une  inscription  trouvée  à  Délos  contenant  les  imprécations  des 
prêtres  contre  les  malfaiteurs. —  Le  12,  M.  Clcrmont-Ganneau  lit  une 
lettre  de  M.  l'abbé  Hyvornat  sur  des  manuscrits  copies  de  la  collection 
Pierpont  Morgan.  —  M.  le  comte  Durrieu  étudie  une  page  de  missel  ita- 
lien du  xiye  siècle  qu'il  attribue,  sauf  réserves,  à  Michelino  da  Besozzo. 
• —  M.  Gagnât  décrit  le  système  d3s  fortifications  élevées  par  les  Romains  en 
Tunisie  pour  protéger  leur  conquête.  —  M.  HoUeaux  indique  l'état  d'avan- 
cement des  fouilles  entreprises  à  Délos  aux  frais  de  M.  le  duc  de  Loubat  et 
signale  la  variété  et  l'importance  des  objets  remis  au  jour.  —  Le  19,  M. 
Gagnât  termine  la  lecture  de  son  travail  sur  la  défense  de  la  Tripolitaine 
romaine.  —  M.  Prou  présente  et  explique  les  photographies  do  dalles 
existantes  dans  l'église  de  Schoennis,  canton  de  Saint-Gall  (Suisse),  dalles 
qu'il  croit  pouvoir  dater  du  ix"  siècle.  —  Le  26,  M.  Loth  démontre  que  le 
roman  de  Tristan  et  Yseult  a  dû  être  composé  dans  un  pays  où  l'on  parlait 
l'anglais,  le  français  et  le  celtique,  probablement  dans  le  pays  de  Galles. 

—  M.  JuUian  commimique  une  figure  en  relief  découverte  auprès  des 
Eysies  par  M.  G.  Lalanne,  sans  doute  la  plus  ancienne  sculpture  connue. 

—  M.  le  D"^  Capitan  parle  des  caractéristiques  de  l'architecture  maya  (mo- 
numents élevés  sur  les  hauteurs,  reproduisant  des  constructions  en  bois). 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques.  -^ 
Le  5  janvier,    M.    Xénopol   lit  une  étude  sur  le  postulat    psychologique. 

—  Le  13,  MM.  H.  Joly  et  Passy  prennent  part  à  une  discussion  au  sujet 
du  mémoire  de  M.  Aubert  sur  la  dépopulation  de  la  France. — Le  18,  M.  Ed. 
Seligman  commence  la  lecture  d'un  travail  qui  concerne  les  massacres 
de  Septembre  dont  il  attribue  à  Marat  la  responsabilité  principale.  — 
Le  27,  il  continue  la  lecture  de  ce  mémoire  et  fixe  d'une  façon  précise  la 
part  prise  par  Danton  dans  l'organisation  des  massacres.  Danton  les 
arrêta  le  3,  lorsqu'il  vit  que  les  girondins  et  ses  amis  allaient  être  compris 
dans    les    exécutions. 

Prix.  —  L'Académie  des  sciences  a  décerné  les  prix  suivants  dans  sa 
séance  du  27  novembre  1911  : 

'^Chimie.  —  PrixjCahours  (3  000  fr.),  partagé  entre  M.  Louis  Hackspill 
et  M.   Richard. 

r-'-  Prix  Berthelot  (500  fr.).  —  A  M.  André  Wahl  :  Recherches  de  synthèse 
chimique.  ■  ■'  ''Vi 

Médecine  et  chirurgie.  —  Prix'Montyon  (3  prix  de  2  500  francs  chacun) 
à  :  MM.  L.  Testut  et  O.  Jacob  :  Traité  d'anatomie  topo  graphique;  —  M.  Ale- 
xandre Besredka,  pour  l'ensemble  de  ses  travaux  sur  V Anaphylaxie;  — 
M.  E.  Cassact,  pour  son  mémoire  :  Du  Diagnostic  de  la  péricardie  posté- 
rieure. 
■  3  mentions  de  1  500  fr.  chacune,  à  :  M.  Pierre  Nolf  :  La  Coagulation 
du  sang;  —  M.  Emile  Feuille  :  Leucopaties  métastases  ;  —  M.  E.  Sacquépée  : 
Les   Infections  paratyphoïdes. 

Mentions  à  :  MM.  héopolà  Lévï  et  H.  d^.  Roih-ichild:  Études  sur  la  phy- 
siopathologie  du  corps  thyroïde  et  des  autres  glandes  endocrines;  —  M.  S. 
Mercadé  :  La  Période  post-opératoire  :  soins,  suites,  accidents;  — •  M.  G. 
Faroy  :  Le  Pancréas  et  la  parotide  dans  Vhérédo-syphilis  du  fœtus  et  du 
nouveau-né;  —  M.  L.  Pariset,  pour  l'ensemble  de  ses  recherches  sur  la 


—  177  — 

Vaginalile  du  cobaye  mâle  provoquée  par  le  bacille  de  la  morve  et  par  divers 
microbes. 

Prix  Barbier  (2  000  fr.^.  —  A  M.  H.  Guilleminot  :  RadiomHrie  floros- 
co  pique. 

Prix  Bréant  (100  000  îr.).  —  Ce  prix,  destiné  à  récompenser  celuii  qui 
aura  trouvé  le  moyen  do  guérir  le  «  choléra  asiatique  »,  n'est  pas  attri- 
bué. L'Académie  décerne  sur  Les  arrérages  de  la  fondation  :  2  000  fr.  à 
MM.  Audair  et  Louis  Pa^is  :  La  Constitution  chimique  du  bacille  de  Kock 
et  les  poisons  du  bacille  tuberculeux  humain;  —  2  000  fr.  à  M.  Dopter  : 
Éludes  sur  la  méningite  cérébro-spinale  et  sérothérapie  antimnénigococci- 
que;  —  1  000  fr.  à  M.  Duvoir  :  Étude  sur  la  vario-vaccine. 

Prix  Godanl  (1  000  fr.).  —  A  M.  J.-L.  Chirié  :  L'Évolution  de  la  graisse 
dans  le  rein  de  la  chienne,   etc. 

Prix  du  baron  Larrey  (750  fr.).  —  A  MM.  Henri  Coullaud  et  Etienne 
Ginestons  :  La  Vision  des  tireurs  et  recherches  nouvelles  sur  la  physiologie 
du  tir;  —  mention  très  honorable  à  M.  Maurice  Boigey  :  Ateliers  de  travaux 
publics  et  détenus  militaires. 

Prix  Bellion  (1  400  fr.).  —  Partagé  entre  M.  et  Mn^e  Henri  :  L'Action 
stérilisante  des  rayons  ultra-violets,  d'une  part,  et  MM.  Courmont  et  Nogier, 
d'autre  part  :  La  Stérilisation  de  Veau  potable  par  les  rayons  ultra- violets. 

Prix  Mège  (10  000  fr.).  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  300  fr.  à  MM.  P, 
Nobécourt  et  Prosper  Mercklen  :  Bilans  nutritifs  de  la  rougeole  et  de  la 
scarlatine  chez  l'enfant.  "   ■'-'L^î  ■^■•''■'*^  V^'^-V*"^ '^>''^-t'^î|i«^^   jti     Q 

Prix  Chaussier  (10  000  fr.).  —  A.  M.  a'.  Inibert:  Le  Travail  profes- 
sionnel. 

Physiologie.  —  Prix  Monthyon  (Physiologie  expérimentale),  ■ — •  Le 
prix,  d'ime  valeur  de  750  îr.,  a  été  porté  pour  cette  année  à  1  000  fr.  Il  est 
partagé  entre  M.  Marage  :  Petit  Manuel  de  physiologie  de  la  voix,  à  l'usage 
des  chanteurs  et  orateurs;  et  M.  Raoul  Combes  :  i°  La  Détermination  des 
intensités  lumineuses  optima  pour  les  végétaux  aux  divers  états  de  leur  déve- 
loppement; 2°  La  Formation  des  pigments  anthocyaniques. 

Prix  Philippeaux  (900  fr.).  —  Prix  partagé  entre  M^^e  z.  Gruzewska: 
pour  l'ensemble  de  ses  travaux  de  physiologie,  et  M.  Maurice  Piettre  : 
Recherches  sur  la   bile. 

Prix  Lallemand  (1  800  fr.).  —  A  M.  Henri  Piéron  :  Élude  expérimen- 
tale de  la  mémoire;  —  mention  très  honorable  à  M.  Maurice  Brissot  : 
L'Aphasie  dans  ses  rapports  avec  la  démence  et  la  vésanie;  —  mention  hono- 
rable à  M.  J.  Lévy-Valensi  :  Le  Corps  calleux  :  étude  anatomique,  phy- 
siologique et  clinique. 

Prix  généraux.  —  Médaille  Berthelot.  —  MM.  Darzens,  Tifîeneau,  Tis- 
sot,  André  Wahl,  Louis  Hackspiîl,  Richard. 

Prix  Gegner.  ■ —  G?  prix,  d'une  valeur  de  3.800  fr.,  est  porté  peur  cette 
année  à  4  000  fr.  Attribué  à  M.  J.-H.  Fabre. 

Prix  Trémont  (1  100  iiW.  —  M.  Charles  Frémont. 

Prix  Wilde  (4  000  fr.).  —  Prix  de  2  000  fr.,  M.  Stefanik,  pour  ses 
travaux  d'astronomie;  prix  de  2.000  fr.,M.  A.  Trillat,  pour  son  œuvre 
scientifique  et  plus  particulièrement  pour  ses  travaux  sur  l'Aldéhyde  for- 
mique. 

Prix  Saintour  (3  000  fr.).  —  M,  Jules  Drach  :  Les  Groupes  de  rationa- 
lité des  équations  différentielles.  « 

Prix  Fanny  Emden  (3  000  fr.).  —  Le  prix  n'est  pas  décerné,  mais  un 
encouragement,     avec  allocation  de  2  000    fr.,  est  accordé  à  M.    Emile 

FÉVRIER  1912.  T.  GXXIV.  12. 


—  178  — 

Boirac  :  La  Physiologie  inconnue;  —  Encouragement,  avec  allocation  de 
1  000  fr.  à  M.  J.  Ochorowicz  :  Hypnotisme,  niesinérisT?ie  et  suggestion 
mentale. 

Prix  Serres  (7  500  fr.).  —  M.  L.  Vialleton  :  Travaux  r'?latifs   à  l'cm- 
briologîe. 

Index.  —  Un  décret  de  l'Index  du  24  janvier  1912,  condamne  les 
ouvrages  suivants  :  Mgr  L.  Duchesne,  Histoire  ancienne  de  V Église,  Pa- 
ris (sans  distinction  d'éditions).  —  Ahhé  d'Olonn^  Le  Clergé  contemporain 
et  le  cilibat,  Paris.  • —  Lhouilly,  Cornet  du  petit  citoyen.  Ivésumés  d'ins- 
truction morale  et  civique.  Cours  moytn  et  supérieur.  Verdun,  1910.  — 
M"''  Giacometti,  Adveniat  regnum  tuum.  Letture  e  preghiere  cristiane. 
Rituale  de!  cristiano.  L'Anno  cristiano.  F  orna,  1904.  —  Tommaso  Gal- 
larati  Scotti,   Storia  delV  amore  sacro  e  delV  amore  profana,  Milano,  1911. 

. Venancio   Gonzalez   y    Sanz,   Bancarrotta    del  protestantismo,   Madrid, 

1540. — Letters  to  His  Holiness  Pope  Pius  X,  by  a  niodernist,  Chicago,  1910. — 
The  priest,  a  taie  of  modernism  in  New  En  gland,  by  tho  auth,or  of  Let- 
ters to  His  Holiness,  Boston,  1911.— Le  décret  annonce  la  soumission  des 
auteurs  suivants  :  i^inguste  Humbort,  Zcnner  ,  Wiesmann,  Koch  <-t  We- 
chtr  Prolias?ka,  frappés  par  ks  décrets  des  8  mai  et  5  juin  1911.  —  Un 
décret  de  l'Index  du  1''  février  1912  prohibe  le  roman  moderniste  de 
Mario  Palmarini,  Quando  non  morremo.  Milan,  1912.  —  Mgr  Duchesne 
s'est  soumis  immédiatement  au  décret  de  l'Index  qui  vient  de  le  frapper. 

Paris.  - —  Dans  une  substantielle  brochure  :  La  Famille  dans  V anti- 
quité (Paris  et  Lyon  ,Yitte,  in-18  de  73  p.),  M.  E.  Léotard  résume  fort 
exactement  ce  que  nous  savons  sur  la  famille  en  Grèce  et  à  Rome.  Il  met 
en  relief  ce  fait  intéressant  que,  dans  la  loi  grecque,  la  notion  du  devoir 
domine  celle  du  droit,  et  il  montre  quels  étaient  ces  devoirs.  11  trace,  d'aprè? 
les  Économiques,  le  portrait  de  la  femme  grecr^ue  idéale  et  indique  les 
limites  de  la  liberté  dentelle  jouissait,  plus  larges  qu'on  ne  le  croit  commu- 
nément, et  le  régime  légal  qui  la  concernait.  Puis,  arrivant  à  Rome,  il 
passe  en  revue  les  diverses  formes  de  mariage  et  ses  cérémonies,  et 
décrit  la  patria  potestas,  la  condition  légale  de  la  femme  et  celle  que  lui 
font  les  mœurs.  La  femme  romaine  est  bien  supérieure  à  l'athénienne  par 
ses  vertus  et  par  son  influence. 

. Le  45e  fascicule  du  Dictionnaire  des  antiquités,  ele  MINI.  Daremberg  et 

Saglio  (Paris,  Hachette,  1910,  in-4,  p.  1457-1601,  avec  146  grav.),  com- 
prend les  principaux  articles  suivants:  Stamnum  d'étain)  par  M.  Besnier; 
Statua  par  M.  C  Picard;  Statuaria  ars,  par  M.  Deonna;  Statio,-paT  M.  Lécri- 
vain;  Stips,  par  M.  Toutain;  Substitutio,  par  M.  Beauchet;  Sumptuariae 
leges,  par  M.  Lécrivain;  Suouetaurilia,  par  M.  Saglio;  Supplicatio,  par 
M.  Toutain;  Dca  Syria,  par  M.  Cumont;  Syssitia,  par  M.  Saglio.  Autres 
articles  de  MM.  Humbert,  V.  Chapot,  André  Baudrillart,  Navarre,  Albert 
Martin,  Pottier,  Colin,  Lafaye,  J.-A.  Hild,  Cagnat,  Maynial,  etc. 

—  C'est  un  document  intéressant,  plus  encore  par  la  richesse  de  l'anno- 
tation que  par  le  texte,  que  ce  i>  récit  catholique  des  trois  premières  guerres 
de  religion  »,  publié  sous  le  titre  à'Acta  tumultuum  Gallicorum  par 
M.  Henri  Hauser,  très  au  courant  de  toutes  les  sources  historiques  du 
XVI®  siècle  (Paris,  extrait  de  la  Bei^ue  historique,  in-8  ele  71  p.).  On  n'en 
connaissait  e^ue  trois  exemplaires  et  on  en  trouve  un  dans  un  recueil  imprimé 
à  Munich  e-n  1573,  quelques  années  seulement  après  les  événements  qu'il 
raconte,  et  composé  avant  la  Saint-Barthélémy,  dont  il  ne  fait  pas  mention. 
L'auteur  est  un  catholique  assurément  très  exalté;  car,  s'il  i?ttaque  viclem- 


—  179  — 

ment  Coudé  i-t  Coligny  et  les  horrenda  Hugunotorum  srelera,  commis  sous 
leur  patronage,  il  ne  ménage  pas  Catherine  do  Médicis  ni  même  le  conné- 
table do  Montmorency,  qu'il  accus;^  d'une  singulière  indulgence  en.-trs 
les  protestants,  «  qu'il  eût  été  facile  d'écraser  après  leurs  défaites,  au  lieu 
de  leur  accord  r  d  s  édits  asse^,  favorables  à  leur  cause)).  Il  est  assez  singu- 
lier que  le  chânccli'  r  di  l'Hôpital  ait  trouvé  presque  grâce  devant  ce 
«  gui.;ard  >'.  Comment  s'app' lait-il?  C'est  assez  difTicile  à  d -viner.Pourtant 
M.  Hauser  propose  timidement  d'attribuer  cei:Acta  au  jésuite  asstz«  espa- 
gnoli^.é  «  le  P.  Emond  Auger,  que  tous  les  écivain^  contemporains  appellent 
d'ordinaire  le  P.  Aymon.  Ce  qui  pourrait  faire  douter,  c'est  que  ce  jésuite 
était  assf  z  bien  avec  la  Cour.  En]tous  cas,  cette  réponse  aux  nombreux  pam- 
phlets protestants  de  l'époque  méritait  d'être  mise  en  lumière;  et  on  y 
trouve   quelques   mentions   iitile'. 

—  Israël  Bernard  de  Valabrcgje  (1714-1779),  interprète  attaché  à  la 
Bibliothèque  du  Roi  pour  les  langues  orientales,  en  même  temps  que 
marchand  mercier  à  Paris,  n'est  guère  connu,  bien  qu'il  ait  tenu  au 
xviii*'  ^.iècle  une  place  assez  importante  dans  la  communauté  juive  pari- 
sienne. Dans  un  article  du  Bulletin  du  bibliophile,  qui  a  pour  principal 
objet  de  nous  faire  connaître  i'inventaire,  dressé  après  décès,  de  la  Biblio- 
thèque de  Bernard  de  Valahri gue  (Tiré  à  part.  Paris,  Henri  Leckrc,  1910, 
in-8  de  16  p.),  M.  Paul  Hildenfinger  nous  donne  quelques  renseignements 
curieux  et  précis  sur  son  activité  à  la  Bibliothèque,  sur  son  rôle  parmi 
ses  cor.'ligionnaires  et  sur  l'idée  que  l'on  peut  se  faire  des  goûts  littéraires 
du  personnage  par  cet  inventaire,  malheureusement  fort  sommaire,  dans 
lequel  ces  livres  sont  estimés  par  lots,  avec  l'indication  pour  chaque  lot 
d'un  seul  des  ouvrages  qui  le  composent.  ■    g* 

—  En  l'appelant  t;  une  œuvre  d'actualité  »,  M.  le  chanoine  'F.  Béré- 
ziat  a  voulu  prouver  la  nécessité  et  la  possibilité  do  l'organisation  de 
la  Confrérie  du  Saint-S acrement  à  notre  époque  (Lyon  et  Paris,  Vitte, 
1911,  in-8  de  74  p.,  avec  2  portraits).  Il  en  expose  le  but,  les  pratiques, 
les  avantages.  Historiquement  il  rappelle  la  féconde  existence  dans  le 
passé  de  la  Compagnie  du  Saint- Sacrement  (qui  n'était  pas  une  «  con- 
frérie »),  en  s'appuyant  sur  l'étude  si  complète  que  M.  Geoffroy  de  Grand- 
maison  a  donnée  dans  le  Correspondant  du  25  mars  1911. 

—  M.  Henri  Guérin,  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale,  vient 
de  donner  Hans  le  t.  IV  de  V Année  linguistique  un  travail  d'ensemble  sur 
l'Étude  des  langues  égyptiennes  et  copte,  particulièrement  de  1890  à  1910. 
(Tiré  à  part.  Paris,  C.  Klincksieck,  1911,  in-16  de  48  p.).  Si  M.  Guérin  s'est 
occupé  principalement  de  la  période  qui  comprend  ces  vingt  dernières 
années,  il  n'a  pas  cru  inutile  cependant  de  nous  tracer  une  esquisse  rapide 
des  grands  travaux  des  fondateurs  de  l'égyptologie  et  des  illustres  savants 
qui,  après  eux,  ont  assis  cette  science  sur  des  bases  solides.  Depuis  1890, 
les  travaux  tant  sur  les  vieilles  langues  égyptiennes  que  sur  le  copte  qui 
en  est  dérivé  se  sont  multipliés;  aux  découvertes  nouvelles  s'est  ajoutée 
la  mise  en  œuvre  des  travaux  antérieurs;  l'on  a  pu  se  faire  une  idée  plus 
précise,  plus  exacte,  sinon  définitive,  du  caractère  de  la  langue  qui  se 
rattache  aux  idiomes  sémitiques,  mais  en  partie  aussi  aux  idiomes  africains. 
La  lecture  de  ce  travail  n'intéressera  pas  seulement  les  égyptologues  et 
les  coptisants. 

—  On  pourra  juger  des  services  rendus  à  la  philologie  française  par  un 
érudit  enlevé  pi ématurément  en  juillet  dernier,  M.  Gaston  Raynaud  (18ro- 
1911),  en  lisant  le  discours  prononcé  à  ses  obsèques  au  nomde  la  Société 


—  180  - 

de  l'École  des  chartes  par  M.  Eugène  Lelong  (Nogent-le-Rotrou,  imp. 
Daupeley-Gauvernour,  4911,  in-8  de  10  p.  Extrait  de  la  Bibliothèque 
de  VEcole  des  chartes,  i.  LXXII).  M.  Lelong  a  joint  à  son  discours  l'énu- 
mération  m  quarante-trois  articles  des  publications  faites  par  Gaston 
Ra\  naud. 

—  Nous  avons  annoncé  déjà  (t.  CXXII,  p.  181 1  l'appel  lancé  par 
M.  Adolphe  Adirer  pour  la  fondation  d'une  société  d.'S  Amis  de  la  langue, 
française.  La  Société  s'est  constituée  définitivement  et  vient  de  lancer 
son  premier  bulk-tin  pour  janvier  1912  (Paris,  9,  villa  Saïd,  in-8  de  20  p.). 
Le  titre  même  d)  la  Société,  «  Société  nationale  pour  la  défense  du  génie 
français  et  la  protection  de  la  langue  française  contre  les  mots  étrangers, 
les  néologismes  inutiles  et  toutes  les  déformations  qui  la  menacent  »,  dit 
assez  clairement  1;;  but  qu'elle  se  propos.:».  Et  nous  ne  pouvons  que  renou- 
veler l'invitation  à  nos  lecteurs  d'aid  r  au  développement  de  cette  oeuvre 
utile  soit  en  se  faisant  inscrire  comme  membre  actif  (5  fr.  par  an)  ou  à 
vie  (100  fr.),  soit  au  moins  en  s'abonnant  au  Bullrtin  (i  fr.  par  an).. 

—  On  a  dernièrement  publié  un  élégant  volume  sous  le  titre  de  :  Le  Ju- 
bilé des  lycées  et  collèges  de  jeunes  filles  et  de  V École  normale  de  Sèvres  (Paris, 
Alcan,  s.  d.,  gr.  in-8  cartonné  de  ix-135  p.  ^ — Prix  :  6  fr.).  On  y  trouve 
un  Avant-propos  de  M.  Lucien  Poincaré,  une  Préface  de  M.  Berthclot,  un 
historique  qui  va  de  1880  à  1907,  signé  de  M.  Eugène  Blum;  un  compte 
rendu  du  25'^  anniversaire  de  la  création  des  lycées  de  jeunes  filles,  sigaé 
d'une  simple  initiale;  un  compte  rendu  de  la  journée  de  Sèvres,  signé 
Marguerite  Aron,  et  puis  des  discour-^.,  et  puis  des  toast j,  et  des  programmes 
de  concerts,  et  le  menu  du  banquet,  et  la  liste  de  toutes  le?  anciennes  élèves 
de  Sèvres  présentes  à  la  fête.  Comme  il  fallait  s'y  attendre,  on  rencontre 
là  beaucoup  de  noms  et  de  signatures  de  protestants  et  de  juifs,qui  donnent 
le  caractère  de  ces  institutions  de  combat.  Enfin  il  y  a  une  quantité  d'ima- 
ges et  de  portraits.  Bref , l'apologie  est  complète  autant  que  peu  mesurée; 
mais  c'est  une  apologie  systématique,  et  personne  d'impartial  ne  pourra  la 
considérer  comme  une  justification.  Car  on  ne  peut  vraiment  justifier,  en 
France  du  moins,  une  entreprise  de  déchristianisation  de  la  femme  fran- 
çaise. 

—  Nos  lecteurs  se  souviennent  sans  doute  de  l'annonce  qui  a  été  faite 
ici  même  (t.  CXIX,  p.  185)  d'xm  Répertoire  d'art  et  d'archéojogie,.  fondé 
par  la  généreuse  initiative  du  îMécène  intelligent  auquel  on  doit  déjà  la 
Bibliothèque  d'art  et  d'archéologie  (19,  rue  Spontini),  si  accueillante  et  si 
précieuse  à  quiconque  travaille  sur  l'histoire  de  l'ai't.  Avec  l'année  1911, 
le  Répertoire,  qui  jusqu'alors  offrait  à  ses  lecteurs  le  dépouillement  des 
articles  de  périodiques  tant  français  qu'étrangers  relatifs  à  l'histoire  de 
l'art,  a  joint  la  bibliographie  des  catalogues  d^  ventes  publiques  faites  en 
France  et  à  l'étrang^^-r,  qui  achève  d;  faire  di  Répertoire  un  instrument 
d'information  et  d'  travail  absolum  nt  indispensable.  M.  Jacques  Mayer, 
à  qui  incomb'''  la  charge  spéciale  de  cette  partie  du  recueil,  classe  les  ventes 
par  pays,  par  vill -s,  et  dans  chaque  ville  par  ordre  chronologique.  Il  ne  se 
contente  pas  de  donner  la  date  delà  vente,  les  noms  du  collectionneur,  du 
commissaire  priseur  et  de  l'expert,  il  précise  tn  quelques  mots  le  contenu  de 
la  collection,  indique  les  figures  et  planches  que  contient  le  catalogue.  Ajou- 
tons qu'un  ind  'X  annuel  r<  ndra  facile  l^  manien;ent  de  ce  très  utile  recueil. 
Puisque  nous  i  n  avons  l'occasion,  disons  aussi  que  l'index  qui  termine  le  Ré- 
pertoire, pour  être  sommaire,  n'en  est  pas  moins  fort  clair  et  commode.  Il 
comprend  en  une  seule  série  alphabétique:  les  noms  d:*  personnes    (auteurs 


—  181  — 

amateurs  ou  artistes)  en  petites  capitales;  les  noms  des  lieux  en  italiques; 
les  mots  d^  matières  (académies,  affiches,  albâtre)  en  égyptiennes; 
chaque  article  du  répertoire  étant  numéroté  :  c'est  à  ces  numéros  et  non 
aux  pag  s  que  le  renvoi  est  fait,  ce  qui  en  ai  giuente  naturellement  la 
précision.  Peut-être  pourrait-on,  par  un  artifice  typographique,  distinguer 
des  artistes  les  auteurs  et  les  collectionneurs  ou  autres  personnages  cités. 

—  L'an  dTnier  (février-mars  1911,  t.  CXXI,  p.  229-230),  le  Polyblblion 
a  annoncé  la  première  édition  de  V Annuaire  de  la  curiosité  et  des  beaux- 
arts.  Voici  la  deuxième  (Paris,  90,  rue  Saint-Lazare,  IX^  arr.,  1912,  in- 
8  de  467  p. —  Prix  :  8  fr.).  Le  prix  de  cet  annuaire  a  dû  être  relevé  de  2  fr. 
en  raison  do  son  importance  plus  grande  :  il  renferme,  en  effet,  une  nouvelle 
division  ou  partie  (la  3^),  composée  d'une  liste  alphabétique  des  amateurs 
collectionneurs  de  Paris,  avec  dvS  indications  sur  le  genre  de  leurs  collec- 
tions (p.  285-325).  Tout  le  reste  du  volume  a  été  d'ailleurs  remanié,  mis 
à  jour  (sauf  d-  s  omissions  toujours  inévitables)  et  avgmenté  sensible- 
ment. Comme  celui  de  1911,  l'Annuaire  de  1912  donne,  dans  sa  première 
partie,  des  renseignements  pratiques  et  l'elate  sommairement  les  évé- 
nements artistiques  de  l'année  écoulée  ainsi  que  la  législation  relative  aux 
choses  de  l'art.  Vitnncnt  ensuite  (2^  partie)  les  adresses  commerciales 
françaises  et  étrangères,  d  sposées  par  o'de  alphabétique  d;  professions. 
Quant  à  la  quatrième  partie,  elle  est  formée  de  listes  dos  ai'tistes  en  tous 
genres  résid  mt  en  France,  avec  mention  de  leurs  titres  et  récompenses 
aux  expositions.  Publication  do'  la  plus  réelle  utilité  qui,  nous  n'en  dou- 
ton">  pas,  sera  bien  accueillie  partout. 

—  Dix-huit  années  d'existence  prouvent  surabondamment  que  V Agenda 
du  photographe  répond  à  un  besoin  et  qu'il  est  bi^n  accueilli  par  les  in- 
téressés (Paris,  (harks-Mtndl,  gv.  in-8  de  184-95  p.,  avec  de  nombreuses 
g^i'avures  dans  le  texte,  et  4  belles  gi'avures  hors  texte. —  Prix:  1  fr.). 
Pour  1912,  cet  agvnd\  contient,  comme  les  précédents,  des  renseignements 
teehniques,  d  s  articles  d'  vulgarisation,  un  formulaire,  etc.  Il  y  a  aussi 
un  répertoire  pour  le  classement  d'S  cliehés  et  des  pages  spécialement 
préparées  pour  les  n-ites  à  prendre.  Vient  ensuite  le  Tout  Photo  formé  de 
quatre  listes  alphabétiques  d'amateurs  choisis  parmi  les  habiles  (Paris 
et  département  de  la  Seine;  Départements;  Algérie,  Tunisie  et  colonies; 
Étranger).  Ces  listes,  mises  à  jour,  comprennent  environ  10.000  noms. 

Angoumois.  • — Le  tome  I"  de  la  VIII®  série  des  Bulletins  et  Mémoires  de 
la  Société  archéologique  et  historique  de  la  Charente  [année  1910)  vient  de 
nous  parvenir  (Angoulême,  Constantin,  1911,  in-8  de  CLxxx-230p.,  avec 
8  planches  et  de  nombreuses  figures  dans  le  texts).  Constatons  d'abord 
qu'à  la  suite  de  chaejue  compte  rendu  des  séances  de  la  Société  sont  impri- 
mées des  Annexes  de  3  à  8  pag  s  dont  la  plupart  méritent  d'être  men- 
tionnées ici  :  G.  Papillaid  :  Syndics  perpétuels;  —  J.  de.  la  Martinière  : 
Mandement  du  comte  de  Jarnac  interdisant  à  deux  gentilshommes  de  se 
battre  en  duel;  —  D.  Touzaud  :  L'Affranchissement  des  serfs  et  l'arrêt  du 
président  Nesmond;  —  J.  de  la  Martinière  :  L'Erreur  historique  de  M.  de 
Nesmond;  —  D.  Touzaud  :  La  Vieille  Charente;  ■ —  A  propos  de  la  villa 
saintongeaise  d'Ausone;  —  G.  Chauvct  :  La  Sculpture  de  V Eglise  de 
Ruffec;  ■ —  D.  Touzaud  :  Les  Communautés  taisibles  en  Angoumois  autre- 
fois et  aujourd'hui;  —  A.  Favraud  :  Une  Noi^velle  Sépulture  de  V  époque 
de  la  Tène  aux  Planes,  commune  de  Saint- Yriex;  — P.  Mourier  :  Anciens 
Vases  à  bec;  —  H.  de  Montégut  :  Lettre  du  chevalier  de  Plamont  à  son  père 
racontant  le  duel  entre  le  comte  de  Boffignac  et  le  baron  de  Montalembert 


—  1F2  — 

(1777);  —  E.  Biais  :  Lettre  du  comte  Jean  (d'Angoulème)  à  ses  conseillers 
des  finances  (1453);  lettre  de  Mer  guérite  de  Valois  à  son  chancelier;  lettre 
du  duc  d'Éperaon  au  Roi  (1600);  ■ —  M'*  de  Brém<»nd  d'Ars-Mig/é  :  Lettre 
inédite  de  Philippe  de  Volvire,  baron  de  Ruffec,  à  Charles  de  Brémond,  baron 
d'Ars,  12  septembre  1582;  —  Abbé  Legi'and  :  Règlement  de  Mgr  de  Péri- 
gueux  pour  les  droits  curiaux  de  notre  diocèse  (1715);  —  D''  GaiUardon  : 
Acte  capitulaire  des  habitants  de  la  ville  d^ Aubeterre  contre  le  sieur  de  La- 
qui,  le  juge  sénéchal  d' Aubeterre ,  concernant  le  feu  de  joye  quy  se  fit  en 
réjouissance  de  la  convalescence  du  Roy  du  30  octobre  1744.  ■ —  Pages 
CLXXii-CLXxxx  on  trouve  une  Chronique  bibliographique  de  la  Charente 
eni:egistrant  les  livres,  brochures  et  articles  insérés  dans  divers  pério- 
diques, concernant  la  région.  —  Les  Mémoires  ne  sont  pas  nombreux  : 
trois  seulement.  Le  premier,  de  beaucoup  le  plus  important,  a  pour 
auteur  M.  Gustave  Chauvet  et  pour  titre  :  Os,  ivoires  et  bois  de  renne  ouvrés 
de  la  Charente.  Hypothèses  palethno^raphiques  (p.  1-184,  avec  6  planches 
et  122  fig.)-  Outre  une  table  des  matières,  ce  travail  contient  une  table 
des  noms  do  personnes,  un  index  géographique  et  un  index  archéologique. 
—  Le  deuxième  mémoire,  de  M.  Daniel  Touzaud,  concerne  Z)eaa;  Cloches 
gothiques  exhumées  d'une  cachette  à  Ebréon  [Charente)  (p.  185-203,  avec 
2  pi.  et  2  fig.).  —  Le  volume  se  termine  par  une  étude  do  MM.  A.  et  H.  R. 
du  Vignaud  sur  les  Anciennes  Franchises  de  la  paroisse  de  Benest  [Cha- 
rente]  (p.   204-223,   avec  1    fig.). 

Anjou.  —  Sous  ce  titre  :  Saint-Quentin-en-Mauges  (Angers,  imp- 
Paré,  1911,  gr.  in-8  de  84  p.),  M.  le  docteur  D.  Coufïon  publie  une 
brochure  où  il  reproduit  à  peu  près  tout  ce  que  les  gi'andes  publications 
locales  avaient  su  dire  de  cette  petite  commune  angevine  :  il  y  a  ajouté 
quelques  pages,  les  Cahiers  de  la  paroisse,  en  1789,  la  vente  des  biens 
nationaux,  djs  particularités,  les  noms  dos  habitants,  et  un  tableau  mon- 
trant qu'en  20  ans  les  mutualistes,  en  cette  population  de  980  habitants — 
168  de  moins  qu'en  1894  —  se  sont  élevés  de  10  à  55.  Nous  n'oserions 
dire  que  les  étymologies  hébraïques,  celtiques,  etc.,  dos  noms  de  la  pa- 
roisse soient  indiscutables.  Mais  l'auteur,  qui,  pour  la  période  révolution- 
naire, ne  semble  pas  bien  concevoir  l'hostilité  des  Vendéens  contre  les 
prêtres  assermentés  qu'on  voulait,  malgré  tout,  imposer  à  leur  religion, 
fait  visiblement  eiïort  pour  ne  pas  bl;sser  les  pieuses  populations  qui 
l'entourent. Ainsi  se  plait-il  à  reconnaître  que,  dans  ce  qui  forme  aujour- 
d'hui l'arrondissement,  il  y  avait,  dès  le  xvi^  siècle,  deux  écoles  gra- 
tuites de  paroisse,  (pour  être  tout  à  fait  dans  la  vérité,  il  conviendrait  de 
dire  qu'il  y  en  avait  au  moins  doux  connues  et  qu'on  les  devait  au  clergé), 
11  au  xvii«^  siècle,  17  au  xyiii^  siècle.  Et  il  tût  pu  ajouter  que,  ruinées 
pendant  la  Révolution,  ces  petites  écoles,  ainsi  que  M.  Couffon  le  con'rtate, 
n'étaient  pas  plus  nombreuses  en  1830.  Le  folk-lore  trouvera  de  curieuses 
traditions  et  superstitions  dans  ctt  écrit  ;  il  est  vrai  qu'elles  iront  pres- 
que toutes  extraites  du  Glossaire  de  MM.  Verrier  et  Onillon,  comme  la 
partie  topog.-aphique  est  extraite  du  Dictionnaire  de  C.  Port  :  l'auteur  no' 
pouvait  puiser  à  de  meilleures  sources. 

1»  —  11  y  a  trente  ans,  le  marquis  do  Ségur  publiait,  avec  l'oraison  funèbre 
(due  à  son  successeur,  en  1879)  d'un  prêtre, qui  a  laissé  une  grande  répu- 
tation do  courage  et  de  sainteté,  en  Anjou,  l'abbj  Pinot,  guillotiné  à 
Angors,  pour  sa  fidélité  à  la  religion.  Dès  1864,  Mgr  Ang  ^bault  avait 
nommé  M.  Brouillet  pour  procéder  à  une  enquête  canonique  sur  la  vie  et 
l;s  vertus  do  cet  ecclésiastique  et  Mgr  Rumeau  décida  d- promouvoir  à  la 


~  183  — 

cause  de  béatification  de  ce  sénateur  da  Dieu.  ^I.  l'abbé  Uzureau  ne  pou- 
vait entreprendre  une  œuvre  plus  opportune  et  plus  intéressante  que  de 
recueillir  sur  place,  dans  les  divers  dépôts  d'archives,  tout  ce  qui  con- 
cerne cette  victime  do  la  constitution  civile  di  clergé  :  il  le  suit,  avec 
abond'ince  de  documents,  avant  la  Révolution,  dans  son  ministère,  puis 
dans  ses  luttes  contre  les  oppresseurs  de  sa  conscience,  lors  de  son  arres- 
tation, de  sa  première  condamnation,  enfm,  jusqu'au  jour  où  on  l'obligea 
à  gravir  l'échafaud,  revêtu  de  ses  habits  sacerdotaux.  Ce  travail,  fort 
utile  à  la  cause  du  pieux  martyr,  extrait  des  Mémoires  de  la  Société 
nationale  d'agriculture,  sciences  et  arts  (V Angers,  a  été  tiré  à  part  sous  le 
titre  de  :  Noël  Pinot,  curé  du  Louroux-Béconnais,  guillotiné  à  Angers,  le 
21  février  1794  (Angers,  Grassin,  I9l2,  in-8  de  9i  p.).  ,^  ^  Je  Jf   ^  ii^Aé 

Bourgogne.  —  Ce  qui  retiendra  le  plus  particulièrement  l'attention 
dans  le  tome  XX  XVI  du  Bulletin  de  la  Société  des  sciences  historiques  et 
naturelles  de  Seniur-en-Auxois,  que  nous  avons  reçu  tout  récemment 
(Années  1908-1909.  Semur-en-Auxois,  imp.  Bordot,  1910,  in-8  de 
ccxL-500  p.,  avec  26  planches  et  fig.),  ce  sont  les  rapports  concernant 
les  fouilles  d'Alesia.  Mais  ce  gros  volume  renferme  aussi  diverses  études, 
telles  que  :  La  Propriété  paysanne  dans  les  haillages  de  Semur-en-Auxois, 
Saulieu,  Arnay-le-Duc,  à  la  fin  de  V ancien  régime  (17.50-1790),  par  M.  Eu- 
gène Patoz  (p.  1-133);  —  Notice  sur  Antoine  Wechte,  graveur,  né  à  Mai- 
son-Dieu (Côte-d'Or),  mort  à  Avallon  (1800-1868),  par  M.  Hippolyte  Mar- 
lot  (p.  134-146);  —  Le  Statuaire  Pierre  Travaux,  1822-1889,  par  M.  l'abbé 
Eugène  Barbier  (p.  147-220);  —  La  Fête  du  10  août  1793  à  Epoisses,  par 
M.  Georges  Gallois  (p.  221-228);  — A  propos  des  tumulus.  Simple  note  sur 
leur  origine  religieuse  et  leur  destination  familiale  primitive,  par  M.  Charles 
Boyard  (p.  229-234);  —  Notes  généalogiques  sur  la  famille  Potot,  par  M. 
Charles  Sartorio  (p.  235-245);  —  Généalogie  de  M.  Gaspard  Pontus  mar- 
quis de  Thyard,  par  M.  Alfred  de  Vaulabelle  (p.  246-252).  —  Nous  arrivons 
ensuite  aux  choses  se  rapportant  à  Alesia.  Trois  rapports,  appuyés  de 
26  planches,  sont  à  mentionner  :  Les  Fouilles  d'Alesia  en  1907,  par  M.  le 
commandant  Espérandieu  (p.  253-352);  —  Fouilles  du  Mont  Auxois.  Rap- 
port sur  les  fouilles  exécutées  en  1908  par  la  Société  des  sciemces  historiques 
et  naturelhs  de  Semur,  présenté  au  nom  de  la  Commission  des  fouilles 
d'Alesia  par  M.  le  D""  Adrien  Simon,  présid mt  d-  ladite  Commission 
(p.  353-384)  ;  —  Fouilles  de  la  Société  des  sciences  sur  h  Mont- Auxois.  Cam- 
pagne de  1908.  Journal  des  fouilles,  par  M.  V.  Pernet  (p.  385-464).  Tout 
cela  est  fort  intéressant  et  nous  ne  pouvons  que  regretter  notamment  de 
n'avoir  pas  été  mis  à  même  de  signaler  aux  archéologues  et  aux  érudits 
les  rapports  précédents  sur  les  fouilles  pratiquées  sur  le  Mont  Auxois.  — 
On  remarquera  que  les  procès- verbaux  de  la  Société  pour  ces  deux  années 
1908-1903  occupent  un  tiers  du  volume  environ,  et  ce  n'est  pas  trop; 
car  leur  lecture  est  intéressante  à  beaucoup  de  titres.  .^  *j^î,y,,; 

Champagne.  —  Enregistrons  le  tomo  I^'  de  l'année  1910-1911  des 
Travaux  de  V  Académie  nationale  de  Reims,  qui  forme  le  121^  volume  de 
la  collection  (Pieims,  Michaud,  1911,  in-8  de  365  p.,  avec  4  pi.  —  Prix  : 
7  fr.)  et  contient  les  mémoires  ou  études  ci-après  :  L' Amélioration  du 
logement  ouvrier  à  Reims,  par  M.  Paul  Rozey  (p.  1-22);  —  Compte-rendu 
des  travaux  de  V Académie  pendant  Vannée  1910-1911,  par  M.  Henri  Jadart 
(p.  23-33);  —  Trois  rapports  sur  les  Concours  :  d'histoire  et  d  archéologie, 
par  M.  Albert  Cans;  —  de  photographie,  par  M.  le  D'  Bagneris,  et  de 
poésie,  par  M.  le  D"^  Henri  Lardennois;  —  Supplément  au  Guide  de  Reùns 


—  184  —1 

pubiié  pour  le  Congrès  arch'-ologique  de  1911,  par  M.  Henri  Jadart  (p.  127- 
147);  —  Le  Parler  populaire  t^es  Canadiens  français,  par  M.  le  Dr  Bagne- 
ris  (d'après  le  Lexique  de  M.  d^'  Dionne  (p-.  149-153);  —  Saint  Jérôme  et 
Vim-ention  des  lunettes,  par  M.  le  D""  A.  Bourgeois  (p.  155-165);  —  Les 
Aspects  du  vieux  Reims.  La  Ville  à  Varrivce  des  Romains,  par  Î\I.  Ernest 
Kalas  (p.  167-203);  —  Une  Maison  romaine  à  Jonchery-sur-Suippe 
(Marne),  par  M.  Henry  (p.  205-218,  avec  3  pi.);  —  Résultat  des  recherches 
faites  sur  le  plateau  de  Nandin  près  Château- Porcien  depuis  1906,  par 
M.  E.  Bosse  (p.  219-226);  — -  Documents  sur  Beine,  publiés  avec  une  Intro- 
duction par  M.  Gaston  Robert  (p.  227-275);  —  Le  Mémoire  de  Finten- 
dnnt  de  Champagne  en  1665,  par  M.  A.  Cans  (p.  277-295);  —  Notes  généa- 
logiques tirées  des  registres  paroissiaux  du  canton  de  Verzy,  pa^  M.  le  D' 
Pol  Gk>sset  (p.  297-318);  —  Les  Tapisseries  de  Saint- Jacques,  par  M. 
l'abbé  E.  Legras  (p.  351-362,  avec  1  planche). 

Dauphiné.  —  Bien  peu  de  sociétés  savantes  françaises  peuvent  riva" 
lis-^r  avec  la  Société  des  touristes  du  Dauphiné  sous  le  rapport  du  luxe  de^ 
pixblications.  Il  suffît,  pour  s'en  convaincre,  de  parcourir  la  collection  d® 
recueils  qui  paraissant  sous  le  titre,  dont  nous  avons  déjà  critiqué  la  trop 
grande  modestie  :  Annuaire  de  la.  Société  des  touristes  du  Dauphiné.  Voici 
le  36?  volume  relatif  à  l'année  1910  (2^  série,  tome  XVI.  Grenoble,  imp. 
Allier,  1911,  in-8  de  361  p.,  avec  13  planches  et  2  croquis).  Il  débute  paf 
une  allocution  du  président,  M.  Flusin,  où  l'esprit  et  le  sens  pratique  se 
rencontrent  à  dose  à  peu  près  égale -(p.  34-45).  Cette  allocution  est  suivie 
d'un  rapport  du  secrétaire  général,  M.  Beudant,  sur  les  travaux  de  la 
Société  d' puis  rassemblé?  générale  du  1^''  féxTier  1910  (p.  46-72). —  A 
nottr  ensuite  la  nomenclature  précise  des  Courses  et  ascensions  au-dessus 
de  3.000  mètrts,  qui  constituent  la  Chronique  alpine  de  1910  (p.  81-97),' 
et  aussi  les  Excursions  collectives  de  la  S.  T.  D.  en  1910,  dont  leS  compteS- 
rcndus  sont  présentés  par  des  sociétaires  n'ayant  signé  que  de  simples 
initiales  (p.  99-126,  avec  2  pi.).  —  Suivent  des  relations  et  des  études  que 
nous  allons  mentionner  :  Le  Glacier  de  Gébroulaz  et  les  crêtes  environ- 
nantes, par  M.  Aimé  Coutagne  (p.  127-163,  avec  2  planches  et  1  plan);  — 
Le  Tour  du  Mdnt-Blanc,  par  M.Henri  Ferrand  (p.165-185,  avec  2  pi.); — 
Traversée  des  arêtes  des  Grandes- Rousses  de  VÉtendard  au  pic  Bayh,  paï* 
M.  C.  Salesse  (p.  187-194,  avec  1  pi.);  — -  De  Galgary  à  Vancouver,  à  tra- 
vtrs  les  Rocheuses  canadiennes' (journal  de  route),  par  M.  Jean  Vallès  (p. 
195-207,  avec  2  pi.);  —  Les  Torrents  et  leur  correction,  par  M.  V.  Hulin 
(p.  209-240,  avec  3  pl.);  - —  Notice  au  sujet  des  tables  d'orientation  et  de  la 
manière  de  les  dessiner,  par  M.  le  capitaine  du  génie  H.  Mei  nier  (p.  241- 
273,  avex;  1  pl.  et  des  fig.);  • —  Le  Tour  du  Pelvoux,  impressions  d'automo- 
bile, par  M.  H.  Ferrand  (p.  275-288,  avec  1  pl.).  Une  intéressante  «  Biblio- 
graphie alpine  »  termine  ce  beau  \o\v.me.%^^^i:^.p.^:/i-,_  p:'->^ 

Franche-Comté.  —  Sous  le  titre  :  Un  Coin  de  la  bataille  d'Héricourt. 
Le  Détachcmejn  Degenjeld  à  Chenebier  (Paris,  Charles-Lavauzelle,  ».  d., 
petit  in-8  de  123  p.,  avec  3  croquis  dans  le  texte  et  une  ca^te  hors  texte. 
—  prix:  2  fr.  50).,  M.  le  capitaine  L.  Chanson  nous  donne  un  "chapitré 
intéressant  de  l'histoire  de  la  dernière  période  de  la  guerre  franco-alle- 
mand ■  connue  sous  le  nom  de  campagne  de  l'Est.  On  a  ici  l'exposé  d'opé- 
rations militaires  déterminées,  allant  du  13  janvier  1871  an  17,  date  à 
laquelle  commença  cette  désastr.  use  retraite  qu'en  Franche-Comté  on 
appelle  comminémcnt-  encore  «  la  déroute  de  Bourbaki  ».  «  Nous  confi- 
nant sur  le  teirain  de  Ckenebitr,  et  prenant  pour  ainsi  dire  par  la  main 


—  185  — 

les  deux  bataillons  badois  chargés  de  sa  défense,  nous  avons,  dit  l'auttur 
essayé  do  reproduire  une  photographie  aussi  exacte  que  possible  de  la 
mentalité  des  adAX'rsaires  en  prés*  nce  et  de  ses  conséquences  au  combat. 
Avec  un  intérêt  d'autant  plus  grand  que,  plusieurs  fois  déjà,  nous  avons 
manœuvré  sur  ce  terrain,  à  proximité  relative  de  notre  gavnison,  nous 
avons  cherché  à  revix-re  les  houi'es  tragiques  de  janvier  1871,  à  survre, 
minute  par  minute,  défenseurs  et  assaillants,  à  toucher  du  doigt  leurs 
espérances  et  leurs  faiblesses  .et,  enfin,  à  exposer  sans  prétention 
quelques  réflexions  suggérées  par  les  événements.  »  Ces  quelques  lignes, 
empruntées  à  l'Avant-propos  de  ce  petit  volume,  en  résument  bien  le 
sujet,  qui  a  été  traité  avec  calme,  sans  verbiage  inutile  et  d'une  façon  par- 
faitement claire.  -«(  -     ..s;;. 

—  Un  chercheur  avisé,  doublé  d'un  érudit  très  connu  en  Franche- 
Comté,  et  duquel  neus  avons  ici  mentionné  nombre  d'études  diverses,. 
M.  Julien  Feuvrier,  a  découvert  récemment  sur  les  gardes  d'un  volume 
de  la  bibliothèque  de  Dole  des  notes  manuscrites  qu'il  a  publiées  dans  le  n°  14 
du  Bulletin  de  la  Société  grayloise  d'émulation  sous  le  titre  :  Un  Livre  de 
raison  de  la  famille  Bresson,  de  Jonvelle  (Tirage  à  part.  Gray,  imp.  Roux, 
1911,  in-8  de  11  p.).  Ce  document  n'embrasse  qu'une  période  de  qua- 
rante ans  (1580-1621).  Après  nous  avoir  présenté  assez  brièvement  cette 
famille  Bresson,  M.  Feu\Tier  reproduit  le  texte  du  li\Te  de  raison  où  l'on 
trouve  «  une  pièce  farcie  dans  le  goût  du  temps  )>.  Elle  est  intitulée  :  Agi- 
mus  tibi  gratias.  '<^  A  la  lecture,  on  voit  qu'elle  fut  composée  pour  être  dite 
à  la  fin  d'un  banquet,  où  elle  devait  tenir  lieu  de  l'action  de  grâces  ».  On 
peut  aussi  s'égayer  d'une  «  recepte  pour  la  fiebre  »  qui,  certes,  n'est  pas 
ordinaire,.. 

—  Depuis  1899,  les  sociétés  savantes  de  Franche-Comté  se  sont  réunieii 
onze  fois  en  congrès.  Et,  si  les  dix  premiers  congrès  ont  été  aussi  fructueux 
que  le  onzième,  en  vérité  !  elles  n'ont  point  perdu  leur  temps.  Nous  n'en 
pouvons  juger,  cependant,  car  le  compte-rendu  du  Onzième  Congrès  de 
V Association  franc-comtoise  tenu  à  Poligny  le  1^"^  août  1911  (Lons-le-Sau- 
nier,  imp.  Declume,  1911,  in-81  de  43  p.)  est  le  premier  qui  nous  soit  par- 
venu. Les  assistants,  très  nombreux,  se  sont  répartis  en  quatre  sections  : 
Histoire,  Archéologie,  Sciences  naturelles  et  Sciences  physiques,  et,  dans 
chacune  de  ces  sections,  les  principaux  congi'essistes  ont  lu  des  travaux 
sommairement  analysés  dans  la  présente  brochure,  mais  dont  nous  espé- 
rons pouvoir  prendre  connaissance  in  extenso  dans  les  recueils  d'^s  diverses 
sociétés  savantes  de  la  région.  Si  les  lettres,  les  arts  et  les  sciences  ont  été 
célébrés  congmment,  il  convient  de  remarquer  aussi  que  l'on  a  allègre- 
ment banqueté  et  spirituellement  toasté.  La  seule  allocution  reproduite 
ici  en  son  entier  est  celle  du  présid  nt,  M.  Julien  Feu-vrier  :  on  ne  nous 
dit  pas  si  elle  a  été  couverte  d'applaudissements,  mais  c'est  bien  inutile; 
car  la  finesse  et  l'humour  de  l'orat'ur  ont  dû  être  savourées  à  l'égal  des 
vieux  vins  du  cru,  dont  la  réputation  n'est  plus  à  faire. 

—  Le  cinquième  volume  de  la  8^  séi'ie  des  Mémoires  de  la  Société  d^ému- 
lation  du  Jura  qui  vient  d'être  distribué  (Lons-le-Saunier,  imp.  Declume, 
1911,  in-8  de  xx-355  p.)  se  recommande  à  l'attention  des  érudits,  beau- 
coup plus  par  la  qualité  des  travaux  qu'il  renferme  que  par leiu' quantité. 
Nous  avons  d'abord  à  mentionner  le  rapport  Sur  Ze  Mi7/pnai>e  de  Cluuy, 
présenté  à  la  Société  par  M.  Emile  Monot  (p.  3-26).  Nous  noterons  ensuite  : 
Histoire  de  la  seigneurie  de  Marigna,  par  l'instituteur  de  cette  localité,. 
M.  Hugun  (p.  47-197).  Très  bonne  monographie  qui  mériterait  un  tirage 


—  186  — 

à  paH  avec  table  des  cliapilres  et  table  onomastique.  Ajoutons  que  le  volume 
gagnerait  alors  b.>aucoup  à  être  illustré  d?s  principaux  dessins  et  photo- 
graphies que  possède  l'auteur  et  qui  n'ont  pu  trouver  ici  leurpla,ce;  — 
Essai  sur  l^s  principes  de  la  culture  traditiouriells  de  la  vigne  dans  le  Jura, 
dû  à  M.  Louis  Joly,  ingénieur  agi"icole  à  Montmirey-la-Ville  (p.  199-257), 
étude  d'un>  haute  utilité  pratique,  qui,  elle  aussi,  par  un  tirage  à  part, 
ptiurrait  mieux  atteindre  les  intéressés  ; —  Monographie  sur  Saint-Lau- 
rcnt-la- Roche,  par  M.  Gaillard  (p.  259-310),  qui  emprunte  surtout  son 
intérêt  à  ce  fait  que  Lacuzon,  le  fameux  chef  de  partisans  comtois  pendant 
l 'S  guerres  du  xvii^  siècle, en  fut  le  gouverneur  après  en  avoir  fait  prisonnière 
la  garnison  française  qui  l'occupait.  Le  volume  se  termine  par  une  série 
d}  poé'.ies  écrites  par  M.  P.  Guichard  sous  le  titre  général  prêtant  au 
calembour  :  Petites  Peintures  sur  vers  (p.  311-341).  Une  seule  est  relative 
à  la  région,  et  c'est,  à  nos  yeux,  la  plus  intéressante;  elle  est  intitulée  : 
L-?  Haut  Jura  (p.  329-331)1 

Provence.  —  Le  volume  le  plus  récemment  paru  des  Mémoires  de 
V  Académie  des  sciences,  lettres  et  bsaux-arts  de  Marseille  porte  les  dates 
1908-1911  (Marseille,  imp.  Barlatier,  1911,  in-8  de  525  pages,  avec  3 
planches).  Il  convient  de  remarquer,  tout  d'abord,  qu'il  y  a  là  plusieurs 
discours  de  réception  qui  eussent  gagné  à  préciser  leur  objet  par  un  titre. 
Sans  insister  autrement  sur  ce  point,  nous  allons  énumérer  les  trav^aux 
que  l'on  trouve  dans  ce  volume  :  Discours  de  réception  de  M.  Victor  Jamet 
(sur  la  culture  scientifique)  (p.  1-13);  ■ —  Réponse  de  M.  de  Montricher  à 
ce  discours  (p.  15-21);  —  Discours  de  réception  de  M.  Jules  Goudai^eau  (sur 
la  musique)  (p.  23-36);  —  Réponse  de  M.  de  Montricher  (p.  37-45);  — 
Un  Hommage  tardif,  par  M.  de  Marin  de  Carranrais  (à  propos  d'une  sei- 
gneurie, après  le  4  août  1789)  (p.  55-63);  ■ — •  Etude  sur  Lazare  de  Cordier, 
poète  marseillais  du  xvii^  siècl',  par  M.  dî  Marin  de  Carranrais  (p.  74- 
113);  —  Éloge  d'Ernest  Reyer,  par  Charles  Vincens  (p.  115-138);  —  Pages 
ferventes  et  patriotiques.  Jeanne  d'Arc,  par  M.  Prou-Gaillard  (p.  145-157); 

—  La  Technique  de  iouèon,  par  M.  Ferdinand  Servian  (p.  159-168)  ;  ^ — Dis- 
cours de  réception  de  M.  Laurent  (sur  la  paléobotanique)  (p.  175-190); 

—  Réponse  de  M.  Heckel  (p.  191-196);  —  Le  Rôh  de  la  femme  en  agricul- 
ture, par  M.  H.  de  Montricher  (p.  197-207);  —  Vieil  Intérieur  de  Provence, 
par  M.  Jules  Goudareau  (p.  209-217); — Une  Promenade  dans  la  région 
forestière  des  Cévennes,  pa^*  ^L  Louis  Laurent  (p.  219-224);  —  Le  Triomphe 
du  jeune  Horace,  d'ame  tn  un  acte,  en  vers,  par  M.  V.  Jamet  (p.  227- 
241);  —  Discours  de  réception  d^  M.  G.  Derepas  (sur  César  Franck)  (p. 
243-258);  —  Réponse  de  M.  F.  Servian  (p.  259-271);  —  Discours  de  récep- 
tion d;  M.  José  Silbert  (sur  le  peintre  H  >neré  Boze)  (p.  273-284);  —  Ré- 
ponse dî  M.  Servian  (p.  285-298);  ■ — •  D'Avignon  à  Rome.  Itinéraire  de 
Grégoire  XI  (1376-1377),  par  M.  Emile  Perrier  (p.  337-392);  —  Les  Trou- 
badours ds  Marseilk  (1809),  par  M.  Louis  Br-ès  (p.  399-413);  —  Au  Pays 
de  Mistral,  par  M.  le  chanoine  S  Gamber  (p.  415-422);  —  Xavier  de 
Maistre,  artiste  {documents  inédits],  par  M.  Ferdinand  Servian  (p.  423- 
435);  —  Le  Tombeau  de  Raphaël  {document  inédit),  par  le  même  (p.  437- 
442,  avec  1  pi.);  —  Discours  de  réception  de  M.  Paul  Barlatier  (sur  le 
théâtre  de  plein  air)  (p.  443-459);  —  Réponse  de  M.  L.  Perdrix  (p.  461- 
479);  —  Les  Jardins  de  la  Mortola  et  de  Monte-Carlo,  par  M.  L.  Laurent 
(p.  481-487,  avec  2  pi.);  —  La  Fontaine  de  Jules  Cantini,  monographie 
du  monument,  paT  M.  Ferdinand  Servian  (p.  490-495);  —  Un  Pèlerinage 
à   la  tombe  de  Chateaubriand,  par  M.  Louis  Brès   (p.  497-503);  —  Quelques 


—  187  — 

Considérations  sur  la  loi  des  retraites  ouvrières  et  paysannes,  par  iM.  Charles 
Vincons  (p.  505-516).  —  Pour  n?  rien  omettre,  nous  dirons  que  ce  vo- 
kime  renferme  une  certaine  quantité  de  poésies  dues  à  MM.  le  chanoine 
S.  Gambjr,  Louis  Brès  et  Victor  Jamet. 

Alsace-Lorraine.  —  La  direction  d'  la  luxueuse  Reçue  alsacienne, 
qui  se  publie  à  Strasbourg  et  d'>nt  notre  Partie  technique  insère  régulière- 
ment les  sommaires,  nous  adresse  un  intéressant  prospectus  duquel  nous 
extrayons  les  principaux  passages  :  «  La  Reçue  alsacienne  vient  d'être 
soumise  à  une  importante  transformation.  Nous  en  avons  détaché  la 
Chronique  d'Alsace- Lorraine  qui,  .'ous  une  forme  nouvelle,  mènera  désor- 
mais une  existence  indépendante  et  se  nommera  Cahiers  alsaciens ... 
Les  Alsacims  dévoués  à  leur  pays  natal  voient  se  dresser  aujourd'hui  des 
obligations  qui  ne  s'imposaient  pas  à  leur  conscience  il  y  a  quelque  dix 
ains.  Dans  le  domaine  des  idées,  des  luttes  passionnées  se  li\Tent,  dont 
quelques-uns  de  nos  biens  moraux  les  plus  précieux  sont  l'enjeu.  L'héri- 
tage de  nos  pères,  il  nous  faut  le  conquérir  sans  trêve  pour  le  posséder.  Le 
temps  n'est  plus  aux  résignations  muettes,  aux  renoncements  mornes.  Ce 
qui  est  défendu  avec  fermeté  et. constance  ne  saurait  périr...  Nous  avons 
toujours  proclamé  combien  importent  à  notre  caractère  la  langue  et  la 
«  culture  »  française.  Aussi,  le  droit  et  le  devoir  de  les  maintenir  et  de  les 
cultiver  à  côté  de  l'idiome  offiji  i  et  de  la  pensée  allemande  ne  cesseront- 
ils  de  trouver  en  nous  des  champions  résolus...  Ces  principes,  que  nous 
professons  depuis  bien  des  années,  trouveront  dans  les  Cahiers  alsaciens 
une  expression  plus  vivante  et  plus  précise  que  naguère.  Nous  donnerons 
des  articles  de  fond  plus  nombreux  et  plus  variés.  Nous  ferons  plus  substan- 
tielle la  chronique  alsacienne  diS  hommes  et  des  œuvres.  Un  format  plus 
petit,  une  impression  plus  grande  en  faciliteront  le  maniement  et  la  lecture. 
Les  Cahiers  alsaciens  paraîtront,  en  fascicules  in-8,  au  moins  six  fois  l'an.  » 
Le  siège  du  nouveau  périodique  est  à  Strasbourg,  rue  Brûlée,  2.  — Prix 
de  l'abonnement  annuel:  Strasbourg,  4  marcs;  Alsace-Lorraine  et  États 
confédéré?,  5  marcs  50;  France,  Étranger,  7  fr.  50. 

Allemagne.  —  Nous  avons  annoncé  il  y  a  déjà  plusieurs  mois  la  publi- 
cation entreprise  à  Paris  par  l'initiative  notan^ment  de  M.  Béduchaud, 
8:^,  rue  des  Saints- Pérès,  sou;  le  titre  d-i  Fiche  bibliographique.  Yoïci  que 
d'Allemagne  nous  arrive  l'annonce  d'une  publication  du  même  genre,  que 
M.  Chr.  G.  Hottinger,  bibliothécaire  à  Berlin  (adresse:  Sud  nde.  Berlin), 
lance  à  son  tour  dans  la  circulation  :  Ein  Riicher-Zettel-Katalog  und  ein 
bio-ikono-biblio^raphisches  Sammelwerk  (Sûdende.  Berlin,  l'auteur,  1911, 
in-8  de  4  p.).  Chaque  fiche  qui  a  12,5  cm.  sur  7,5  contient  au  recto  le  nom 
de  l'auteur,  son  prénom,  sa  date  de  naissance  et,  le  cas  échéant,  de  mort, 
l'indication  de  ce  qu'il  est  (professeur,  médecin,  etc.);  le  titre  de  l'ouvrage, 
annoncé  avec  les  indications  bibliographiques  nécessaires  (en  mai'go  :  une 
reproduction  réduite  du  titre),  puis  une  notice  sur  le  contenu  de  l'ouvrage; 
au  vurso,  on  trouvera  une  courte  note  biographique  (autobiographique, 
si  possible)  sur  l'auteur,  la  liste  de  ses  principaux  ouvrages,  son  portrait 
et  im  autographe.  M.  Hottinger  annonce  en  même  temps  la  préparation 
d'un  !  encyclopédie  en  40  volumes  Das  grosse  Lexikon,  qui  contiendra  notaïu- 
m ont  la  reproduction  photographique  d  s  lois  les  plus  importantes.  ./%W^ 

^Espagne.  —  Dans  notre  livraison  d'avril  1911  (t.  CXXI,  p.  378),  nous 
avons  annoncé  à  cette  même  place  les  débuts  d'une  publication  artistique 
•espagnol'  qui  vient  d'achever  son  premier  volume  et  aussi  la  première 


—  188  ^ 

année  de  son  existence  :  Muséum,  revista  rnensual  de  arte  espafiol  antiguo 
y  moderno  y  de  la  l'ida  artistica  contemporanea  (Barcolona,  callj  INIallorca, 
291.  in-folio  de  120-480  p.,  plus7p.de  tables.  Espagn\20  fr.  ;  étranger, 
25  fr.).  No\is  devons  rappeler  que  le  texte  espagnol  tst  complété  par  une 
traduction  française  très  claire,  très  nette,  laquelle  est  toujours  placée 
en  tête  de  chaque  livraison.  L'illustration  phototypique  est  soignée  et 
généralement  très  réussie;  quelques  reproductions  cependant  sent  un 
peu  iniprécises;  quant  aux  planchoscn  couKairs  et  en  noir,  elles  séduiront 
les  amat<  urs.  La  presse  nationale  et  la  presse  étrangère  ont  ménagé  un 
accueil  d  s  plus  favorables  à  cette  riche  publication;  aussi  ne  doutons- 
nous  pas  que  sa  direction  n""  s'efïorce  de  l'améliorer  encore.  Il  ne  nous 
paraît  guère  possible,  toutefois,  que  le  nombre  d' s  reproductions  soit 
augmenté,  car,  pour  1911,  nous  en  comptons  près  de  500  !  —  Nous  vou- 
drions pouvoir  citer  ici  tous  les  articles  qui  le  méritent,  mais  comme 
cela  nous  conduirait  trop  hàn,  nous  nous  bornerons  à  faire  un  choix,  plu- 
tôt arbitraire,  mais  qui  donn*  ra  une  idée  de  l'intérêt  qui  se  dégage  du 
Muséum  :  La  Collection  Chauchard  au  Louvre,  par  S.  T.  —  Antoine  Moro, 
par  Miguel  Utrillo.  —  V  Art  -flamand  à  Valence,  un  tableau  sur  bois  inédit. 
du  XV*"  siècle,  par  J.  Tramoyeres  Blasco. — >  Souvenirs  de  la  Seville  romaine, 
par  J.  Gestoso  Pérez.  ■ —  Statuaire  romaine  au  musée  de  Tarragone,  par 
Emile  Morera.  —  VI^  Exposition  internationale  d^art.  Barcelone.  —  Société 
des  artistes  français.  Art  décoratif,  par  Georges  Caudel.  —  une  Exposition 
rétrospective  de  peinture  espagnole  à  Munich,  par  Aiguste-L.  Mayer.  — 
Le  Collège  de  Saint- Grégoire  de  Vclladolid,  par  Jean  Agapito  y  Revilla. 
—  Valdes  Leal,  tableaux  et  dessins  inédits  de  ce  peintre,  par  Enrique  Ro- 
rtiero  d^  Torr.s.  —  La  Joconde,  par  Manuel  Rodriguez  Codolâ.  —  Clochers 
hispano-arabes,  par  Anselmo  Gascon  de  Gotor.  ■ —  Les  Arts  musulmans 
d'Espagne  à  V Exposition  de  Munich,  par  Ernest  Kûhnel.  —  Vettore  Zanetti, 
par  :\Iario  Bcrardi.  —  André  Méthty,  par  Georges  Caudel.  Le  «  Muséum, 
ii.oons-nous  dans  un  charmant  pror.p  ctus  qui  accompagn?*  la  12«  li^'raison, 
a  recu'ilii  tout  ce  qui  s'est  fait  et  nous  est  paï'venu  auréolé  de  la  sanction 
séculaire,  et  tout  ce  qui  se  fait  et  vient  s'ajouter  à  la  production  des  an- 
cêtres, reflétant  le  sentiment  et  la  pensée  de  la  vie  actuelle.  C'est  ce  qu'il 
(-orvtinuera  do  faire  à  l'avenir,  car  son  désir  est  que,  plus  tard,  quand  on 
leuilk-tcra  ses  pages,  on  puisse  y  voir  les  différentes  tendances  qui  luttent 
à  présent  sur  le  champ  de  l'art.  »  La  publication  barcelonaise  figurera 
^.vantageusement  dans  les  plus  importantes  bibliothèques  publiques  des 
d  ux  mondes  et  aussi  dans  les  établissements  artistiques  de  quelque  valeur. 

Hongrie.  —  Notre  distingué  collaborateur  M.  Emile  Horft  a  pu  lié  dans 
la  livraison  de  juillet  1911  des  Mémoires  de  la  Société  des  ingénieur.-,  civils 
de  France  une  Notice  nécrologique  sur  S.  E.  Charles  de  Hieronymi,  -  u'il  a 
ensuite  fait  tirer  à  part  (Paris,  19,  rue  Blanche,  1911,  in-P  de  6  p.).  Né  en 
1836,  à  Buda,  ]\I.  de  Hieronymi,  ingénieur  de  haut  mérite,  auteur  1  ou- 
vrages estimés  sur  les  voies  de  communication,  a  rendu  des  services  de 
plus  d'une  sorte  à  son  pays.  De  1893  à  1895,  ministre  hongro|s  de  l'inté- 
rieur, il  a  été,  à  deux  reprises,  chargé  du  ministère  du  commerce  de  la 
Hongrie.  Il  est  mort  l'an  dernier,  laissant  les  plus  vifs  regrets  non  seule- 
ment chez  ses  compatriotes,  mais  aussi  en  France,  où  il  s'était  acquis  de 
nombreuses  sympathies,  principalem'^'nt  parmi  les  membres  d^  la  Société 
des  ingénieurs  civils  à  laquelle  il  appartenait  depuis  1883.  En  ces  quelques 
pages  précises,  M.  Horn  a  très  bien  résumé  cette  existence  'consacrée  en- 
tièrement à  laxhose  publique. 


—  189  — 

Italie.  —  L'^  Calendario  délia  basilica  ponlificia  del  sfanlissimn  rnsario 
in  Valle  di  Pompei  est  venu,  avec  son  habituelle  fidélité,  apporter  aux 
Ijienfaiteurs  et  aux  amis  de  l'œux-re  fondée  et  :'ntre.tenue  avec  un  si  beau  zèle 
par  M.  le  Comm.  Bartolo  Longo  en  favem*  d  s  orphelins  «t  des  enfants  de 
condamnés  d 'S  nouv  lies  d':'S  progrès  accomplis  et  du  bien  opéré  da»3 
l'année  qui  vient  d^  s'écouler  (Valle  di  Pompei,  scuola  tipografica  pontificia 
pei  figli  di  carcerati,  1912,  in-32  de  272-112  p.).  Des  notices  sur  l'orphe- 
linat féminin  avec  des  photogi'aphics  de  gi'oupes  d'enfants  (17  nouvelles 
orphelines  ont  été  reçues  en  1911,  10  ont  été  placées,  1  est  morte),  stries 
nouvelles  con-truction".  de  cet  orphelinat  (grand  réfectoire),  sur  l'hospice 
pour  les  enfants  des  prisonniers  (11  reçus  en  1911,  6  placés),  aussi  avec  des 
photographies  de  groupe?;  sur  les  œuvres  diverses  pour  ces  deux  sections 
de  l'oeuvre  (oratoires,  cercles,  fanfare,  ouvroir,  écoles,  etc.);  puis  quelques- 
unes  de  ces  biographies  d'enfants  toujours  si  touchantes,  auxquelles  se 
mêlent  aujourd'hui  quelques  pages  da  journal  d'un  jeune  garçon  hospita- 
lisé (récit  d'une  visite  à  son  père  dans  la  colonie  pénale  agricole  de  Pia- 
nosa^  forment  la  partie  neuve  de  l'annuaire  de  1912.  Rappelons  à  nos 
lecteurs  que  les  offrandes  les  plus  mod-'stes  peuvent  être  adressées  au 
Comm.  Bartolo    Longo,  à  Valle  di  Pompei  (province  de  Naples). 

— Une  tradition  populaire  italienne  veut  que  Marion  Delorme,  immor- 
talisée par  Victor  Hugo,  ait  séjourné  au  Pasquier  de  Gïaveno,  sur  la  rive 
gauche  de  l'Ola'-io.  M.  Charles  Thuriet  a  recueilli  cette  tradition  et  nous  en 
fait  part  en  une  jolie  plaquette  extraite  du  journal  Piemonte,  qui  paraît  à 
Turin,  et  qu'il  a  intitulée  :  La  Tour  Marion  Delorme  au  Pasquier  de  Gia- 
veno  (Torino,  Ofiicina  poligrafica  éditrice  subalpina,  1911,  in-18  de  32  p.). 
Richelieu,  voulant  éloigner  Marion  di  Paris  et  même  de  la  France,  afin 
■de  l'empêcher  d'intriguer  en  faveur  de  Cinq-Mars  dont  les  jours  sont 
comptée,  s'entend  avec  un  compère,  Maurizio  de  Savoie,  pour  décider  la 
charmeuse  à  passer  quelque  temps  à  Giaveno,  où  le  Palazzo  Alto  serait 
mis  à  sa  disposition.  Marion  Delorme  ayant  donné  dans  le  piège,  Riche- 
lieu peut  ain-i,  sans  courir  le  risque  d'être  contrarié,  faire  exécuter  Cinq- 
Mars  et  de  Thou.  Après  quoi,  IMarion,  rendue  à  la  liberté,  rentre  en  France  : 
elle  n'est  plus  dangereuse.  On  s'est  souvenu  dans  le  pays  d'un  acte  de  géné- 
rosité accompli  par  la  belle  Française  au  moment  de  son  départ,  et  c'est 
pourquoi  l'on  a  donné  son  nom  à  la  tour  restant  encore  debout  du  Palazzo 
Alto.  Le  principal  mérite  de  cette  tradition  condste  en  la  manière  gra- 
cieusement littéraire  dont  elle  vient  d'être  fixée  par  M.  C.  Thuriet. 

Maroc. — M.  Rouard  de  Card,  qui  devient  de  plus  en  plus,  au  point  de  vue 
du  droit  international,  un  spécialiste  d  ;s  questions  marocaines,  a  récem- 
ment publié  deux  petites  brochures  d'une  valeur  inégale.  La  première  est 
le  catalogue  des  livres  des  xvii^  et  xviii^  siècles  relatifs  aux  États  barba- 
resques,  faisant  partie  de  sa  bibliothèque;  la  seconde  étudie  cette  célèbre 
négociation  franco-espagnole  de  1902,  dont  on  a  tant  parlé  durant  les  der- 
niers mois.  Nous  n'insisterons  pas  sur  la  première  de  ces  plaquettes,  pu- 
bliée avec  grand  soin,  mais  dont  l'intérêt  est  assez  restreint,  M.  Rouard 
de  Card  n'ayant  pas  donné  d-^s  livres  qu'il  possède  une  description  biblio- 
graphique suffisamment  précise  et  n'ayant  pas  non  plus  entouré  chacun 
de  ces  ouvrages  de  l'étude  critique  qui,  seule,  eût  donné  un  véritable  prix 
à  son  travail,  beaucoup  trop  bref  et  trop  superficiel  [Livres  français  des 
xvii^  et  XYiii^  siècles  concernant  les  États  barbaresques  :  Régences  d'Alger, 
de  Tunis^  de  Tripoli  et  empire  du  Maroc.  Paris,  Pedone  ;  Gamber,  1911, 
in-8   de  37  p.).  —  Par  contre,  nous  ne    pouvons    que   louer    absolument 


—  190  — 

l'excellente  étude  do  M.  Roua^'d  de  Gard  sur  la  Question  marocaine 
et  la  ncgociation  frajico-espagnolc  de  1902  (Paris,  Ptdone;  Gamber, 
4912,  in-8  de  37  p.,  avec  1  carte).  L'auteur  se  retrouve  là  sur  un  terrain  où 
il  est  accoutumé  d^  manœuvrer  et  qui  est  le  sien  propre;  il  montre  fort 
bien  les  défauts  de  l'arrang^-ment  ébauché  en  1902  et  fait  parfaitement 
comprendre  comment  cet  arrangement  exerça  une  fâcheuse  répercussion 
sur  les  négociations  postérieures.  A  signaler  comme  présentant  un  vif 
intérêt  la  lettre  de  M.  Silvela  au  duc  d'Almodovar  del  Rio  dont  la  bro- 
chure de  M.  Rovard  de  Gard  contient  une  traduction  intégrale  extrême- 
ment exacte  aux  pageî  15-24. 

Publications  nouvelles.  —  Bell armin  et  la  Bible  sixto- clémentine,  étude 
et  documents  inédits,  par  le  R.  P.  X.  M.  Le  Bachelot  (in-8,  Beauchesne).  — 
La   Messe,  ^étude   doctrinale,    historique  et   liturgique,     par   P.-E.   Bourceau 
(in-16,   Beauchfsnek   —   Nomendator   literarius   theologiae   catholicae,    edi- 
dit  et  commentariis  auxit  H.  Hurter.  T.  V.  Theologiae   catholicae.     Acta 
recens.    Pars    1.    Seculum   tertium    post   celebratum     concilium    Tridentinum. 
Ab   anno    1764-1869    (in-8,    Oeniponte,   lib.    academica   Wagneriana).  — 
Opéra  moralia  sancti  Alphonsi  Mariae  de  Ligorio,  Doctoris  ecclesiae.  Theo- 
logia  moralis,  editio  nova  cum  antiquis  editionihus  diligenter  collata  in  sin- 
gulis    auctorum   allegationibus   recognita   notisque   criticis   et    commentariis 
illustrata,   cura  et  studio   P.   Leonardi    Gaudé   (Romae,   ex  typ.   vaticana, 
4  vol.  gr.  in-8).  ■ —    Manuel  de  théologie  mystique,  ou  les  Grâces  extraordi- 
naires de  la  vie  surnaturelle  expliquées,  par  le  R.  P.  A.  Devine   ;  trad.  de 
l'anglais  par  l'abbé  C.  Maillet  (in-8,  Avignon,  Ai  banel).  —  Vade-Mecum  des 
prédicateurs,   par  deux   Mi.ssionnaires   (in- 18,    Téqui).  —    Les  Sacrements, 
conférences  aux  étudiants,  par  L.  Boucard  (in-16,  Beauchesne).  ■ —  Discours 
eucharistiques,  2^  série  (in-18,   Lethielltux).  —  Leçons  et  lectures  d^apolo- 
gétique.  La   Vraie  Beligion,  par  E.  Roupain  (in-8,  Tournai  et  Paris,  Gas- 
terman).  —  En  Lui  !  portrait  de  Vâme  dévouée  au  Sacré-Cœur,  par  F.  Ani- 
zan  (in-12,  Lethielleux).  ■ —  L'Autre  Vie,  par  L'gt'  E.  Méric  (2  vol.  in-18, 
Téqui >.  ■ —  L'Esprit  de  sainte  Claire,  par  le  R.  P.  Exupère  (in-12,  Paris  et 
Tournai,  Gasterman).  • —  Pages  de  Lourdes,  par  A.  Mailles  (in-12,  Paris 
et  Tournai,  Gesterman).  —  Traité  de  droit  civil  comparé,  par  E.  Roguin. 
Les  Successions.  III.  La  Succession  testamentaire    (in-8.  Librairie  générale 
de  droit  et  de  jurisprudence).  • —  Traité  de  droit   maritime,  par  D.  Danjon. 
T.  II  (in-8,  Librairie  générale  de  droit  et    de  jurisprudence).  —  Études  de 
philosophie   ancienne    et   de   philosophie     moderne,    par   V.   Brochard   (in-8, 
Alcan).  —  L'Action  criminelle,  étude  de  philosophie  pratique,    par  H.  Urtin 
(in-8,  Alcan).  —  Aile  jonti  délia  vita  prolcgomeni  di  scienza  e  d'arte  per  una 
filosofia  dclla  natura,  da  D""  W.  Mackenzie  (gr.    in-8,  Genova,  Formiggini). 
—  Le  Sejis  et  la  valeur  de  la  vie,  par  R.  Euchen;  trad.    par  M.-A.  HuUet  et 
A.  Leicht  (in-16,  Alcan).  — Morale  et  moralité,  essai  sur   l'intuition  morale, 
par  P.  Sellier  (in-16,  Alcan).  —  La  Morale   par  l'État,  par  A.  Marceron 
(in-8,  Alcan).  —  Pour  former  le  caractère,  par  F.-W.  Fœrster;  trad.  par 
C.  Thirion  et  M.  Paris  (in-18,  Fischbacher).  —  L' Internationalisme  scien- 
tifique {sciences  pures  et  lettres),  par  P.  H.  Eijkman    (in-8,  La  Haye,  Van 
Stockum).  —  La  Passivité  économique.   Premiers  Principes  d'une  théorie 
sociologique   de   la  population   économiquement   passive,    par   M.-A.    d'Am- 
brosio  (in-8,  Giard  et  Brière).  —  La  Hiérarchie  des  principes  et  des  pro- 
blèmes sociaux,  par  F.  Roussel-Despierres  (in-8,  Alcan).  —  L'Œuvre  so- 
ciale de  la  III^  Bépublique,  pa^  Godart,   Astier,   Groussier,  Breton,   F. 
Buisson,  Bonnevay,  Borrel,  Aubriot,  Lemire  (in-8,  Giard).  —   Les  Grèves 


—  191  — 

et  leur  réglementation,  par  F.  Latour  (in- 12,  Édition  du  «  Bulletin  de  la 
semaine  »). — La  Révolution  sociale,  par  K.  Kautsky  (in-16,  Marcel  Rivière). 
■ — ■  Le  Médecin,  son  rôle  dans  la  famille  et  la  société,  par  le  D''  J.  Vincent 
(in-16  carré,  Beauchcsne).  —  V Architecture  religieuse  en  France  à  Vépoque 
romane,  par  R.  de  Lasteyrie  (gr.  in-8,  A.  Picard  et  fils). — La  Société  du 
xvni<^  siècle  et  ses  peintres,  par  L.  Vaillat  (petit  in-8,  Perrin).  ■ —  Le  Lan- 
gage musical,  étude  médico-psychologique,  par  E.  Dupré  et  M.  Natham  (in-8, 
Alcan).  —  Histoire  de  la  langue  musicale,  par  M.  Emmanuel  (2  vol.  gr. 
in-8,  Laurens).  — ■  Introduction  à  la  vie  tnusicale,  par  P.  Lacome  (in-18, 
D(lagrave).  —  Notes  brèves,  par  C.  Bellaigue  (in-18,  Delagrave).  —  W.A.- 
Mozart, sa  vie  musicale  et  son  œuvre,  de  l'enfance  à  la  pleine  maturité,  par 
T.  de  Wyzewa  et  G.  de  Saint-Foix  (2  vol.  in-8,  Perrin).  ■ —  Georges  Bizet 
et  son  œuvre,  par  C.  Pigot  (in-18,  Delagrave).  —  Linguae  hebraicae  gram- 
maticae  institutio  quam  in  usum  discipulorum  suorum,  scripsit  P.  F.  Va- 
lante (in-8,  S.  Juliani  ad.  Veronam,  typ.  Camilliana).  —  En  Montagne 
bourbonnaise.  Mœurs  et  coutumes,  superstitions  et  sorciers,  parle  D''  Bris- 
s(in  (in-16,  Roanne,  imp.  Souchier). —  Œuvres  de  Auguste  Brizeux^  nou- 
velle éd.  revue,  corrigée  et  augmentée,  précédée  d'une  notice  biographique 
sur  l'auteur  et  suivie  de  notes  par  A.  Dorchain  (3  vol.  in-18,  Garnier).  — 
Le  Front  voilé,  par  M.  L.  Dromart  (in-16,  Jouve).  —  Sous  les  pins,  par  M. 
Desbruyères  (in-16,  Jouve).  ■ —  Le  Poème  du  silence,  par  la  comtesse  J. 
d'Avancourt  (in-16,  Jouve).  —  La  Pluie  au  printemps,  par  Albert- Jean 
(in-16,  Crès).  ■ —  Laudes,  poèmes,  par  C.  de  Saint-Cyr  (in-18,  Rivière).  — • 
Le  Théâtre d^ Ibsen,  par  W.  Berteval  (in-16,  Perrin).  — Les  Courtagré,  Tpax 
P.  Gourdon  (in-18,  Calmann-Lévy).  —  La  Neige  sur  les  pas,  par  H.  Bor- 
deaux (in-16,  Plon-Nourrit).  —  Sœur  Anne,  par  O.  Aubry  (in-16,  Plon- 
Nourrit).  ■ —  Un  Prêtre,  par  L.  Cathlin  (in-18,  Grasset).  —  Raffles,  cambrio- 
leur pour  le  bon  motif,  par  E.-W.  Hornimg;  trad.  par  H.  Evie  (in-16.  Ha- 
chette). —  Sans  lumière,  par  J.  Pravieux  (in-12,  Lethielleux).  —  La 
Métairie  de  Las  Ramadas,  parla  comtesse  de  Massacré  (tetitin-8  carré, 
Gaillard).  —  Un  Poète  protecteur  des  lettres  au  xvii^  siècle.  Jean  Chape- 
lain (1595-1674),  étude  historique  et  littéraire  d'après  des  documents  iné- 
dits, par  G.  Collas  (in-8,  Perrin).  —  Voiture  et  les  années  de  gloire  de  T hôtel 
de  Rambouillet,  1635-1648,  par  E.  Magne  (in-18.  Mercure  de  France).  — 
Nouvelles  Etudes  sur  Chateaubriand,  essais  d'histoire  morale  et  littéraire, 
par  V.  Giraud  (in-16.  Hachette).  —  Le  Réalisjne  du  romantisme,  par  G. 
Pellissier  (in-16,  Hachette).  —  Pages  choisies,  par  le  v**^  E.-M.  de  Vogué 
(in-16,  Plon-Nourrit).  —  Louis  Mercier,  par  A.  de  Bersaucourt  (in-16, 
Jouve).  —  Charles  Guérin,  par  A.  de  Bersaucourt  (in-16,  Gaillard).  — 
Voyage  à  l'île  Majorque,  par  J.  Leclercq  (in-16,  Plon-Nourrit).  —  Les 
Epistratèges,  contribution  à  l'étude  des  institutions  de  l'Egypte  gréco-ro- 
maine, par  V.  Martin  (in-8,  Genève,  Georg).  —  Le  Jeune  ur  de  Notre- 
Dame,  par  A.  L'Esprit  (in-8,  Ghampion).  • —  Les  Lettres  de  Jehanne  d'Arc 
et  la  prétendue  abjuration  de  Saint-Ouen,  par  le  comte  C.  de  Maleissye 
(in-16,  Maison  de  la  Bonne- Presse).  —  «  Les  Saints  ».  Saint  Charles  Bor- 
romée  (1538-1584),  par  L.  Gelier  (in-12,  LecofTre,  Gabalda).  —  Une  Héroïne 
de  la  Renaissance  italienne.  Catherine  Sforza  (1465-1509),  par  P.-D.  Paso- 
lini;  texte  français  et  Introduction  de  M.  Hélys  (petit  in-8,  Perrin).  — 
La  Curie  et  les  bénéficiers  consistoriaux,  étude  sur  les  communs  et  menus 
services  (1300-1600),  par  A.  Clergeac  (gr.  in-8;  A.  Picard  et  fils).  —  Le 
Gouvernement  du  maréchal  de  Matignon  en  Guyenne  pendant  les  premières 
années  du  règne  de  Henri  IV,  par  F.  Geslin    (in-8,   Bordeaux,   Mounastre- 


—  192  — 

Picamilh,.  —  Une  Province  sous  Louis  XIV.  L'Administration  des  inten- 
dants d'Orléans  de  1686  à  1713.  Jean  deCreil,  André  Jnbert,  de  Bouville, 
Yves  de  la  Bourdonnaye,pAr  C.  d?  Baaucorps  (iii-8,  Orléans,  Marron).  — 
«  Les  Saints  ».  La  Bienheureuse  Marguerite- Marie  (1647-1690),  par  Mgr 
Demimuid  (in-! 2,  Lecoffre,  Gabalda).  ■ —  La  Mère  Marceline  de  Chamer- 
lat,  S*'  supérieure  générale  de  la  Miséricorde  de  Billom  (1786-1867),  par  J.-B. 
Couderc  (in-8,  Téqui).  —  La  Haute- Auvergne  à  la  fin  de  l'ancien  régime, 
notes  de  géographie  économique,  par  G.  Esquer  (in-8,  Champion).  —  Au 
temps  des  volontaires,  1792.  Lettres  d'un  volontaire  de  1792,  par  G.  Noël 
(in-16,  Plon-Nourrit).  ■ — -  Histoire  de  la  Révolution  dans  les  ports  de  guerre, 
par  O.  Havard.  T.  I.  Toulon  (in-12,  Nomvlle  Librairie  nationale).  —  Les 
Brûlots  anglais  en  rade  de  l'île  d'Aix  (1809),  par  J.  Silvestre  (in-8,  Savaète). 
■ —  Histoire  de  V Angleterre  depuis  1815  jusqu'à  l'avènement  de  Georges  V 
(1910),  par  A.  Regnard  (petit  in-16,  Alcan).  —  Histoire  de  l'Italie  depuis 
1815  jusqu^au  cinquantenaire  de  l'unité  italienne  (1911),  par  F.  Henne- 
guy  (petit  in-16,  Alcan).  — •  Lamennais  et  ses  correspondants  inconnus 
par  A.  Roussel  (in-12,  Téqui).  —  1870.  Sedan,  par  E.  Picard  (2  vol.  in-16, 
Plon-Nourrit).  —  Récits  de  guerre,  par  le  général  Pruneau  (in-18,  Cal- 
mann-Lévy).  —  L' Alsace- Lorraine  de  Bismarck  devant  l'histoire  et  la  diplo- 
matie, par  E.  Bonnal  (in-8,  Savaète).  ■ — ■  Madame  la  duchesse  d'Alençon 
intime,  par  Gouraud  d'Ablanourt  (in-12,  Librairie  des  Saints-Pères).  — ■ 
Une  Ame  bénédictine.  Dom  Pie  de  Hemptinne,  moine  de  l'abbaye  de  Mared- 
sous  (1880-1907),  (in-12,  Lethielleux).  — Les  Manœuvres  impériales  alleman- 
des en  1911,  par  le  colonel  Repington  ;  trad.  de  l'anglais  par  R.  Kann 
(in-8,  Berger- Levrault.)  —  Corne  vive  il  popolo  a  Roma,  saggio  demogra- 
fico  sul  quartiere  Testaccio,  da  D.  Orano  (in-8,  Pescara,  Ci'oce).  —  Combats 
d'hier  et  d'aujourd'hui,  par  le  comte  A  de  Mun.  3«  série,  1908  (petit 
in-8,  Lethielleux).  —  Études  de  critique  et  d'histoire  religieuse,  par  E.  Va- 
candard  (in-12,  Lecoffre,  Gabalda).  —  Ames  d'aujourd'hui.  Essais  sur 
Vidée  religieuse  dans  la  littérature  contemporaine,  par  F.  Vincent  (petit 
in-8,  Beauchesne).  —  En  feuilletant  de  vieux  papiers,  par  E.  Welvert  (in-18, 
Calmann-Lévy).  —  Les  Livres  qui  s'imposent.  Vie  chrétienne,  vie  sociale, 
vie  civique,  par  F.  Duval  (in-8,  Beauchesne).  — ^  Bibliographie  napoUon- 
nienne  française,  par  G.  Davois.  T.  III  (in-8,  l'Édition  bibliographique), 
—  Catalogue  des  incunables  de  la  Bibliothèque  publique  d'Aututi,  par  C. 
Boëll  et  A.  Gillot  (in-8,  Autun,  imp.  Dejussieu  et  Demasy).      Visenot. 


Le  Gérant  :  CHAPUIS. 


Imprimerie  polyglotte  !•>.  Simon,    Rennes— Paris. 


POLYBIBLION 

REVUE  BIRLIOGRAPIIIQUE  UNIVERSELLE 


PUBLICATIONS   RÉGENTES  SUR  L'ÉCRITURE  SAINTE 
ET  LA  LITTÉRATURE  ORIENTALE 

1.  Rudim?nta  linguae  hehraicae  scholis  publicis  et  àoineslicae  discipli.nae  brevissime 
accomodata  Fcripserunt  D''  C.-H.  Vosen  et  D'  F.  Kaulen.  Nova  editio  quam 
recognovit  et  auxit  pro^  J.Schumacher.  Friburgi  Brisgoviae,  Herder,  1911,  in- 
8  de  xî-171  p.,  3  fr.  10.  —  "'.  Grammaire  du  grec  du  Nouveau  Testament,  paP 
A.-T.  Robertson;  trad.  sur  la  20  édition  par  E.  Montet.  Pari«,  Geutluier,  !911, 
in-8  de  xvi-298  p.,  7  fr.  50.  —  3.  Les  Mœurs  des  Israélites,  par  Fleury.  Extraits 
précédés  d'une  notice  par  Albert  Chérel  (Collection  Science  et  Religion).  Paris 
iiloud,  1912,  in-16  de  6i  p.,  0  fr.  60.  — -  4  Bible  et  Science.  Terre  et  Ciel,  par  Gh. 
DE  KiRWAN  (Collection  Science  et  Religion).  Paris,  Bloud,  1911,  in-12  de  64  p., 
0  fr.  60.  —  5.  Der  Kanon  des  Allen  Testaments  zur  Zeit  des  Ben-Sira.  Auf.  Grund 
der  Beziehungen  des  Sirabuches  zu  den  Schriften  des  A.  T.  dargestellt  von  D''  A. 
Eberiiarïhr  ( Alttestamenlliche  Abhandlungen,t.  ÏII,  fasc.  3).  Mlinster  iiu  V\'est- 
phalien,  Aschendori'f,  1911,  in-8  de  n-77  p.,  2  fr.  60.  —  6.  É'udes  bibliques.  De 
l'authenticité  des  livres  d'Esther  et  de  Judith,  par  le  vicomte  E,  de  Marsay. 
Paris,  Geuthner,  1911,  in-8  de  41  p.,  1  fr.  60.  —  7.  Bellarmin  et  la  Bible  sixto-clé- 
inentine.  Étude  et  documents  inédits,  par  le  R.  P.  Xavier-Marie  Lé  Ëachelet. 
Paris,  Beauchesne,  1911,  in-8  de  yi-210  p.,  5~  l'r.  50.  — ■  8.  NcVum  Tcstamentum 
latine  secundum  editionem  sancti  H ieronijmi  ad  codiciini  nianuscriptoruin  idenï 
recensueriint  J.  Wordsworth  et  H.-J.  Whit.e.  ''^ditio  nainor  curante  H.  J.  WhiTe^ 
Oxonii,  typ.  Clarendoniaao,  1911,  in-16  de  xx-620  p.  — •  9.  Die  Altsyrisrhen  Evan. 
gelien  in  ihrem  Verhà'tnis  zu  Talians  Diatessaron  untersucht  von  Di".  H.-J.  Vo- 
GELS  (Biblisrhe  Studien,  t.  XVI,  fa,so.  5).  Fi'eiburg  im  Breisgan,  Herder,  1911, 
in-8  de  xi-158  p.,  6  fr.  25. — 10.  £es  ^am^s^tangiVe-;.  Traduction  nouvelle  d'après 
la  Vulgate,  précédée  d'une  Introduction  historique  et  accompagnée  de  nombreuses 
notes  explicatives  avec  cartes  et  plans,  par  J.-B.  Chabot.  Tours,  Mame,  s.  d. 
(1911),  in-12  de  x-98-480  p.  — ■  11.  Les  Étapes  du  rationalisme  dans  ses  attaquer 
contre  les  Évangiles  et  la  vie  de  Notre- Seigneur  Jésus-Christ,  exposition  historique  et 
critique,  par  L.-Cl.  Fill'on.  Paris,  Lethielleux,  s.  d.  (1911),  in-8  de  vi-364  p.^ 
3  fr.  50.  —  12.  Jésus-Christ  et  l'étude  comparée  des  religions.  Conférences  données 
aux  Facultés  catholiques  de  Lyon  par  Albert  Valexsin.  Paris,  Lecoffre,  Gabalda, 
1912,  in-12  de  ii-232  p.,  3  fr.  — ■  13.  Die  Niederfahrt  Christi  in  die  Unterwelt. 
EinBeitragzur  Exégèse  des  Neuen  Testamentes  und  zur  Geschichte  desTaufsym- 
hols  von  D''  Karl  Gschvvind  ( Neutestamentliche  Abhandlungen,  t.  I.,  fasc.  3-5). 
Munster  im  Westphalien,  Aschendorff,  191.1,  in-8  de  xvi-255  p.,  8  fr,  50.  — • 
14.  Catalogue  des  cylindres  orientaux  de  la  collection  Louis  Cugnin,  par  Léon 
Legrain.  Paris,  champion,  1911,  in-4  de  n-54  p.,  avec  6  planches,  10  fr. 

1.  —  L'explication  scientifique  de  l'Écriture  exige  la  connaissance 
des  langues  sacrées.  Cette  connaissance  nécessaire  exige  elle-même 
des  instruments  d'étude  :  grammaires,  dictionnaires  et  éditions  des 
textes  originaux.  Nous  annonçons  aujourd'hui  deux  grammaires  : 
une  grammaire  élémentaire  de  la  langue  hébraïque,  une  autre, plus 
savante,  du  grec  néo-testamentaire.  Les  Riidimenta  linguae  hebraicae 
du  D^  Vosen  ont  fait  leurs  preuves.  Composés  depuis  cinquante  ans, 
ils  ont  été  améliorés  d'édition  en  édition.  Les  améliorations  ont  été 
introduites  par  le  Dr.  Kaulen,  à  partir  de  la  sixième  édition.  La  neu- 
Mars  1912.  T.  GXXIV.  13. 


—  194  — 

"A-ièmc  vient  d'ÎUo  pn'pan'o  par  le  proiesseur  Sohi  mâcher,  de  Cologne.- 
11  a  conservé  à  l'ouvrage  sa  disposilitn  et  sa  mitht  de  et  il  n'y  a  ap- 
porté que  des  modifications  de-détail.  .Apits  de  ceints  piclégcmcnes 
sur  les  langues  sémitiques  en  général  et  la  lûrigi:e  hdjiaïqi.e  en  paiti- 
culier,  vient  un  premier  livie,  la  gun  niaiie  pi(  pi(nient  dite,  divisée 
en  trois  parties  :  les  éléments  de  la  langue  (écriture,  sors  et  syllabes), 
les  formes  des  mots  (ici,  le  nouvel  éditeur  a  placé  les  pronoms  avant 
les  verbes  tant  réguliers  qu'irréguliers,  le  nom  et  les  particules),  la 
syntaxe  des  noms,  des  verbes  et  des  particules.  Les  notions  et  les  rè- 
gles données  sont  simples  et  claires.  On  est  surpris  de  l'emploi  de 
quelques  caractères  grecs  au  milieu  des  caractères  romains  pour  la 
transcription  des  consonnes  hébraïques.  Le  second  livre,  entière- 
ment consacré  à  l'étude  pratique,  est  foit  bien  conçu.  Après  les  para- 
digmes ordinaires,  au  nombre  de  treize,  que  les  élèves  doivent  ap- 
prendre par  cœur,  on  donr.e  une  série  développée  d'exercices  gradués 
de  lecture,  d'étude  de  mots  et  de  traduction.  Enfin,  on  trouve  une 
liste  de  mots  à  retenir  et  le  lexique  des  termes  qui  se  rencontrent 
dans  les  exercices.  Cette  grammaire  peut  servir  à  l'ttude  personnelle 
de  l'hébreu  aussi  bien  qu'à  la  classe  élémentaire.  Elle  est  bien  im- 
primée, et  d'un  prix  abordable. 

2.  —  La  Grammaire  du  grec  du  Nouveau  Testament  est  la  traduc- 
tion fiançaise,  faite  par  M.  Montet,  sur  la  seconde  édition  de  A  short 
gramma''  of  the  Greek  New  Testament  du  professeur  américain  Ro- 
bfrtson.  11  y  en  a  déjà  des  versions  en  italien  et  en  allemand.  Pour 
bien  apprécier  cet  ouvrage,  il  est  nécessaire  de  connaître  le  but  de 
l'auteur.  Il  n'a  pas  voulu  faire  une  grammaire  élémentaire  à  l'usage 
des  commençants  ni  une  grammaire  développée  et  savante 
à  l'instar  de  celles  de  "Winer,  Blass  et  Moultcn.  La  sicr.ne  est  d'un 
type  intermédiaire  :  brève  sans  être  un  abc'cédaire,  de  caractère  assez 
scientifique  pour  instruire  davantage  les  étudiants  déjà  avancés  des 
séminaires  américains  ou  les  jeunes  pasteurs,  qui  veulent  faire  l'exé- 
gèse grammaticale  du  texte  du  Nouveau  Teste  ment.  Elle  s'adresse 
donc  à  ceux  qui  savent  la  grammaire  grecque  et  mime  les  éléments 
du  grec  néo-testamentaire.  On  n'y  trouvera  par  suite  aucun  paradig- 
me de  déclinaison  ou  de  conjugaison.  C'est  une  initiation  aune  étude 
plus  approfondie  et  plus  positive  de  cette  langue  spéciale,  qui  n'est 
pas  un  grec  de  synagogue,  comme  on  disait  autrefois,  mais  bien  le 
grec  vulgaire  du  i''^  siècle  de  notre  ère,  le  grec  populaire  des  inscrip- 
tions et  des  papyrus  de  l'époque.  Cette  grtmmaiie  ccmpiend  trois 
parties  d'inégale  étendue.  La  première,  qui  est  très  courte,  sert  d'In- 
troduction et  renseigne  sur  les  méthodes  lirguistiques  mrdeines  et 
sur  la  nature  du  grec  néo-testementaiie.  I  a  seconde  partie,  intitulée  : 
Formes,  expose,  en  sept  chaj)itrcs,  leut  ce  qui  ecrcerne  cette  langue 


^  _  195  — 

et  les  particularitts  des  substantifs,  des  adjectifs  et  des  verbes.  La 
troisième  partie,  la  plus  longue,  traite  de  la  syntaxe  en  25  chapitres. 
Tous  ces  chapitres  n'ont  rien  de  ce  q|ii  constitue  .un  traité  ^>ienima- 
tical.  C'est  un  exposé  de  vues  personnelles,  d'observations  multiples, 
d'aperçus  sur  le  développement  de  toutes  les  parties  de  la  langue 
grecque  et  de  comparaisons  avec  les  autres  langues  indo-europcennes. 
Ces  rapprochements, aussi  bien  que  le  développement  historique  de 
la  langue,  font  trop  souvent  perdre  de  vue  le  grec  néo -testamentaire. 
Il  eût  été    plus   intéressant    pour  les'  lecteurs,    qui   ne    savent    pas 
le  sanscrit  auquel  on  nous  reporte  souvent,  de  connaître  les  exemples 
analogues  de  la  langue  des  inscriptions  et  des  papyrus.   Il  y  a 
aussi  des  répétitions  qu'on  aurait  pu  éviter.  Malgré  ces  défauts  de 
méthode,  la  nouvelle  grammaire  sera  utile  aux  élèves  qui  ne  sont  plus 
à  leurs  débuts  dans  l'étude  du  grec;  ils  y  trouveront  nombre  d'obser- 
vations judicieuses,  beaucoup  d'exemples  que  l'index  final  des  passa- 
ges du  Nouveau  Testament  permettra  de  retrouver  facilement.  Le 
traducteur  français  a  serré  le  texte  anglais  d'aussi  près  que  possible 
et  il  a  employé  des  néologismes,  que  tout  le  monde  comprendra  à  la 
lecture.  11  a  aussi  ajouté  quelques  notes  pour  faire  ressortir  les  res- 
semblances du  grec  néo-testamentaire  avec  la  langue  Ijébraïque.      1 
3.  —  M.  Albert  Chérel  a  découvert  l'originalité  de  la  conception 
moderne  de  l'histoire  dans  les  Mœurs  des  Israélites  que  Claude  Fleury 
publia  en  1682.  Au  lieu  de  traiter  des  faits,  Fleury  a  décrit  les  mœurs  ; 
il  voit  dans  les  Juifs  non  des  ancêtres,  mais  des  étrangers;  il  aime 
les  anciens,  Juifs,  Grecs  et  Romains,  sans  les  admirer  en  tout  ni  les 
déprécier;  il  explique  leurs  mérites  et  leurs  imperfections;  il  les  juge 
non  d'après  les  idées  du  xvii^  siècle,  mais  d'après  leur  milieu  et  leur 
temps.  Il  s'occupe  des  costumes  et  des  meubles  autant  que  des  mœurs. 
Il  relève  la  simplicité    des    mœurs    pastorales    des    Israélites  qu'il 
oppose  maintes  fois  aux  mœurs  et  aux  préjugés  sociaux  de  son  épo- 
que. Comme  sa  satire  est  sociale  et  non  politique  ou  personnelle, 
comme  il  ne  fait  pas  de  portraits,  comme  il  ne  pose  pas  de  modèles, 
comme    il    manque    d'imagination,     son    livre   n'a    pas  fait    scan- 
dale.  Selon  M.   Chérel,   il  marque    une  date    importante  dans   la 
conception  de  l'histoire  et  il  donne,  en  somme,  de  la  personnalité  de 
Fleury,  une  idée  assez  avantageuse.  C'est  pourquoi  M.  Chérel  en  a 
publié  d'assez  larges  extraits  dans  une  brochure  de  la  collection 
Science  et  Religion.  L'éditeur  pense  même  que  le  livre  de  Fleury 
peut  «  conserver  quelque  éclat  »  de  notre  temps.  Si  Fleury  a  fait 
faire  un  progrès  aux  études  historiques,  il  est  bien  dépassé.  Ses  com- 
paraisons constantes  des  Israélites  avec  les  Grecs  et  les  Romains  sont 
démodées.   Pour  connaître  les  mœurs  des  anciens  Israélites,  nous 
étudions  maintenant  les  mœurs  des  Arabes,  des  Bédouins  de  nos 


—  190  — . 

jours,  l.a  brochure  de  M.  Chérel,  si  elle  est  une  révélation  pour  le 
point  de  départ  de  cette  conception  historique,  ne  peut  servir  à  nos 
•contemporains  que  par  contraste;  elle  fera  ressortir  nos  progrès 
dans  1  étude  de  la  société  israélite. 

4.  —  La  brochure  de  M.  de  Kirwan,  qui  fait  partie  de  la  même 

collection,  traite  deux  questions  qu'indique  le  titre  complet  :  Bible 

et  Science.   Terre  et  Ciel.  La  première  concerne  le  prétendu  conflit 

entre  les  sciences  de  la  nature  et  les  textes  sacrés.  L'auteur  rappelle 

que  ce  conflit  est  d'origine  récente;  il  expose  les  premiers  essais  de 

conciliation,    qui    ont    été   remplacés  par  le  concordisme,    lequel  a 

eu  grande  vogue  pendant  un  certain  temps.  11  mentionne  ensuite  le 

véritable  principe  de  solution  qui  a  été  officiellement  reconnu  par 

Léon  XIII  dans  l'encyclique  Providentissiinus  Deus  et  qui  consiste  à 

distinguer  les  buts  si  différents  de  la  Bible  et  de  la  science.  Mais, 

au  lieu  d'en  faire  la  stricte  application  avec  beaucoup  dexégètes 

récents,  qui  sont  revenus  à  l'interprétation  littérale  des  jours  de  24 

heures  dans  le  chapitre  I^^  de  la  Genèse,  et  de  s'arrêter  à  la  théorie 

des  «  emprunts  scientifiques  »  ou  du  langage  populaire  conforme  aux 

apparences,  il  y  greffe  un  concordisme  accessoire  et  hypothétique, 

qui  n'est  qu'un  retour  déguisé  à  l'ancien  concordisme.  M.  de  Kirwan 

n'a  pas  oublié  les  vues  anciennes  de  Jean  d'Estienne.  La  seconde 

question,  relative  à  l'anthropocentrisme,  est  mieux  traitée.  L'auteur 

montre  très  bien  que,  malgré  la  pluralité  des  mondes  ultra- solaires, 

dont  on  ne  peut  dire  avec  certitude  qu'aucun  soit  habité,  l'homme, 

qui  a  été  le  but  de  la  création,  reste  moralement  le  centre  du  monde. 

S'il  opère  timidement  au  sujet  de  l'existence  d'hommes  étrangers  à 

notre  race,  mais  sauvés  par  les  mérites  infinis  de  Jésus-Christ,  il  a 

tort  d"appuyer  son  hypothèse  sur  des  textes  bibliques.  Ceux  qu'il 

cite  sont  ou  bien  de  brillantes  métaphores  qui  prédisent  le  règne 

messianique,  ou  bien  des  prophéties  sur  la  fin  du  monde  actuel  et  le 

sort  futur  des  élus. 

5.  —  L'étude  de  M.  Eberharter,  intitulée  :  Der  Kanon  des  Alten 
Testaments  zur  Zeit  des  Ben  Sira,  comprend  trois  chapitres  d'inégale 
étendue  et  d'inégale  valeur.  Le  premier,  de  trois  pages  et  demie 
seulement,  réunit  les  données  bibliques  sur  le  recueil  des  livres 
inspirés.  L'auteur  en  conclut  que  le  canon  des  protocanoniques  de 
l'Ancien  Testament  était  clos  à  l'époque  d'Esdras  et  de  Néhémie.  Il  a 
donné  trop  d'autorité  au  passage  du  deuxième  livre  des  Machabées, 
II,  13,  et  il  l'a  expliqué  avec  une  précision  qu'il  n'a  pas.  Sa  conclu- 
sion n'est  pas  prouvée;  mais  ce  n'est  vraiment  qu'une  Introduction, 
qui  ne  peut  nuire  à  son  travail  personnel.  Celui-ci  est  principalement 
dans  le  chapitre  II,  où  M.  Eberharter  étudie  en  détail  les  relations 
de  l'Ecclésiastique  avec  les  autres^  livres  de  l'Ancien  Testament.  Sur 


—  107  — 

le  Pentateuque,  les  prophètes  antrricuis  et  pcfctnitiis,  les  higio- 
graphes  et  les  deutéroca:ioniques,  il  a  réuni  une  triple  série  de  passages- 
de  l'Eccksiastique,  d'après  le  texte  hébreu  récemment  retrouvé, 
qui  sont  ou  bien  des  allusions,  ou  bien  des  citations,  ou  bien  des  com- 
binaisons de  différents  passages.  Une  attention  spéciale  a  été  donnée 
aux  ressemblances  de  l'Ecclésiaste  et  de  l'Ecclésiastique  en  vue 
d'établir  lequel  des  deux  livres  est  le  plus  ancien.  L'auteur  a  discuté 
les  arguments  pour  lesquels  M.  Peters  avait  admis  l'antériorité  de 
l'Ecclésiastique  et  il  a  conclu  avec  raison,  semble-t-il,  à  sa  posté- 
riorité. Les  résultats  définitifs  paraissent  certains.  Ben-Sira  s'est 
servi  de  la  plupart  des  livres  protocanoniques  de  l'Ancien  Testament 
et  il  ne  reste  de  doute  que  pour  le  Cantique,  Esther  et  Daniel.  Il  n'y 
a  aucun  indice  de  l'emploi  de  Ruth.  Quant  aux  deutérocanoniques^ 
il  aurait  eu  sous  les  yeux  Tobie  et  le  livre  de  la  Sagesse,  peut-être 
aussi  Baruch.  Dans  le  chapitre  III,  l'auteur  se  demande  si  tous  ces^ 
livres  étaient  considérés  par  Bcn-Sira  comme  des  livres  canoni- 
ques et  il  répond  affirmativement.  Il  cherche  même  à  montrer  que 
le  sacerdoce  juif  avait  l'autorité  nécessaire  pour  établir  la  canonicité 
des  livres  inspirés.  Il  prouve  surabondamment  (ce  que  personne  ne 
nie)  que  les  prêtres  juifs  avaient  la  charge  d'enseigner  la  Loi  au 
peuple.  Mais  c'est  par  un  abus  visible  du  raisonnement  et  sans  pouvoir 
en  fournir  aucune  preuve  directe  que,  selon  lui,  la  Loi  doit  s'entendre 
detousles  livres  de  l'Ancien  Testament.  Il  n'en  fournit  que  des  raisons. 
de  convenance,  celle-ci  entre  autres  :  Dieu  ne  pouvait  laisser  le  cha- 
risme de  l'inspiration  privé  de  tout  organe  de  constatation.  Je  le 
concéderai,  mais  avec  le  Père  Knabenbauer,  dont  le  sentiment  n'est 
pas  mentionné,  je  dirai  que  cet  organe  de  constatation  était,  non  pas 
le  sacerdoce  juif,  mais  l'autorité  d'un  prophète.  Il  n'y  a  pas  de  Biblio- 
graphie, et  des  Français,  qui  ont  écrit  sur  le  canon  biblique,  l'abbé 
Trochon  est  seul  cité. 

6.  • —  M.  le  vicomte  de  Marsay  a  écrit  quelques  pages  sur  V Authen- 
ticité des  livres  d' Esther  et  de  Judith.  Il  s'occupe  surtout  du  premier; 
il  n'est  question  du  second  que  dans  une  sorte  d'appendice.  Au  sujet 
d'Esther,  il  résout  d'abord  les  principales  difficultés  contre  l'his- 
toricité par  la  différence  des  textes  qui  nous  sont  parvenus  avec  des, 
remaniements,  et  il  reconnaît  que  la  conspiration  des  eunuques 
Tharès  et  Bighta  est  le  nœud  du  drame.  Sur  cette  base,  il  reconstitue 
ce  drame  de  harem.  Il  ne  recherche  que  la  probabilité,  la  logique 
et  l'intérêt,  c'est  dire  qu'il  l'arrange  à  sa  façon.  Il  explique  le  ncm  de 
la  fête  des  Purim  par  un  mot  persan,  qui  signifie  firman;  c'est  la  fête 
du  firman  d'Assuérus,  obtenu  par  Esther.  Enfin,  il  justifie  son  senti- 
ment par  des  raisons  historiques,  qui  me  paraissent  justes,  et  philo- 
logiques, dont  je  ne  puis  apprécier  la  valeur,  vu  mon  ignorance  du 


^  ^  -  1118  - 

persan.  A  propos  do  Jiulitli,  on  nous  apprenti  qu'Holopherne  était 
un  Mèdo,  que  les  faits  se  seraient  passés  à  l'époque  des  Juges  d'Is- 
raël, à  laquelle  nous  ramèneraient  les  détails  historiques  et  géogra- 
phiques du  livre.  Ces  conclusions  sont  bien  différentes  de  celles  qui 
ont  cours.  La  campagne  d'Holopherne  est  présentée  comme  «  une 
sorte  de  raid  effectué  par  un  chef  de  partisans.  »  De  nombreuses  fautes 
d'impression  déparent  cette  brochure. 

7.  —  Chacun  sait  la  part  considérable  que  Bellarmin  a  eue  à  la 
revision  sixto-clémentine  de  la  Vulgate  latine.  Son  attitude  à  l'é- 
gard de  l'édition  de  Sixte-Quint  a  retardé  deux  fois  le  procès  d'  sa 
béatification.  Le  Père  Le  Bachelet  a  découvert  des  documents  nou- 
veaux :  lettres,  dissertations,  recueils  de  variantes,  qui  projettent 
quelque  lumière  sur  l'histoire  de  notre  Bible  officielle.  Il  les  a  pu- 
bliés au  nombre  de  vingt-cinq  :  Bellarmin  et  la  Bible  sixto-clémentine. 
II  les  a  fait  précéder  d'une  étude  en  quatre  chapitres,  qui  les  com- 
mente en  les  replaçant  dans  leur  milieu  et  eh  les  harmonisant  avec 
les  documents  déjà  connus.  Après  la  Bibliographie,  l'Introduction 
nous  apprend  les  antécédents  de  Bellarmin  et  la  pensée  du  professeur 
de  Louvain  et  de  Rome  sur  la  Vulgate.  Le  chapitre  I^^'  traite  de  la 
Dissertation  sur  la  Vulgate,  ébauchée  en  1586,  achevée  en  1591  et 
publiée  seulement  en  1749;  il  analyse  son  contenu,  parle  de  la  con- 
troverse sur  son  authenticité,  prouve  cette  authenticité  et  détermine 
l'époque  de  sa  composition.  Dans  le  chapitre  II,  on  voit  les  travaux 
de  Bellarmin  dans  la  congrégation  grégorio-clémentine  en  1591  et 
1592,  sa  critique  de  la  Bible  sixtine,  ses  avis  sur  la  correction  à 
en  faire  et  sa  rédaction  de  la  pré  face  mi  se  en  tête  de  la  Bible  clémentine. 
Le  chapitre  III  raconte  les  faits  qui  suivirent  la  publication  de  cette 
Bible,  1592-1621  :  le  rachat  des  bibles  de  Sixte-Quint,  un  propos  de 
Bellarmin  sur  ces  bibles  et  l'infaillibilité  pontificale,  le  sentiment 
du  même  cardinal  sur  la  bulle  /Eternus  ille,  sur  la  préface  de  la  Bible 
clémentine  et  son  autorité,  enfin  sur  la  valeur  de  cette  édition.  Le 
chapitre  IV  contient  l'apologie  du  cardinal  jésuite  et  répond  aux 
trois  attaques  portées  contre  lui  à  l'occasion  de  la  Bible  sixto-clé- 
mentine :  10  Quel  genre  d'erreurs  prête-t-il  à  Sixte-Quint?  2°  La 
bulle  /FAernus  ille  a-t-elle  été  promulguée?  3°  Sixte-Quint  conçut-il 
le  dessein  de  remettre  sa  Bible  sur  le  métier?  Bien  que  le  P.  Le 
Bachelet  apporte  des  détails  nouveaux,  il  n'a  pas  réussi  à  disculper 
entièrement  Bellarmin  des  deux  dernières  accusations.  Peu  après  la 
publication  de  son  livre,  paraissait  en  Allemagne  un  ouvrage  dans 
lequel  Mgr  Baumgarten  soutient  que  Sixte-Quint  tenait  son  œuvre 
comme  définitive  et  que  la  bulle,  qui  l'autorisait,  a  été  promulguée 
dans  les  formes.  Prétendre  que  la  souscription  des  cursores  n'a  été 
qu'une  anticipation  serait,  selon  lui,  une  altération  d'un  écrit  apos- 


—  199  — 

tolique  qui  tomberait  sous  le.  coup  de  rexcomraunication.  Le  P.  Le- 
Bachelet  n'a  pas  répondu  aux  arguments  de  Mgr  Baumgarten,  qu'il 
ne  connaissait  que  partiellement,  et  son  apologie  de  Bellarmin  n'est 
pas  décisive.  Toutefois  il  a  apporté  beaucoup  de  pièces  inédites  et  il 
a  éclairci  plusieurs  points  de  cette  histoire,  qui  jusqu'ici  étaient  de- 
meurés obscurs. 

8.  —  Ava2it  que  le  cardinal  Rampolla  n'ait  chargé  l'ordre  bénédic- 
tin de  préparer  les  matériaux  d'une  revision  nouvelle  de  la  même 
Vulgate  latine,  John  Wordsvvorth,  qui  vient  de  mourir  évêque  an- 
glican de  Salisbury,  avait  ojitrepris,   avec  la  collaboration  de  M. 
White,  d'éditer  le  Nouveau  Testament  latin  de  saint  Jérôme  d'après 
les  manuscrits.  Les  deux  éditeurs  ont  déjà  publié  en  grand  format 
et  avec  un  apparat  critique  développé  les  Evangiles  et  les  Actes  des 
apôtres.  L'Épître  aux  Romains  paraîtra  bientôt.  Or,    voici   que  M. 
White  nous  donne  en  petit  format  et  avec  un  choix  de  variantes  le 
texte  'entier   du    Nouveau    Testament   latin,    Noviirn     Testamentum 
latine  secimdiim  edilionem  sancti  Hieronymi.  Le  texte  de  la  grande 
édition  est  reproduit  avec  des  différences  de  disposition  :  il  n'est 
plus  divisé  en  cola  et  cotnniata,  mais  il  est  continu;  les  noms  propres 
commencent  par  une  majuscule;la  séparationdes  mots  est  conforme 
au  codex  Amiatinus;  les  paragraphes  sont  ceux  de  la  version  an- 
glaise révisée  de  1881  ;  l'orthographe  est  régularisée  ;  enfin  lés  fautes 
d'impression    sont   corrigées    (voir,    par   exemple,    Act.,vi,  13,  qui 
dicerent  au  lieu  de  dicentes).    Les  sections  eusébiennes  sont  marquées 
à  la  liv.  -ge  intérieure,  et  les  passages  parallèles  à  la  marge  exté- 
rieure. Les  variantes  sont  placées  au  bas  des  pages,  sous  le  texte. 
Elles  sont  tirées  de  sept  manuscrits  pour  tout  le  Nouveau  Testa- 
ment et  de  deux  autres  pour  les  Evangiles  et  aussi  des  deux  Bibles 
sixtine  et  clémentine;  elles  indiquent  les  additions,  les  omissions  et 
les   transpop'tions.    Quant   au   texte  lui-même,  il  diffère   de    notre 
Vulgaleacittile  non  seulement  par  l'orthographe  des  noms  propres 
et  d'un  certain  nombre  de  formes  latines,  par  la  division  de  quelques 
adverbes  et  conjonctions,  mais  "aussi  parles  leçons  adoptées.  Les  plus 
importantes  sont  les  omissions.  Elles  portent  sur  des  versets  entiers, 
Matth.,  XXIII,  14;  Joa.,  v,  4:  Act.,viii,  37;  xv,34;  xviii,4;  xxviii,  29; 
I  Joa.,  V,  7  :  rai  sur  quelques  mots  en  particulier,  par  exemple,  in 
somnis,  Matth.,  i,  20;  tuam,  Matth.,  ix,  18;  aiidiendi,  Matth.,  xiii, 
43;  ut,  A(  t.,  in,  20.  Les,  additions  sont  plus  rares  et  ont  moins  d'im- 
portance, par  exemple,  id,  Matth.,  i,  22;  m,  Act.,  xx,  7;  xxi,  8; 
Rom.,  V,   17;  die,  Act.,   xx,   15;  hic,  Act.,  xxv,  24;  bis,   11  Cor., 
xiii,  2.  Les  modifications  ou  les  transpositions  sont  plus  fréquentes, 
par  exemple, erg^o  pour  itaque;  aulem.  pour  ergo;  quia  pour  quod,\  recessit 
pour  secessii;  futura  pour  Ventura;  pane  solo  pour  solo  pane;  démoli- 


-^  200  — 

u?Unr^  pour  exterminant]  aUatum  est  au  lieu  d'attulit,  etc.  Parfois,  la 
coupe  du  verset  est  différente;  ai!nsi  Joa.,  i,  3.  La  phrase  d'ÎIeb., 
X,  2,  est  interrogative.  L'impression  est  très  soignée.  Nous  avons  là 
un  excellent  travail  qui  laissera  peu  à  faire  aux  futurs  rcviseuis  ro- 
mains du  Nouveau  Testament.  En  attendant  l'édition  officielle,  qui 
tardera  beaucoup  encore  vraisemblablement,  les  critiques  catholi- 
ques se  serviront  utilement  de  l'édition  de  Wordsworth  et  de  "V\hite. 
Ces  Messieurs  ont  bien  mérité  de  l'Église  catholique. 

9.  ■ —  Dans  un  précédent  travail,  M.  Vogels  avait  démontré  par  les 
traces  d'harmonistique  qu'il  remarquait  dans  le  codex  Bezae  que  ce 
célèbre  manuscrit  bilingue  avait  subi  dans  les  Évangiles  l'influence 
du  Diatessaron  de  Tatien  sous  une  double  forme  :  le  texte  grec  a 
été  modifié  d'après  le  Diatessaron  grec  et  le  texte  latin  d'après  un 
Diatessaron  latin.  Dans  un  fascicule  des  Biblische  Studien,  il  vient 
de  faire  la  même  démonstration  pour  les  anciennes  versions  syria- 
ques des  Évangiles,  Die  Altsyrischen  Evangelien  in  ihrem  Verhùltnis 
zu  Tatians  Diatessaron.  Une  courte  Introduction  résume  les  opinions 
des  critiques  sur  les  rapports  des  deux  traductions  syriaques  des 
Évangiles  séparés,  la  curetonienne  et  la  sinaïtique  ou  lewi sienne, 
avec  les  quatre  Évangiles  harmonisés  en  un  seul  récit  par  Tatien  dans 
son  Diatessaron  grec  ou  syrien.  M.  Vogels  croit  à  l'antériorité  du 
Diatessaron  que  Tatien  aurait  rédigé  en  grec  et  traduit  peut-être  lui- 
même  en  syriaque.  11  trouve,  en  effet,  dans  les  deux  an- 
ciennes versions  syriaques  des  Évangiles  séparés  des  traces 
de  l'influence  du  Diatessaron,  et  tout  son  travail  consiste  à  les 
relever  et  à  les  grouper.  Il  suit  la  même  marche  que  dans  son 
Harmonistique  du  codex  Bezae,  et  il  constate  dans  la  cureto- 
nienne et  la  sinaïtique  les  mêmes  marques  d'harmonisation  que 
dans  le  manuscrit  bilingue  de  Cambridge.  1°  Les  récits  parallèles  des 
Évangiles  séparés  ont  subi  des  retouches  dans  les  passages  où  ils 
présentaient  des  divergences  réelles.  2°  Leurs  transitions  ont  été 
harmonisées.  3°  Ils  ont  les  mêmes  écarts  relativement  au  texte  grec. 
4°  Ils  offrent  des  variantes  harmonisantes.  Les  preuves  de  ces  quatre 
affirmations  sont  multipliées.  Ainsi  la  quatrième  liste  contient  1605 
passages.  M.  Vogels  tire  de  là  deux  conclusions  importantes  :  1» 
La  vieille  version  syriaque  des  Évangiles  est  postérieure  au  Diates- 
saron de  Tatien,  dont  elle  a  subi  l'iniluence.  2°  La  version  sinaï- 
tique est  postérieure  à  la  curetonienne,  car  cette  dernière  a  plus  de 
tatianismes  que  la  sinaïtique.  Ces  deux  textes  ne  sont  pas  toutefois 
deux  traductions  indépendantes;  ils  sont  plutôt  deux  recensions 
d'une  même  version  faites  dans  des  milieux  différents,  selon  des 
principes  différents  et  sans  influence  de  l'une  sur  l'autre.  La-  Pes- 
chito,  qui  est  une  revision,  faite  au  iv^  siècle,  de  l'ancienne  version 


—  201  — 

syriaque,  en  a  fait  disparaître  la  plus  grande  partie  des  leçons  har- 
monistiques,  a  supprimé  les  additions  et  suppléé  les  omissions  d'après 
le  texte  grec.  L'ancienne  version  syriaque  des  Évangiles  est  donc 
apparentée  au  Codex  Bezae,  quoiqu'elle  ait  subi  l'influence  du  Dia- 
tessaron  syriaque  plus  profondément  que  le  texte  grec  de  ce  manus- 
crit n'a  subi  celle  du  Diatessaron  grec. 

10.  —  De  la  fin  du  ii'^  siècle  nous  passons  au  xx®  avec  une  nouvelle 
version  française  des  Saints Éi>angiles, ïsiite  parM. l'abbé  J.-B. Chabot. 
Elle  est  précédée  d'une  Introduction  historique  et  accompagnée  de 
nombreuses  notes  explicatives  avec  cartes  et  plans.  L'Introduction 
fournit  auxjecteurs  des  notions  historiques,  géographiques  et  archéo- 
logiques, nécessaires  à  l'intelligence  du  texte  évangélique.  L'auteur  a 
résumé  brièvement  l'enseignement  actuel  des  commentateurs  catho- 
liques Sur  l'origine,  le  but,  la  composition,  la  date  et  les  auteurs  des 
Évangiles.  Cet  exposé  succinct  est  généralement  exact  tt  fort  ins- 
tructif. Signalons  cependant  quelques  inexactitudes.  Au  commence- 
menfdu  xviii*^  siècle,  Mill  avait  déjà  relevé  30.000  variantes  du  texte 
grec  du  Nouveau  Testament;  depuis  lors,  on  en  a  constaté  d'autres 
dans  de  nouveaux  ma.oiiscrits.  La  Galilée  n'a  pas  reçu  son  nom  de  la 
présence  de  colons  idolâtres  transportés  de  l'Assyrie  (p.  24).  Son 
nom  signifie  «  cercle  »  et,  si  elle  est  appelée  «  cercle  des  païens  », 
c'est  qu'elle  a  toujours  compté  parmi  ses  habitants  des  Chananéens, 
descendants  des  anciens  maîtres  du  pays.  Le  naziréen  n'était  pas 
seulement  un  enfant  voué  par  ses  parents  au  nazirtat  (p.  40);  c'était 
n'importe  quel  Israélite  à  tous  les  âges  de  la  vie.  11  y  a  (p.  41  et 
107,  note)  confusion  entre  les  phylactères,  bandes  de  parchemin 
attachées  au  front  et  aux  bras  par  des  courroies,  et  la  mezouza, 
morceau  de  parchemin,  placé  dans  un  étui  aux  portes  des  maisons. 
Les  Évangiles  ne  nous  disent  pas  que  Notre-Seigneur  ait  rempli- 
«  plusieurs  fois  »  l'office  de  lecteur  à  la  synagogue  (p.  42)  ;  saint 
Luc  seul  parle  de  deux  lectures.  Si  la  Pâque  durait  sept  jours, 
elle  se  célébrait  du  15  au  21  nisan  et  non  du  14  au  21  (p.  50*); 
le  14  était  seulement  le  jour  des  préparatifs.  Les  coupes,  d'après  la 
Mischna,  n'étaient  pas  distribuées,  mais  chaque  convive  buvait  à 
son  verre.  Quelques  points  de  la  cène  évangélique,  reconstituée  (p. 
52*),  sont  controversés.  Voir  p.  440.  Si  on  compte  les  jours  à  la 
manière  juive,  du  soir  au  soir,  l'eucharistie  a  été  instituée  le  même 
jour  que  Jésus  est  mort.  On  discute  si  ces  deux  faits  ont  eu  lieu  le  14 
ou  le  15  nisan.  Il  est  donc  inexact  de  fixer  l'institution  de  l'eucharistie 
au  14  et  la  crucifixion  au  15  (p.  82*).  L'Introduction  se  termine  par 
un  tableau  chronologique  des  événements,  par  la  liste  des  principaux 
miracles,  paraboles  et  discours  de  Notre-Seigneur,  par  une  table 
alphabétique  des  noms  de  lieux  et  par  la  table  des  Évangiles  des 


—  202  — 

dimanches  et  fêtes  de  l'aiiiue  liturgique.  La  \'ersion  est  une  traduc- 
tion nouvelle,  faite  sur  la  vuli^ate  latine,  saj.s  recours  au  texte  grec, 
même  quand  la  leçon  latine  est  fautive,  la  faute  est  indiquée  seu- 
lement en  note.  Si  la  phrase  exige  quelques  mots  d'explication,  ils 
sont  mis  entre  crochets.  M.  Chabot  a  visé  à  l'exactitude  scrupuleuse» 
et  n'a  apporté  au  texte  aucune  modification.  11  a  fait  une  traduction 
aussi  littéral»'  que  possible,  afin  de  montrer  comment  les  évangélistes 
parlaient  en  grec.  11  n'a  pas  toutefois  méconnu  les  règles  de  la  syn- 
taxe française.  Ce  souci  de  littéralisme  donne  à  sa  traduction  un 
cachet  particulier.  Quelques  formules  différentes  de  celles  de  Sacy, 
auxquelles  nos  oreilles  sont  habituées,  n'étonneront  quje  les  per- 
sonnes qui  sont  plus  attachées  aux  usages  reçus  qu'au  scrupule  de 
la  fidélité  à  la  Vulgate.  L'ancienne  coupe  de  la  phrase  a  été  resti- 
tuée, Joa.,  I,  3,  4.  Les  notes  tendent  aussi  à  mettre  en  évidence 
le  sens  littéral  du  texte.  Elles  contiennent  cependant  parfois  des 
explications  morales  ou  allégoriques,  empruntées  aux  Pères 
de  l'Eglise.  Quelques-unes  répètent  des  détails  qui  ont  été  dbnnés 
déjà  dans  l'Introduction.  Elles  établissent  aussi  la  concordance 
entre  les  récits  parallèles.  L'ouvrage  est  imprimé  sur  un  papier 
solide  et  léger;  il  fait  honneur  aux  presses  de  Marne.  Je  n'ai  remar- 
qué qu'une  seule  faute  d'impression.  La  traduction  nouvelle  des 
Évangiles  destinée  aux  classes  instruites  de  la  société  chrétienn 
est  de  nature  à  faire  aimer  et  goûter  la  saveur  native  de  nos  Évan- 
giles. Nous  la  recommandons  chaudement. 

11.  —  Avec  une  érudition  exceptionnelle  et  au  prix  d'immenses 
lectures,  M.  Fillion  retrace  les  Étapes  du  rationalisme  dans  ses  atta- 
ques contre  les  Évangiles  et  la  vie  de  Notre- Seigneur  Jésus-Christ. 
Elles  sont  au  nombre  de  six  qui  s'échelonnent  depuis  le  milieu  du 
xviii^  siècle  jusqu'à  nos  jours.  Les  quatre  premières  partent  d'un 
nom  célèbre,  de  Reimarus,  de  Paulus,  de  Strauss  et  de  Baur.  Elles 
sont  plus  connues  en  France,  et  M.  Fillion  s'étend  moins  sur  elles. 
Il  se  borne  à  exposer  les  idées  de  leurs  chefs,  à  les  critiquer  et  il 
indique  les  réfutations  qu'on  en  a  faites  aussi  bien  que  les  disciples 
qui  se  sont  groupés  autour  des  premiers  maîtres  des  écoles  rationa- 
liste, naturaliste,  mythique  ou  tendancieuse.  Les  deux  autres  étapes 
embrassent  des  théories  plus  flottantes  et  plus  générales;  M.  Fillion 
les  nomme  l'étape  de  l'éclectisme  et  l'étape  du  syncrétisme  ou  de 
l'évolutionisme.  Le  nom  d'éclectisme  convient  surtout  aux  débuts  de 
cette  cinquième  étape.  La  pleine  floraison  de  l'éclectisme  aurait  pu 
être  mieux  caractérisée  soit  en  elle-même  soit  dans  ses  subdivisions. 
M.  Fillion  a  été,  me  semble-t-il,  mal  dirigé  par  une  phrase  de  Weinel 
(p.  1.35)  et  il  aurait  pu  distinguer  cette  époque  de  la  critique  par  les 
principes  suivis  plutôt  que  par  les  tâches  abordées.  J'y  distinguerais 


—  203  — 

■deux  périodes  :  celle  où  prédomine  la  critique  littéraire  des  sources 
et  celle  où  prédomine  la  critique  historique  des  événements  évangé- 
liques  ou  de  la  vie  de  Notre-Seigneur.  En  outre,  suivant  le  plan  de 
M.  Bousset,  indiqué  à  la  page  300,  j'aurais  fait  rentrer  l'étude  du 
judaïsme  contemporain  du  Sauveur  dans  le  stade  iniiial  de  la  sixième 
étape,  le  syncrétisme,  lorsqu'on  replace  le  christianisme  primitif 
dans  son  milieu  juif.  Enfin,  pour  achever  mes  critiques,  l'ordre  chro- 
nologique n'est  pas  toujours  suivi  dans  ces  deux  dernières  étapes  et 
la  marche  ascendante  de  certaines  théories  n'est  pas  mai  que  e.  Mais 
j'insiste  trop  sur  ces  défauts  de  plan  et  je  semble  perdre  de  vue  la 
masse  énorme  de  renseignements  biographiques,  bibliographiques  et 
critiques,  que  contient  ce  livre  de  mon  ancien  collègue.  Je  ne  saurais 
trop  l'admirer  et  le  louer.  Dans  un  dernier  chapitre,  qui  sert  d'épi- 
logue, M.  Fillion  retrace  avec  la  même  érudition  la  triste  lutte  pour 
l'existence  de  Jésus,  qui  se  poursuit  en  Allemagne  depuis  1909.  La 
conclusion  relève  avec  raison  les  consolations  qu'apporte  à  un  cœur 
chrétien  la  constatation  de  tant  d'efforts  inutiles  contre  les  Évangiles 
et  la  divinité  de  Notre-Seigneur  qui  demeurent  inébranlables  malgré 
les  assauts  réitérés  qu'ils  ont  subis.  Un  Index  alphabétique  permet  de 
retrouver  vite  dans  le  volume  toutes  les  pages  où  il  est  parlé  du 
même  personnage. 

12.  —  Pendant  l'hiver  de  1911,  M.  Albert  Valensin  a  donné,  aux 
Facultés  catholiques  de  Lyon, cinq  conférences  publiées  sous  ce  titre: 
Jésus-Christ  et  l'étude  comparée  des  religions.  La  première  envisage 
une  question  de  méthode  :  comment  se  pose  le  problème  christolo- 
gique  devant  la  science  comparée  des  religions  et  comment  un  catho- 
lique peut  et  doit  l'aborder.  Il  est  résolument  abordé  et  traité  dans 
les  quatre  conférences  suivantes.  La  seconde  place  les  Christs  my- 
thiques, c'est-à-dire  ceux  du  pan-bouddhisme  et  du  pan-babylo- 
nisme,  en  face  du  Christ  de  l'histoire,  dont  l'image  n'a  emprunté 
aucun  trait  ni  à  la  vie  légendaire  de  Bouddha  ni  aux  mythes  baby- 
loniens.'La  troisième  étudie  l'image  du  Christ  devant  le  syncrétisme 
gréco-romain  ;  elle  discute  les  analogies  qu'on  a  prétendu  trouver  • 
dans  la  vie  de  Jésus  avec  le  dieu  persan,  Mithra,  et  elle  exclut  le  Christ 
du  panthéon  romain.  La  quatrième  établit  les  rapports  réels  que 
Jésus,  Messie  d'Israël,  a  eus  avec  les  espérances  justes  ou  vaines  du 
peuple  juif,  et  elle  montre  comment  le  Sauveur  a  réalisé  les  unes  et 
déçu  les  autres.  La  cinquième  nous  présente  Jésus  comme  la  voie, 
la  vérité  et  la  vie,  et  sa  religion  comme-  satisfaisant  toutes  les  aspi- 
rations religieuses  des  âmes  et  comme  surpassant  de  très  haut  toutes 
les  autres  religions.  M.  Valensin  touche,  dans  ces  conférences,  à  beau- 
coup d'idées  répandues  dans  le  public  par  l'étude  comparée  des  reli- 
gions; il  n'a  pas  le  temps  de  les  approfondir;  il  ne  les  met  pas  même 


—  204  — 

toujours  au  point,  notamment  au  sujet  du  syncrc'titmo  gre'co-rtmain, 
où  il  ne  s'occupe  guère  que  du  mithriacisme  et  où  il  ne  dit  pas  un 
mot  du  système  préconisé  par  M.  Reitzenstein.  D'autre  part,  il  a 
donné  à  ses  conférences  une  allure  oratoire  qui  ne  sallie  pas  à  la 
précision  scientifique.  Ce  sont  de  hautes  envolées  et  des  généralités. 
Les  notes  finales  n'ajoutent  pas  grand'chose  au  corps  du  volume.  Les 
tables  facilitent  les  recherches. 

13.  —  Les  Neulestamentliche  Ahhandhut^en  de  M.  Meinertz  viennent 
de  publier  une  longue  monographie  sur  la  descente  de  Jésus  aux 
enfers  :  Die  Niederfahrt  Christi  in  die  U nterwelt .  C'est  la  première 
partie  d'une  thèse  présentée  à  la  Faculté  de  théologie  de  l'Université 
de  Fribourg  (Suisse)  pour  le  doctorat.  L'auteur,  M.  G schwind,  connaît 
aussi  bien  la  littérature  française  que  la  littérature  allemande  du 
sujet:  ce  qui  est  rare  dans  les  livres  qui  nous  viennent  d'Allemagne, 
mais  ce  qui  n'étonne  pas  d'un  élève  de  l'Université  de  Fribourg.  La 
monographie  se  divise  en  trois  sections  d'étendue  très  inégale.  La 
première,  qui  n'occupe  que  treize  pages,  signale  et  critique  l'aspect 
que  prend  la  descente  de  Jésus  aux  enfers  aux  yeux  des  partisans 
de  l'étude  comparée  des  religions.  La  seconde,  qui  compte  cent  trente 
pages,  est  consacrée  à  l'examen  de  deux  passages  de  la  première 
Épître  de  saint  Pierre,  m,  19,  et  iv,  6,  dans  lesquels  quelques 
exégètes  trouvent  l'affirmation  du  fait  de  la  descente  de  Jésus  aux 
enfers.  L'auteur  expose  d'abord  les  diverses  explications  qui  ont  été 
données  jusqu'ici  de  ces  deux  versets;  il  en  montre  ensuite  l'insuf- 
fisance. 11  étudie  en  premier  lieu  le  second  passage,  dont  le  sens  sert 
à  déterminer  la  signification  du  premier.  Les  inteiprétations  variées 
qu'on  en  a  données  montrent  son  cbscurité  et  sa  difficulté.  L'ejpli- 
cation  qui  lui  paraît  la  plus  naturelle  consiste  à  reconnaître  dans  les 
morts,  dont  il  est  parlé  aux  versets  5  et  6,  non  pas  les  défunts,  mais 
les  hommes  morts  au  point  de  vue  spirituel.  C'est  à  ce  sens  qu'il 
ramène  la  formule  du  verset  5  :  juger  les  vivants  et  les  morts,  et 
la  prédication  faite  aux  impies  qu'ils  seront  jugés  d'après  leurs  œu- 
vres charnelles  pour  les  amener  à  vivre  selon  Dieu  spirituellement. 
Il  n'y  est  donc  pas  question  de  la  descente  de  Jésus  aux  enfers.  Le 
premier  passage,  qui  est  plus  difficile  encore,  est  plus  longuement 
traité.  Le  texte  a  d'abord  besoin  d'être  établi  critiquement  avant 
d'être  interprété,  parce  qu'il  a  été  diversement  remanié  dès  la  plus 
haute  antiquité  chrétienne.  Son  authenticité  et  son  intégrité  admises, 
surgissent  des  explications  très  variées.  M.  Gschwind  combat  celles 
qui  y  voient  une  prédication  du  Christ  aux  âmes  des  contemporains 
de  Noé,  soit  qu'elles  aient  eu  avant  leur  mort  le  regret  de  leurs 
fautes,  comme  le  pensait  Bellarmin,  soit  que  le  Christ  les  ait  conver- 
ties dans  les  enfers,  comme  si  la  conversion  après  la  mort  était  pos- 
sible, ou  comme  s'il  s'agissait  des  anges  déchus  et  gardés  en  prison 


-  205  — 

dans  l'enfer.  11  rejette  l'explication  de  saint  Augustin,  qui  croyait  que 
Noé  avait  prêché  à  ses  contemporains  le  Christ  préexistant.  Suit  un 
long  essai  d'explication  nouvelle  du  verset.  La  marche  en  est  enche- 
vêtrée. Je  me  borne  à  en  indiquer  les  résultats.  La  suite  des  idées  est 
celle-ci  :  Il  vaut  mieux  être  bon  et  souffrir  si  Dieu  le  veut,  que  d'être 
mauvais  (verset  17),  et  ce  principe  est  illustré  par  deux  exemples, celui 
du  Christ,  qui  est  mort  pour  nos  péchés  (verset  18),  celui  des  esprits 
mauvais,  gardés  ouréservés  pour  le  jugement  dernier,  à  quile  Christ, 
en  remontant  au  ciel,  a  annoncé  le  jugement  qui  les  attend,  un  juge- 
ment pareil  à  celui  qui  a  frappé  les  hommes  incrédules  au  temps  de 
Noé.  11  n'est  donc  pas  question  non  plus  dans  ce  passage  de  la  descente 
aux  enfers.  Ces  deux  preuves  écartées,  l'auteur,  dans  la  troisième  sec- 
tion, en  cent  pages,  expose  le  fondement,  l'attestation  et  le  sens  pri- 
mitif du  Desccnsiis  Cltristi  ad  inferos.  Le  fait  est  conforme  aux  idées 
juives  sur  la  mort  et  l'enfer  à  l'époque  néo-testamentaire;  c'est  un 
postulat  des  doctrines  juives  sur  le  sort  des  âmes  séparées  après  la 
mort  et  avant  la  résurrection.  Il  est  attesté  dans  le  Nouveau  Testa- 
ment par  le  signe  de  Jonas,  Matth.,  xii,  40,  dans  le  discours  de 
saint  Pierre,  le  jour  de  la  Pentecôte,  Act.,ii,  23-31,  par  les  affirmations 
de  saint  Paul,  Rom.,  x,  6;  Eph.,  iv,  8-10.  La  doctrine  du  Messie 
souffraftt  et  mourant  est  enfin  un  fondement,  secondaire  de  la  des- 
cente du  Christ  aux  enfers.  Quant  à  la  signification  du  fait,  elle  est 
double  :  elle  montre  le  Christ  portant  aux  âmes  détenues  dans  les 
enfers  l'annonce  du  salut  qu'il  leur  a  mérité  par  sa  mort,  et  rempor- 
tant la  victoire  sur  les  puissances  infernales  et  sur  la  mort  elle-même 
par  sa  résurrection.  Deux  tables,  indiquant  l'une  les  passages  bibli- 
ques cités  et  formant  l'autre  le  registre  des  noms  propres,  permettent 
àe  se  retrouver  dans  ce  travail  touffu,  mais  très  important. 

14.  ■ — •  Le  Père  Scheil  a  confié  à  M.  l'abbé  Legrain  le  soin  de  dresser 
le  Catalogue  des  cylindres  orientaux  de  la  collection  Louis  Cugnin,  et 
il  a  revu  le  travail  de  son  élève.  Ces  cylindres  sont  au  nombre  de 
71  et  ils  reproduisent  des  cachets  de  toutes  les  époques  depuis  les 
origines  de  la  civilisation  sumérienne  (vers  3000  avant  J.-C),  dans 
les  plaines  du  Bas-Euphrate,  jusqu'au  temps  de  la  domination  perse. 
L'auteur  en  a  donné  une  description  complète  et  technique;  il  les  a 
rapprochés  d'autres  cylindres  déjà  publiés  en  vue  de  faciliter  et  de 
confirmer  leur  interprétation.  Il  a  ainsi  fourni  aux  spécialistes  des 
renseignements  nouveaux  pour  l'étude  des  dieux,  des  pratiques  reli- 
gieuses, des  idées,  des  mœurs  et  de  l'art  de  ces  anciennes  populations. 
La  reproduction  phototypique  des  71  cachets  permet  de  contrôler 
la  description  faite,  et  des  tables  bien  dressées  groupent  les  principaux 
1  enseignements  produits.  C'est  un  travail  de  bon  augure  pour  de 
plus  importantes  publications.  E.   Mangenot. 


—  206  — 
BEAUX-ARTS 

{Suite.) 

OrvRAGKS  GÏ'.xP'K  \r  >:.  —  !?!.  Histoire  df  fart  depuis  les  premiers  temps  chrétiens- 
jusqu'à  nos  jours,  publiée  sous  la  dii'crtion  do  Aivcrk  Micjiei,.  T.  IV,  La  fienais- 
sance.  seconde  partie.  Paris,  ("olin,  191 1,  in-4  de  512  p.,  avec  325  grav.  et  5  plan- 
ches hors  texte,  15  fr.  —  22.  Manuels  d'histoire  de  l'art.  L' Architecture.  Antiquité, 
par  François  Penoit.  Paris,  Laurens,  191!,  in-8  de  vi!-575  p..  :'.vec  351  grav., 
10  'r.  —  23.  Manuels  d'histoire  de  l'art.  Les  Arts  de  la  terr",  crramique,  verrerie, 
émaillerie,  moscîfue,  vitrail,  par  René  Jean.  Paris,  Laurens,  1911,  in-8  de  480  p., 
avec  198  grav.  et  3  cartes.  10  fr.  —  2'».  Graphique  d'histoire  de  Fart,  par  Joiseph 
G.\iTTHiER.  Paris,  Plon-Nourrit,  1911,  in-8  de  vii-224  p.,  avec  fi65  fig.,  3  fr,   50. 

—  25.  Traité  de  composition  décorative,  par  Joseph  ClAUTHiEuet  l-ouiS.CArELT.E. 
Paris,  Plon-Nourrit,  1911,  in-8  de  v-398  p.,  avec  53  pi.  et  865  fig.,  5  fr.  —  26. 
L'Art  de  reconnat're  les  styles.  Architecture.  Ameublement,  par  Émiie-Bayard. 
Paris,  Garnier,  s.  d.,  in- 12  de  459  p.,  avec  280  grav.,  4  fr.  —  27.  L'Art  de  reron- 
nnîre  les  styles.  Le  Style  Louis  XVI,  par  Émile-Rayard.  Paris,  Garnier,  s.  d., 
in- 12  de  288  p.,  avec  160  grav..  4  fr. 

Musées,  collections.  —  28.  Musées  et  collections  de  France.  Le  Musée  de  Tours, 
par  Pail  Vitry.  Paris,  Laurens,  1911,  in-8  de  lxviii  p.,  avec  122  grav.,  10  fr. 

—  29.  Les  Richesses  d'art  de  la  ville  de  Paris.    Les  Jardins  et  les  squares,  par  Ro- 
bert  Hénard.   Paris,   Laurens,   1911,  in-8  de  276  p.,  avec  64  pi.  hors  texte, 
8  fr.  —  30.  Les  Richesses  d'art  de  la  ville  de  Paris.  Les  Musées  municipaux,  pa  r 
Maurice  Quentin-Bauchart.  Paris,  Laurens,  1912,  in-8  de    198  p.,  avec  64  pi. 
hors  texte,  8  fr. 

Biographies  et  écrits  d'artistes.  —  31.  Les  Grands  Artistes.  Les  Primitifs  fran- 
çais, par  Louis  Dimier.   Paris,   Laurens,  s.   d,,  in-8  de  128  p.,  avec  24  grav., 

2  fr.  50.  —  32.  Les  Grands  Artistes.  Mantegna,  par  Anprf  Blkm.  Paris,  Laurens, 
s.  d.,  in-8  de  128  p.,  avec  24  grav.,  2  fr.  50.  —  33.  Les  Grands  Artistes.  Renve- 
nuto  Cellini.  par  Henri  Focillon.  Paris,  Laurens,  s.  d.,  in-8  de  128  p.,  avec  24 
grav.,  2  fr.  50.  —  34.  Les  Maîtres  de  l'art.  Giovan- Antonio  Razzi,  dit  le  Sodoma, 
par  L.  GiELLY.  Paris,  Plon-Nourrit,  s.  d.,  petit  in-8  de  187  p.,  avec  24  grav., 

3  !'r.  50.  —  35.  L'Art  de  notre  temps.  Daumier,  par  Léon  Rosfnthal.  Paris, 
Librairie  centrale  des  beaux-arts,  s.  d.,  petit  in-4  de  114  p.,  avec  48  photo- 
gravures, 3  fr.  50.  —  36.  Grèce,  ou  le  Secret  de  Tolède,  par  Maurice  Barrés. 
Paris,  Émi!e-Paul,  1912,  in-18  de  189  p.,  avec  24  illustrations,  3  fr.  50.  —  37. 
Gérard  Dou,  sa  vie  et  son  œuvre,  par  W.  Martin;  trad.  du  hollandais  par  Loi/is 
DiMiER.  Paris,  Jouve,  1911,  in-8  de  229  p.,  avec  16  pi.  hors  texte,  cartonné,  12fr.  — 
38.  Traité  de  la  peinture  de  Léonard  de  Vinci,  trad.  intégralement  et  accompagné 
de  commsntnires  par  PÉLADAN.  Paris,  Delagrave,  s.  d.,  in-8  de  247  p.,  avec  '40 
grav.,  7  fr.  50.  —  39.  L'Œuvre  littéraire  de  Michel- Ange,  n' après  les  archive^ 
Ruonaroti,  etc.,  trad.  par  Boyer  d'AcEN.  Paris,  Delagrave,  s.  d.,  in-8  de  19ii  p., 
avec  26  pi.  hors  texte,  7  fr.  50.  —  40.  Quatre  Dialogues  sur  la  peinture  de  Francisco 
de  Hollanda,  Portugais,  mis  en  français  par  Léo  Rouanet.  Paris,  Champion, 
1911,  in- 12  de  xxxiii-239  p.,  avec  2  grav.,  5  fr.  —  41.  Écrits  d'amateurs  et  d'ar- 
tistes. Paul  Huet  d'après  ses  notes,  sa  correspondance,  ses  contemporains.  Documents 
recueillis  et  précédés  d'une  notice  biographique  par  son  fils  René-Paul  Huet. 
Paris,  Laurens.  1911,  in-8  de  vi-543  p.,  avec  17  pi.  hors  texte,  15  fr.  —  42. 
Les  Membres  de  l'Académie  des  beaux-arts  depuis  la  fondation  de  l'Institut,  par 
Albert  Souries.  Troisième  série,  1852-1876.  Paris,  Flammarion,  1911,  in-8  de 
314  p.,  6  fr.  —  43.  Causeries,  réflexions  et  souvenirs  sur  la  peinture,  par  J.-F.-C, 
Clère.  2«éd.,  Paris,  Henry  Paulin,  s.   d.,  petit  in-8  de  vii-446  p.,  4  fr,   50. 

Voyages  d'art.  —  44.  En  flânant.  A  travers  la  France.  Autour  de  Paris,  par  An- 
dré Hallays.  Paris,  Perrin,  1910,  petit  in-8  de  iii-313  p.,  avec  32  grav.,  5  fp, 
— -  45.  En  flânant.  A  travers  l' Alsace,  par  André  Hallays.  Paris,  Perrin,  1911,  petit 
in-8  de  iii-342  p.,  avec  36  grav.,  5  fr.  —  46,  En  flânant.  A  travers  la  France. 
Provence,  par  André  Hallays.  Paris,  Perrin,  1912,  in-8  de  1-367  p.,  avec  28 
grav.,  5  fr.  —  47.   Italica.    Impressions   et   .souvenirs,    par    Joseph    L'Hôpital. 


—  207  — 

Parisi,  Pei'riii,  î909,  in-!6  de  xv-2:;9  p.,  3  fr.  50.  —  48.  Toscane  et  Ombrie.,  par 
(Jaston  GrSxdgeorge.  Paris,  PJon-Nourrit,  s.  d.,  in-16  de  ii-29i  p.,  3  fr.  50. 
—  '(9.  Terres  antiques.  La  Sicile,  par  Achille  Segaiu).  Paris,  Plon-Nourrit,  1909. 
i(i-l6  de  1-330  p.,  3  fr.  50.  —  50.  Quinze  Jturs  à  Naples,  par  André  Maukel. 
Paris,  Hachette,  s.  d.  (1912),  iii-I6  de  211  p.,  avec  124  grav.  et  16  plans,  cart. 
toile,  7  fr.  50.  —  51.  Les  Villes  d'art  célèbres.  Naples  et  son  golfe,  par  Eunest 
LÉMONON.  Paris,  Laureiis.  1911,  in-8  de  172  p.,  avec  121  grav.,  4  fr.  —  52. 
Les  Villas  d'art  célèbres.  Dresde,  Freiberg  et  Meissen.  par  Georges  Serviéres. 
Paris,  Lauren"^,  1911,  in-8  de  164  p.,  avec  119  gr.iv. ,   4  ''r. 

Ouvrages  généraux.  —  21.  —  La  grande  Histoire  de  l'art  que 
dirig'i  M.  André  Michel  est  parvenue  au  milieu  de  son  cours  :  des  seize 
volumes  qu'elle  doit  comprendre,  le  huititme  vient  d'êtie  achevé.  Il 
continue  l'étude  de  la  llenaissance,  dont  il  nous  montre  l'épanoiiisse- 
ment  en  France,  en  Espagne  et  au  Portugal.  La  tâche  a  été  répartie, 
pour  la  France,  de  la  façon  suivante  :  M.  Paul  Vitiy  s'est  chargé  de 
l'architecture,  M.  André  Michel  de  la  sculpture,  M.  Jean  de  Foville 
des  médailles  et  monnaies,  M.  le.  comte  Durrieu  de  la  peinture,  M. 
Emile  Mâle  du  vitrail.  11  était  impossible  de  choisir  des  collabora- 
teurs mieux  préparés;  il  eût  été  difficile  d'en  trouver  d'autres.  Ja- 
mais encore  cette  période  assez  obscure  de  l'art  français,  période  de 
transition,  qui  commence  par  le  plus  délicat  mélange  des  influences 
du  Nord  et  du  Midi  pour  s'acheminer  peu  à  peu  vers  une  servilité 
extrême  aux  suggestions  de  l'Italie,  n'avait  été  débrouillée  aussi 
patiemment,  ni  analysée  avec  cette  ampleur.  Et  le  grand  chapitre 
par  lequel  se  termine  le  volime,  l'étude  de  la  Renaissance  en  Espa- 
gne et  en  Portugal,  entièrement  neuf  pour  des  lecteurs  français,  nous 
apporte,  groupées,  ccmplétées,  animées  par  le  beau  talent  de  M.  Emile 
Bertaux,  et  enrichies  par  ses  soins  d'illustrations  inédites  irfir  ment 
précieuses,  les  découvertes  les  plus  récentes  de  l'érudition  d'outre- 
Pyrénées. 

22.  —  C'est  un  livre  d'une  originalité  forte  et  austère  que  le  tome 
l^ï",  consacré  à  Y  Antiquité  ^  du  grand  Mauuel  de  V  Architecture  donné  à 
la  librairie  Laurens  par  M.  François  l'enoit,  le  brillant  professeur 
d'histoire  de  l'art  à  la  Faculté  des  lettres  de  Lille.  Égalant  presque 
par  son  ampleur  les  magnifiques  monographies  de  M.  Choisy,  il  les 
dépasse  par  sa  portée;  on  y  voit  l'analyse  s'acheminer  parmi  les  civi- 
lisations méditerranéennes,  et  s'associer,  en  même  temps  qu'à  l'his- 
toire générale,  aux  sciences  géographiques,  géologiques,  et  même  à 
la  mécanique;  partout  l'enquête  minutieuse  se  subordonne  aux  con- 
ditions naturelles  et  humaines,  et  se  laisse  diriger  par  une  logique 
intime.  Le  commentaire  graphique  du  texte,  vraiment  perpétuel, 
prend  la  forme  de  dessins  schématisés  où  apparaissent  tous  les  types 
de  constructions  et  de  décors,  dans  leur  développement  successif  ou 
simultané.  L'érudition  s'y  fait  abordable  à  tous  les  lecteurs;  nulle 
part  elle  ne  se  hérisse  de  termes  spéciaux  redoutables  auX:  profanes, 


—  208  — 

ou,  s'il  lui  faut  les  employer,  elle  les  accompagne  de  leurs  équivalents 
les  plus  clairs,  elle  les  vulgarise.  Des  notes  historiques,  une  biblio- 
graphie considérable,  un  bon  index  ajoutent  aux  services  que  ne  peut 
manquer  de  rendre  un  ouvrage  aussi  bien  adapté  aux  besoins  de  l'en- 
seignement. 

23.  —  Pourquoi  M.  ]\ené  Jean  n"a-t-il  pas  donné  à  son  excellent 
manuel  un  titre  plus  large  :  Les  Arts  de  la  terre  —  et  du  feu  ?  Car 
enfin  s 'il  s'agitdel'émailjdu  vitrail  ou  de  la  mosaïque,  c'est  l'œuvredu 
feu  avant  tout  que  nous  admirons;  mais  il  est  vrai  de  dire  que  leur 
origine  commune  est  la  terre.  Ce  manuel  se  compose  de  plusieurs 
parties  adroitement  soudées.  La  première,  qui  tient  exactement  la 
moitié  du  volume,  sous  une  rubrique  générale  :  L'Argile,  comprend 
une  histoire  forcément  sommaire  par  endroits,  mais  très  élégamment 
conduite,  de  la  céramique  depuis  l'antiquité  jusqu'à  nos  jours; les 
quatre  autres  parties,  la  verrerie,  l'émaillerie,  la  mosaïque  et  le  vitrail, 
mettent  en  œuvre,  avec  un  goût  des  plus  délicats,  tous  les  renseigne- 
ments essentiels  et  les  dernières  recherches  de  l'érudition.  Le  très 
aimable  et  actif  conservateur  de  la  Bibliothèque  Doucet  est  installé, 
par  ses  fonctions  mêmes,  au  centre  des  informations  les  plus  abon- 
dantes et  les  plus  sûres  ;  et  il  sait  nous  en  faire  profiter.  L'illustration 
de  son  livre,  exécutée  avec  grand  soin,  présente,  surtout  pour  la  céra- 
mique, un  choix  suffisamment  varié  des  pièces  les  plus  remarqua- 
bles. 

24,  25.  —  Le  Graphique  d'histoire  de  l'art  de  M.  Joseph  Gauthier, 
professeur  à  l'École  des  beaux-arts  de  Nantes,  est  un  sommaire  très 
pratique,  par  tableaux  bien  groupés,  des  différentes  phases  et  des 
différentes  formes  de  l'art  à  travers  les  âges  et  les  peuples.  De  petites 
figures,  schématiques  pour  la  plupart,  en  général  fort  bien  choisies, 
aident  à  l'intelligence  d'un  texte  ingénieusement  distribué,  qui  ren- 
dra d'utiles  services  aux  débutants.  —  Le  Traité  de  composition 
décorative,  où  le  même  auteur  a  eu  pour  collaborateur  un  architecte, 
M.  Louis  Capelle,  également  professeur  à  Nantes,  est  une  véritable 
encyclopédie  où  de  l'étude  successive  des  éléments  géométriques  et 
des  éléments  naturels  se  dégagent  les  lois  nettes  et  rigoureuses  de 
la  stylisation  et  du  décor.  Cet  ouvrage  contient,  notamment  dans  les 
chapitres  consacrés  à  la  flore  et  à  la  faune  ornementales,  les  observa- 
tions les  plus  justes  et  les  plus  sages,  que  les  jeunes  élèves  des  écoles 
de  dessin  auront  tout  profit  à  méditer;  toutefois  l'illustration,  d'un 
goût  très  personnel,  s'écarte  parfois  trop  volontiers  des  modèles  clas- 
siques, et  les  auteurs  sont  portés  à  confondre  la  stylisation  avec  \e 
style.    .  -. 

26,  27.  —  M.  Emile  Bayard,  qui  porte  le  nom  d'un  dessinateur 
spiritud  et  charmant,  cher  aux  jeunes  lecteurs  de  la  Bibliothèque 


—  209  — 

rose  et  des  romans  de  M"^*^  de  Ségur,  a  entrepris  sous  ce  titre  :  L' Art 
de  reconnaîre  les  styles,  une  série  de  manuels  pratiques,  remplis 
d'observations  judicieuses,  et  très  abondamment  illustrés.  Le 
premier  est  une  sorte  d'Introduction  générale,  causerie  agréable  et 
sans  prétentions,  qui  va  des  puissantes  œuvres  des  arts  anciens  jus- 
qu'aux derniers  raffinements  de  l'incohérence  moderne,  cataloguant 
parfois,  appréciant  toujours  avec  un  goût  avisé  et  sûr.  Le  second, 
qui  étudip  spécialement  le  Style  Louis  XVI,  nous  fait  connaître  par 
ses  descriptions,  par  son  illustration  surtout,  les  minutieux  détails 
d'un  luxe  qui  atteignit  peut-être,  dans  l'ameublement  tout  au  moins, 
la  plus  délicieuse  perfection,  à  la  veille  du  jour  où  la  Révolution, 
interrompant  brusquement  toute  une  longue  et  savante  tradition, 
allait  obliger  l'art  français  à  se  refaire,  sans  principes  assurés,  une 
éducation  nouvelle  et  singulièrement  appauvrie. 

Musées,  collections.  —  28.  —  Bien  des  trésors,  que  l'on  ne 
soupçonne  guère,  ont  un  abri  dans  nos  musées  de  province,  et  c'est 
faire  œuvre  utile  que  d'en  répandre  la  connaissance.  Après  le  Musée 
de  Grenoble,  voici  que  la  librairie  Laurens  nous  présente  le  Musée  de 
Tours,  dont  toutes  les  œuvres  d'art,  soigneusement  reproduites,  for- 
ment un  bel  album  d'une  centaine  de  planches.  Il  y  a  là  des  peintures 
italiennes  célèbres,  les  deux  fragments  de  la  prédelle  du  Mantegna  de 
Vérone,  dont  le  panneau  central  est  au  Louvre,  des  Rubens,  et  sur- 
tout des  toiles  intéressantes  de  l'école  française  du  xvii*^  et  du  xviii^ 
siècle,  parmi  lesquelles  des  Le  Sueur,  plusieurs  Boucher,  un  Perroneau^ 
et  nombre  d'œuvres  nullement  négligeables  de  maîtres  secondaires; 
parmi  les  modernes,  un  beau  Delacroix  occupe  le  premier  rang,  et  le 
portrait  de  Balzac,  par  Louis  Boulanger,  tout  frémissant  de  vie  et 
d'ardeur,  est  un  admirable  document  pour  l'iconographie  du  grand 
omancier.  Des  sculptures,  des  tapisseries,  des  meubles  complètent 
ce  bel  ensemble  maintenant  installé  dans  l'ancien  palais  des  arche- 
vêques. Le  catalogue  a  été  dressé  très  soigneusement  par  M.  Paul 
Vitry,  conservateur  au  Musce  du  Louvre,  à  qui  l'on  doit  déjà  un  ex- 
cellent volume  sur  Tours,  publié  par  la  même  librairie  dans  sa  collec- 
tion des  «  Villes  d'art  célèbres  ». 

29,  30.  —  La  jolie  et  utile  collection  des  Richesses  d'art  de  la  ville 
de  Paris  comprend  déjà  six  volumes.  Des  deux  derniers,  l'un,  dû  à 
l'érudition  et  au  goût  très  sûrs  de  M.  Robert  Hénard,  conservateur- 
adjoint  du  Petit  Palais  des  Champs  Elysées,  nous  décrit  l  s  Jardins 
et  les  squans.  On  y  trouvera  les  plus  précieux  renseignements  sur 
tous  ces  coins  fleuris  et  verts,  parfois  terriblement  exigus,  où  respire 
et  se  repose  la  grande  ville;  c'est  toute  une  histoire,  continuée  d'âge 
en  âge,  de  Paris  vu  par  le  dehors.  Mais,  s'il  s'agit  des  grands  jar- 
dins qui  sont  le  luxe  en  même  temps  que  la  santé  de  Paris,  de  Vin- 
Mars  11>12.  t.  CXXIV.  14. 


—  210  - 

cennes  à  Boulogne,  de.  Montsouris  et  du  Luxembourg  à  Monceau  et 
aux  Buttes-Chauniont,  le  livre  de  M.  Robert  llénard  nous  apporte 
un  ensemble  de  monographies,  dont  le  texte  fort  attachant  est  encore 
embelli  par  un  choix  judicieux  d'illustrations  aussi  agn'ables  que 
variées.  —  Le  second  volume,  qui  traite  des  Must'es  municipaux,  est 
dû  au  regretté  Maurice  Quentin-Bauchart  ;  un  peu  rapide,  un  peu 
sommaire  peut-être  sur  quelques  points,  c'est  un  exposé  agréable  et 
brillant  des  richesses  réparties  en  cinq  principaux  édifices,  le  Petit 
Palais,  l'hôtel  Carnavalet,  la  maison  de  Victor  Hugo,  les  Musées  Gal- 
liera  et  Cernuschi;  descriptions  et  anecdotes  s'y  encadrent  de  gra- 
vures où  sont  reproduits  avec  grand  soin  les  meilleurs  objets  d'art. 

Biographies  et  écrits  d'artistes.  —  31  à  33.  —  Trois  nouveaux 
volumes  ont  paru  dans  la  collection  des  Grands  artistes  de  la  librairie 
Laurens.  Le  premier  est  de  la  plus  haute  importance  par  les  graves 
et  nombreuses  questions  que  l'on  y  trouve  agitées  en  peu  de  pages. 
Il  traite  des  Primitifs  français,  et  a  pour  auteur  notre  collaborateur 
et  ami  M.  Louis  Dimier,  spécialiste  en  la  matière.  Reprenant  avec 
une  érudition  patiente  les  vives  polémiques  dont  l'Exposition  orga- 
nisée en  1904  par  le  regretté  Bouchot  fut  la  première  occasion,  M.  Di- 
mier s'attache  à  établir  non  pas  l'existence,  mais  plutôt  l'incohérence 
des  efforts  de  l'art  français,  avant  que  l'Italie,  au  xvi^  siècle,  lui 
ait  ouvert  sa  véritable  voie.  11  passe  en  revue  les  œuvres  de  pein- 
ture qui  nous  sont  parvenues,  à  l'exception  des  miniatures,  étudiées 
en  un  autre  volume  de  la  même  collection,  et  il  n'a  pas  de  peine 
à  nous  montrer  le  petit  nombre  de  celles  dont  on  peut  garantir  l'ori- 
gine française.  Ne  va-t-il  pas  un  peu  loin  dans  les  conclusions  de  sa 
plaidoirie?  Je  le  croirais  volontiers,  et  surtout  je  ne  le  suivrai  point 
dans  son  apologie  de  l'art  franco-italien  de  la  Renaissance;  mais 
son  livre,  même  en  l'absence  de  notes,  que  n'admet  malheureusement 
pas  le  plan  de  la  collection,  sera  lu  et  discuté,  comme  il  a  été  écrit, 
avec  passion.  —  M.  André  Blum  a  résumé  en  un  travail  nettement 
et  sagement  distribué  tout  ce  que  l'on  sait  delà  vie  et  de  l'œuvre  de 
Mantegna.  —  M.  Henri  Focillon  a  étudié  et  jugé  avec  enthousiasme 
le  génie  riche,  exubérant,  excessif  et  inégal  de  Benvenuto  Cellini; 
ses  pages  fortement  documentées  vibrent  d'un  bout  à  l'autre  d'une 
sympathie  qui  surprend  parfois,  mais  qui  sait  se  communiquer. 

34.  —  Dans  la  collection  des  Maîtres  de  l'art,  M.  Gielly  a  donné  une 
intéressante  étude  sur  le  Sodoma,  peintre  puissant  et  voluptueux, 
tenu  jusqu'en  ces  dernières  années  pour  un  des  meilleurs  élèves  du 
Vinci.  L'érudition  italienne  et  anglaise  a  fait  justice  de  cette  légende, 
et  montré  dans  le  Piémont  les  origines  d'un  art  d'ailleurs  très  person- 
nel, mais  qui  ne  va  pas  sans  une  pointe  de  sensualité  morbide. 
L'analyse  des  œuvres,  tableaux  et  fresques,  dont  un  catalogue  très 


—  211  — 

complet  termine  le  volume,  est  faite  avec  un  sentiment 
généralement  fort  juste,  une  critique  attentive  à  séparer  le 
bon  et  l'exquis  de  l'ordinaire  et  du  médiocre,  trop  fré- 
quents chez  ce  grand  artiste  inégal,  dont  l'illustration  même 
du  livre  suffit  à  faire  apprécier,  auprès  de  trouvailles  de  génie, 
l'excessive  et  molle  facilité. 

35.  —  11  serait  vain  de  louer  longuement  la  récente  collection  de 
biographies  d'artistes  modernes,  intitulée  :  «  L'Art  de  notre  temps  r, 
qui  vient  de  changer  d'éditeur,  mais  sans  changer  d'aspect;  la  fa- 
veur publique  lui  a  fait  un  succès  mérité.  La  nouveauté  de  ces  jolis 
volumes,  c'est  d'être  avant  tout  des  albums;  l'image  y  tient  la  pre- 
mière place.  Nulle  part  mieux  que  dans  un  livre  sur  Daumier,  il 
n'était  nécessaire  de  donner  de  parfaites  reproductions  :  dans  ces 
photogravures  pourtant  bien  réduites,  le  blanc  et  le  noir  des  litho- 
graphies originales  ont  gardé  toute  leur  valeur;  on  s'attardera  avec 
un  vif  plaisir  à  en  admirer  la  puissante  ironie,  et  on  ne  lira  pas  avec 
un  moindre  intérêt  les  commentaires  ingénieux  et  vivants  et  la  no- 
tice où  M.  Léon  Rosenthal,  excellent  historien  de  la  peinture  rcman- 
tique,  a  su  dégager  l'originalité  de  l'admirable  peintre  trop  longtemps 
méconnu. 

36.  ■ —  Voici  encore  un  petit  livre  où  il  y  a  des  images,  bien  choisies, 
parfaitement  exécutées,  etïort  propres  à  donner  l'idée  du  peintre  dont 
elles  accompagnent  la  biographie;  n\ais  il  £e  trouve  que  ce  peintre 
est  Greco,  et  que  son  biographe  est  M.  Maurice  Barrés,  qui  a  décou- 
vert, en  étudiant  Greco,  le  Secret  de  Tolède.  Alors,  qu'est-ce  que 
nos  pauvres  images?  il  y  en  a  bien  d'autres,  et  qui  vont  se  fixer  au 
plus  profond  de  l'âme,  se  levant  brusquement  du  milieu  de  ces  lignes 
amères  et  disciplinées  comme  les  bosquets  de  buis  d'un  Versailles  où 
l'on  entendrait  par  moments  les  échos  des  violons  romantiques.  Pour 
une  fois  que  M.  Barrés  s'est  amusé  à  la  critique  d'art,  il  nous  a 
donné  le  vrai  modèle  d'un  jeu  de  l'intelligence,  dont  les  érudits  le  plus 
souvent  ne  font  qu'un  lourd  casse-tête;  il  a  ressuscité  l'âme  d'un 
peintre,  pour  l'incorporer  à  une  ville.  A  quoi  bon  franchir  les  Pyré- 
nées maintenant?  J'ai  vu,  je  connais  Tolède. 

37.  —  Nou-.  devons  être  reconnaissants  à  M.  Louis  Dirnier^  déjn 
loué  plus  haut,  qui  nous  apporte  une  excellente  biographie  d'un  des- 
plus célèbres  parmi  les  petits  maîtres  hollandais,  Gérai  d  Dou.  C'est 
la  traduction,  élégante  et  précise,  d'un  livre  du  savant  directeur  du 
Musée  royal  de  La  Haye,  M.  \^'.  Martin,  livre  dont  le  mérite  n'est 
pas  seulement  de  nous  raconter  par  le  menu  la  vie  et  les  travaux  de 
l'artiste,  mais  aussi,  et  surtout  peut-être,  de  nous  présenter  un  ta- 
bleau des  plus  pittoresques  et  des  plus  exacts  des  mœurs  et  des  habi- 
tudes des  peintres  de  ce  temps.  Le  commerce  des  arts,  les  relations 


avec  les  amateurs,  les  goûts  et  les  amusements  de  toute  une  société 
nous  apparaissent  ici  dans  la  lumière  de  documents  nombreux  et 
habilement  interprétés;  le  chapitre  sur  «  Un  Atelier  de  peintre  au 
xvii^'  siècle  »  est  une  des  plus  parfaites  et  délicates  reconstructions 
que  l'on  puisse  souhaiter  du  vieil  édifice  de  la  peinture  hollandaise. 
Le  catalogue  raisonné  des  œuvres  de  Gérard  Dou,  qui  termine  le  vo- 
lume, tel  que  M.  Dimier  l'a  conçu,  c'est-à-dire  corrigé  et  complété 
d'après  le  texte  de  M.  Martin,  est  appelé  à  rendre  aux  historiens  d'art 
les  plus  signalés  services.  Enfin,  l'éditeur  a  enrichi  ce  volume  très  soi- 
gneusement imprimé  d'un  choix  de  bonnes  planches  photographi- 
ques, qui  donnent  une  idée  suffisante  de  tableaux  de  genre  dont  le 
fini  et  le  poli  sont  poussés  jusqu'aux  extrêmes  limites. 

38.  —  D'admirables  publications,  poursuivies  avec  un  zèle  patient 
et  désintéressé  par  de  récents  éditeurs,  ont  enfin  rendu  accessibles  à 
l'étude  les  nombreux  manuscrits  de  Léonard  de  Vinci;  ce  n'est  pas 
à  dire  que  l'on  puisse  aisément  s'y  diriger;  et  d'ailleurs  le  prix  exces- 
sivement élevé  de  ces  facsimilés  superbes  leur  défend  de  se  caser  ail- 
leurs qu'aux  bibliothèques  publiques.  La  France,  où  cependant  fut 
imprimé  pour  la  première  fois,  en  1651  et  1652,  le  Traité  de  la  pein- 
ture, ne  possédait  aucune  édition  moderne  de  ce  bréviaire  des  artistes, 
où  le  peintre  philosophe  a  lentement  rassemblé  le  trésor  de  ses  obser- 
vations, l'expérience  de  sa  vie  entière.  M.  Péladan,  depuis  longtemps 
préparé  à  ce  travail  par  ses  études  d'esthétique,  vient  de  traduire 
intégralement  le  texte  de  Léonard,  tel  que  l'éditeur  allemand  Ludwig 
l'avait  mis  au  jour  d'après  le  manuscrit  du  Vatican.  Sa  traduction  est 
classée  dans  un  ordre  logique,  complétée  par  de  nombreux  fragments 
tirés  des  autres  manuscrits  du  maître,  enfin  commentée  avec  le  goût 
le  plus  délicat  et  le  plus  sûr.  Bien  que  ce  livre,  par  son  prix  fort  mo- 
dique, ait  un  caractère  nettement  populaire,  il  n'en  faut  pas  moins 
remercier  l'éditeur  de  l'avoir  enrichi  d'une  abondante  illustration,  qui 
se  compose  d'abord  de  réductions  des  figures  démonstratives  des 
éditions  du  xvii^  siècle,  ensuite  et  surtout  de  reproductions  photogra- 
phiques d'après  les  plus  beaux  dessins  de  Paris,  de  Florence  et  de 
Milan;  toutes  simples  et  ordinaires  que  soient  ces  reproductions  en 
noir,  elles  laissent  transparaître  un  peu  de  l'âme  profonde  que  nous 
devinons  au  travers  des  lignes  trop  serrées  et  touffues  du  texte. 

39.  —  L'Œiwre  littéraire  de  Michel-Ange  diffère  absolument  de 
celle  de  Léonard  de  Vinci;  elle  se  réduit  à  unrecueilde  poésies  souvent 
grandioses,  et  à  une  correspondance  assez  abondante,  qui  nous  a  été 
heureusement  conservée.  M.  Boyer  d'Agen,  à  qui  nous  devons  déjà 
tant  d'excellentes  publications  sur  l'Italie  des  papes  et  des  arts,  a 
composé  avec  amour,  à  la  gloire  du  peintre  de  la  Sixtine,  un  recueil  de 
traductions  pour  la  première  fois  complètes,  et  qui  comprennent, 


—  213  — 

outre  les  lettres  et  les  poésies,  la  vie  du  maître,  rédigée  par  son  dis- 
ciple Ascanio  Condivi.  H  y  avait  là  les  ékments  suffisants  d'un  beau 
livre,  dont  la  librairie  Delagrave  a  voulu  faire  l'exact  pendant  du 
Traité  de  Léonard,  précédemment  publié;  des  planches  hors  texte, 
exécutées  avec  grand  soin,  y  ont  été  insérées,  qui  réunissent  quelques- 
ilns  des  plus  nobles  dessins  conservés  au  Louvre,  au  British  Muséum, 
aux  Offices  et  au  Musée  Buonarroti  de  Florence. 

40.  —  Un  comph'ment  indispensable  et  très  inattendu  des  études 
sur  Michel-Ange  se  trouve  dans  les  Quatre  Dialogues  sur  la  peinture 
du  Portugais  Francisco  de  Hollanda,  œuvre  presque  inconnue  jus- 
qu'à ces  dernières  années,  que  le  regretté  Léo  Rouanet  a  traduite  et 
publiée  avec  le  plus  grand  soin.  Ce  sont  des  bavardages  un  peu  longs, 
mêlés  d'interviews,  si  l'on  peut  dire;  mais  ces  bavardages  d'un  hon- 
nête peintre  portugais  se  font  tout  bonnement  dans  le  salon  de  la 
marquise  Vittoria  Colonna,  et  dans  l'atelier  de  Michel-Ange;  ces 
dialogues  sans  apprêt  ont  pouf  interlocuteurs  le  plus  grand  des  sculp- 
teurs et  la  poétesse  illustre  qui  fut  son  amie.  Quelle  surprise  !  imaginez 
notre  Puvis  de  Chavarmes  chez  la  princesse  Cantacuzène,  et  transpor- 
tez le  dialogue  à  trois  cents  ans  de  distance  ! 

41.  —  Le  noble  monument  élevé  à  la  mémoire  et  à  la  gloire  de  Paul 
Huet  par  la  piété  de  son  fils,  une  biographie  dont  les  matériaux  sont 
les  notes  et  la  correspondance  du  maître,  jointes  aux  lettres,  aux  arti- 
cles, aux  souvenirs  de  ses  contemporains,  nous  rend  enfin  tout  en- 
tière cette  belle  figure  d'artiste  que  sa  modestie  avait  trop  long- 
temps renfermée  dans  l'ombre.  Dans  le  splendide  essor  de  la  peinture 
du  xix^  siècle,  Paul  Huet  fut  le  rénovateur  de  l'art  du  paysage,  «  le 
compagnon  d'armes,  à  lavant-garde  romantique,  d'Eugène  Dela- 
croix, et  de  Victor  Hugo,  l'annonciateur  et  le  préparateur  de  Jules 
Dupré,  de  Théodore  Rousseau,  de  Millet.  »  C'est  M.  Georges  Lafenestre 
qui  nous  le  dit,  dans  une  Préface  charmante  qui  annonce  et  qui  ex- 
plique ce  riche  et  généreux  dossier.  Désormais  on  ne  pourra  plus 
étudier  l'histoyre  du  paysage  en  France  sans  avoir  consulté  le  livre 
de  M.  René- Paul  Huet;  on  y  apprendra  à  connaître  l'homme  aussi 
bien  que  l'artiste,  le  puissant  aitiste  que  l'exposition  organisée  l'an 
dernier  aux  salles  de  l'École  des  beaux-arts  nous  a  montré  si  vivant 

,  encore, et  si  proche  de  nous.  D'ailleurs  les  belles  reproductions  hors 
texte  dont  l'ouvrage  est  illustré  peuvent  suffire  à  nous  rappeler  les 
morceaux  essentiels  de  l'exposition,  les  parties  les  plus  durables  de 
l'œuvre.  Rattachées  aux  grands  Hollandais,  mais  surtout  aux  An- 
glais, à  Constable  dont  la  découverte  fut  une  date  dans  notre  art,  ces 
peintures  ont  déjà  l'accent  personnel,  profond,  dramatique,  que  l'on 
admirera  bientôt  sans  réserves  dans  l'école  de  Barbizon.  Il  était  temps 
de  rendre  justice  au  grand  initiateur. 


-  214  - 

42.  —  Le  très  utile  et  consciencieux  travail  de  M.  Albert  Soubies 
sur  les  Membres  de  l' Académie  des  beaux-arts  depuis  la  fondation  de 
V Institut  en  est  à  son  troisième  volume.  La  période  que  l'on  y  trou- 
vera étudiée  est  ce  quart  de  siècle  qui  englobe  le  second  Empire  et 
les  premières  années  de  la  troisième  République;  période  heureuse  et 
féconde  en  noms  illustres  :  parmi  les  peintres,  Flandrin,  Delacroix, 
Meissonier,  Cabanel,  Gérôme,  Baudry,  Hébert;  parmi  les  sculpteurs, 
Jouffroy,  Guillaume,  Bonnassieux,  Barye;  parmi  les  architectes, 
Visconti,  Duban,  Baltard,  Lefuel,  \'audoyer,  Labrouste,  Abadie, 
Garnier;  parmi  les  musiciens,  Berlioz,  Gounod,  Félicien  David,  Vic- 
tor Massé;  voilà  plus  de  gloire  qu'il  n'en  faut  pour  suffire  à  l'intérêt 
et  au  charme  d'un  livre.  De  ce  livre,  comme  des  précédents,  on  goû- 
tera le  ton  déférent  et  respectueux,  la  recherche  du  détail  pittores- 
que et  vivant,  de  l'anecdote  qui  précise  et  fait  voir  le  portrait;  les 
nomenclatures  méthodiques  de  M.  Soubies  et  ses  petites  biographies 
si  bien  classées  épargneront  de  longues  recherches  aux  futurs  histo- 
riens. 

43.  —  Les  Causeries,  réflexions  et  souvenirs  sur  la  peinture,  que 
M.  Clère  dédie  à  ses  petits-enfants,  résument  familièrement  et  agréa- 
blement, un  peu  longuement  aussi  peut-être,  toute  une  esthétique 
et  toute  une  morale,  ou,  si  l'on  veut,  l'expérience  de  toute  une  vie 
d'artiste  probe  et  consciencieux.  Je  m'empresse  de  dire  que  j'en  ai 
lu  avec  un  vif  plaisir  la  dernière  partie,  les  Souvenirs  d'Italie  où  l'au- 
teur raconte  avec  une  charmante  bonhomie  les  années  passées  à 
Rome,  dans  le  bon  vieux  temps  —  c'était  avant  1860  —  au  temps  où 
vivaient  là-bas  beaucoup  de  nos  grands  artistes,  Baudry,  Henner, 
Hébert,  Delaunay,  Gustave  Moreau,  Carpeaux,  Falguière,  Paul  Du- 
bois; heureux  temps  de  la  Rome  de  Pie  IX!  Ces  histoires  de  jadis, 
«  racontées  âmes  petits-enfants  »,  sont  le  véritable  attrait  et  la  plus 
jolie  parure  de  ce  volume  tout  empli  de  sages  conseils. 

\^OYAGEs  d'art.  ■ —  44  à  46.  —  Les  délicieuses  et  si  instructives 
flâneries  de  M.  André  Hallays,  recueillies  et  classée's  méthodique- 
ment et  fort  bien  illustrées,  formeront  dans  quelques  années  le  plus 
précieux  des  recueils  où  l'on  puisse  retrouver  vivante  encore  et  bien 
S'^î'duisante  la  physionomie  de  la  France  d'autrefois.  Chaque  jour, 
hélas!  les  reliques  du  passé  disparaissent;  la  cupidité  conspire 
avec  la  sottise  à  en  diminuer  le  trésor;  la  basse  politique,  les  passions 
sectaires  s'acharnent  impitoyablement  contre  des  beautés  qui  sont 
une  part  de  l'âme  nationale;  la  haine  de  toute  discipline  et  de  toute 
tradition,  la  cruauté  aveugle  de  l'industrie,  la  hideur  du  luxe  bruyant 
s'associent  pour  lacérer  les  nobles  vêtements  de  notre  France.  Remer- 
cions, honorons  le  bon  Français  qui  lutte  pour  nous  conserver  notre 
patrimoine;  qui,  depuis  tant  d'années,  au  rez-de-chaussée  du  môme 


—  215  -  • 

journal,  et  sous  un  titre  aussi  modeste  que  spirituel,  fait,  sans  ja- 
mais se  lasser,  la  guerre  à  tous  les  vandalismes.  La  belle  édition  com- 
mencée en  1910  sous  ce  titre  général  :  En  flânant,  comprend  déjà  trois 
volumes.  M.  André  Hallays  nous  y  conduit  A  travers  la  France^  Au- 
tour de  Paris  et  En  Provence,  et  A  travers  l'Alsace.  Ce  sont  les  illus- 
tres souvenirs  de  Maintenon,  de  la  Ferté-Milon,  de  Meaux  et  de  Ger- 
migny,  de  Maisons,  les  splendeurs  architecturales  de  Senlis  et  de 
Noyon,  les  origines  de  ces  splendeurs  à  Morienval,  à  Saint-Leu  d'Es- 
serent,  à  Vétheuil,  à  Saint-Jean  des  Vignes  qui  nous  sont  présentés 
au  premier  volume,  au  milieu  de  causeries  qui  évoquent,  avec  un 
charme  infini,  la  figure  de  nos  grands  écrivains.  En  Provence,  le  voya- 
geur ne  s'attarde  pas  longtemps  aux  villes  et  aux  sites  les  plus  célè- 
bres; il  nous  a  donné  d'ailleurs,  il  y  a  peu  de  temps  {Polyhiblion  de  juin 
1910,  t.  cxviii,  p.  502)  un  livre  qui  est  unpetit  chef-d'œuvre  sur  Avi- 
gnon et  le  Comtat  Venaissin;  mais  il  descend  avec  nous  la  vallée  du 
Rhône,  pour  s'arrêter  à  Orange,  à  Aix,  à  Arles,  il  remonte  la  vallée  de 
la  Durance  pour  visiter  Riez  et  Digne,  il  flâne  dans  les  montagnes  des 
Maures  et  le  long  de  la  côte  enchanteresse,  de  Valbelle  et  de  Brignoles 
au  Thoronet,  à  Fréjus,  à  Grasse  et  à  Vence;  et  voici  que  toute  une 
histoire  pittoresque  se  compose  à  nos  yeux;  nous  apprenons  com- 
ment s'éparpille  le  pompeux  monument  de  Valbelle  et  comment  ee 
transforme  la  Vénus  d'Arles;  nous  évoquons  le  fantôme  des  plus  par- 
faites peintures  de  Fragonard.  L'Alsace  enfin  nous  est  décrite  avec 
une  émotion  communicative,  une  piété  simple  et  familière,  un  senti- 
ment aussi  juste  que  délicat  des  liens  qui  l'attachent  indissoluble- 
ment à  la  patrie  mutilée;  ce  beau  livre  d'intimité  sera  cher  aux 
Alsaciens  et  à  nous,  comme  l'ont  été,  comme  le  demeurent  les  romans 
de  René  Bazin  et  de  Maurice  Barrés.  ,^ 

47  à  49.  —  Il  n'est  point  d'année  où  l'Italie  n'inspire  à  quelque 
amoureux  voyageur  l'aveu  d'une  passion  toujours  la  même  et  tou- 
jours nouvelle;  et  comment  ne  pas  accueillir  d'une  main  empressée 
ces  récits  d'excursions  qui  ressemblent,  très  souvent,  aux  plus  ingé- 
nues des  confidences?  Les  chefs-d'œuvre  de  Taine  et  de  Paul  Bour- 
get  ne  doivent  décourager  personne;  peut-être,  il  est  vrai,  ont-ils 
suscité  trop  d'imitations.  Voici  trois  livres  fort  divers  de  pèlerinages 
à  la  terre  de  beauté.  Les  impressions  de  M.  Joseph  L'Hôpital,  ItaUca, 
sont  d'un  écrivain  spirituel  qui,  délaissant  pour  une  fois  sa.  chère 
Normandie,  regardant  Milan,  Venise,  Bologne  et  Florence  d'un  œil 
attentif,  les  a  décrites  avec  autant  de  verve  que  de  bon  sens,  et,  ce 
qui  ne  gâte  rien,  un  sentiment  très  sincère,  très  délicat,  de  la  tradi- 
tion chrétienne;  c'est,  parmi  tant  de  pagèS'  d'un  jour,  un  livre  à 
conserver.  —  Celui  de  M.  Gaston  Gr^udgeorge,  Toscane  et  Ombrie, 
ne  prétend  à  d'autre  ambition  que  de  fixer  pour  d'aimables  compa- 


—  210  — 

gnons  de  route  —  les  enfants  de  l'auteur  ■ —  des  souvenirs  heureux 
et  modérôs,  qui  gagneraient  peut-être  à  ne  point  mder  un  pu- 
blie indilTérent  à  des  joies  de  famille.  — -  M.  Achille  Segard  est 
un  poète,  un  musicien,  un  peintre.  La  Sicile  lui  a  fourni  le  thème  de 
compositions  ardentes,  un  peu  juvéniles  parlois  dans  leur 
couleur  très  vive,  un  peu  païennes  aussi;  mais  tout  ce  beau  pays,. 
qu'esit-il  donc,  sinon  une  Grèce  plus  païenne  que  l'autre?  On  en 
trouvera  la  sensation  forte  et  insistante  dans  ces  pages  nombreuses,, 
nourries  d'histoire  et  d'art,  et  inlassablement  vibrantes  d'enthou- 
siasme. 

50.  — A  la  veille  des  vacances  de  Pâques,  pour  encourager  et  pré- 
ciser nos  désirs  de  voyage,  la  librairie  Hachette  nous  envoie,  sous  un 
séduisant  cartonnage  blond  rehaussé  d'or,  un  de  ces  livres  pittores- 
ques, vivants,  colorés,  où  M.  André  Maurel  rassemble,  avec  d'excel- 
lentes informations  puisées  aux  meilleures  sources,  une  curiosité 
ardente,  un  sentiment  également  vif,  et  fortement  païen,  des  paysa- 
ges et  de  1  histoire,  et  une  bonne  humeur  qui  s'exprime  toujours  de 
façon  personnelle  et  primesautière.  Ses  Quinze  Jours  à  N  a  pies  îoni  le 
pendant  cVC^n  Mois  à  Rome,  qu'il  nous  donnait  il  y  a  deux  ans; 
on  glissera  le  petit  livre  dans  la  poche  profonde  où  se  cache  l'indispen- 
sable Baedeker.  Comme  dans  Baedeker,  on  y  trouvera  des  plans  très 
sommaires  et  commodes;  mais  on  y  trouvera  en  plus  de  charmantes 
illustrations  où  la  ville,  son  rivage,  son  volcan,  ses  églises,  ses  palais, 
ses  ruines,  ses  statues  antiques  et  modernes,  ses  gamins  en  haillons 
sent  royalement  vêtus  de  la  douce  lumière  de  la  Méditerranée. 

51,  52.  —  Mieux  encore  que  les  meilleures  relations  de  voyages,  les 
Villes  d'art  célèbres  de  l'éditeur  Laurens  sauront  instruire'  et  distraire 
le  touriste  en  quête  de  nouveauté,  soit  qu'il  prépare  une  expédition 
vers  des  rives  lointaines,  soit  qu'il  se  contente,  peut-être  à  regre,t, 
d'un  voyage  autour  de  sa  chambre.  Les  illustrations  dont  foisonne 
le  beau  livre  de  M.  Ernest  Lémonon  :  Naples  et  son  golfe,  suffiraient 
à  remplir  des  heures  délicieuses,  alors  même  qu'elles  ne. seraient  point 
commentées  par  un  texte  aussi  élégant  que  foncièrement  érudit. 
L'antiquité,  le  moyen  âge  et  surtout  l'époque  si  féconde  du  baroque 
à  Naples  nous  sont  présentés  avec  une  abondance  de  renseignements 
précieux,  et  les  quelques  pages  données  au  golfe  nous  rendent  des 
tableaux  tout  pénétrés  de  joie  et  de  lumière. —  Le  livre  de  M.  Geor- 
ges Servière  sur  Dresde,  Freiberg  d  Meissen  fixe  pour  un  t'.mpç  les 
traits  d'une  ville  jadis  charmante,  que  la  mégalomanie  de  l'Alle- 
magrie  moderne  transforme  et  enlaidit  rapidement.  On  sait  quels 
trésors  renferme  le  Musée  de  Dresde  :  Raphaël,  Titien,  Corrège,  Véro- 
nèse,  Holbein,  Rembrandt  y  ont  des  chefs-d'œuvre;  mais  les  mo- 
numents de  la  Renaissance,  le  xvii^  et  surtout  le  xviii^  siècle,  qui 


—  217  - 

font  à  Dresde  une  physionomie  si  vivante  encore  et  précise,  ne  méri- 
tent pas  moins  d'être  connus,  de  même  que  ceux  du  moyen  âge  qui  à 
Freiberg  et  à  M' issen  complètent  si  heureusement  l'étude  des  diverses 
périodes  de  la  civilisation  et  de  l'art  au  royaume  de  Saxe. 

(A  suivre.)  André  Pératé. 


OUVRAGES   RELATIFS  A    L'HISTOIRE    DU   THÉÂTRE 

1.  uexcJiichtP.  des  neuere.n  Dramas,  von  Wiliielm  Creizenacii.  ErsterBand.  Mittel- 
nlh-r  und  Fiuhrenaissance.  Z.weite,  vermehrte  und  verhesserte  Auflage.  Halle  a. 
S.,  Mux  Nieiueyer,  1911,  in-8.de  xv-628  p.  —  2.  The  Harrowing  of  Hell,  ])y 
Karl  You.ng.  Reprinted  fniiii  Volume  XV!,  Part  II,  o'  the  Transactions  of  the 
Wisconain  Acade.my  oj S'^ience.s,  Arts  and  Lettp.rs.  Issued  september,  1909,  in-8  de 
^9  p.  >-t3.  ^  Liturgkal  play  of  Joseph  and  his  brethren,  hy  Karl  Young.  Balti- 
more, the  Johns  Hopkins  Press.  Reprinted  from  Modem  Lan guage  Notes,  Fe- 
bruary,  191^.  in-4  de  5  p.  —  'i.  Philippe  de  M-zières  Dramatic  Office  for  the  Présen- 
tation of  th'  Virgin,  by  Karl  Young.  Reprinted  irom  the  Publications  ofthe  Mo- 
dem Language  Association  of  America,  XXVi,  1,  19il,  in-8  de  54  p.—  5.  Cu- 
riosii(s  bibliographiques  relatives  au  drame  chrétien,  par  Louis  Duval.  Evreux, 
imp,  de  l'Eure.  1911,  in-8  de  16  p.  —  fi.  La  Psychologie  dramatique  du  mystère 
de  la  Passion  à  Oberammergau,  par  Maurice  Blondel.  Paris,  Bloud,  1910,  in- 
12  de  64  p.  et  une  fig.  (Collection  Science  et  Religion),  0  fr.  60.  — 7.  hahelais  et 
le  Thi'âtre,pa.r  Gustave  (ohen.  Paris,  Champion,  1911,  in-8  de  74  p.  et  8  pi. 
{Extrpjt  de  hi  Pe(up  des  Eudes  tabelaisiennes,  t.  IX).  —8.  L'Évolution  de  la  mise 
en  scène  dans  le  théâtre  français,  par-  le  même.  Lille,  imp.  Lefebvre-Ducrocq, 
19)0,  gr.  i'^-8  de  18  p.  et  4  pi.  —  9.  De  Jj délie  à  Molière.  Tragédie,  comédie., 
tragi  comédie,  par  Eugène  Rigal.  Paris,  Hachette,  1911,  in-16  de  viii- 303  p., 
3  fr.  'iO.  — •  10.  LeCid  espagnol  et  leCid  français.  Essai  de  critique  et  d'analyse 
littéraire,  par  l'abbé  G.  Bernard.  Lille,  19i0,  in-18  de  29  p.  —  11.  Gauhier- 
Garguille,  com.'  dien  de  VHôlel  de  Bourgogne.  Notice  d'après  des  documents  inédits, 
par  E^i'i-j;  MAGNE;^suivie  des  Chansons  de  Gaultier- Gargid'le  et  de  la  Farce  de 
Perrine,  avec  la  musitjue  retrouvée  de  6  chansons  et  3i3  illustrations  concernant 
le  Théâtre  de  l'Hôtel  de  Bourgogne.  Par's,  Louis-Michaud,  s.  d.,  mi  de  192  p., 
2  fr.  5((.  —  12.  Le  Théâtre  et  la  Révolution.  Histoire  anccdotique  des  spectacles, 
de  leurs  comédiens  et.de  leur  public  par  rapport  à  la  Révolution  française,  par 
EuNEST  Lu.\el.  Paris,  Daragon,  s.  d.,  in-8  de  161  p.,  6  fr.  —  13.  Paris  sous 
Napoléon.  Le  Théâtre- Français,  par  L.  de  Lanzac  de  Laborie.  Paris, Ploa- 
Nouvrit,  19  '  ' ,  in-8  de  iv-33  i  p  ,  .5  fr.  —  14,  Histoire  générale  du  théâtre  en  France. 
V.  La  Coiu-'die  de  la  Révolution  au  second  Empire,  par  Eugène  Linttlhac.  Paris, 
Flammnrion,  s.  d.,  ^n-î6  de  532  p.,  3  fr.  50.—  15.  Les  Matinées-Conférences 
du  jeudi  à  l'Ôdéon.  Notice  historique  et  bibliographique,  par  Roger  Semichon. 
Paris,  Jor.M,  19 '0,  gr.  in-8  de  38  p.  —  !fi.  Le  Théâtre  à  Montréal.  Propos  d'un 
Huron  canadien,  p.ir  Marcel   IIfnry.  Paris,   F;biue,  19îi,  in  .'6  de  ti-'i'ip..  3fr. 

1.  —  La  réputation  du  bel  ouvfage  de  M.  Wiltelm  Cieizfnach  : 
Histoire  du  drame  moderne  est.  bien  établie  dans  l'érudition  euro- 
péenne. 11  serait  à  souhaiter  que  les  tcrivains  qui  s'cccvpen'  chez 
nous  du  théâtre,  et  Ditu  sait  s'ils  sont, ncnibi eux  !  connussent  l'exis- 
tence et  la  valeur  de  pareils  livres.  Cela  les  mettrait  en  garde  contre 
les  énormités  qu'ils  commettent  trop  souvent  très  à  la  légère,  aussitôt 
qu'ils  essaient  de  remonter  un  peu  haut,  par  exemple  dans  leurs 
Introductions  ou  leurs  premiers  chapitres,  le  cours  de  l'histoire  du 


—  218  — 

genre  dont  ils  traitent.  Le  succès  du  livre  de  M.  Creizenach  est  attesté 
par  la  seconde  édition,  revue,  augmentée  et  améliorée,  du  premier 
volume,  qui  a  récemment  vu  le  jour.  «  Dans  cette  nouvelle  édition, 
nous  dit  l'auteur,  mon  principal  effort  devait  être  de  mettre  à  pro- 
fit, dans  le  cours  de  l'exposé,  les  matériaux  exceptionnellement 
riches  qui  ont  été  mis  en  lumière  depuis  la  première  publication  (1893). 
Outre  les  recherches  d'histoire  littéraire  et  les  textes  publiés  depuis 
lors,  j'ai  tenu  compte  des  rectifications  de  détail  qui  m'ont  été  four- 
nies par  les  recensions  de  Cloetta  et  de  Kœlbing.  Toutefois,  les  grandes 
lignes  du  développement  historique,  telles  que  je  les  avais  marquées 
dans  la  première  édition,  ont  pu  être  conservées  dans  ce  qu'elles  ont 
d'essentiel.  »  Nous  rappelons  que  ce  premier  volume  a  pour  sujet 
le  Moyen  âge  et  la  première  Renaissance  et  qu'il  est  partagé  en  huit 
livres  intitulés  :  I.  La  Continuation  du  drame  antique  au  moyen  âge. 
IL  Les  Commencements  du  drame  sacré  en  langue  latine.  II I.  Les 
Commencements  du  drame  sacré  dans  les  langues  populaires.  I"V. 
Les  Drames  sacrés  de  la  fin  du  moyen  âge.  V.  Ébauches  d'un  drame 
sérieux  profane.  VL  Le  Drame  comique  du  moyen  âge.  'VIL  Les 
Moralités.  VIII.  Les  Premiers  Essais  dramatiques  des  humanistes. 
Parmi  les  améliorations  apportées  à  cette  édition  nouvelle,  il  faut 
mentionner  en  particulier  la  table  alphabétique  qui  le  termine  et  qui 
est  due  à  M.  Wolfram  Suchier,  de  Halle. 

2,  3  et  4.  —  Les  origines,  non  seulement  religieuses,  mais  liturgi- 
ques, du  drame  moderne,  étudiées  avec  tant  de  soin  par  M.  Wilhelm. 
Creizenach,  sont  maintenant,  dans  presque  tous  les  pays  chrétiens, 
l'objet  de  recherches  minutieuses  et  approfondies.  Nous  n'avons  pas 
renoncé  nous-mêmo  à  reprendre  quelque  jour  tel  ou  tel  point  de  ce 
sujet  qui  a  été  l'une  des  occupations  favorites  de  notre  jeunesse.  Nous 
n'en  sommes  que  mieux  préparé  à  comprendre  et  à  louer  les  remar- 
quables essais  en  ce  genre  d'un  jeune  érudit  américain,  M.  Karl 
Young.  Les  trois  études  de  lui  que  nous  avons  sous  les  yeux  lui  font 
grand  honneur.  Dans  l'une  :  La  Descente  aux  Enfers  dans  le  drame 
liturgique,  il  a  recueilli  de  multiples  et  curieux  exemples  de  l'un  des 
rites  de  Raques,  se  rapportant  de  façon  plus  ou  moins  directe,  plus  ou 
moins  précise,  et  sous  une  forme  plus  ou  moins  dramatique,  à  ce  mo- 
tif, à  cette  scène  qui  tient  une  place  importante  dans  les  Mystères  en 
langue  vulgaire.  Une  autre  ;  Un  Drame  liturgique  de  Joseph  et  de  ses 
frères,  enrichit  d'un  texte  curieux  et  nouveau  le  théâtre  latin  scolaire 
du  moyen  âge  et  ce  vaste  cycle  des  Prophètes  du  Christ,  d.yiii  nous 
avons  essayé  naguère  de  retracer  la  genèse  et  la  de';Lince  (Biblio- 
thèque de  l'Ecole  des  chartes,  années  1867,  1868  et  1877;  tirage  à 
part  épuisé,  Paris,  Didier,  1878,  in-8).  Enfin  àa  publication  intitu- 
lée :  L'Office  dramatique  de  la  Présentation  de  la  Vierge  par  Philippe 


—  219  -^ 

de  Mézières  met  à  notre  disposition,  avec  des  renseignements  et  des 
précisions  très  utiles,  un  document  fort  original,  intéressant  à  la  fois 
pour  l'histoire  de  la  liturgie,  pour  l'histoire  du  théâtre  et  pour  l'his- 
toire des  mœurs. 

5.  ■ —  Les  Curiosités  bibliographiques  relatives  au  drame  chrétien,  de 
M.  Louis  Duval,  archiviste  honoraire  de  l'Orne,  n'ont  que  peu  trait 
au  moyen  âge.  Elles  s'appliquent  surtout  au  drame  religieux  detl'âge 
postérieur,  c'est-à-dire  aux  pièces  sur  des  sujets  sacrés  composées 
durant  la  période  de  la  Renaissance  et  de  l'ère  classique,  et  dont  le 
plus  grand  nombre  ont  revêtu  la  forme  de  la  tragédie.  Ce  n'en  est  pas 
moins,  à  plusieurs  égards,  un  prolongement  des  mystères,  et  nous 
voyons,  par  exemple,  la  représentation  de  la  Passion  se  continuer 
bien  au-delà  de  ce  que  l'on  pourrait  croire  d'abord.  On  remarque  en 
particulier  les  curieux  détails  donnés  par  M.  Duval  sur  la  composition 
«  de  François  Chevillard,  prêtre  d'Orléans,  qui,  en  1649,  fit  paraître 
chez  Hotot,  imprimeur  à  Orléans,  la  Mort  de  Théandre  ou  la  san- 
glante tragédie  de  la  mort  et  passion  de  Notre- Seigneur  Jésus-Christ, 
dédiée  aux  âmes  fidèles,  in-12.  Bien  que  composée  sans  aucun  souci 
des  règles  étroites  imposées  par  Aristote  à  l'art  dramatique,  cette 
pièce  devait  survivre  au  jugement  sévère  du  janséniste  Boileau  sur  la 
grossière  ignorance  de  nos  dévots  aïeux  et  sur  la  trop  naïve  impru- 
dence 

Qui  sottement  zélée  en  sa  simplicité 

Joua  les  Saints,  la  Vierge  et  Dieu  par  piété. 

Ecrite  pour  le  peuple,  souvent  représentée  en  province  et  réimprimée 
plusieurs  fois  à  Orléans,  à  Rouen,  à  Caen,  son  succès  se  soutint  jus- 
qu'à la  Révolution.  On  la  jouait  encore  en  Bretagne  en  1789.  »  Comme 
il  est  naturel,  les  Curiosités  de  M.  Duval  se  rapportent  surtout  à  la 
Normandie. 

6.  —  La  célèbre  représentation  d'Oberammergau  en  Haute-Ba- 
vière est  assurément  l'un  des  plus  beaux  et  plus  imposants  rejetons  de 
la  tradition  dramatique  du  moyen  âge.  M.  Maurice  Blondel,  dans  son 
écrit  :  La  Psychologie  dramatique  du  mystère  de  la  Passion  à  Oberam- 
mer^^i^au,  remarquable  comme  tout  ce  qui  sort  de  sa  plume,  s'(  st  moins 
occupé  d'histoire  littéraire  que  de  philosophie  et  de  haute  esthétique. 
Sans  partager  toujours  toutes  ses  façons  devoir,  on  goûte  l'élévation 
et  la  profondeur,  un  peu  obscure  parfois,  de  ses  observations  et  de  ses 
aperçus.  On  ne  peut  qu'admirer  les  belles  pages  si  chrétiennes  (p.  38, 
39),  qui  commencent  ainsi  :  «  Que  faudra-t-il  dire  maintenant  du 
personnage  incomparable  qui,  par  hypothèse,  subit  et  sent  en  homme 
toute  la  succession  douloureuse  du  sacrifice,  mais  qui  en  même  temps 
connaît  et  veut  en  Dieu  cett  agonie  et  cette  mort  dont  la  claire 
vision  perpétue  les  douleurs?...  » 


—  220  — 

7  et  8.  —  Combien  la  tradition,  religieuse  et  ccnvique,  du  théâtre 
antérieur  à  la  Renaissance  était  puissante  encore  durant  cette  Renais- 
sance même,  c'est  ce  qui  ressort  clairement  des  rcclierches  très  bien 
conduites  et  très  bien  présentées  par  M.  Gustave  Cohen  dans  son 
écrit  :  Rabelais  et  Je  Théâtre^  où  il  a  relevé,  groupé,  crmmeuté  toutes 
les  allusions  ou  indications  relatives  à  la  littérature  et  à  l'ait  duma- 
tique^  contenues  dans  l'œuvre  touffue  de  l'auteur  de  Gargantua  et 
de  Pantagruel.  «  L'époque  (nous  dit-il,  et  il  le  prouve)  où  Rabelais 
conçut  et  publia  son  œuvre  n'est  pas  l'âge  de  la  tragédie  et  de  la 
comédie,  c'est  encore  celui  du  mystère  et  de  la  farce.  Le  moyen  âge 
ne  finit  ni  en  1453,  avec  la  prise  de  Constantinople,  ni  même  en 
1500,  avec  la  naissance  de  Charles-Quint;  sur  bien  des  points,  par  des 
filons  profonds  et  tenaces,  '1  se  prolonge  très  avant  dans  le  xvi^  siè- 
cle. Si  l'architecture,  dès  le  début  du  siècle,  est  en  pleine  révolution, 
si  Chenonceaux,  Chambord,  Blois  sont  déjà  bâtis,  la  littérature  est 
plus  lente  à  évoluer,  et  surtout  la  littérature  dramatique.  «  —  La 
persistance  de  cette  même  tradition  est  encore  bien  mise  en  lumière, 
en  ce  qui  concerne  les  procédés  techniques  des  représentations  théâ- 
trales, dans  le  très  clair  et  très  agréable  opuscule  du  même  érudit  : 
L' Evolution  de  la  mise  en  scène  dans  le  théâtre  français. 

9.  —  Cette  même  question  de  la  mise  en  scène  est  traitée  d'une 
façon  détaillée,  pour  le  xvi^  et  le  xvii^  siècles,  dans  plusieurs  des  mor- 
ceaux recueillis  par  M.  Eugène  Rigal  en  son  volume  :  De  Jodelle  à 
Molière.  Tragédie,  comédie,  tragi-comédie,  dont  H  définit  ainsi  le  ca- 
ractère :  «  Sans  former  un  tout  régulier,  les  essais  que  je  réunis  ici 
ont  cependant  un  lien  commun  entre  eux  et  avec  d'autres  études  que 
j'ai  précédemment  publiées.  —  Les  trois  premiers  (1.  Les  Personnages 
conventionnels  dans  les  comédies  du  xvi^  siècle.  —  2.  La  Mise  en  scène 
dans  les  tragédies  du  xvi^  siècle.  —  3.  Les  Trois  éditions  de  la  Sopho- 
nisbe  de  Montchrestien  et  la  question  de  la  mise  en  scène  dans  les 
trag'dies  du  xvi^  siècle)  complètent  ou  corrigent  ce  que  j'ai  dit  de  la 
comédie  et  de  la  tragédie  dans  le  Théâtre  de  la  Renaissance,  ■ —  le 
Théôire  au  xvii^  siècle  avant  Corneille,  ■ —  et  le  Théâtre  français  avant 
la  période  classique.  —  Le  quatrième  (4.  Corneille  et  l'évolution  de 
la  tragédie)  dessine,  en  la  prolongeant  bien  au-delà  de  la  date  où 
s'étaient  arrêtées  ces  études,  la  courbe  par  laquelle  se  caractérise  l'évo- 
lution de  notre  tragédie;  elle  marqije  aussi  le  rôle  joué  dans  cette 
évolution  par  Pierre  Corneille.  ■ —  Tout  en  précisant  ce  dernier  point, 
les  numéros  5,  6  et  7  (5.  Le  Cid  et  la  formation  de  la  tra^'cdie  idéa- 
liste. 6.  Polyeucte  et  l'achèvement  de  la  tragédie  cornélienne.  7. 
Don  Sanche  d'Aragon.  Un  letour  offensif  de  la  tragi-comédie),  s'effor- 
cent de  définir  les  rapports  entre  la  tragi-comédie  et  la  tragédie  dans 
la  première  moitié  du  xvn^  siècle. —  Le  numéro  8,  enfin  (8.  L' Étourdi 


~  221  -^ 

•de  Molière  et  le  Parasite  de  Tristan  THermite),  en  (tudiant  une 
source  de  Molière,  le  rapproche  de  ses  devanciers  et  ftume  une  sorte 
d'appendice  à  mon  livre  sur  le  grand  comique.  —  A  chaque  article, 
j'ai  conservé  sa  date,  qui,  dans  certains  cas,  peut  lui  servir  de  jiisti- 
.fication.  »  —  Tous  ces  morceaux  ont  le  mérite  de  la  précision  dans  le 
fond,  de  la  clarté  et  de  l'élégance  dans  la  forme,  qu'on  est  habitué 
à  rencontrer  dans  les  travaux  de  M.  Eugène  Rigal.  Nous  avons  parti- 
culièrement remarqué  et  goûté  la  discussion  de  la  théorie  de  l'évolu- 
tion des  genres  de  Brunetière  (p.  157  et  suiv.).  Les  thèses  littéraires 
du  célèbre  et  regretté  critique,  excellentes  parfois,  mais  pas  toujours 
aussi  solides  que  l'a  fait  croire  le  ton  décisif  et  dictatorial  de  cet 
«sprit  éminent,  mais  absolu  et  paradoxal,  ont  besoin  d'être  revisées, 
discutées,  même  contredites.  Il  ne  faut  pas  notamment  que  l'évolu- 
tion philosophique  et  religieuse,  si  hautement  louable,  de  cet  esprit 
et  les  services  si  noblement  rendus  par  lui,  à  la  fin  de  sa  carrière,  à 
la  grande  et  sainte  cause  de  l'orthodoxie  catholique,  canonisent, 
pour  ainsi  dire,  tout  ce  qu'il  a  pensé,  tout  ce  qu'il  a  soutenu  en  toutes 
matières  à  des  époques  fort  différentes  de  sa  vie  intellectuelle,  et  alors 
qu'il  était  parfois  sous  l'influence  d'erreurs  manifestes.  Des  contra- 
dictions telles  que  celle  de  M.  Rigal  pourront  préserver  de  cet  excès 
la  naïveté  de  certaines  admirations,  de  certains  enthousiasmes  en 
bloc.  Le  culte  des  justes  renommées  ne  doit  pas  dégénérer  enun 
snobisme  idolâtre,  au  détriment  ou  au  péril  de  la  vérité  historique  ou 
littéraire  et  peut-être  de  l'équité.  M.  Rigal,  nous  en  sommes  sûr, 
admet  pour  lui-même  la  contradiction  qu'il  pratique  librement  à  l'é- 
gard de  ses  devanciers.  «  On  a  souvent  dit,  remarque-t-il  (p. 234),  que 
Polyeucte  se  rattache  aux  anciens  mystères,  et  l'on  a  eu  tort,  notre 
anci  nne  littérature  dramatique  étant  sans  doute  ignorée  de  Cor- 
neille. ))  Cette  assertion  est  contestable.  IL  semble  résulter  de  V Exa- 
men même  de  Polyeucte  par  son  auteur  que  Corneille  a  recueilli  dans 
les  pièces  sacrées  des  humaiiistes  de  la  Renaissance,  lesquelles  se 
rattachent  en  bonne  partie  à  la  tradition  des  mystères,  au  moins 
l'écho  indirect  de  cette  tradition. 

10.  —  Parmi  les  sujets  abordés  dans  le  volume  de  M.  Rigal  figure 
(p.  204  et  suiv.)  une  comparaison  détaillée,  faite  avec  beaucoup  de 
soin  et  de  critique,  du  Ciel  de  Corneille  avec  son  devancier  et  modèle 
espagnol.  La  même  question  a  été  traitée,  à  un  point  de  vue  un  peu 
différent,  plus  favorable  au  système  dramatique  d'Espagne,  issu  di- 
rectement de  la  tradition  du  moyen  âge,  par  notre  très  distingué 
collaborateur  M.  l'abbé  G.  Bernard,  dans  son  opuscule  :  Le  Cid  espa- 
gnol et  le  Cid  français.  Essai  de  critique  et  d'analyse  littéraire,  lequel 
inaugure  une  série  d'études  intitulées  :  L'Imitation  espagnole  en 
France.  L'impression  que  laisse  à  l'esprit  la  lecture  de  cet  intéres- 


—  222  -- 

sant  travail,  c'est  que,  s'il  n'avait  subi  l'influtnce  du  systtme  pseudo- 
classique promulgué  par  l'abbé  d'Aubignac,  Corneille,  émondant, 
resstrrant,  fortifiant  la  pièce  de  Guillen  de  Castro,  écartant  les  dé- 
fauts de  ce  poète,  mais  gardant  et  développant  plus  qu'il  ne  l'a 
fait  toutes  ses  qualités,  aurait  produit  un  Cid  supérieur  encore  au 
chef-d'œuvre  qu'il  nous  a  donné. 

11.  —  C'est  une  contribution  à  l'histoire  de  notre  théâtre  pendant 
la  période  qui  a  précédé  immédiatement  l'âge  classique,  dont  M.  Emile 
Magne  a  cherché  à  nous  enrichir  dans  son  étude,  agréablement  et 
utilement  illustrée  de  gravures  empruntées  aux  peintures  ou  estampes 
contemporaines  :  Gaulthier-Garguille,  comédien  de  V Hôtel  de  Bour- 
gogne. Infiniment  supérieur  au  travail  sur  le  même  sujet  de  M.  Gas- 
ton Sansrefus,  dont  le  Polybihlion  a  rendu  compte,  appuyé  d'une 
riche  et  solide  érudition  bibliographique,  portant  la  marque  d'une 
critique  encore  incomplète,  mais  en  éveil,  cet  ouvrage  est,  par  mal- 
heur, gâté  par  un  triple  et  grave  défaut  :  une  forfanterie  d'esprit- fort 
qui  va  jusqu'à  l'inconvenance  (p.  7);  une  licence  morale  qui  ne  se 
refuse  aucun  manque  de  retenue  et  oublie  à  fond  que  «  le  lecteur 
français  veut  être  respecté  »  (p.  12,  24,  25,  44  et  passim);  enfin  un 
style  détestable,  où  sont  poussées  à  bout  les  extravagances  préten- 
tieuses et  antifrançaises  de  ce  qu'on  appelle  «  l'écriture  artiste  ».       ^'"^ 

12.  —  Dans  les  premières  pages  de  son  volume  :  Le  Théâtre  et  la 
Révolution.  Histoire  anecdotique  des  spectacles,  de  leurs  comédiens' et 
de  leur  public  par  rapport  à  la  Révolution  française,  M.  Ernest  Lunel 
a  voulu  faire  l'effet  d'un  hcmme  au  courant  de  l'histoiie  du  genre 
dramatique.  Mais  précisément  ces  pages  intitulées  :  Le  Théâtre  et 
l'Église  montrent  au  contraire  qu'il  n'y  entend  rien  du  tout.  Au 
reste,  le  corps  même  de  l'ouvrage  nous  a  laissé  l'impression  d'une 
compilation  incohérente  ,et  confuse,-  d'un  amas  d'anecdotes  et  de 
faits  divers  comprenant  quantité  de  choses  étrangères  au  sujet,  d'un 
livre,  en  un  mot,  qui  n'a  été  ni  médité,  ni  composé,  ni  écri\.. 

13.  —  Quel  contraste  entre  cette  négligence  inconsciente,  cette 
étourderie  de  laisser- aller  et  le  soin  consciencieux  et  réfléchi  avec 
lequel  M.  de  Lanzac  de  Laborie,  en  un  sujet  analogue,  a  recherché 
et  disposé  les  matériaux,  également  anecdctiques,  de  la  huitième  série 
de  sa  vaste  enquête  :  Paris  sous  Napoléon,  laquelle  a  sa  place  dans 
le  présent  article,  parce  qu'elle  a  pour  sujet  !e  Théâtre-Français. 
«  Mon  intention  primitive,  nous  dit  l'auteur,  était  de  consacrer  ce 
volume  à  l'ensemble  des  spectacles  parisiens  pendant  l'ère  napoléo- 
nienne. L'abondance  des  renseignements,  l'attrait  de  documents  en 
partie  nouveaux,  peut-être  aussi  la  sçduction  plus  ou  moins  incons- 
ciente que  les  choses  du  théâtre  e:  ercent  chez  nous  sur  tous  les  es- 
prits, m'ont  conduit  à  élargir  mon  plan  et  à  ne  traiter  ici  quedu 


-  223  — 

Théâtre-Français,  de  beaucoup  le  plus  important  et  à  peu  près  le  seul 
littéraire,  en  y  joignant  le  théâtre  de  picard  ou  Tht  âtre  de  l'Impcra- 
trice,  qui  peut  en  êtie  considéré  comme  lannexe.  A  l'étudedu  Théâtre- 
Français,  j'ai  rattaché  les  géntralitts  communes  à  tous  les  spectacles, 
et  aussi  quelques  données  sur  lalittérature  dramatique  du  temps,  don- 
nées que  j'ai  présentées  le  plus  brièvement  possible,  mais  sans  lesquel- 
les il  m'a  paru  quemon  récit  serait  incomplet  et  presque  inintelligible.  » 
Le  volume  est  partagé  en  sept  chapitres  :  1.  Installation  matérielle 
et  régime  administratif.  II.  La  Troupe.  III.  Le  Répertoire.  IV.  Les 
pièces  nouvelles.  V.  Le  Public  et  la  Critique.  VI.  Les  Comédiens  ordi- 
naires de  l'Empereur.  Vil.  Théâtre  de  l'Impératrice  (Louvois,  Odéon). 
Nous  noterons  une  fois  de  plus,  sans  qu'il  soit  nécesaire  d'y  ir  sister, 
le  talent  d'exposition  de  M.  de  Lanzac  de  Laborie,  sa  langue  de 
bonne  qualité^  son  style  net,  sobre,  ferme,  distingué  avec  naturel. 
L'ouvrage  est  un  tissu  d'anecdotes  (c'est  la  mode  du  jour)  mais  si 
bien  groupées  et  si  bien  contées  !  L'auteur  ne  néglige  pas  d'ailleurs 
d'en  faire  ressortir,  quand  il  y  a  lieu,  la  signification  historique  ou 
littéraire  et,  pour  ainsi  dire,  l'idte  générale.  Son  goût  en  littérature 
est  fin,  large  et  renseigné.  Nous  avons  particulièrement  goûté  les  pa- 
ges (p.  182-184)  où  l'auteur  explique  les  fâcheux  préjugés  qui  faisaient 
encore  obstacle  sous  l'Empire  à  «  l'introduction  du  moyen  âge  chré- 
tien sur  la  scène  »;  celles  qui  se  rapportent  aux  principales  «  tragédies 
nouvelles  représentées  au  début  du  siècle  dernier  »  (p.  186  et  suiv.); 
celles  où  sont  examinés  le  caractère,  le  rôle,  le  talent  du  célèbre  cri- 
tique Geoffroy,  pour  lequel  nous  trouvons  M.  de  Laborie  trop  sévère 
(p.  261  et  suiv.).  Nous  ne  partageons  pas  non  plus  tout  à  fait  son  avis 
sur  «  la  comédie  en  vers  »  (p.  222-224)  et  nous  contestons  surtout  que 
l'origine  de  cet  usage  doive  être  rapporté  à  l'imitation  de  la  comédie 
antique.  Notre  comédie  nationale  du  moyen  âge,  moralité,  farce  ou 
sotie,  a  toujours  été  en  vers.  C'est  de  l'Italie  que  nous  est  venue 
l'habitude  contraire,  très  louable  d'ailleurs  à  beaucoup  d'égards, 
de  la  comédie  en  prose.  Il  va  sans  dire  que  Napoléon  n'est  pas  absent 
de  ce  volume  qui  porte  son  nom.  On  sait  qu'il  pensait  à  tout  et 
touchait  à  tout.  M.  de  Laborie  a  extrait  pour  nous  deà  Souvenirs 
du  comte  de  Mérode-Westerloo  une  curieuse  peinture  de  l'attitude  de 
l'Empereur  à  une  représentation  de  gala  :  «  Ce  n'était  depuis  l'or- 
chestre jusqu'à  la  porte  du  parterre  que  broderies  d'or  et  de  soie; 
toutes  les  loges  étaient  pleines  de  dames  du  nouveau  régime,  parmi 
lesquelles  on  en  remarquait  quelques-unes  de  l'ancien...  Napoléon 
seul,  dans  la  loge  impériale,  était  étendu  tout  de  son  long,  dans  un 
fauteuil  de  velours  cramoisi  galonné  d'or,  les  bras  et  les  jambe» 
croisés...  Derrière  son  fauteuil  se  tenaient  debout  le  grand  maître 
des   cérémonies,    comte  de  Ségur,   le  grand  chambellan,,  comte  de 


—  224  — 

Montesquiou,  tous  deux  eh  uniforme  rouge  et  or.  Napoléon,  tirant 
fréquemment  de  sa  poche  une  tabatière,  prenait  une  quantité  de 
tabac,  et  adressait  de  temps  en  temps,  d'un  air  de  hauteur,  quel- 
ques paroles  à  ces  deux  messieurs;  sa  figure  exprimait,  ce  jour-là, 
l'humeur  et  l'agitation...  On  juge  bien  que  je  m'occupais  fort  peu  du 
spectacle,  et  que  mes  yeux  furent  constamment  portés  sur  Napoléon, 
dont  les  attitudes  et  le  jeu  de  physionomie  sont  toujours  présents  à 
ma  mémoire.  »  (P.  288).  Le  grand  parvenu  est  saisi  là  sur  le  vif. 

14.  —  La  persévérance  dans  une  entreprise  difficile  et  de  longue 
haleine  est  une  marque  de  vigueur  d'esprit.  Comme  dans  le  Paris 
sous  Napoléon  de  M.  de  Lanzac  de  Laborie,  nous  sommes  heureux 
de  la  reconnaître  et  de  la  louer  dans  l'Histoire  générale  du  théâtre  en 
France  de  M.  Eugène  Lintilhac.  Le  tome  V  de  ce  grand  ouvrage  a 
pour  sujet  la  Comédie  de  la  Révolution  au  second  Empire,  c'est-à-dire 
«  l'évolution    des   genres    purement   comiques,  de  Beaumarchais  à 
Augier  et  à  Dumas  fils...  Nous  aurons  ainsi,  ajoute  l'auteur,  conduit 
à  son  terme  classique  l'histoire  de  la  comédie  en  France.  »  —  Rappe- 
lons  ici  son   dessein   pour  la   suite  du  livre  :  «  La  seconde  partie 
exposera  d'abord  l'évolution  du  genre  tragique  et  des  genres  mixtes 
tels  que  la  tragi-comédie,  la  pastorale  dramatique,  la  comédie  lar- 
moyante, la  tragédie  bourgeoise,  le  drame  et  le  mélodrame  depuis  la 
Renaissance  jusqu'au  milieu  du  dernier  siècle.  —  Alors  tous  les  gen- 
res dramatiques  auront  été  étudiés  par  nous,  depuis  leurs  plus 
lointaines  origines  en  France, et  définis  par  l'analyseet  lacritiquedes 
œuvres  les  plus  caractéristiques  de  chacun  d'eux.  —  Il  nous  restera 
enfin  à  exposer  et  à  expliquer  leurs  métamorphoses  au  courant  du  der- 
nier demi-siècle.  »  —  On  voit  l'importance  attribuée  par  M.  Lintilhac  à 
«  l'évolution  des  genres  »,  et  c'est  à  bon  droit.  Le  reproche  que  lui 
a  fait  à  cet  égard  un  critique  d'ailleurs  très  distingué,  plein  d'esprit, 
de  trop  d'esprit  peut-être  (Henry  Bidou,  Journal  des  Débats  du  lundi 
21  août  1911)  ne  nous  paraît  pas  fondé.  Autre  chose  est  de  vouloir 
de  vive  force,  comme  l'a  tenté  Brunetière,  «  étendre  la  domination 
des  hypothèses  de  Lamarck,  de  Darwin  et  d'Hseckel  jusque  sur  la 
critique  »  et  l'histoire  littéraire  (Rigal,  ouvrage  cité,  p.  157),  autre 
chose  d'appliquer,  comme  l'a  fait  M.  Lintilhac  et  comme  nous  l'avons 
fait  autrefois  nous-même,  une  méthode  intrinsèque  d'investigation 
exacte  à  la  genèse,  à  la  généalogie  et  à  l'influence  l'une  sur  l'autre 
des  œuvres  littéraires  de  l'esprit  humain,  c'est-à-dire  à  l'évolution 
de  cet  esprit  même  en  matière  de  littérature  et  d'art  par  l'effet  iné- 
vitable de  la  Cause  exemplaire.   Nier  l'intérêt  et  l'utilité  de  cette 
méthode,  c'est  peut-être  se  ranger  de  gaieté  de  cœur  parmi  les  adeptes 
de  ce   que  M.  Lintilhac    appelle  en  un  endroit  «  cette  critique  hau- 
taine et  simpliste  à  la  fois  »  (p.  22)  et  en  un  autre  endroit  «  une  cri- 


—  225 i^ 

tique  plus  paresseuse  que  judicieuse  »  (p.  25).  —  La  méthode  qu'il 
a  suivie  dans  ce  volume  comme  dans  les  précédents  et  que,  loin  de  la 
relâcher,  il  aurait  peut-être  dû,  sur  quelques  points,  serrer  davan- 
tage, n'a  rien  enlevé  à  l'intérêt  de  l'exposé  de  M.  Lintilhac,  nourri 
de  faits  et  de  détails  solidement  ou  ingénieusement  groupés,  et  où  le 
lecteur  apprend  beaucoup.  Le  nombre  d'œuvres  aujourd'hui  oubliées, 
mais  importantes  à  leur  date  et  par  leur  influence,  qu'il  nous  fait 
connaître  par  des  citations  bien  choisies,  souvent  agréables  et  même 
amusantes,  est  considérable.  Ses  appréciations  sont  toujours  d'un 
homme  de  goût,  nourri  de  la  forte  culture  classique,  et  qui,  tout  en 
ouvrant  son  esprit  aux  nouveautés  utiles,  ne  répudie  jamais  les 
règles  essentielles.  Nous  avons  noté  et  loué  déjà  sa  réserve  morale 
et  son  souci  de  ne  pas  mêler  à  tout  propos,  comme  d'autres  l'auraient 
fait  à  sa  place,  la  controverse  et  la  passion  politiques  à  ses  juge- 
ments littéraires.  Il  va  sans  dire  néanmoins  que  sur  tel  et  tel  point 
notre  façon  de  voir  n'aurait  pas  été  la  sienne.  Nous  aurions  été 
sévère,  alors  qu'il  est  indulgent  et  même  favorable  à  tel  proverbe  de 
Théodore  Leclereq  ou  à  telle  fantaisie  d'Alfred  de  Musset.  Mais, 
jugé  pour  l'ensemble,  étant  donné  le  public  auquel  il  s'adresse,  c'est 
un  travail  vraiment  neuf  et  intéressant  dans  les  diverses  parties  dont 
il  se  compose,  à  savoir  :  Introduction.  Les  Théâtres  et  la  loi  depuis 
la  Ilbvolution  :  scènes,  genres  et  troupes.  Chapitre  1.  La  Comédie 
de  mœurs  dans  le  théâtre  de  la  Révolution,  il.  La  Comédie 
de  mœurs  de  Picard  à  Etienne.  III.  La  Comédie  de  mœurs 
d'Etienne  à  Scribe.  IV.  La  Comédie  de  genre  de  Collin  d'Har- 
leville  à  Octave  Feuillet.  V.  La  Comédie-proverbe  :  Théodore 
Leclercq  et  ses  émules;  Alfred  de  Musset.  VI.  La  Comédie  d'intrigue 
après  Beaumarchais  et  le  vaudeville  avant  Scribe.  VIL  Scribe  et  la 
comédie- vaudeville.  VII I.  La  Comédie  de  mœurs  de  Scribe  à  Au- 
gier.  • —  Conclusion.  Selon  sa  bonne  habitude,  l'auteur  termine  le 
volume  par  une  Bibliographie,  ainsi  divisée  :  1.  Editions. —  2. 
Ouvrages  de  critique  et  d'histoire. 

15.  —  Nous  trouvons  à  plusieurs  reprises  le  nom  de  M.  Lintilhac 
dans  les  tableaux  qui  forment  une  partie  considérable  de  l'intéressant 
opuscule  de  M.  Roger  Scmichon  :  Les  Matinées- Conférences  du  jeudi 
à  l'Odéon.  Notice  historique  et  bibliographique.  «  L'intérêt  qui  s'at- 
tache aux  matinées-conférences  de  l'Odéon  est  double,  nous  dit 
l'auteur.  D'une  part,  ce  genre  de  spectacle  a  tenu  une  large  place 
dans  l'histoire  du  second  Théâtre- Français;  m  outre,  les  conféren- 
ciers ayant,  depuis  1887,  parlé  de  toutes  les  pièces  importantes  ou 
.curieuses  de  notre  littérature  dramatique,  se  trouvent  avoir  fait  une 
sorte  d'histoire  du  théâtre  en  France,  où  abondent  les  aperçus  ingé- 
nieux et  les  développements  brillants.  »  La  Notice  historique  s'ap- 
Mars  1912.  T.  CXXIV.  15. 


:—  226  -- 1. 

pliquo  aux  directions  successives  de  MM.  Porel,  Marck  et  Desbeaux, 
Ginisty,  /Vntoine.  La  Notice  bibliographique  comprend,  du  27  octobre 
1887  au  26  mai  1910,  le  tableau  des  conférences,  dressé  par  saison 
théâtrale.  Ce  tableau,  ou  plutôt  chacun  de  ces  tableaux  renferme  la 
date  de  la  conférence,  le  noni  du  conférencier,  le  sujet  traité  et, 
s"il  y  a  lieu,  l'indication  de  l'endroit  où  est  imprimé  le  texte  de  la 
conférence.  On  sait  combien,  depuis  quelque  temps,  s'est  développée 
la  vogue  des  conférences  de  toute  espèce.  Les  dames  surtout  les  goû- 
tent extrêmement.  C'est  pour  elles,  disent  les  mauvaises  langues,  une 
occasion  plus  intellectuelle  que  d'autres  d'exhiber  les  modes  nou- 
velles. 

16.  — ■  L'influence  (pas  toujours  heureuse)  de  nos  modes  et  de  notre 
théâtre  s'étend  sur  tout  le  monde  civilisé.  11  est  naturel  qu'on  la 
subisse  tout  particulièrement  sur  mie  terre  autrefois  française  et  où 
l'ancienne  patrie  n'est  pas  oubliée.  C'est  ce  dont  témoigne  le  volume 
de  M.  Marcel  Henry  :  Le  ThAire  à  Montréal.  Propos  d'un  Huron 
canadien.  «  Au  Canada,  nous  dit  l'auteur,  un  jeune  honmie,  le  théâtre 
français,  quand  il  est  dirigé  par  des  hommes  de  goût,  entretient  une 
sorte  de  culture  latine  et  la  gloire  du  verbe  (sic)  français  retentit  avec 
bonheur  sur  ces  rives  qui  n'ont  pas  désappris  à  aimer  la  France 
et  à  la  servir  dans  la  constance  immuable  des  âmes  qui  se  souvien- 
nent et  lui  veulent  des  destins  supérieurs  au  temps.  De  la  sortt,  les 
roses  de  France  fleurissent  chez  nous,  même  sous  la  neige  qu'appor- 
tent les  vents  du  Nord.  La  petite  flamme  allumée  par  les  créateurs 
du  sol  canadien,  brille  toujours;  elle  éclaire  nos  montagnes  et  nos 
vallées  d'une  lueur  qui  magnifie  les  choses,  héroïse  les  sentiments. 
Cette  «  marche  »  d'Amérique  compose  à  elle  seule  tout  un  poème  d'a- 
mour et  de  fidélité.  Et  sa  persistance  à  durer  et  à  se  définir  est  un 
hommage  à  la  vitalité  de  l'âme  française.  ■ —  Nous  avons  griffonné, 
en  marge  des  drames  qui  nous  furent  donnés  à  Montréal,  nos  impres- 
sions semaine  par  semaine.  Les  Français  qui  nous  feront  l'honneur 
de  nous  lire  voudront-ils  discerner  à  travers  ces  bégaiements  de 
jeune  critique  et  ces  notions  chétives,  une  façon  de  penser  et  de 
sentir  qui,  pour  leur  être  devenue  probablement  étrangère,  repré- 
sente quelque  chose  de  leur  passé  avec  le  frémissement  juvénile 
d'une  âme  amoureusement  soumise  à  sa  terre  et  à  ses  morts.  »  —  A 
l'analyse  et  à  l'appréciation  d'une  vingtaine  de  pièces  de  notre  théâ- 
tre contemporain,  représentées  à  Montréal,  l'auteur  a  joint  sous 
ce  titre  :  Notes  et  impressions,  quelques  souvenirs  de  voyage.  —  11 
serait  désastreux  que  la  façon  de  penser  et  de  sentir  de  M.  Marcel 
Henry  fût  devenue  étrangère  aux  Français  de  France,  car  elle  est  non 
seulement  profondément  hoimête,  mais  profondément  chrétienne  et 
catholique,  avec  un  souci  déclaré  sans  respect  humain,  mais  dont 


—.227  — 

l'expression  n'est  pas  toujours  aussi  chaste  que  la  pensée,  pour  ]a 
moralité  au  théâtre  et  dans  la  vie.  Ce  que  M.  Henry  aurait  besoin, 
un  urgent  besoin  de  réformer,  c'est  son  style,  où  s'étale  avec  can- 
deur, dans  toute  son  extravagance  prétentieuse,  la  mode  qui,  Dieu 
merci,  commence  à  décliner  chez  nous,  de  l'absurde  «  écriture  ar- 
tiste )).  11  écrit  sans  sourciller  :  «  L'entrevue  est  mousseuse  d'observa- 
tion subtile,  réglée  par  un  maître  «.  (P.  171).  Il  nous  parle  d'  «  un 
frigide  frisson  »  (p.  203)  et  de  «  petits  glaciers  nains  qui  se  pendent 
aux  jupes  de  leurs  mères  «  (p.  206-207).  Le  jargon  de  Cathos  et  de 
Madelon  devient  auprès  de  cela  un  chef  d'œuvre  de  naturel.  Bref, 
M.  Marcel  Henry  écrit  mal,  horriblement  mal.  Mais,  au  travers  de 
son  «  écriture  »  saugrenue,  on  distingue  des  qualités  natives,  et  en 
particulier  une  délicatesse  de  cœur,  d'esprit  et  de  sentiment  et  une 
fraîcheur  d'imagination  qui  n'attendent,  pour  s'épanouir,  qu'un 
meilleur  langage.  Il  suffirait  à  M.  Henry,  pour  l'acquérir,  de  renoncer 
à  l'imitation  des  sottises  en  faveur  dans  certains  petits  cénacles  de 
Paris,  mais  que  l'on  devrait  dédaigner  à  Montréal,  et  de  revenir  à 
l'étude  des  grands,  des  impérissables  modèles  de  notre  littérature. 
Pour  bien,  très  bien  écrire,  il  n'a  qu'à  le  vouloir.  Qu'il  le  veuille  ! 

Marius    Sepet. 


THÉOLOGIE 


JLnchiridio»    «yinboloi'tim,  definitionum  et  declaratio 
num  de  rcbue  lidei  «A  ■noriim,  auctore  il.  Dbnzinoëh.  Ediiio  XI, 
quam  paravit  Cl.  Bannwart.  Friburgi  Brisgoviae,  Herder,  1911,  in-8  de 
xxvu-592  p.  —  Prix  :  6  fr.  25. 

Cette  nouvelle  édition,  devenue  si  tôt  nécessaire,  dit  assez  l'utilité 
de  l'ouvrage  et  le  prix  qu'on  attache  à  la  refonte  opérée  par  le  R.  P. 
Cl.  Bannwart.  Outre  la  correction  de  quelques  erreurs  signalées  dans 
la  précédente,  voici  les  améliorations  introduites  dans  celle-ci  :  addi- 
tion des  décisions  de  la  Commission  biblique  depuis  1907  (sur  S.  Jean, 
Isaïe,  la  Genèse,  les  Psaumes),  du  décret  Quam  singulari  (sur  la 
communion  des  enfants),  du  serment  antimoderniste  et  de  quelques 
documents  antérieurs  (spécialement  sur  le  célibat  des  clercs  (Con- 
cile d'Elvire)  et  le  primat  romain  (lettres  de  Jules  II,  texte  du  Con- 
cile de  Sardique,  lettre  de  Clément  VI).  La  table  de  concordance 
entre  les  numéros  des  éditions  antérieures  et  des  éditions  nouvelles 
a  été  très  heureusement  augmentée.  On  souhaiterait  encore  que  cha- 
que numéro  du  texte  actuel  portât  entre  parenthèses,  aussi  souvent 
que  possible,  le  numéro  correspondant  d'autrefois  :  ce  serait  plus 
commode  et  plus  simple.  G.  Grs. 


.  —  228  ~ 

lia  ^Vocati»n  Jau  sacerdoce,  par  F.    J.    Hurtaud.    Paris,   Lecoffre, 
(iabalda,  1911,  in-li!  de  '')53  p.  —  Prix  :  4  fr. 

Ce  livre,  écrit  à  l'occasion  et  à  l'encontre  de  la  thèse  de  M.  Lahit- 
ton,  est  l'truvre  d'un  théologien  averti  et  compétent.  La  plupart  des 
questions  soulevées  par  le  professeur  d'Aire  y  reçoivent  une  solution 
pleinement  satisfaisante,  appuyée  sur  des  raisons  théologiques  pé- 
remptoires  et  sur  la  doctrine  constante  de  l'Église.  Certains  chapi- 
tres, ceux  par  exemple  où  M.  Hurtaud  fait  la  synth  se  des  troisvoca- 
tions  (vocation  à  la  vie  chrétienne,  vocation  à  la  vie  religieuse,  voca- 
tion au  sacerdoce)  ou  encore  ceux  où  il  analyse  l'attrait-intention 
droite  assureront  à  son  livre  un'  valeur  durable. 

On  souhaiterait  que,  dans  une  nouvelle  édition,  l'auteur  donne 
une  part  plus  grande  à  la  documentation  et  qu'il  adoucisse  parfois 
le  ton  un  peu  rude  de  cette  controverse.  On  comprend  la  colère  du 
théologien  sincère,  blessé  par  les  accusations  peu  réfléchies  et  par  la 
méthode  très  peu  scientifique  de  l'écrivain  qu'il  réfute.  Dégagée  de 
quelques  vivacités,  sa  réfutation  n'en  sera  pas  moins  forte  •  t  se 
fera  goûter  davantage.  H.  Grs. 


JURISPRUDENCE 

JFarisprsidence  générale  et  législation  de  la  médecine- 
liharinaeie,  publiée  par  Phily,  Hknri  Petkl,  F.  Izouard,  A.  Crinon  , 
aIakcel  Petii'  et  P.  Bogelot.  Paris,  Larose  et  Te  nui  ;  Admiaislraiiou 
du  Recueil  des  Sommaires  de  la  jurisprudence  française.  1911,  iu-8  de  Xlli- 
959  p.  —  Prix  :  20  fr. 

Ce  volume  est  le  recueil  le  plus  complet  qu'on  puisse  trouver  sur 
une  matière  qui  intéresse  tout  le  monde  et  qui  donne  lieu  aux  ques- 
tions contentieuses  les  plus  variées.  Le  livre  premier  est  consacré  à 
la  jurisprudence.  11  embrasse  une  période  de  quinze  années  et  cer- 
taines décisions  publiées  remontent  même  jusqu'à  1892.  On  peut 
dire  qu'il  contient  la  solution  de  presque  toutes  les  espèces  qui  peu- 
vent se  présenter;  mais  ce  n'est  pas  un  ouvrage  de  doctrine.  Les  au- 
teurs se  sont  interdit  toute  opinion  personnelle  et  n'ont  eu  d'autre 
but  que  de  renseigner  leurs  lecteurs  sur  la  façon  dont  les  tribunaux 
ont  résolu  les  questions  qui  leur  ont  été  posées.  C'est  un  ouvrage 
essentiellement  documentaire,  dont  la  valeur  scientifique  réside  dans 
le  classement  méthodique  des  solutions  publiées,  à  la  manière  de 
la  publication  bien  connue  du  Recueil  des  Sommaires  dont  il  est 
issu.  Le  livru  premier  est  divisé  en  trois  titres  ayant  respecti- 
vement pour  objet  :  1"  la  médecine  et  la  chirurgie  ;  2^  la  phar- 
macie ;  3°  les  autres  professions  concernant  l'art  de  guérir  (den- 
tistes, sages-femmes,  vétérinaires,  herboristes).  Le  livre  second  est 


—  229  —      " 

consacré  à  la  législation.  Il  contient  d'abord  les  articles  des  codes 
applicables  à  la  matière,  puis  le  texte  de  265  lois,  décrets,  arrêtés, 
(circulaires,  qui,  depuis  l'arrêt  du  règlement  du  Parlement  de  Paris 
du  23  juillet  1748  jusqu'au  décret  du  18  juillet  1910,  la  réglementent 
à  l'heure  actuelle.  L'impression  est  excellente;  les  références  sont  très 
clairement  indiquées.  On  ne  saurait  mieux  atteindre  le  but  utilitaire 
que  se  sont  proposé  les  auteurs.  E.  G. 


SCIENCES    ET    ARTS 

Pagejii  scolaireii.  Récits,  fiouvenira,  polémiques,  par  A.  Va- 

ouBTTE.  Paris,  Bloivi,  1910,  in-16  de  179  p.  —Prix  :  2  fr. 

Sous  C(^  titre  modeste,  ce  livre  est  un  livre  de  combat.  C'est  la 
dt'>fonse  de  l'enseignement  chrétien  sur  tons  les  terrains  où  se  sont 
livrées  les  dernières  batailles  qui  ont  laissé  tant  de  ruines  derrière 
elles,  tant  de  blessés  aussi  et  un  grand  nombre  de  morts  tombés  vic- 
times de  la  misère,  de  la  proscription  et  de  l'exil.  En  faveur  de  ces 
vaillants,  le  volume  de  M.  Vaquette,  un  vaillant  lui-même,  apporte 
un  éloquent  témoignage  qui  plaidera  leur  cause  devant  l'avenir  et 
préparera  les  revanches  nécessaires.  Trois  parties,  consacrées  aux 
trois  ordres  d'enseignement,  l'enseignement  primaire,  l'enseignement 
secondaire  et  l'enseignement  supérieur. 

Sous  ces  trois  titres,  nous  trouvons  une  grande  variété  de  ques- 
tions, toutes  d'ailleurs  étroitement  unies  au  sujet  :  la  question  du 
monopole,  la  question  des  écoles  d'Orient,  la  question  du  latin  et  des 
humanités  classiques,  la  question  de  l'éducation  des  filles,  la  ques- 
tion des  hautes  études  universitaires,  toutes  éclairées  par  des  exem- 
ples qui  augmentent  le  caractère  pratique  de  ces  leçons  d'histoire, 
de  pédagogie  et  de  droit.  L'épilogue,  c'est  la  parole  des  évêques,  qui 
est  venue  donner  sa  sanction  aux  revendications ^de  l'auteur  qui'se 
déclare  heureux,  ce  sont  ses  dernières  paroles,  «  de  terminer  avec 
nos  évêques,  en  s'agenouillant  sous  cette  crosse  qui  se  lève  et  pour 
frapper  et  pour  bénir,  » 

Ce  livre  d'un  vaillant  est  un  très  bon  ouvrage  :  il'porte  le  témoi- 
gnage qu'  «  il  n'aura  cessé  d'être  un  militant  que  lorsque  la  parole 
se  sera  éteinte  sur  ses  lèvres  et  que  la  plume  sera  tombée  de  sa  main 
glacée.  »  Nous  espérons  qu'il  pourra  longtemps  encore  livrer  de  bril- 
lants combats  pour  la  justice  et  la  liberté.  P.  Talon. 


lie  Daupliin,  par  Gustave  Bord.  Montligeon,  Impr.  de  Moniiigeon  ; 
Pans,  l'duteur,  90,  avenue  Niel,  1911,  in-12  de  179  p.,  flg.  dans  le  texte 
et  12  gravures  hors  texte.  —  Prix  :  10  fr. 

M.  Gustave  Bord,  l'éminent  publiciste,  auquel  on  doit  des  études 


—  230  — 

historiques  si  remarquables,  a  occupé  pendant  quelques  années 
(1895-1899)  ses  loisirs  deVacances  à  chasser  le  marsouin;  il  y  a  mis 
le  bol  entrain  et  l'ardeur '''qu'il  apporte  à  tout  ce  qu'irontreprend; 
la  curiosité  de" son*^ esprit  l'a  conduit  à  faire,  au  cours  de  ces  longs 
mois,  mainte  observation'^précise,  qu'il  a  pris  soin  de  noter  au  jour  le 
jour.  C'est  de  ces  observations  qu'il  a  lire  la  principale  matière  de  ce 
petit  volume,  édité  avec  luxe,  tiré  à  petit  nombre  et  df  dié  u  aux  amis 
qui  lui  ont  fait  l'honneur  et  le  plaisir  de  venir  à  bord  de  la 
«  Lola  »,  à  ceux  qui  s'en  souviennent  et...  aux  autres.  » 

Il  y  étudie  en  dix  chapitres  :  l'origine  du  ncm  du  dauphin'  ;  la 
légende  antique;  les  légendes  modernes;  le  dauphin  et  la  science; 
les  mœurs  des  dauphins;  les  dauphins  et  la  navigation  sous-marine; 
les  sens  du  dauphin;  le  dauphin  et  l'industrie;  la  chasse  au  dauphin; 
les  harponneurs  du  dauphin. 

Ce  ne  sont  pas  les  seuls  amateurs  de  ce  sport  qui  prendront  plaisir 
et  profit  à  ce  petit  volume;  on  y  remarquera  les  enseignements  que 
M.  Bord  demande  aux  «  cochons  de  mer»  pour  la  navigation  sous- 
marine  et  les  indications  relatives  au  bénéfice  que  l'industrie  peut 
tirer  de  cette  chasse  seront  peut-être  de  nature  à  la  rendre  plus 
populaire. 

'^De  jolies  illustrations  (médailles,  vignettes,  photographies),  parmi 
lesquelles  un  beau  et  vivant  portrait  de  l'auteur,  achèvent  de  donner 
à  ce  volume  un  caractère  d'élégance  et  de  luxe,  qui  le  fera  rechercher 
des  amateurs.  E.-G.  L. 

Annuaire  pour  l'an  1919,  publié  par  le  Bureau  ries  longiludfs. 
Paris,  Gauthier-Villars,  in-lG  de  vi-692.  a.  47,  b.  34,  G.  43  — v[-81^  p.  — 
Prix  :  1  fr.  50. 

On  sait  que,  depuis  1904,1e  Bureau  des  longitudes  ne  publie  plus  en 
quelque  sorte  qu'un  demi-annuaire  chaque  année.  Demi  est  toutefois 
un  terme  quelque  peu  restrictif,  attendu  qu'il  y  a  des  parties  ou  su- 
jet s^fixes  '  qui  sont  maintenus  sans  interruption,  tels  le  calen- 
drier et  à  peu  près  toute  la  partie  astronomique.  Cependant,  l'on  ne 
trouvera  pas,  dans  l'Annuaire  de  1912,  le  calcul  des  altitudes  par  le 
baromètre,  non  plus  que  les  parallaxes  steDaires,  la  spectroscopie  des 
étoiles  et  leurs  mouvements  propres,  les  étoiles  doubles  :  ces  données 
seront  sans  doute  fournies  derechef  en  1913.  Des  renseignements 
nouveaux  figurent  sur  la  sismologie  (M.  Bigourdan),  sur  la 
physique  solaire  (M.  Deslandres),  et  sur  celle  de  la  lune  (M.  Puiseux). 

La  partie  géographique  et  de  statistique,  ainsi  que  celle  des  mon- 
naies, poids  et  mesures,  étant  afférente  aux  années  impaires,  no  fi- 
gure pas  dans  l'Annuaire  de  1912, 

On 'sait  que,  do  par  la  loi  du  9  mars  1911,  ce  n'est  plus  à  partir  du 


—  231  — 

méridien  de  Paris  que  Ton  compte  les  longitudes,  mais  biv.ix  d'après  ce- 
lui de  la  ville  anglaise  de  Greenwich. Pourquoi  ne  pas  l'avouer  ?  Pour- 
.  quoi  employer  une  périphrase  et  dire  que  les  heures  sont  exprimées 
«  en  temps  moyenne  Paris  diminué  de  neuf  minutes  vingt  et  une  se- 
condes »  ?  Sans  doute,  ce  changement  constitue  un  certain  échec  à 
notre  amour-propre  national  ;  mais  s'il  n'y  avait  que'celui-là  !... 

Les  Notices,  cette  année,  sont  au  nombre  de  deux.  Dans  la  notice 
A,  sur  «  la  température  moyenne  des  diverses  parties  de  la  France,  » 
M.'Bigourdan  donne,  pour  chaque  mois  de  l'année,  le  tableau  des 
lignes  isothermiques  sur  toute  l'étendue  du  pays,  le  résumé  de  leurs 
moyennes  pour  les  trois  mois  d'hiver  et  les  trois  mois  d'été,  puis  un 
autre  tableau  ou  carte  donnant  les  isothermiques  moyennes  de  toute 
l'année.  Des  tableaux  ou  cartes  analogues  indiquent  les  variations  de 
température,  en  mer,  à  Clermont-Ferrand,  au  sommet  de  la  tour 
Eiffel,  au  parc  Saint-Maur,  sur  l'ensemble  de  la  France  pour  l'an- 
née entière. 

La  très  savante  notice  B,  due  à  M.  P.  Hatt,' indique  une  applica- 
tion de  la  méthode  algébrique  d^s  moindres  carres  .à  la  trigonomé- 
trie, pourarriver'à'Ia'^plus  grande  exactilude  possible  dans  les  cal- 
culs'^de" triangulation.  "C.  de  Kirwan. 

LITTÉRATURE 

B^e  IVIoyeii  l«ie  «lanfs  la  «  liôsenilc  des  siècles  »  et  les 
Squ'-ccs  «le  Victor  Ifii(|o,  par  Paul'Brrret.  Paris,  H.  Paulin,  s.  d., 
çrr.  in-8  (\p  l'.'î  n    —  Prix  :  10  fr. 

lift  Pliilnsopliie  de  V.  flufio  (as51-t959)  et  deux  llythes 
de  la  «  lié  fende  des  siëeles  r,  par  le  même.  Pari»,  H.  Paulin, 
1910,  gr.  in-S  de  Ui  y».  —  Prix  :  5  fr. 

M.  Paul  Berret  a  écrit  pour  thèses  de  doctorat  deux  livres  bien  amu- 
sants et  bien  instructifs.  On  sentait,  on  savait  m^me  déjà,  par  quel- 
ques illustres  exemples,  que  V.  Hugo  avait,  du  droit  de  fcn  génie,  pris 
son  bien  partout  où  il  l'avait  trouvé.  Mais  qu'importe,,  penFait-on, 
que  le  grand  fleuve  charrie  dars  sa  nappe  immense  les  gouttes  d'eau 
de  quelques  ruisseaux  obscur??  Il  n'en  vient  pas  moins  de  là-haut, 
d*^  la  cime  vierge  et  du  nuage  déchiré  par  l'éclair.  Et  nous  voyions 
tous,  plus  ou  moinp,  1^^  poète  dans  cette  pose  romantique  de  prophète 
inspiré,  de  vastes  en  délire,  de  Moïse  parlant  sur  la  montagne  avec 
Dieu  face  à  ^ace,  pose  dans  laquelle  il  fe  drapa  pontificalement  jus- 
qu'à la  fin...  Eh!  non,  ce  prophète  n'était  bien  qu'un  «  faiseur.  » 
Quand  à  Guernesey  il  s'enfermait  dans  son  Jook-out,  de  six  heures 
du  matin  à  onze  heures,  faisant  croire  qu'il  y  écoutait  son  démon, 
ou  quand  il  feignait,  avec  ou  ?anB  tables  tournantes,  de  recueillir  ce 
que  dit  «  la  bouche  d'ombre  »,  en  réalité  dérobant  à  tous  eon  labeur 


—  232  — 

sans  probité,  sps  démarquages,  ses  plagiats,  il  compulsait  des  dio- 
tionuaires  et  dos  manuels  d'histoire,  il  pillait  des  idées,  des  images, 
des  mots  même,  des  brassées  de  mots  sonores,  et,  jetant  le  tout 
dans  son  vers  qui  savait  tout  porter,  il  en  tirait  un  amalgame  baro- 
que, une  vraie  cuisine  de  sorcières,  dont  l'étrangeté  souvent  faisait 
à  nos  yeux  de  badauds  la  seule  grandeur... 

M.  Betret  a  pu  connaître  à  Guernesey  certains  des  livres  et  jour- 
naux qu'il  utilisait;  non  pas  tous,  sans  doute  —  et  il  reste  à  ce  paon 
bien  des  plumes  d'emprunt  à  lui  arracher  !  ^ —  Il  a,  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  méthodiquement,  minutieusement  étudié  ses  brouil- 
lons, les  notes,  les  bouts  de  vers  qu'il  jetait  en  marge  d'une  revue, 
sur  une  facture,  au  dos  d'une  lettre.  Il  a  pu  ainsi  retrouver  les  points 
de  départ,  surprendre  maint  flagrant  délit,  démêler  mainte  «  conta- 
mination, «  Suivre  en  ses  manipulations  l'alchimiste  sans  foi  ni  loi  qui 
mutile,  dénature  tout  ce  qu'il  touche,  qui  prend  ou  reprend  un 
thème  déjà  mis  en  œuvre,  une  image  qui  a  de  l'éclat,  un  reste 
inutilisé,  les  fait  passer  d'uii  sujet  à  un  autre,  sans  respect  aucun 
des  époques,  des  noms  historiques,  de  la  vérité  morale,  ou  même  de  la 
couleur  locale,  comme  qui  mettrait,  pour  être  original  et  écarter  tout 
soupçon  de  vol,  un  trait  de  Néron  dans  l'histoire  de  saint  Louis,  ou 
des  détails  de  mœurs  tartares  dans  la  peinture  de  la  cour  de  Napo- 
léon III  !  Et  les  dictionnaires,  avec  le  pêle-mêle  qu'ils  apportent  de 
noms,  de  faits,  de  récits  de  toute  provenance,  de  toute  époque  et 
de  tout  paJ^s,  sont  à  qui  procède  ainsi  des  «  fournisseurs  «  très 
Commodes  et  inépuisables.  Aussi  V.  Hugo,  M.  Berret  suit  le  pillard  à 
la  trace,  compilait,  compilait  Moréri.  On  n'imagine  pas  tout  ce  qu'il 
y  a  de  Moréri  dans  la  Légende  des  siècles  ! 

Il  avait  commencé  en  1846  par  le  Journal  du  Dimanche  et  les 
extraits  de  Chansons  de  geste  d'Achille  Jubinal.  Voici,  aux  marges 
du  numéro  du  1^^  novembre,  quelques  vers  de  premier  jet  qui  annon- 
cent le  Mariage  de  Roland.  Et  les  erreurs  matérielles  de  l'un  copiées 
par  l'autre  (le  géant  Sinnagog  au  lieu  de  Sinugos,  et  le  héros  Closa- 
mond  pris  par  contre-sens  pour  une  épée)  seraient  suffisamment 
révélatrices,  si  la  comparaison  des  deux  textes  ne  montrait  que  V. 
Hugo  n'a  rien  fait  que  versifier  brillamment  le  récit  qu'il  avait  sous 
les  yeux,  en  mettant  toutefois  un  panache  blanc  au  casque  de  Ro- 
land (oh!  l'amour  du  panache  !)•,  en  le  fai-sant,  sur  un  souvenir  de 
l'Arioste,  traduit  sous  ses  yeux  en  1811  par  Barjaud,  se  battre  avec 
un  chêne  pour  arme  —  ce  qui  est  une  autre  fausseté;  —  en  sup- 
primant, pour  rendre  le  trait  de  la  fin  plus  gros  —  et  un  peu  stupide 
—  l'amour  déjà  né  au  cœur  de  la  belle  Aude  et  l'intervention  de 
l'ange  entre  les  deux  héros... 

Âymerillot  vient  de  la  même  source,  avec  des  ressouvenirs  des 
Burgraves  encore  très  proches. 


-  233  — 

Dans  V Aigle  du  casque,  il  y  a  comme  «noyau  primitif  »Ia  poursuite 
d'Ernaut  par  Raoul  de  Cambrai,  prise  à  la  vieille  chanson  de  geste, 
adaptée  par  Leglay  et  Jubinal,  avec  le  trait  des  mains  coupées,  et 
l'épisode  de  l'intervention  des  nonnes.  Walter  Scott,  que  le  poète  a 
beaucoup  pratiqué,  lui  a  fourni  le  cadre  écossais  où  ce  drame  né 
français  a  été  transporté;  et  de  la  description  du  tournoi  empruntée 
à  la  Jolie  fille  de  Perth  est  venue  l'idée  de  changer  Ernaut,  chevalier 
très  viril,  en  un  éphèbe  blond  et  rose  qui,  pris  de  peur  soudain,  fuit 
éperdument  devant  son  rival.  Le  Debretl's  peerage  qui  lui  avait  déjà 
fourni  pour  l'Homme  qui  rit  la  liste  des  pairs  d'Angleterre  et  de  leurs 
demeures,  lui  a  encore  donné,  concurremment  d'ailleurs  avec  le  fidèle 
Moréri,  les  noms  propres  dont  il  aime  la  sonorité  exotique,  Angus, 
Argyll,  Athol,  Stirling,  Fergus,  Balial,  etc.;  ainsi  que  la  collection 
des  armoiries  et  cimiers  à  oiseaux,  où  il  a  puisé  pour  les  uns  le  héron, 
la  chouette,  et  pour  Tiphaine  l'aigle,  qui  dans  sa  première  idée 
avait  ét(''  une  cigogne.  Le  faucon  menaçant  dressé  par  Walter  Scott 
sur  le  casque  de  Marmion,  ou,  dans  Içanhoé,  le  corbeau  tenant  un 
crâne  dans  ses  serres,  et  ceux  qui,  dans  le  Rhin  de  Schreiber  (un 
recueil  qu'il  a  beaucoup  dévalisé  pour  ses  propres  lettres  du  HJiin, 
pour  Eviradnus  et  maint  autre  poème),  arrachent  les  yeux  et  boi- 
vent le  sang  d'un  chevalier  persécuteur  d'une  jeune  fille,  se  sont  sans 
doute  amalgamés  sur  sa  rétine  avec  l'aigle  royal  qui,  après  avoir 
trempé  son  aile  dans  le  sang  de  Conradin,  s'envole,  terrible,  au-des- 
sus de  l'échafaud...  Et  cette  gravure  il  la  voyait  dans  les  affreux 
volumes  d'un  certain  La  Vicoraterie  :  Cr/mes- (ie5  Pape^,  Crme.s  des 
Empereurs,  qui  étaient  parmi  ses  répertoires  ordinaires  de  visions 
horrifiques  pour  son  moyen  âge  de  la  Légende  comme  pour  ses  Châ- 
timents. Car  l'inspiration  des  deux  livres  est  souvent  la  même  et 
TFe//,  rastellati  d'Oshor,  le  mangeur  de  rois,  résistant  dans  son  burg  à 
toutes  les  sollicitations  des  princes  qui  veulent  l'entraîner  dans  leurs 
fêtes,  et  n'abaissant  son  pont-levis  que  devant  une  petite  mendiante, 
est  si  exactement  la  figure  de  V.  Hugo  en  personne,  qu'en  écrivant 
la  pièce  le  14  juillet  1869,  il  mit  d'abord  en  oeuvre  la  charmante  lettre 
en  vers  par  laquelle  Marie-Lœtitia  Ratazzi,  cousine  de  Napoléon  III, 
venait  d'essayer  de  le  séduire,  la  poétique  réponse  par  laquelle  il 
s'était  refusé  :  «  La  France  m'est  fermée  »,  puis  la  vision  que  lui. 
donnaient  de  lui-même  les  dessins  des  journaux  anglais  le  représen- 
tant, patriarche  charitable,  au  Dîner  des  enfants  pauvres  de  Guer- 
nesey;  tout  en  utilisant,  suivant  la  coutume,  et  Schreiber,  et  Moréri, 
pour  y  prendre  noms  et  détails  historiques,  décor  médiéval,  fracas 
d'armures  et  fracas  de  mots... 

Et,  lorsque  ont  été  ainsi  ain?i\y?>ésr Eviradnus ,   et  Kanul,  et  le 
Romancero,   et  le  Petit  Roi  de  Galice,   et  le  comte  Félihien    et  le 


—  234  — 

Sultan  Mourad,  la  conclusion  de  M.  Paul  BeiTet  s'impose  que 
\'.  Hu.£:o  fut  dans  la  Légende  des  sèches  un  «  maître  menuisier 
de  la  poésie,  »  entendez  surtout  un  compilateur  brillant  et  habile 
dont  la  documentation  et  les  perpétuels  larcins  sont  masqués  par 
l'incohérence  de  sa  méthode  de  recherches,  et  par  l'emploi  étrange  — 
et  malhonnête  —  qu'il  a  fait  de  ses  sources. 

—  Naturellement,  c'ost  la  même  chose  pour  sa  "  philrrcplie.  « 
Erreur  naïve  que  d'essayer  d'en  dégager  une  de  l'ensemble  de  son 
œuvre  !  «  Mis  comme  un  écho  sonore  »  en  face  de  toutes  les  folies  dii 
siècle,  il  en  avait  une  difféiente  —  vme  philosophie,  une  folie  • —  à 
chaque  époque  de  sa  vie.  De  1854  à  1859,  ce  fut  la  phase  apoca- 
lyptique d'où  sont  sortis  tant  de  pathos,  répandus,  quand  l'avisé 
Hetzel  eut  évité  un  recueil  d'Apocalypses,  dans  les  Contemplations, 
la  Légende  des  siècles,  Dieu,  la  Fin  de  Satan,  Toute  la  lyre,  etc.  Par 
le  même  procédé  dont  il  s'est  servi  pour  les  poèmes  épiques,  M.  Ber- 
ret  a  mis  au  creuset  deux  mythes:  Le  Satyre,  et  Pleine  Mer,  Plein  Ciel, 
et  il  en  a  «  isolé  »  les  éléments  divers  :  la  philosophie  du  moment, 
amalgame  de  Pierre  Leroux,  Vacquerie,  Jean  Reynaud,  Alexandre 
Weill,  Boucher  de  Perthes,  et  des  livres  de  spiritisme  en  usage  à 
Guernesey;  —  de  la  mythologie  bouffonne,  inspirée  par  les  parodies 
à  la  mode  d'Offenbach  et  Crémieux;  —  des  réminiscences  de  Virgi- 
le, d'André  Chénier,  de  Diderot,  de  Shelley,  du  Lamartine  de  la  Chute 
d'un  ange  qui  lui  fut  un  grand  pourvoyeur  d'idées;  — et  des  emprunts 
très  directs  à  un  journaliste,  ami  de  la  maison,  Barrillot,  poète  ori- 
ginal et  de  peu  de  succès,  donc  pillable  à  merci,  et  dont  les  épopées 
sur  le  progrès  et  les  cantates  sur  la  navigation  aérienne  étaient  illus- 
trées aux  yeux  du  visionnaire  et  grand  descriptif  par  un  recueil  de 
gravures  sur  les  ballons  de  l'avenir...  Et  tout  cela,  je  le  répète,  est 
de  bon  travail,  de  bonne  justice  —  et  de  joyeuse  hygiène. 

Gabriel   Audiat. 


Ii«  Iiittératur«   patriotique   en   Allemagne,   l$iOO-f9l5, 
par    G.    Gkomaire.  Paris,  Colin,  1911,  in-18  de  vii-30o  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

M.  Gromaire  vient  d'étudier  un  mouvement  littéraire  qui  déter- 
mina la  politique  et  jusqu'à  un  certain  point  les  destinées  de  l'Al- 
lemagne moderne,  je  veux  dire  la  littérature  patriotique  qui  suscita 
et  accompagna  le  relèvement  du  peuple  allemand  au  commencement 
de  ce  siècle  de  1800  à  1815.  L'auteur  montre  d'abord  que  ce  mou- 
vement n'est  pas  né  précisément  à  l'aurore  du  xix^  sifcîe:une  période 
littéraire  ne  naît  pas  tout  équipée,  elle  a  d'obscurs  avant-coureurs 
qui  préparent  le  chemin.  C'est  ainsi  qu'au  xviii^  siècle  déjà,  les 
Gleira,les  Kleist,^Klopstock  surtout,^cn  célébrant  l'ancienne  Ger- 
manie, contribuent  à  faire  naître  le  sentiment  patriotique.  Lessing, 


—  235  — 

en  déclarant  une  guerre  acharnée  au  goût  français,  fut  un  des 
éducateurs  de  ce  sentiment,  bien  qu'un  jour  il  ait  écrit  :  «  Je  n'ai 
aucune  idée  de  ce  que  peut  être  l'amour  de"  la  patrie.  »  Gœthe, 
rOlympien,  qui  se  trouvait  très  bien  dans  son  pâté  de  Weimar,  à 
part  certain  jour,  où  son  duc  était  menacé,'' pratiquait  une  hau- 
taine indifférence.  Scliiller,  l'exalté,  veut  au  contraire  le  triomphe 
politique  de  son  pays  par  la  grandeur  littéraire,  et  parle  avec  mépris 
«  des  trésors  sans  vie  de  la  Grande-Bretagne  et  du  clinquant  de  la 
Gaule.  «  Ainsi  le  xviii^  siècle  léguait  au  xix^  l'orgueil  de  la  culture 
allemande.  Le  romantisme  avec  les  Schlegel,  les  i\rnim,  les  Brentano 
et  les  Gorres,  joint  au  patriotisme  littéraire  le  patriotisme  politique. 
On  a  senti  dès  lors  que  la  personnalité  intellectuelle  était  liée  au 
maintien  de  l'indépendance  et  la  guerre  devient  inévitable  contre 
l'étranger,  contre  l'envahisseur.  Après  Téna,  le  cri  de  guerre  est  poussé 
par  un  philosophe;  on  sait,  en  effet,  quel  retentisfement  eurent  les 
discours  de  Fichte  à  la  nation  allemande,  prononcés  en  1808,  d'une 
éloquence  parfois  brillante,  mais  souvent  fumeuse  et  obscure.  A  la 
voix  de  Fichte  surgirent  les  poètes  soldats  :  Amdt,  Lamotte-Fou- 
qué,  Kleist,  Max  Schenkendorf,  K orner  et  Riickert:  avec  eux,  la  poésie 
patriotique  prend  une  allure  guerrière  et  rappelle  les  strophes  enflam- 
mées des  Callinos  et  des  Tyrtée.  M.  Gromaire,  dans  quelques  chapi- 
tres vivement  écrits  et  mêlés  de  citations  caractéristiques,  retrace 
le  tableau  de  cette  poésie  forte,  enthousiaste  et  souvent  haineuse. 
Il  s'arrête  en  1815,  mais  reconnaît  que  cette  étude  pourrait  être 
poursuivie  avec  intérêt  jusqu'en  1870,  et  même  jusqu'à  nos  jours,  et 
nous  espérons  bien  qu'il  l'achèvera  lui-même  dans  un  second  volume. 
S'il  m'était  permis  d'exprimer  un  désir  personnel,  je  souhaiterais 
que  l'auteur  donnât  en  note  le  texte  allemand  de  ses  plus  belles  cita- 
tions; au  risque  de  grossir  un  peu  son  volume  :  ce  serait  pour  nos  élè- 
ves un  recueil  nouveau  et  intéressant,  une  sorte  de  complément  de 
sa  Deutsche  Lyrik.  Oserai-je  signaler  à  M.  Gromaire  un  léger  oubli? 
A  la  page  46,  le  texte  porte  :  «  als  wir  Husaren  im  Feld  ».  la  traduc- 
tion donne  :  «  que  nous  autres,  hussards,  dans  les  champs  »  :  n'est-ce 
pas  plutôt  «  hussards  en  campagne  »  qu'il  faudrait  lire  ? 

L.  Mensch. 

©«•Ifroy  CTliancer  [Les  Grands  Écrivains  étrangers],  par  EmiLB  LbgoUIS. 
Paris,  Bloud,  1910,  in..l6  de  vii-261  p.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Après  avoir  dirigé  et  enrichi  d'une  bonne  Préface  la  récente  tra- 
duction collective  des  Contes  de  Cantorbéry,  M.  Legouis  nous  donne 
aujourd'hui  sur  le  célèbre  auteur  de  ces  contes'"un  volume  substan- 
tiel et  très  neuf.  A'^nos^maigres' et'incertaines  connaissances''sur  la 
vie  du~poète,  au  relevé  des  sources  de  ses  ouvrages,''!!  lui  était  im- 


—  236  — 

possible  ou  du  moins  fort  difficile  d'ajouter  beaucoup;  ce  sont  là 
matière  d'explorations  très  spéciales  et  trop  souvent   infructueuses; 
mais  des  documents  et  des  faits  connus  est  tiré  ici  un  très  vivant 
portrait  de  Ghaucer,  portrait  assurément  conjectural  en  partie,  mais 
où  toutes  les  conjectures  sont  d'un  esprit  sagace  et  présentent  le 
plus  haut  dei^ré  de  vraisemblance.  L'étude  littéraire  fait,  du  reste,  le 
principal  du  livre,  étude  d'abord  de  la  formation  poétique  de  Chaucer, 
laquelle  apparaît  plus  française  encore  qu'on  ne  l'a  montrée  jusqu'ici  : 
«Chaucer  n'a  pas  eu,  comme  on  dit,  une  période  française.  Ilest  français 
toujours...  C'est  son  esprit  même  qui  est  français  comme  son  nom. 
Il  descend  en  droite  ligne  de  nos  trouvères  et  il  a  tout  d'eux,  sauf  la 
langue.  »  Démonstration  abondante  est  fournie  de  cette  opi-.i.ion  et 
l'on  ne  pourra  plus  désormais  accepter  que  fort  amendée  la  théorie 
courante  des  trois  périodes  successives  (française,  italienne,  anglaise) 
du  génie  de  Chaucer.  Œuvres  lyriques,  œuvres  allégoriques  sont  en- 
suite passées  en  revue  par  M.  I^egouis,  qui  s'étend  davantage  sur 
Troïlns  et  Criseyde,  poème  qu'il  étudie  de  très  près  et  sur  lequel  il 
fait  un  peu  plus  de    réserves    que  n'en    avait  fait  M.    Jusserand 
dans  un  chapitre  bien  connu  de  son  Histoire  littéraire  du  peuple 
anglais.  Anx  Contes  de  Caniorbén/  est  enfin  consacrée  toute  une  moitié 
du  volume  et  la  proportion  n'est  que  juste.  Une  analyse  détaillée  de 
ces  contes  paraissant  nécessaire,  la  difficulté  était  d'échapper  à  la 
sécheresse  ordinaire  des  résumés,   mais  cette  difficulté  a^été  fort 
habilement  vaincue  :  ces  abrégés,  coupés  d'extraits,  sont  souvent 
presque  aussi  vivants  et  aussi  pittoresques  que  le  sont  les  pièces  de 
Shakespeare  abrégées  par  Lamb.   Successivement,  nous  sont  donc 
narrées  dans  leur  apparent  et  savant  désordre  ces  deux  douzaines 
d'histoires   chevaleresques   ou    satiriques,    dévotes   ou    bouffonne*, 
morales  ou  licencieuses  (licencieuses  assez  souvent,  car  les  théories  et 
l'esprit  en  sont  en  somme  d'ordinaire  ceux  de  nos  fabliaux;  et  M.  Le- 
gouis, exhibant  son  auteur  tel  qu'il  est, ne  l'a  expurgé  ni  dansl'analyse 
qu'il  en  fait, ni  dans  les  spécimens  qu'il  en  donne).  De  nombreux  mor- 
ceaux sont  traduits  en  vers  français,  et  ces  traductions,  de  tout  point 
excellentes,  valent  par  la  souplesse  alerte  autant  que  par  l'exactitude. 
Enfin, Chaucer  ayant  été  apprécié  comme  portraitiste,  comme  metteur 
en  scène  de  ses  personnages,  comme  narrateur,  comme  écrivain,  la 
conclusion  fait  ressortir  ce  qui  fait,  avec  le  génie  poétique,  aa  grande 
originahté* parmi  les  auteurs  de  son  temps  :  curiosité  et  observation 
sympathique  des  gens  et  des  choses,  goût  et  faculté  de  voir  ce  qui 
est  et  de  le  peindre  tel  qu'il  est.  Aussi  agréable  de  forme  que  solide 
de  fond,  ce  petit  volume  est  sans  doute  ce  qui  s'est  écrit  jusqu'ici  de 
plus  pénétrant,  et,  dans  sa  brièveté  relative,  de  plus  complet  sur 
l'homme  qu'on  appelle,  non  sans  raison,  le  père  de  la  poésie  an- 
glaise,   A.  Barbeau. 


—  237  — 

IVlichel  louriévitch  Ijermontoir.   S>a   Wie  et  ses    oeiiYreis, 

par  E.  DuGHESNB.    Paris,    Plon-Nuurrit,  lyio,    in-8  de  ni-378  p.  —  Prix: 
7  fr.  50. 

Ce  livre  est  une  thèse  de  doctorat  et  serait  pour  détourner  de  ce 
genre  de  littér  .turc  si  beaucoup  de  thèses  ressemblent  h  celle-là. 
Aucun  amour,  aucun  autre  sentiment  marqué,  aucune  vue  person- 
nelle à  exprimer  n'a  apparemment  déterminé  l'auteur  à  s'occuper  de 
Lermontov.    Dans  la"  nécessité   où  il  était  d'écrire  une  «  thèse  »,  il 
semble  n'avoir  choisi  cet  admirable  poète  que  pour  profiter  d'un 
«  sujet  »  qui  s'offrait  ou  qu'on  lui  indiquait.  Ajoutez  qu'appliqué 
sans  doute  à  se  mettre  à  l'abri  des  objections  de  ses  examinateurs, 
le  «  candidat  »  ne  s'est  jamais  aventuré  à  exprimer  sans  restrictions 
une  opinion  qui  soit  à  lui.  11  n'exprime,  avec  une  extrême  prudence, 
que  des  demi-opinions.  Soigneusement  informé  comme  il  convenait 
de  tout  (ou  de  presque  tout)  ce  qu'on  écrivit  avant  lui  sur  Lermon- 
tov, ]\L  Duchesne  s'en  est  souvenu  de  façon  excessive.  Sa  marche 
en  a  été  appesantie  et  est  devenue  pénible.  L'auteur  paraît  ne  faiie 
aucun  pas  sans  béquilles,  s'appuyant  à  droite  sur  un  critique  russe, 
et  à  gauche  sur  un  autre  critique.  Vraiment  on  n'aperçoit,   dans 
toute  cette  étude,  rien  qui  appartienne  en  propre  à  notre  compa- 
triote qu'environ  six  pages;  elles  se  trouvent  dans  un  des  chapitres, 
très  développés,  qui  ont  trait  aux    influences,  plus  ou  moins  avérées, 
subies  par  le  poète  russe.   Par  quelques  rapprochements    l'auteur 
établit  que  Lermontov  connaissait  Victor  Hugo  mieux  qu'on  ne  s'en 
était  avisé.  Il  avait  retenu  quelques  images  des  Orientales  et  quelque 
chose  du  romantisme  de  Han  d' Islande  et  de  Notre-Dame  de  Paris. 
A  côté  des  grandes  influences  de  Byron,  d'Auguste  Barbier,  de. Pouch- 
kine, c'est  un  nom  à  ajouter  à  tous  ceux  que  M.    Duchesne    fait 
défiler  sous  les  yeux  de  ses  lecteurs,  de  Gœthe  à  H.  Heine,  de  Sha- 
kespeare à  Ossian  et  à  W.  Scott,  et  de  Chateaubriand  à  Alfred  de 
Musset.  Une  critique  grave  à  adresser  à  M.  Duchesne  est  la  façon 
dont  sont  traduits  les  passages  qu'il  cite  dans  ses  analyses,  presque 
interminables,  des  diver.'^^es  œuvres  de  Lermontov.  L'auteur,  par  un 
procédé  discutable  et  peut-être  illicite,  prend  tout  simplement  des 
traductions  publiées  et  y  introduit,   sans  les  indiquer  par  aucune 
disposition  typographique,  les  changements  qu'il  juge  nécessaires. 
Il  fallait  se  donner  la  peine  de  traduire  soi-même  (et  comni'  nt  ne 
pas  en  avoir  le  désir?)    d'autant  plus  que  les  traductions  qu'emploie 
M.   Duchesne  et  qu'il  a  le  tort  de  qualifier  d'   «  excellentes  »,   — 
plusieurs  traductions,  notamment  de  M.  Louis  Léger,  à  qui  la  thèse 
est  dédiée,  • —  d'autant  plus,  dis-je,   que  ces  traductions  sont  extrê- 
mement faibles.  Elles  sont  gauches,  si  veules  et  si  plates,   que  souvent 
on  se  demande  malgré  soi,  avec  colère,  si  le  traducteur  auquel  recourt 


.^  238  —       ; 

cumiilaisanuncjit  M.  Duchesne  a  compris,  non  point  les  mots,  mais 
les  sentiments  du  poète.  Nous  ne  pouvons  malheureusement  pas  insis- 
ter; une  citation  donnera  idée  du  galimatias  double  auquel  arrivent, en 
s'unissant,  le  professeur  et  l'élève  :  «  Et  notre  poussière,  appréciée 
avec  la  sévérité  d'un  juge  et  d'un  citoyen,  sera  flétrie  par  la  postérité 
d'un  vers  méprisant,  avec  l'ironie  amère  d'un  fils  déçu  qui  accuse  un 
père  prodigue.  »  (p.  63).  Cette  phraséologie  gélatineuse  doit  corres- 
pondre, le  croira- t-on,  à  une  fin  de  poème  pleine  de  force  et  de 
feu  !  Que  pensera-t-on  aussi  de  cette  petite  phrase  :  «  Je  bourrai  à 
fond  ma  cartouche  »  (p.  101),  quand  on  apprendra  qu'il  s'agit,  en 
l'espèce,  non  point  d'un  chasseur  préparant  des  munitions,  mais  d'un 
artilleur  de  1812  qui  charge  son  canon  pendant  le  combat  !  Nous 
aurions  du  reste  beaucoup  à  dire  sur  l'écriture  de  M.  Duchesne 
lorsqu'il  exprime  quelque  chose  de  son  crû.  Nos  critiques,  que  nous 
arrêtons,  ne  doivent  pas  nous  empêcher  de  rendre  hemmage  à  son 
effort.  Son  livre  est  le  premier  travail  d'ensemble  fait  sur  Lermontov; 
à  ce  titre,  il  sera  pris  t  n  considération,  et  sans  doute  par  les  Russes 
eux-mêmes.  C'est  avec  une  satisfaction  très  réelle  que  l'on  voit  des 
Français  aborder  l'étude  de  la  littérature  russe;  le  temps  approche 
enfin,  croyons-nous,  où  nos  compatriotes  nous  fourniront  eux  mêmes 
les  renseignements  de  tout  ordre  dont  nous  avons  besoin  sur  la  Rus- 
sie, pourrons-nous  bien  ne  plus  être  tributaires  en  cela  des  Polonais, 
—  qui  voient  les  choses  russes  avec  une  partialité  nationale,  et  avec 
des  yeux  qui  ont  à  s'instruire  comme  les  nôtres,  —  ou  des  Russes, 
soit  authentiques  soit  peu  orthodoxes,  qui  nous  content  ce  qu'ils 
croient  juste...  ou  ce  qu'ils  veulent  !  Denis  Roche. 


HISTOIRE 


Mizraïm.  Souvenirs  d'Itgypte,  par  Godkfroid  Kurth.  Bruxelles, 
Dewil,  1912,  iii-18  de  378-ii  p.  —  Prix  :  i  l'r.  50. 

Après  tant  d'œuvres  remarquables  consacrées  au  moyen  âge,  le 
grand  historien  belge  a  voulu,  à  son  tour,  étudier  sur  place  la  plus 
ancieime  civilisation,  celle  d'où  sont  sorties  toutes  nos  conceptions 
morales  et  religieuses.  Son  livre  pourrait  s'appeler  «  Pèlerinage  d'un 
chrétien  au  pays  d'Osiris.  »  Partout  et  toujours,  ce  sont  les  hautes 
pensées  de  la  religion  chrétienne  qui  le  dominent  en  cours  de  route  : 
en  Italie  et  en  mer,  comme  sur  la  terre  des  Pharaons.  A  la  lecture 
des  conseils  pratiques  et  terre  à  terre  de  Phtahotep  à  son  fils,  ceux 
de  saint  Louis  à  sa  fille  Isabelle  de  Franco  chantent  dans  sa  mé- 
moire. Je  crains  même  que  la  comparaison  avec  les  progrès  moraux 
accomplis  depuis  la  venue  du  Clirist  ne  l'aient  rendu  injuste  pour 
ceux  que  les  Grecs  et  les  Juifs  eux-mêmes  appelaient  :  les  sages 


—  239  — 

d'Egypte.  S'ils  ont  divinisé  des  animaux,  si  ces  grands  édifices  ont 
été  construits  au  prix  d'innombrables  vies  humaines,  ces  hommes 
ont  les  premiers  conçu  l'immortalité  de  l'âme,  la  justice  divine  s' exer- 
çant sur  elle,  et  rédigé  cette  admirable  confession  du  mort  devant  les 
quarante-deux  dieux  juges  :  «  Je  n'ai  pts  tourmenté  la  veuve,  je  n'ai 
pas  desservi  l'esclave  auprès  de  son  maitic,  je  n'ai  pas  affamé;  je 
n'ai  pas  fait  pleurer.  »  La  pensée  éiyptiennc  était  presque  chrétienne 
avant  le  Christ;  aussi  l'Egypte  chrétienne  avec  les  saints  de  la  Thé- 
baïde,  ses  moines  innombrables,  fils  et  successeurs  des  reclus  du 
Sérapéum,  ses  grands  docteurs,  Clémtnt  d'Alexandrie,  Origène, 
Athanase,  a-t-elle  été  le  plus  beau  fleuron  de  l'Eglise  universelle. 
Tout  cela  ne  doit-il  pas  nous  porter  à  l'indulgence?  Si  l'auteur  éprouve 
d'involontaires  mouvements  de  révolte  dès  qu'il  entre  en  contact  avec 
l'islam,  s'il  se  sent  des  sentiments  de  fils  des  croisés  en  face  des  fils  des 
Sarrasins,  il  est  définitivement  conquis  dès  qu'il  arrive  vers  Thébes; 
il  ne  dissimule  pas  l'émotion  profonde  qu'il  éprouve  devant  l'immen- 
sité de  Karnak,  surtout  ayant  pour  guide  notre  si  aimable  et  si 
savant  compatriote,  Georges  Legrain.  F.  de  Villenoisy. 


Iloinmes  et  cltoses  tSe  l'ancienne  Rome,  par  R.  Pighon.  Paris, 

Fonlemoiu^,  1911,  in-16  de  vu- 357  p.  —  Prix  :  S  fr.  50. 
t 

C'est  un  recueil  de  six  études  parues  dans  la  Revue  des  Deux  Mon- 
des et  le  Journal  des  savants  ou  données  en  conférences  au  MuKce 
Guimet  que  nous  offre  sous  ce  titie  le  distingué  latiniste.  On  les  lira, 
ou  on  les  relira  avec  plaisir  sous  ce  nouvel  aspect.  Touchant  à  toutes 
les  époques  de  l'histoire  romaine,  depuis  la  légende  d'Hercule  et  de 
ses  bœufs  dérobés  par  Cacus,  jusqu'aux  polémiques  de  saint  Jé- 
rôme, en  passant  par  Sénèque  et  Néron,  à  peine  avons-nous  besoin 
de  dire  qu'on  y  trouvera  quantité  de  vues  ingénieuses,  d'idées  renou- 
velées, rajeunies  ou  modifiées,  soit  par  des  études  nouvelles,  soit  par 
les  récentes  théories  sur  les  religions  anciennes.  Nous  signalerons 
tout  particulièrement  les  excellentes  pages  consacrées  par  M.  Pichon 
à  ce  maître  auquel  il  fait  si  grand  honneur,  M.  Gaston  Boissier,  et 
de  l'œuvre  de  qui  il  est  aujourd'hui  l'un  des  meilleurs  continua- 
teurs. A.  B. 


La  H\e  privée  au  temps^  des  premiers  Capétiens,  par  Alfkbd 
Franklin.  1"  éd.  Pans,  Émile-Paul,  1911,  2  vol.  petit  iu-8  de  xxxii-34'<  et 
xv-392  p.  -  Prix  :  10  fr. 

Faire  connaître  par  le  menu  la  vie  de  nos  ancêtres  est  une 
œuvre  nécessitant  de  longues  et  patientes  recherches.  Dans  les 
chroniques,  nous  trouvons  la  suite  des  principaux  événements  qui 


-  240 


agitèrent  le  monde;  mais  rarement  elles  nous  apprennent  comment 
vivaient  les  contemporains  de  ces  événements.  11  est  donc  nécessaire 
(le  s'adresser  souvent  à  d'autres  sources  qu'aux  chroniques  pour 
nous  faire  une  idée  de  cett-e  vie.  Les  comptes,  les  inventaires,  les  sta- 
tuts des  métiers,  les  poèmes  satiriques,  les  œuvres  des  moralistes, 
les  traités  de  médecine,  etc.,  voilà  les  principaux  travaux  auxquels 
puisa  M.  Franklin  pour  composer  ces  deux  volumes  dont  il  donne 
aujourd'hui  une  seconde  édition. 'Ces  volumes  seront  intéressants  à 
consulter  non  seulement  pour  les  érudits  qui  y  trouveront  beau- 
coup de  renseignements  utiles  à  glaner,  mais  aussi  pour  toute 
personne  instruite  qui  voudra  connaître  la  société  et  les  usages 
du  moyen  âge.  Tout  en  effet  est  passé  en  revue  dans  ces  volumes  : 
l'Église  avec  ses  fêtes,  ses  cérémonies  et  son  influence  morale  et 
charitable;  le  Roi,  la  Reine  avec  leur  entourage,  leur  cour, leur  person- 
nel. On  apprend  dans  les  chapitres  qui  leur  sont  consacrés  comment 
vivaient  nos  premiers  rois,  comment  ils  étaient  servis,  comment  ils 
moururent  et  les  cérémonies  qui  entourèrent  leurs  funérailles. 

Après  s'être  occupé  des  rois  et  des  reines,  M.  Franklin  consacre 
trois  chapitres  aux  femmes,  à  leur  coquetterie,  à  leurs  costumes,  à 
leur  vie,  nous  faisant  connaître  leurs  bijoux,  les  étoffes  dont  elles  se 
revêtaient,  leurs  chapeaux,  leurs  fourrures,  les  menus  objets  dont 
elles  aimaient  à  s'entourer.  L'éducation  donnée  aux  enfants,  les  soins 
qu'on  leur  prodiguait,  leurs  jouets  et  leurs  j^  ux  ne  sont  pas  non  plus 
omis.  On  se  figure  souvent  les  siècles  du  moyen  âge  comme  des 
siècles  d'ignorance  et  de  superstition.  Qu'on  parcoure  les  chapitres 
relatifs  aux  lettres,  sciences  et  arts,  et  on  se  rendra  compte  que,  si 
les  siècles  passent,  les  charlatans  restent  et  que  le  moyen  âge  connut, 
comme  notre  siècle,  de  vrais  savants,  des  artistes  de  premier  ordre 
et  des  professeurs  qui  savaient  foimer  et  élever  la  jeunesse  d'alors. 
Après  les  chapitres  consacrés  à  la  médecine  et  à  l'hygiène,  M.  Fran- 
klin nous  parle  des  repas,  de  la  cuisine,  des  marchés,  des  épices,  des 
vins,  puis  de  la  domesticité,  des  meubles,  des  jeux  des  animaux  que 
l'on  aimait  avoir  autour  de  soi,  de  la  ménagerie  du  Roi,  des  co  pora- 
tions,  des  ateliers,  ^es  confréries,  du  commerce,  des  impôts,  des 
monnaies,  etc.  En  somme,  comme  nous  le  disions  au  début  de  cet- 
article,  toutes  les  catégories  de  lecteurs  parcourront  ces  deux  volumes 
avec  intérêt  et  souvent  avec  grand  profit.  J.  ^'IAKD. 


lifs  H auite  et  Bas«e  Forestz  <1e  Ciiinon,  des  origine.«i  au 

XV1«    8i«cle,     par   Eugène   Pépin.   Pari-,    Laveur,    1911,    gr.  in-8  de 
233-xxv  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Ce  livre,  luxueusement  édité,  est  une  ceuvre  de  haute  érudition. 
C'est  une  «  Étude  de  législation  et  d'histoire  forestières,  »  mais  spé- 


—  241  — 

ciale  aux  deux  massifs  boisés  dont  s'est  composée  (et  se  compose 
encore  aujourd'hui)  la  forêt  de  Chinon,  du  xii^  siècle  au  commence- 
ment du  XVII®.  Antérieurement  à  une  vieille  charte  de  1190,  relevée 
dans  un  cartulaire  de  l'archevêché  de  Tours,  les  textes  font  défaut. 
Mais,  à  partir  de  cette  date,  M.  Pépin  a  pu  les  retrouver  en  nombre, 
les  ayant  pourchassés  dans  toutes  les  archives  publiques  ou  privées 
de  la  Touraine,  dans'  les  bibliothèques,  dans  les  ouvrages  anciens 
ou  relativement  récents,  à  toutes  les  sources  enfin. 

De  la  Haute  Forêt,  la  plus  considérable  puisqu'elle  est  indiquée 
comme  ayant  contenu  8.160  arpents,  la  Basse  Forêt  n'en  ayant  com- 
pris que  1.760,  l'histoire  est  assez  compliquée.  Elle  a  toujours  été, 
jusqu'à  la  Révolution,  indivise  entre  l'archevêque  de  Tours,  d'une 
part,  et,  d'autre  part,  le  roi  d'Angleterre,  en  sa  qualité  de  comte 
d'Anjou  vassal  du  roi  de  France,  et  ensuite  le  roi  de  France  lui- 
même,  après  la  réunion  du  comté  d'Anjou  à  la  Couronne.  Elle  a 
subi,  durant  cette  longue  période,  en  tant  que  propriété,  les  vicissi- 
tudes les  plus  diverses  dans  son  mode  de  jouissance.  La  Basse  Forêt, 
n'ayant  jamais  eu  qu'un  seul  propriétaire  —  le  comte  de  Chinon  d'a- 
bord et  ensuite  le  roi  de  France  —  d'ailleurs  «  (compagnon  de  pariage  » 
de  l'archevêque   de  Tours,  a  toujours  été  soumise  au  même  régime. 

L'exposé  des  procédés  d'administration  auxquels  la  forêt  de  Chinon 
fut  soumise  offre  un  intérêt  d'autant  plus  grand,  que  cette  adminis- 
tration et  l'organisation  de  son  personnel  se  rattachent  à  celles  dos 
autres  forêts  du  royaume,  variables,  il  est  vrai,  suivant  chaque  pro- 
vince, mais  ayant  de  nombreux  points  communs. 

La  vente  et  l'exploitation  des  coupes  de  bois,  surtout  l'exercice  de 
la  chasse,  la  répression  des  délits,  et  les  nombreuses  questions  qui 
se  rattachent  à  la  jouissance,  ne  sont  pas  le  résultat  le  moins  inté- 
ressant de  la  mise  en  œuvre  des  documents  recueillis  par  l'auteur. 

Un  non  moindre  intérêt  s'attache  à  la  vaste  et  complexe  questioji 
des  droits  d'usage  étudiée  dans  ses  origines  et  dans  l'évolution  qu'ils 
ont  subie,  dans  les  diverses  catégories  d'usagers,  le  tout  suivi  d'une 
carte  à  grande  échelle  de  la  forêt,  dressée  en  1673.  Ainsi  se  clôt  la 
quatrième  et  dernière  partie  de  l'ouvrage. 

Trois  annexes  le  suivent,  donnant  ;  (I).  Les  listes  des  «  officiers  des 
eaux  et  forêts  de  Chinon  et  de  Touraine  »;  (II).  La  bibliographie 
d'histoire  et  de  législation  en  matière  forestière;  (111).  La  biblio- 
graphie spéciale  à  l'histoire  de  la  forêt  de  Chinon.      C.  de  Kirwan. 


Hiatoire  sociale  des  relîgioMS,  par  Maurice  Vernes.  I.  Les  Reli- 
gions occidentales  dans  leur  rapport  cvtc  le  progrès  politique  et  social.  P&ris, 
Giard  et  Brière,  1911,  in-8  de  539  p.  —  Prix  :  10  fr. 

L'auteur  a  fait  des  efforts  visibles  pour  être  impartial,  et  je  crois 
Mars  1912.  T.  GXXlV.  16. 


—  242  i— 

qu'il  l'a  souvent  été,  dans  cette  longue  enquête  à  travers  l'histoire 
des  religions  et  des  peuples  de  l'Occident.  11  se  place  fréquemment 
à  un  point  de  vue  rationaliste  qui  ne  saurait  être  le  nôtre;  du  moins 
n'est-il  pas  du  nombre  de  ceux,  tels  que  Renan  et  son  école,  qu'il  fus- 
tige vigoureusrment  au  passage,  qui,  pour  satisfaire  leur  rage  de  sec- 
taires, non  seulement  sollicitent  les  textes,  mais  les  mettent  à  la  tor- 
ture et  les  dénaturent  à  plaisir.  M.  Vernes,  sauf  erreur,  appartient,  de 
naissance  du  moins,  à  la  religion  réformée,  de  là  une  préférence  très 
naturelle  pour  celle-ci,  bien  qu'il  ne  déguise  nullement  les  abus  d'au- 
torité et  autres  fautes  que  l'on  est  en  droit  de  reprocher  aux  Luther 
et  aux  Calvin,  sans  parler  des  Henri  VllI.  Tout  en  faisant  au  chris- 
tianisme, en  général,  sa  part,  sa  large  part  dans  l'amélioration  mo- 
rale des  nations,  il  aurait  pu  insister  davantage  sur  les  institutions 
hautement  civilisatrices  du  catholicisme,  au  lieu  d'appuyer  sur  des 
excès  commis  en  son  nom,  mais  réprouvés  par  lui.  Si  les  guerres  de 
religion  qui  ensanglantèrent  l'Europe  au  xvi<^  siècle  furent  trop  sou- 
vent atroces,  je  ne  sache  pas  que  le  protestantisme,  sous  ce  rapport 
du  moins,  ait  quelque  chose  à  envier  au  catholicisme.  En  tei minant 
ces  lignes,  qui  sont  moins  un  compte  rendu  qu'une  appréciation  som- 
maire, je  tiens  à  dire  que  le  lecteur  trouvera  dans  cet  ouvrage, 
fortement  documenté,  plus  d'une  indication  utile  et  plus  d'une  judi- 
cieuse observation.  A.  Roussel. 

Ijcs  PhilOBoplsc«  et  In  Société  française  au  1L¥1I1«  fliéele, 

par  M.  RùUsTAN.  Paris,  Ilachelte,  1911,  in-16  de  xi-391  p.  —  Prix  :  3fr.  10. 

La  Révolution  française  est-elle  l'œuvre  des  philosophes  du 
xviii^  siècle?  L'esprit  philosophique  a-t-il  créé  l'esprit  révolution- 
naire? Nûn,  disent  certains  auteurs  comme  M.  Rocquain  et  M.  Au- 
bertin;  il  y  avait  un  esprit  révolutionnaire,  alors  que  les  philoso- 
phes avaient  à  peine  commencé  à  vivre  et,  en  1753,  la  Révolution 
fut  sur  le  point  d'éclater.  Oui,  disent  les  autres,  et  la  preuve,  c'est 
que  la  Révolution  ne  s'est  pas  faite  en  1753,  a  éclaté  en  1789, 
après  que  les  philosophes  eurent  pubhé  leurs  ouvrages;  ce  sont 
eux  qui,  s'ils  n'ont  pas  créé  l'esprit  révolutionnaire,  l'ont  déve- 
loppé et  ont  amené  l'explosion.  M.  Roustan  qui,  à  l'inverse  de 
M.  Faguet,  partage  cette  dernière  opinion,  a  examiné  quelle  a 
été  l'influence  des  philosophes  sur  les  diiTérentes  classes  et  les  divers 
organes  de  la  société,  sur  la  royauté,  sur  les  favorites,  sur  la 
noblesse,  sur  les  magistrats,  sur  les  financiers,  sur  les  salons, 
sur  la  liourgeoisie,  sur  le  peuple.  Louis  XV  n'aimait  pas  beaucoup 
les  philosophes,  mais  il  les  a  servis  par  les  scandales  qu'il  a  donnés 
et  l'avilissement  qu'il  a  infligé  à  la  Royauté.  Les  -favorites  — 
jyjme  de  Pompadour  notamment  —  protégeaient  les  philosophes,  et  les 


.-  243  — 

philosophes  s'accommodaient  fort  bien  d'abus  où  ils  trouvaient  leur 
compte.  La  noblesse,  la  noblesse  de  cour  surtout,  se  jeta  à  corps 
perdu   dans  les  nouvelles   doctrines;  la  noblesse  de  province   s'en 
méfiait;  mais  elle  était  pauvre  et  avait  peu  d'influence.  M.    Rous- 
tan  —  et  nous  ne  saurions  partager  son  avis  —  prétend  que  la 
noblesse    française,  à  l'inverse    de    la    noblesse  anglaise,  était  un 
corps  fermé;  c'est  une  erreur,  suivant  nous  :  sans  parler  des  fa- 
miEes   anoblies   pour  d'insignes  services,    comme   les  Colbert  et  les 
Phélypeaux,  un  grand  nombre  de   Français  entraient  dans  la  no- 
blesse en  achetant  des  charges  qui  la  conféraient.  Les    magistrats 
censuraient  et  condamnaient  les  philosophes  en  principe;  mais,  en 
fait,  ils  les   épargnaient    et   leurs  grandes    querelles  avec   le  clergé 
sur  le  jansénisme,  l'expulsion  des  jésuites  qui  est  leur  œuvre,    ont 
plus  que  tout  servi  la  cause  philosophique.  Les  salons  ont  été  les 
principaux  soutiens  des  Encyclopédistes;  c'est  là  qu'ils  ont  parlé, 
c'est  par  là  que  se  sont  propagés  leurs  écrits;  ils  y  régnaient  en 
maîtres   et  c'est  de  là  qu'ils  envahissaient  l'Académie.    Quant  au 
peuple,  nous  ne  croyons  pas  qu'il  ait  été  à  la  fin  du  xviii^  siècle 
aussi   malheureux    que   le   prétend  l'auteur;  le   tableau  qu'il  trace 
de  la  misère  populaire,  que  nous  ne  voulons  nullement  nier,  nous 
parait  poussé   au  noir,  et  l'on  en  trouverait  la  contre-partie  dans 
les    travaux  si  documentés  de  M.  Albert  Babeau  et  de  M.  Arda- 
scheff  sur  les  Intendants  sous  le  règne  de  Louis  XVI.  Mais  le  plus 
curieux    chapitre    de    ce    volume    est  peut-être  celui  qui  concerne 
les  rapports  des  philosophes  avec  les  bourgeois;  il  y  a  là  un  por- 
trait piquant  de  l'avocat  Barbier,  véritable  type  de  bourgeois  pari- 
sien amoureux  de  son  bien-être,  passionné  d'ordre  matériel,  dévoué 
au  Roi,  mais  un  peu  frondeur,  un  peu  sceptique  et  adoptant,  par 
esprit   d'opposition,  des   théories   dont    l'application  emportera  un 
jour  tout  ce  qu'il  aime,  comme  ces  riches  capitalistes  de  notre  temps 
qui  patronnent  le  socialisme  dont  ils  seront  les  premières  victimes. 
Nous  différerions  d'opinion  sur  plus  d'un  point  avec  M.  Roustan, 
ne  fût-ce  que  sur  le  zèle  des  philosophes  et,  en  particuMer,  de  Vol- 
taire pour  l'instruction  du  peuple;  mais  nous  reconnaissons  l'inté- 
rêt  et   le   mérite   de   son  œuvre  qui  révèle  une  étude  approfondie 
du  sujet;  l'auteur  a  eu  le  mérite  et  le  courage  bien  rares  de  lire 
ou  tout  au  moins  de  parcourir  les  gros  in-folios  de  l'Encyclopédie 
dont    il    fait    de    fréquentes    citations.  Mais  nous  voudrions  qu'il 
donnât  de  plus  nombreuses  références  sur  ces  citations  en  indiquant 
les  volumes  et  les  pages.  Nous  savons  que  depuis  quelque  temps 
on  a  abusé  des  notes,  mais  il  n'y  en  a  pas  une  seule  dans  ce  livre; 
c'est  vraiment  trop  peu.  Ma.x.  de  la.  Rochkterie. 


—  244  - 

lies  Impôts  iiirerts  «ous  rancîeii  régime,  principalement 

nu  XVllI®  siècle, -par  Marcel  Makion.  Paris,  Coraely,  1910,  gr.  iu-8 
de  m  p.  —  Prix  :  12  fr. 

Le  livre  de  M.  Marion  inaugure  de  la  manière  la  plus  heureuse  la 
Collection  de  textes  sur  l'histoire  des  institutions  et  des  services  publics 
de  la  France  moderne  et  contemporaine,  publiée  sous  la  direction  de 
M.  Camille  Bloch,  et  je  m'excuse  auprès  des  lecteurs  du  Polybiblion 
d'avoir  mis  quelque  retard  à  le  leur  présenter.  C'est  un  excellent  guide 
qui  rendra  service  à  tous  ceux  qui  voudront  étudier  le  fonctionne- 
ment des  impôts  directs  à  la  fin  de  l'ancien  régime,  et  dans  lequel 
on  trouvera  déjà  tous  les  textes  essentiels  et  les  documents  les  plus 
importants  sur  la  matière.  L'ouvrage  comprend  deux  parties,  d'iné- 
gale étendue  :  d'abord  une  Introduction  (p.  1  à  123),  et  ensuite  le 
Recueil  de  textes  (p.  125  à  416).  L'Introduction,  nourrie  et  condensée, 
expose  à  grands  traits  l'histoire  des  principaux  impôts  directs  à  la 
fin  du  xvii^  et  au  xviii®  siècle  :  la  taille,  —  la  capitation,  —  le 
dixième,  le  cinquajitième  et  les  vingtièmes,  • —  l'impôt  remplaçant 
la  corvée.  On  aurait  peut-être  souhaité  un  peu  moins  de  brièveté  sur 
l'histoire  de  la  taille  royale  avant  le  dix-huitième  siècle,  notamment 
au  dix-septième;  M.  Marion  la  suppose  connue  et  renvoie,  d'ailleurs 
(p.  431),  à  l'étude  de  M.  Callery,  qu'il  trouve  cependant  trop  opti- 
miste. Peut-être  encourt-il  parfois  lui-même  le  reproche  opposé,  en 
poussant  un  peu  trop  au  noir  le  tableau  (par  ex.,  p.  8  :  «  passer 
pour  indigent  était  le  seul  moyen  de  ne  pas  le  devenir  effective- 
ment »).  Mais  ce  sont  là  de  petites  chicanes,  sur  lesquelles  il  y  aurait 
mauvaise  grâce  à  insister;  et  cette  Introduction,  avec  ses  références 
aux  documents  publiés  dans  la  seconde  partie  de  l'ouvrage,  constitue 
un  résumé  clair  et  substantiel  de  l'histoire  des  impôts  directs  à  partir 
de  Louis  XIV. 

Dans  le  Recueil  de  textes  (p.  125  et  s.)  ont  été  réunis,  sur  chacun 
des  impôts  en  question,  d'une  part  les  actes  du  pouvoir  souverain 
(édits,  déclarations,  arrêts  du  Conseil),  d'autre  part,  des  extraits  des 
correspondances  administratives  auxquelles  ils  ont  donné  lieu,  des 
extraits  des  mémoires  et  rapports  des  assemblées  provinciales,  ainsi 
que  des  remontrances  des  cours  souveraines,  et  enfin  quelques  pages 
d'auteurs  du  dix-huitième  siècle.  Cet  ensemble  de  documents  bien 
choisis,  rassemblés  en  un  volume  facile  à  consulter,  forme  déjà  une 
mine  précieuse  :  plus  de  la  moitié  étaient  inédits.  Mais  ce  qui  sera 
peut-être  encore  plus  précieux  pour  les  travailleurs,  c'est  la  bibho- 
graphie  qui  le  complète  (p.  421  à  432)  :  ils  y  trouveront  l'indica- 
tion détaillée  des  fonds  d'archives  à  consulter,  et  la  liste  des  princi- 
paux ouvrages  imprimés,  tant  anciens  que  modernes,  sur  ces  matières. 

On  voit  par  ce  simple  sommaire  quels  services  cet  ouvrage  est 


--  245 


appelé  à  rendre,  et  l'intérêt  qu'il  présente  à  lui  seul  pour  le  lecteur 
qui  s'en  tiendra  à  son  contenu.  On  ne  pouvait,  du  reste,  trouver  de 
n)eilleur  guide,  en  pareille  étude,  que  l'auteur  de  l'Impôt  sur  le 
revenu  au  xyiii^  siècle;  et  on  relèvera,  dans  ce  nouveau  volume,  bien 
des  traits  qui  donnent  à  réfléchir.  André  Lemaire. 


La  Ciiiinde   Peur  de  fSSO,  par  Edouard  Forbstié.    Moniauban, 
Masson,  l'MI,  in-8  de  xv-201  p.  —  Prix  :  4  fr. 

Quelques  semaines  après  la  prise  de  la  Bastille,  dans  les  derniers 
jours   de   juillet   ou   les   premiers  jours  d'août,  une  extraordinaire 
panique  se  répandit  dans  toute  la  France.  Les  bruits  les  plus  ef- 
frayants et  les  plus  étranges  circulaient,  variant  un  peu  suivant  les 
contrées,  mais  annonçant  un  même  fait  et  provoquant  une  même 
terreur    :  le  pays    était    envahi.    Dans  l'est  et  le    nord,    c'étaient 
les   troupes   impériales;  dans   la  Bretagne   et   les   pays   maritimes, 
c'étaient  les  Anglais;  dans  le  centre  et  le  midi,  c'étaient  des  bri- 
gands,  dont  on  ne  disait  pas  l'origine,  mais  qui  brûlaient  les  ré- 
coltes,  pillaient  les  maisons,  massacraient  les  habitants.  En  quel- 
ques  endroits,   c'était  le  comte   d'Artois  qui,  à  la  tête  de  16.000 
hommes,  venait  opérer  une  sanglante  contre-révolution.  Des  agents 
mystérieux,  qui  apparaissaient  comme  un  éclair  et  disparaissaient 
comme  une  ombre,  passaient  dans  tous  les  villages,  colportant  ces 
nouvelles  et  propageant  la  terreur.  Les  femmes  s'enfuyaient,  emme- 
nant leurs  enfants  ;  les  vieillards  se  cachaient  ;   les  hommes  valides 
s'armaient  de  piques,  de  faux,  de  fusils,  quand  ils  en  trouvaient, 
faisaient   des   patrouilles,    partaient   en   reconnaissance,   ne   décou- 
vraient  naturellement   rien   puisqu'il   n'y   avait   rien,,  et,  déçus,  se 
jetaient  souvent  sur  les  châteaux  qu'ils  incendiaient,  et  égorgeaient 
les   seigneurs.  Partout,  les  autorités   constituaient   des   comités  de 
vigilance  et  des  gardes  civiques  pour  maintenir  l'ordre  et  se  défen- 
dre  contre  ces   ennemis   imaginaires.  C'est   ce    qu'on    a   appelé  la 
«Grande    Peur,  ;>  qui    a  régné  d'un  bout  de  la  France  à  l'autre,  au 
même  moment  et  dans  les  mêmes  conditions.  Un  érudit  de  Mon- 
iauban,  lauréat  do  l'Institut,  fouilleur  habile,  connu  par  nombre 
de  brochures  et  d'cuvrages,  fruit  de  patientes  et  heureuses  recher- 
ches, a  réuni  dans  ce  volume  tout  ce  qu'il  a  pu  trouver  dans  toutes 
les   parties   de  la   France,    au   nord,    au   centre,  dans   Test,  dans 
l'ouest  et,  plus  spécialement,  dans  le  midi,  sur  cet  émouvant  sujet, 
dont  le  savant  historien  qu'est  M.  Funck-Brentano  a  pu  écrire  : 
I'    «La  Grande  Peur  est  un  événement  de  la  plus  haute  impor- 
tance et  peut-être  le  plus  important  de  la  Révolution  ».  Le   conscien- 
cieux travail  de  M.  Forestié  prouve  la  vérité  de  l'aphorisme   de  M. 


V  —  246  — 

F'JTick-Brentano,  et  établit  l'existence  manifeste  d'un  complot  préparé 
d'avance  et  qui  éclata  tout  d'un  coup,  sur  tous  les  point<^  du  p^ys, 
avec  une  spontanéité  et  une  simultanéité  foudroyantes.  Oa  a  voulu 
avoir  partout  et  en  même  temps  une  organisation  révolutionnaire 
qui  pût  contrebalancer  et  remplacer  l'organisation  régulière  et  of- 
ficielle, substituer  les  gardes  nationales  à  l'armée  royale.  La 
prise  de  la  Bastille  avait  fait  éclore  cette  organisation  dans  les 
villes;  la  grande  peur  la  fit  éclore  dans  les  campagnes.  Mais  qui 
lança  le  mot  d'ordre  et  envoya  les  émissaires?  Est-ce  Mirabeau, 
Sicyès,  Talleyrand,  le  duc  d'Orléans?  On  les  en  a  tous  accusés  tour 
à  tour,  et  il  est  bien  possible  qu'ils  aient  tous  leur  part  de  respon- 
sabilité dans  le  complot.  Mais  M.  Forestié  incrimine  plus  encore 
la  franc-maçonnerie";  il  cite,  à  l'appui  de  son  opinion,  certain  passage 
d'un  ouvrage  publié  en  1797  par  un  bomme  très  mêlé  au  mouve- 
ment révolutionnaire  du  midi,  Sourdac,  et  il  faut  bien  avouer  que 
ce  passage  est  singulièrement  suggestif. 

A  la  fin  de  la  belle  Préface  qu'il  a  mise  en  tête  du  livre  de 
M.  Forestié,  M.  le  baron  de  Batz  a  exprimé  le  souhait  que  les 
nombreux  articles  publiés  par  l'auteur  sur  les  Déhuis  de  la  Révo- 
lution dans  le  sud-ouest  de  la  France  soient  bientôt  réunis  en  vo- 
lume. Malheureusement,  M.  Forestié  est  mort  tout  derniè- 
rement,   et  ce  voou  risque  fort  de  n'être  pas  réalisé. 

Max.  de  la  Rochsterie. 


Ij»  Fin  d'un  régime.  !Tlontl>^linril,  Bcifort  et  la  II»ute- 
.^Isace  au  itéltiit  delà  Révolution  française,  17^9-1  793, 
par  LÉON  Sahler.  Paris,  Champion,  1911,  in-8  de  212  p.,  avec  4  planches. 
—  Prix  :  6  fr. 

Quelque  vingt  années  avant  les  premiers  éclats  de  la  Révolution 
française  était  venu  s'installer  dans  le  pays  de  Montbéliard  le  prince 
Frédéric-Eugène  de  Wurtemberg  qui,  moyennant  finances,  avait 
obtenu  de  son  frère,  le  duc  régnant  de  Wurtemberg,  sa  nomination  en 
qualité  de  stathouder  de  Montbéliard.  Il  y  menait  une  vie  agn'abl 
et  facile,  tout  occupé  à  faire  le  bonheur  de  gens  qu'il  aimait  et  d'un 
pays  qui  lui  plaisait,  résidant  tantôt  dans  la  petite  capitale  de 
la  principauté,  tantôt  dans  son  château  d'Étupes,  à  peine  éloi- 
gné d'une  lieue  et  construit  par  ses  soins. 

Mais  bientôt  les  troubles  que  la  Révolulion  à  ses  débuts  suscita 
partout  >n  France  et  spécialement  en  Franche-Comté  et  en  Alsace, 
provinces  qui  encerclaient  ce  petit  pays,  eurent  leur  répercussion  à 
Montbéliard  non  point  du  fait  des  habitants,  mais  de  celui  des  voi- 
sins français.  Comtois  et  Alsaciens.  Si  bien  que,  après  avoir  réclamé 
beaucoup  et  récriminé  un  peu  tant  à  Paris  qu'à  Belfort  et  à  Besan- 


—  247  — 

çon,  lo  princo  Frédéric-Eugène  dut  quitter  ses  chères  résidences  et  se 
retirer  à  Bâle. 

Ces  pauvres  Montbéliardais,  dont  la  destinée  était  liée  depuis  près 
de  quatre  siècles  à  celle  du  Wurtemberg,  eurent  alors  à  supporter 
les  pires  ennuis.  Toujours  menacés  par  la  France,  molestés  aux  fron- 
tières par  les  autorités  qui  les  ruinaient  en  entravant  leur  commerce 
et  même  en  l'empêchant  totalement,  c'est  en  vain  qu'ils  adressèrent 
des  plaintes  de  tous  côtés.  La  surdité  était  générale,  ou  à  peu  près. 
Puis  un  jour  (septembre  1792),  les  Belfortains  organisèrent  contre 
Monthéliard  une  expédition  d'opéra-bouffe, qui  n'en  réussit  pas  moins  : 
la  ville  se  rendit  sans  combat.  Mais  les  «  vainqueurs  «,  qui  n'avaient 
pas  brûlé  une  seule  cartouche,  furent  désavoués  et  durent  abandonner 
leur  conquête.  Un  peu  plus  tard  (10  avril  1793),  le  général  Després- 
Crassier,  avGC  216  hommes,  renouvela  cet  exploit;  toutefois,  le  soir 
même  de  son  arrivée,  il  se  retirait,  laissant  au  château  quatre  gendar- 
mes en  guise  de  garnison. 

JNIontbéliard  ne  devait  rentrer  sérieusement  et  définitivement 
dans  la  grande  unité  française  que  le  10  octobre  1793,  quand  le  con- 
ventionnel Bernard  de  Saintes  dit  Pioche- For  v:nt  en  prendre  pos- 
session «  au  nom  de  la  République  française  une  et  indivisible.  « 

M.  Léon  Sabler  nous  raconte  toute  cette  histoire  de  façon  très  inté- 
ressante et  très  vivante.  Son  travail,  qui  se  termine  par  un  Index 
alphabétique  fort  utile,  est  d'ailleurs  appuyé  d'importants  docu- 
ments, tels  que  le  Journal  du  comte  du  Lau,  gouverneur  de  Belfort 
(p.  128-158),  de  Lettres  relatives  à  la  réunion  de  Mulhouse  à  la  France 
(p.  159-180)  et  de  treize  autres  pièces  justificatives  d'envergure 
moindre.  Les  deux  portraits  hors  texte  et  les  deux  autres  planches 
typiques  qui  ornent  cet  ouvrage  ont  été  remarquablement  exécutés. 

E.-A.    Chapuis. 


IVoiiveaux  Rérite  des  temps  révoliitioiiRairesi,  â'.iprèx  des 
documents  innlil^,  par  Rrnbst  Daudbt.  Paris,  Haclielte,  1910,  in-16  de 
vii-273  p.  —  Prix  :  3  fr.  oO. 

Ce  titre  est-il  bien  exact  et  convient-il  de  l'appliquer  à  des  faits 
qui,  pour  la  plupart,  se  sont  passés  sous  l'Empire  et  la  Restaura- 
tion? La  période  révolutionnaire  n'était-elle  pas  déjà  close?  Non, 
répond  l'auteur.  «  Les  événements  tragiques  qu'elle  vit  s'accomplir 
durant  les  années  qui  suivirent  la  prise  de  la  Bastille  ont  laissé 
dans  ce  pays  des  traces  si  profondes;  nous  subissons  toujours  si 
vivement  leur  influence  et,  enfin,  ceux  de  nos  jours,  quand  on  en 
étudie  les  origines,  les  causes,  le  caractère,  s'y  rattachent  si  visi- 
blement qu'il  n'est  pas  téméraire  de  prétendre  que  le  cycle  révolu- 
tionnaire ouvert,   il  yT'a  cent  trente  ans,  n'est  pas  encore  fermé  ». 


—  248  — 

Et  ce  qui  se  passe  tous  les  jours   sous  nos   yeux   nous    démontre 
trop  que  l'auteur  a  pleinement  raison. 

Quoi  qu'il  en  soit,  ces  nouveaux  récits  des  temps  révolutionriài- 
res  sont,  comme  toutes  les  œuvres  de  M.  Daudet,  très  intéressants 
et  remplis  de  détails  inédits.  Qui  connaissait  en  France  cette  exquise 
impératrice  Elisabeth  de  Russie  dont  le  grand- duc  Nicolas  Mikhaï- 
lovitch  a  réuni  et  publié  la  volumineuse  correspondance,  femme 
si  charmante  et  si  chrétienne  qui,  délaissée  par  son  mari,  l'empereur 
Alexandre,  lui  resta  toujours  fidèle  et  dévouée  avec  des  délica- 
tesses  de   sentiments   incomparables? 

Quelles  amusantes  révélations  sur  les  dessous  du  congrès  d'Aix- 
la-Chapelle,  empruntées  à  des  rapports  d'agents  secrets,  attachan- 
tes peintures  de  ces  princes  et  de  ces  diplomates  réunis  autour 
de  la  table  du  congrès,  parmi  lesquels  se  détache,  avec  un  admira- 
ble relief  de  désintéressement  et  de  patriotisme,  la  grande  figure 
du  duc  de  Richelieu!  Et,  avant  le  congrès  d'Aix-la-Chapelle,  voici 
les  grands  desseins  de  ce  vieux  roi,  dont  la  fermeté  et  l'autorité, 
grandies  par  l'épreuve,  sauvèrent  la  France  du  démembrement. 
On  conçoit  qu'il  ait  suscité  des  dévouements  comme  celui  du  che- 
valier de  Gouault,  si  tragiquement  fusillé  à  Troyes  en  1814. 

Mais  le  plus  piquant  peut-être  de  tous  ces  récits,  en  tout  cas  le 
moins  connu,  c'est  l'Odyssée  d'une  aventurière.  Étrange  odyssée  en 
effet  que  celle  de  cette  Madame  Riflon,  fille  d'un  équarisseur  de 
Bourges,  qui  débarque  tout  d'un  coup,  on  ne  sait  pourquoi,  à 
Madrid,  trouve  moyen  de  capter  la  confiance  à  la  fois  du  repré- 
sentant des  Bourbons,  le  duc  d'Havre,  de  l'ambassadeur  de  la  Rén 
publique,  Pérignon,  et  du  ministre  du  roi  d'Espagne,  le  prince  de 
la  Paix;  qui  reparaît  ensuite  en  Allemagne  et  en  Russie  sous  le 
nom  de  M"^*^  de  Nembaud,  puis  de  M"^^  de  Bonneuil,  voit  le  comte 
d'Avaray,  le  comte  de  Car  aman,  agent  du  comte  de  Provence  à 
Saint-Pétersbourg,  le  général  de  Beurnonville,  ambassadeur  de 
France  à  Berlin,  le  comte  Rostopchine,  ministre  du  Czar;  est  bien 
reçue  partout  et  prise  au  sérieux  par  les  plus  grands  personnages. 
Seul,  Louis  XVIII  flaire  l'intrigue  et  refuse  de  recevoir  l'aventu- 
rière. Puis  elle  disparaît  et  l'on  ne  sait  ce  qu'elle  devient.  Espé- 
rons que  de  nouvelles  recherches  révéleront  à  M.  Daudet,  si  patient 
dojns  ses  investigations  et  si  heureux  dans  ses  découvertes,  la  fin 
véritable    de   l'odyssée.  Max.  de  la.  Rocheterie. 


mMalre  de  l«  y^Uerre  de  Vendée,  par  le  chanoine  Dsniaù,  Dom 
Chamard  et  l'abbe  Uzurbau.  T.  V  et  Vi.  Angers,  Siraudeau,  s.  d.,2T0l. 
gr.  iQ-8  de  821  et  823  p.,  avec  cartes.   —  Prix:  15  fr. 

L'éditeur  Siraudeau  vient  de  donner  au  public  les  derniers  rolumei 


^  249  — 

de  la  grande  Histoire  de  la  guerre  de  Vendée^  de  l'abbé  Deniau,  revisée  et 
mise  àjourpar  Dom  Chamard  etM.  l'abbé  Uzureau.C'estl'histoiredes 
derniers  épisodes  de  la  Grande  ("merre,  on  pourrait  presque  dire  do 
l'agonie  de  la  Vendée.  Quand  s'ouvre  le  cinquième  volume,  deux  des 
glorieux  chefs  de  la  première  lieure  restent  seuls  en  armes  :  Charetto 
et  StolTlet;  mais  ces  armes,  ils  sont  sur  le  point  de  les  déposer  :  à  bout 
de  forces,  ils  signent,  avec  les  représentants  délégués  de  la  Conven- 
tion, le  traité  de  la  Jaunaye.  Y  eut-il,  à  ce  traité,  des  articles  secrets, 
stipulant  la  délivrance  de  Louis  XVII  et  le  rétablissement  de  la 
Royauté?  Au  milieu  de  tous  les  témoignages  contradictoires,  l'auteur 
semble  croire  qu'il  y  eut  bien  des  pourparlers,  aucun  engagement  écrit, 
mais  des  promesses  vagues,  donnant,  suivant  îe  mot  de  Napoléon, 
«  une  juste  idée  de  l'habileté  des  négociateurs  républicains  et  de  la 
crédulité  des  négociateurs  vendéens  »  et  qui  ne  furent,  bien  entendu, 
jamais  suivies  d'effet.  La  paix  d'ailleurs  ne  devait  et  ne  pouvait  pas 
durer longtemps.Les  conflits  ne  tardèrent  pas  à  se  produire  et  la  guerre 
reprit  pour  aboutir  promptement  àladéroutedes  Vendéens  et  à  la  mort 
de  Stofflet  et  deCharette,  fusillé  dans  cette  ville  de  Nantes,  où  il  était 
entré  en  triomphateur  quelques  mois  auparavant.  t*acifiée  par  Hoche, 
puis  par  Ilédouville,  la  Vendée,épuisée,  à  laquelle  on  avait  rendu  ses 
prêtres  et  l'exercice  du  culte,  n'eut  que  quelques  escarmouches  par- 
tielles sous  le  Directoire  et  le  Consulat  et  resta  complètement  tranquille 
sous  l'Empire.  Aux  Cent  Jours  elle  reprit  les  armes,  à  l'appel  de  Louis 
de  la  Rochejacquelein;  mais  ce  dernier  fut  tué  au  combat  des  Mathes  et 
la  défaite  de  Napoléon  à  Waterloo  mit  fin  au  soulèvement.  La  Restau- 
ration à  son  début  ne  fit  pas  grand'chose  pouT*  la  Vendée.  Préoccupé 
de  ralliera  sa  couronne  1  s  anciens  révolutionnaires  convertis, 
Louis  XVIII  oublia  un  peu  ceux  qui  l'avaient  fidèlement  servi  pen- 
dant les  jours  d'exil.  Certaines  mesures,  certaines  nominations  les 
froissèrent,  et  lorsque,  après  la  révolution  de  Juillet,  la  duchesse  de 
Berry  vint  chercher  en  Vendée  des  défenseurs  pour  le  trône  de  son  fils, 
elle  n'en  trouva  qu'un  petit  nombre. La  prised'armes  de  1  ~'32,  mal  orga- 
nisée et  insuffisamment  préparée,  aboutit  à  l'héroïque  défense  de  la 
Pénissière  et  à  la  captivité  de  la  princesse  livrée  par  Deutz. 

Ici  naturellement  s'arrête  l'œuvre  de  l'abbé  Den'au,  œuvre  magis- 
trale dont  les  recherches  du  curé  de  Saint-Macaire,  de  Dom  Chamard 
et  de  M.  l'abbé  Uzureau,  appuyées  sur  des  documents  récents  ou  iné- 
dits, ont  fait  une  œuvre  absolument  nouvelle,  enrichie  de  curieuses 
illustrations  et  complétée  par  une  carte  générale  du  théâtre  de  la 
guerre  et  des  cartes  des  principaux  champs  de  bataille. 

Max.  de  la  Rocheterie. 


—  250  — 

IVu|»oléon  et  rRlirn.te.  Austerlitz.  fja  Fin  «lu  Saint- 
Empire  (t^O  1-1 1^06).  par  ÉDOUAKD  Driault.  Paris,  Alcan,  1912, 
in-S  de  492  p.  —  Prix  :  7  fr. 

IVapoléon  et  l'Europe.  lia  B'oliticiue  extérieure  de  ]V.<«po- 
léoei  I^',  d'après  les  iravaUx  récents,  par  le  inèiiie.  Paris,  Leroux,  1911, 
in-8  (16  44  p.  (Extrait  des  Annales  révolutio7inai7-'!s,  jiiillel-soptembre  1911). 

lies   Itrulots   aiifflaiiii   en    rnclo  de    l'île   d'Aix   (1)409),  par 

J.  SiLVKSTRE.  P.iris,  Savaète.  1912,  in-8  de  xv-2o2  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

IVapoléon  et  les  Invalide»^,  par  le  général  Niox.  Paris,  Delagrave, 
s.  d.,  gr.  in-4  de  152  p.,  avec  iiii  frontispice  et  40  pi.  —  Prix  :  30  Ir. 

Kinéraire  général  de  Napoléon  I'^^  par  Albert  Schubrm\ns. 
2'  édition.  Piiris,  Jouve,  1911,  gr.  in-8  de  xi-464  p.  —  Prit  :  7  fr.  50. 

IKiblio^rapliie  du  temps  de  IVapoléon,  eomprenânt  l'Iiis- 
toire  des  États-Uni.^,  par  Frédbkic-M.  Kirgheisbn.  II.  Première 
partie.  I\'apoléon  et  sa  Famille.  Mémoires,  correspondances,  biographies- 
Paris;,  Champion;  Genève,  Kircbeisen  ;  Londres,  S.  Low,  Marstoo,  l912i 
gr.  in-8  de  208  p.  -  Prix  :  10  fr. 

Ilîbliographle  napoléonienne   française  jusqu'en   190S, 

par  Gustave  Davois.  T.  III  (N-Zi.  Paris,  l'Édition  bibliographique.  1911, 
in-8  de  249  p.,  avec  portrait.  —  Prix  :  30  fr. 

M.  Edouard  Driault  continue  la  série  d'études  qu'il  a  entreprises 
sur  Napoléon  et  l'Europe  en  un  second  volume  qui  a  pour  sujet  : 
Austerlitz.  La^ Fin  du  Saint-Empire  1804-1806,  et  fait  exactement 
suite  au  premier,  dont  le  Polybihlion  a  rendu  compte  :  La  Politique 
extérieure  du  Premier  Consul,  1800-1803.  Il  a  exprimé  ainsi  lui-même 
l'origine  et  le  caractère  de  l'idée  générale  qui  dirige  son  esprit  en  cette 
vaste  carrière  :  «  En  écrivant  la  Question  d'Orient,  il  y  a  une  douzaine 
d'années,  j'avais  noté  le  rôle  capital  qu'y  avait  joué  Napoléon  en  arrê- 
tant la  poussée  russe  sur  Constantinople.  J'ai  voulu  rechercher  les 
raisons  de  cette  politique  et  en  préciser  les  épisodes  :  l'histoire  de 
la  Politique  orientale  de  Napoléon  (1806-1808)  m'a  obligé  à  constater 
que  les  ambitions  impériales  de  Napoléon  étaient  de  nature  à  embras- 
ser tout  le  domaine  méditerranéen,  et  que  par  conséquent  l'Italie  et 
Rome  y  avaient  dû  tenir  la  première  place  :  je  me  suis  confirmé  dans 
cette  impression  en  écrivant  Napoléon  en  Italie  (1800-1812).  Enfin 
il  m'a  paru  qu'il  y  avait  quelque  chose  d'arbitraire  et  qu'il  pouvait 
y  avoir  quelque  risque  d'interprétation  forcée  à  découper  l'œuvre 
extérieure  de  Napoléon  par  morceaux  si  importants  qu'ils  fussent  dans 
l'ensemble  de  sa  carrière,  et  j'ai  donc  rêvé  de  reconstituer  la  pnisée 
de  Napoléon  en  matière  de  politique  extérieure.  »  —  Précédé  d'une 
Bibliographie  intÛTcssante,  le  volume  sur  Austerlitz  et  la  Fi?i  du  Saint- 
Empire  comprend  trois  livres  et  dix  chapitres  intitulés  :  Livre  pre- 
mier. Le  Sacre  (180'j).  Chapitre  I.  Le  Saint-Empire.  II.  Napoléon 
empereur  (18  mai  1804).  III.  Le  Sacre  de  Notre-Dame  (2  décembre 
1804).  —  Livie  II.  Austerlitz  (1805).  Chapitre  IV.  Le  Couronnement 
de  Milan  (mai  1805).  V.  La  Troisième  Coalition  (août  1805).  \L 


—  251  — 

Austerlitz-Schœnbrunn  ei  Prcsbourg  (fk'cembrc  1805).  —  Livre  III. 
L'Héritage  du   Saint-Empire   (1806).   Chapitre  VII.  L'Organisation 
de  l'Italie.  VIII.  La  Confédération  du  Rhin  (12  juillet  1806).  IX.  La 
N(''gociation  de  1806.  X.  Vers  léna  et  Tilsit.  —  Ce  serait  de  la  part 
do  la  critique  une  exigence  trop  commode  pour  elle  et  insoutenable 
au  fond  que  de  demander  à  un  auteur  en  pareille  matière  une  infor- 
mation complète  et  une  exposition  définitive.  Il  suffit  que  celle-là 
soit  ample  et  solide  et  celle-ci  instructive  dans  son  ensemble.  C'est  le 
cas  pour  l'ouvrage  de  M.  Driault,  principalement  fondé  sur  les  ar- 
chives de  notre  ministère  des  affaires  étrangères.  Il  renferme,  de  plus,  , 
sur  tel  et  tel  point  des  détails  d'un  grand  intérêt,   par  exemple  sur 
l'état  politique  et  social  de  l'Allemagne  d'alors  et  même  de  l'Alle- 
magne antérieure.  Il  y  a  lieu  évidemment  à  discussion  sur  les  appré- 
ciations et  les  vues  de  l'auteur,  en  contradiction  à  certains  égards,  et, 
selon  nous,  non  sans  raison,  avec  certaines  thèses  du  regretté  Albert 
Sorel.  Mais  il  y  a  lieu  aussi  de  tenir  grand  compte  de  la  plupart  de 
ses  observations.  La  principale  réserve  à  faire  ici  se  rapporte  aux 
doctrines,  aux  tendances  philosophiques  et  politiques  de  l'auteur, 
dont  la  marque  se  retrouve  en  ce  volume,  quoique  moins  accentuée 
que  dajis  ses  précédentes  études  sur  le  même  sujet.  Son  style  mérite 
de  grands  éloges  pour  son  absence  de  recherche,  pour  sa  netteté,  sa 
vigueur  et  sa  précision. 

—  On  prend  une  idée  encore  plus  claire  de  l'entreprise  de  M.  Driault 
et  comme  une  anticipation  des  volumes  futurs  où  il  nous  en  donnera 
la  suite  et  l'achèvement,  dans  son  remarquable  opuscule  :  Napoléon 
et  l'Europe.  La  Politique  extérieure  de  Napoléon  I^^  d'après  les  tra- 
vaux récents.  «  Il  m'a  paru  utile  et  intéressant,  nous  dit-il,  de  recueillir 
les  résultats  de  cette  activité  nouvelle  de  la  littérature  napoléonienne, 
de  rechercher  l'orientation  générale  qui  s'y  révèle.  Cette  étude  sera 
donc,  en  bref,  un  état  actuel  delà  connaissance  historique  au  sujet 
de  la  politique  extérieure  de  Napoléon.  On  ne  sera  pas  étonné  d'y 
trouver  surtout  l'interprétation  personnelle  que  je  propose  de  la 
question,  où  j'admets  très  bien  qu'il  y  ait  encore,  et  pour  longtemps 
sans  doute,  matière  à  discussion.  »  Disposé,  pour  notre  part,  à  tom-. 
ber  d'acoord  avec  M.  Driault  sur  plusieurs  questions  touchées  dans 
cet  opuscule,  nous  différerions  de  lui  sur  d'autres.  Tout  en  reconnais- 
sant, par  exemple,  que  les  pages  intitulées  :  Napoléon  et  la  Résolu- 
tion (p.  29  et  suiv.)  contiennent  des  considérations  fort  intéressantes, 
nous  né  saurions  en  approuver  l'esprit  général,  non  conforme,  selon 
nous,  à  la  juste  interprétation  de  l'histoire  et  qui  procède  d'une  doc- 
trine d'école  philosophique,  pour  ne  pas  dire  de  secte"quasi-religieuse. 
Pour  les  adeptes  de  cette  doctrine,  la  Révolution  n'est  pas  un  ensem- 
ble de  phénomènes  produits  par  des  causes^puissantes  et  diverses, 


—  252  — 

mais  uiio  sorte  d'entité  métaphysique  et  mystique  réalisée  dans  leur 
imairination  en  une  divinité  infaillible  et  propice.  Pure  chimère  !  — 
Nous  espérons  que  cette  illusion  a  priori  exercera  le  moins  d'influence 
possible  sur  le  recueil  périodique  récemment  fondé  par  M.  Driault  : 
Revue  des  études  napoléoniennes  et  dont  on  trouvera  régulièrement 
le  sommaire  dans  la  Partie  technique  du  PolyhihUon.  Le  fondateur 
a  pris  pour  devise  le  mot  célèbre  de  Tacite  :  Sine  ira  cl  studio,  et  fait 
appel  au  concoure  de  collaborateurs  de  toute  origine  et  de  toute 
opinion.  L'impartialité  est  une  qualité  plus  aisée  à  proclamer  en  théo- 
rie qu'à  mettre  en  pratique.  Puisse  l'équité  tout  au  moins  être  l'ins- 
piratrice (le  la  direction  donnée  à  la  nouvelle  Revue  par  M.  Edouard 
Driault  ' 

—  L'une  des  questions  examinées  avec  soin  par  l'auteur  de  Napo- 
léon et  l'Europe  est  et  sera  naturellement  le  caractère  de  la  longue 
lutte  soutenue  par  le  dominateur  du  continent  contre  la  maîtressa 
des  mers,  de  l'Empereur  contre  l'Angleterre.  C'est  un  des  épisodes 
de  cette  guerre  acharnée  qu'a  retracé  en  détail  M.  J.  Silvestre,  avec 
une  très  curieuse  étude  de  ses  conséquences  judiciaires  et  la  produc- 
tion de  documents  très  instructifs,  dans  son  volume  intitulé  :  Les 
Brûlots  anglais  en  rade  de  l'île  d'Aix  (1809).  L'ouvrage  est  de  valeur 
pour  notre  histoire  maritime;  il  l'est  aussi  et  peut-être  plus  encore 
pour  la  connaissance  de  certaines  parties  des  mœurs  administratives 
et  judiciaires  de  l'Empire.  Le  procès  des  quatre  capitaines  de  vais- 
seau traduits  en  conseil  de  guerre,  qui  se  termina  par  l'exécution, 
vraiment  unique,  de  l'un  d'entre  eux,  jette  une  triste  lumière  sur  ce 
qui  se  commettait  parfois  alors  sous  le  couvert  de  l'autorité  impé- 
riale, trop  peu  préoccupée,  dans  son  énergie  impulsive,  des  droits  et 
des  garanties  dûs  aux  justiciables  dans  une  société  chrétienne  et  civi- 
lisée. Dans  le  cas  présent,  d'ailleurs,  l'opinion  de  M.  Silvestre  est  que 
si  «  une  grande  iniquité  a  été  commise  à  Rochefort  en  1809,  ...  nous 
devons  mettre  hors  de  cause  l'empereur  Napoléon  »  (p.  117).  Il  a 
exposé  les  faits  recueillis  par  lui  avec  diligence  en  douze  chapitres  : 
L  Événements  antérieurs  à  1809.  I L  Sollicitude  de  l'Empereur  à 
l'endroit  de  Rochefort.  IIL  Situation  de  la  France  en  1809.  IV. 
L'Escadre  Willaumez.V.  Les  Flottes  française  et  anglaise  en  présence. 
Vl.  Attaque  par  les  brûlots.  VIL  Le  Lendemain  de  l'attaque.  VIIl. 
Sort  fait  à  nos  vaisseaux.  IX.  Résultats  obtenus  par  les  Anglais.  X. 
Le  Ministre  de  la  marine  et  l'Empereur.  XI.  Le  Procès.  XIT.  L'Exé- 
cution. —  Le  volume  se  termine  par  la  publication  de  «  Documents 
justificatifs  »  et  par  un  «  vocabulaire  des  expressions  techniques 
employées  dans  cet  ouvrage.  »  —  A  Sainte-Hélène,  Napoléon,  cau- 
sant avec  O'Méara  de  l'affaire  des  brûlots,  émit  ce  jugement  sur  les 
deux  chefs  en  présence  :  «  L'amiral  français  était  un  imbécile,  mais 
le  vôtre  était  tout  aussi  médiocre.  »  (p.  66). 


—  253  — 

'  '  —  Les^ombres  qui  obscurcissent  la  gloire  de  Napoléon  et  les  bien- 
faits de  son  régime  doivent  être  fidèlement  reproduites  par  le  pinceau 
inexorable  de  Thistoire.  Mais  les  côtés  épiques  de  cette  gloire  sont  une 
part  capitale  de  l'honneur  national  et,  surtout  au  point  de  vue 
militaire,  il  est  utile  do  les  maintenir  en  plein  relief.  C'est  l'objet 
que  s'est  évidemment  proposé  le  général  Niox  dans  son  magnifique 
volume,  véritable  œuvre  d'art  :  Napoléon  et  les  Invalides.  «  Le  livre 
que  nous  présentons,  dit-il,  nu  pas  les  prétentions  do  l'histoire... 
Napoléon  aimait  à  venir  aux  Invalides.  La  trace  de  son  passage  s'y 
retrouve  partout.  C'est  aux  Invalides  qu'il  s'est  essayé  pour  la  pre- 
mière fois  à  son  rôle  d'Empereur,  en  distribuant  les  dtcoiations  de 
l'ordre  de  la  Légion  d'honneur  qu'il  venait  de  fonder;  c'est  aux 
Invalides  qu'il  repose.  C'est  dans  les  galeries  de  l'édiiice  que  se  re- 
cueille pieusement  et  se  conserve  une  grande  partie  des  reliques 
glorieuses  ou  intimes  de  sa  vie  militaire  et  privée.  Montrer  ces  reli- 
ques, les  commenter,  faire  revivre,  par  les  pensées  qu'elles  suggèrent, 
le  grand  homme  qu'elles  rappellent,  tel  est  le  but  de  ce  livre.  Il  est 
divisé  en  deux  parties  :  L'Hôtel  des  Invalides.  —  Napoléon.  La  pre- 
mière partie  est  consacrée  au  majestueux  monument  devenu  la  sépul- 
ture de  Napoléon  et  dans  les  pierres  duquel  sont  venus  successive- 
ment s'enchâsser  les  souvenirs  du  législateur  et  de  l'homme  de 
guerre...  La  deuxième  partie  est  consacrée  à  l'Empereur.  Il  est  mon- 
tré législateur,  chef  d'État,  chef  de  guerre.  On  suit  les  manifes- 
tations de  son  puissant  esprit  dans  ses  actes  publics,  militaires  et 
politiques;  on  pénètre  quelquefois  dans  l'intimité  de -sa  vie.  Pour  que 
le  portrait  restât  sincère,  si  incomplet  qu'il  fût,  on  a  conservé  les 
ombres  qui  en  rendent  plus  lumineuses  les  parties  éclairées.  »  Nous 
devons  ajouter  que  ces  ombres,  que  l'auteur  est  très  louable  de 
n'avoir  pas  omises,  sont  tracées  ici  d'une  main  légère.  Le  portrait 
que  nous  présente  le  général  Niox,  c'est  Napoléon  vu  en  beau.  L'his- 
toire proprement  dite  devrait  être  plus  sévère.  Nous  sommes  heureux, 
d'ailleurs,  de  noter  le  talent  de  plume  du  général.  La  splendide  illus- 
tration qui  accompagne  son  exposé  constitue  un  intéressant  musée 
militaire  et  napoléonien. 

—  L'un  des  traits  principaux  et  caractéristiques  du  génie  et  du 
tempérament  de  Napoléon,  c'est  son  effrayante  activité  d'esprit  et  de 
corps.  Elle  n'éclate  nulle  part  de  plus  étonnante  façon  que  dans  le 
tableau,  pour  ainsi  dire  cinématographique,  de  sa  carrière  qu'offre 
à  nos  regards  cet  excelLnt,  ce  merveilleux  répertoire  historique  et 
critique  :  Itinéraire  général  de  Napoléon  I^^,  par  M.  Albert  Schuer- 
mans.  L'éloge  n'en  est  plus  à  faire.  La  seconde  édition,  augmentée 
et  améliorée,  et  pourtant  réduite  de  prix,  recevra  l'accueil  qui  lui 
est  dû.  L'auteur  a  entre  tous  bien  mérité  des  études  napoléoniennes. 


—  254  — 

—  On  cil  peut  dire  autant,  quoique  à  un  degré  moindre,  de  M.  Fré- 
déric JM.  Kirclieisen,  pour  sa  Bibliographie  du  temps  de  Napoléon 
(Cf.  Polybiblion,  octobre  1909,  t.  CXVI,  p.  332-333).  La  première 
partie  du  tome  II,  qui  vient  de  paraître,  comprend  la  quatrième 
section  :  Napoléon  et  sa  jamille  et  le  commencement  de  la  cinquième  : 
Mémoires,   correspondances ,    biographies. 

—  Entre  autres  avantages,  la  Bibliographie  napoléonienne  fran- 
çaise jusqu'en  1908,  par  M.  Gustave  Davois,  a  celui  d'être  maintenant 
achevée.  Nous  en  avons  signalé  naguère  les  deux  premiers  volumes 
ou  fascicules  (Polybiblion,  avril  1911,  t.  CXXI,  p.  300-301).  Le  troi- 
sième et  dernier  va  de  la  lettre  N  à  la  lettre  Z.  On  y  remarque 
les  articles  consacrés  à  Napoléon  I*^^  \\xi-\\\êm.Q, — où  l'en  trouve  en 
particulier  la  reproduction  intégrale  de  la  lettre  à  Buttafuoco  et  du 
souper  de  Beaucaire;  —  à  Napoléon  III  et  au  prince  Napoléon  (  Victor); 
celui-ci  renfermant  in-extenso  les  allocutions,  lettres  et  manifestes 
politiques  du  chef  actuel  du  parti  bonapartiste.  Parmi  d'autres 
transcriptions  analogues,  nous  relevons  celle  du  pamphlet  bien  connu  : 
Comme  quoi  Napoléon  n'a  jamais  existé.  Il  en  est  de  moins  utiles, 
comme  celles  de  diverses  odes  sur  la  naissance  du  Roi  de  Rome, 
ou  d'une  plaquette  intitulée  :  L' Avènement  de  Bonaparte  à  la  couronne, 
«  composition  qui  a  mérité  V Accessit  au  lycée  de  Dijon,  par  Auguste 
Pitfond,  de  la  même  ville,  âgé  de  15  ans.  y>  Ce  sont  des  curiosités.  Il 
est  évident  que  l'ouvrage  de  M.  Davois  n'est  pas  un  chef-d'œuvre  de 
méthode  et  de  critique.  On  se  demande  ce  qu'y  viennent  faire,  par 
exemple,  les  livres  de  M.  Albert  Soubies  sur  Y  Histoire  de  la  musique. 
Mais  cette  bibliographie  est  le  fruit  d'un  gros  travail  et  elle  sera  fort 
appréciée  pour  l'abondance  des  renseignements  de  toute  espèce  qu'elle 
renferme.  Marius  Sepet. 


Corresspondauce  du  conile  de  la  Forkst,  anibatiSHdeur  de 
France  en  EspAgnc  (1»0^-1»I3),  publiée  pour  la  Sucielé 
u'iiisioire  couieinporaine  par  Gboffuoy  de  Grandmaison.  T.  V  {(ivril- 
décemhre  iSH).  Paris,  A.  Picard  et  tils,  1911,  iii-8  de  42"?  p.  —  Prix  :  8  fr. 

Nous  avons  rendu  compte  en  leur  temps  des  quatre  premiers  volu- 
mes de  cette  importante  et  très  intéressante  publication.  Les  qua- 
lités que  nous  avons  signalées  précédemment,  tant  dans  la  forme 
que  dans  le  fond  de  l'ouvrage  de  M.  Geoffroy  de  Grandmaison,  se 
retrouvent  également  dans  ce  cinquième  volume,  qui  comprend 
les  neuf  derniers  mois  de  l'année  1811.  Joseph  Bonaparte  vient  à 
Paris  pour  assister  au  baptême  du  Roi  de  Rome,  puis  reprend  son 
poste  à  Madrid,  tandis  que  continuent  à  se  dérouler  les  événements 
de  la  guerre,  entre  autres  l'expédition  de  Valence.  Il  est  impossible 
d'analyser  un  volume  plein  de  détails  comme  l'est  nécessairement 


—  255  — 

celui-ci.  La  Correspondance  du,  comte  de  la  Forest  demande  à  être 
lue  en  entier,  et  ce  ne  sera  pas  peine  perdue,  je  ne  dis  pas  seule- 
ment pour  les  historiens,  mais  pour  tous  les  amateurs  de  lecture 
sérieuse  et  instructive.  On  revit,  à  cent  ans  de  distance,  une  période 
extrêmement  captivante,  et  Ton  gagne  beaucoup  à  connaître  ce 
peuple  espagnol,  que  trop  d'historiens  ou  de  romanciers  nous  ont 
dépeint  sous  un  faux  jour.  L'Espagne  n'a  jamais  accepté  le  jpug  de 
l'étranger,  ni  un  gouvernement  qui  portait  atteinte  à  ses  traditions 
essentiellement  catholiques.  Nous  la  revoyons  sous  Napoléon  telle 
qu'elle  s'est  montrée  jadis  dans  ses  guerres  séculaires  contre  les 
Maures  :  tant  qu'elle  n'aura  pas  reconquis  son  indépendance  natio- 
nale et  sa  liberté  religieuse,  elle  luttera  par  tous  les  moyens  et  ne 
se  déclarera  jamais  domptée.  Ce  sont  là,  des  enseignements  de 
l'histoire  qu'il  est  précieux  de  recueillir.  Oserons-nous  faire  un  léger 
reproche  à  M.  Geoffroy  de  Grandmaison  d'orthographier  certains 
noms  propres  à  la  façon  française,  tels  que  Santiguesa  pour  Santi- 
giiesa,Iacca  pour  Jaca?  Mais  ce  reproche  est  de  bien  minime  impor- 
tance, quand  on  considère  la  somme  de  travail  consciencieux  et 
patient  qu'a  dû  coûter  à  l'auteur  la  rédaction  de  son  ouvrage  monu- 
mental. G.  Bernard. 

WjO»  Anglais  à  Paris,  1S00-1S50,  par  Roger  Bgutkt  de  Mon- 
VEL.  2«  eil.  .Pans,  Plon-Nouirit,  1911,  petit  iii-8  de  vi[-3'/6  p.  —  l'rix  :  5  fr. 

La  paix  d'Amiens  précipita  en  France  une  foule  d'Anglais  curieux 
de  visiter  un  pays  récemment  bouleversé  par  de  terribles  événe- 
ments et  qui  leur  était  fermé  depuis  tantôt  dix  ans.  «  Je  crois,  écri- 
vait l'un  d'eux,  qu'il  n'y  a  jamais  eu  à  Paris  autant  d'Anglais 
qu'en  ce  moment.  «  Pour  un  assez  grand  nombre  d'entre  eux,  le 
séjour  en  France  se  prolongea  de  façon  imprévue  et  désagréable; 
déclarés  prisonniers  de  guerre  en  1803,  ils  durent  attendre  la  chute 
de  l'Empire  dans  les  diverses  villes  de  province  (généralement  des 
villes  fortifiées)  où  on  les  interna.  A  la  première  et  surtout  à  la 
seconde  Restauration,  l'occupation  de  notre  capitale  par  les  troupes 
britanniques  s'accompagne  d'une  nouvelle  arrivée  de  voyageurs  an- 
glais; les  soldats  de  Wellington  sont  assez  bien  supportés  par  la  popu- 
lation; les  officiers,  les  diplomates,  les  grands  seigneurs  et  les  gens 
du  monde  se  voient  reçus  à  bras  ouverts  à  la  Cour,  dans  la  noblesse, 
dans  d'autres  milieux  même  où  souvent  se  renouent  des  liens  contrac- 
tés pendant  l'émigration.  Pour  toute  la  haute  société  anglaise,  Paris 
redevient,  et  à  un  plus  haut  degré  que  jamais,  le  rendez-vous  à  la 
mode;  cette  société  se  mêle  à  la  société  française,  et  une  partie  se 
plaît  si  fort  chez  nous  qu'elle  s'y  établit  à  demeure.  Des  raisons 
fort  diverses  grossissent  la  colonie  d'éléments  assez  disparates;  lieu 


—  256  —. 

do  plaisirs  faciles  et  peu  mciraux  pour  les  uns,  Paris  est  pour  les 
autres  un  refuge  eontre  des  eréanciers  trop  pressants,  ou  bien  encore 
\u)  asile  où  l'on  peut  soit  cacher  sa  ruine,  soit  au  moins  vivre  plus 
simplement  et  à  meilleur  compte  qu'en  Angleterre;  certains  par- 
venus espèrent  y  frayer  plus  facilement  qu'ailleurs  avec  des  compa- 
triotes mieux  nés.  Dans  le  monde,  les  iVnglais  les  plus  distingués  et 
les  plus  brillants  jouissent  d'un  prestige  singulier,  prestige  qui,  sur- 
tout après  1830,  les  recommande  à  limitation  des  gens  à  la  mode. 
Alors  commence  ou  au  moins  se  développe  l'engouement  pour  les 
mœurs,  les  usages,  le  confort  britanniques;  alors  naissent  chez  nous 
les  clubs  à  l'anglaise,  s'introduisent  les  courses  de  chevaux  et  les 
assauts  de  boxe;  le  «  gentleman  »  devient  le  modèle  sur  lequel  le 
Français  s'efforce  d'ajuster  son  attitude,  ses  manières  et  ses  goiits; 
tout  le  règne  de  Louis-Philippe  est  une  période  d'anglomanie  et  l'on 
Sait  que  depuis  lors,  au  moins  en  certaines  matières,  Londres  n'a 
cessé  de  donner  le  ton  à  Paris.  Le  livre  de  M.  Boutet  de  Monvel, 
fondé  principalement  sur  des  correspondances  et  des  Mémoires  anglais 
et  français,  retrace  fort  agréablement  l'histoire  des  Anglais  de  Paris 
et  de  leurs  amis  ou  disciples;  à  la  fois  amusant  et  bien  informé,  il 
abonde  en  anecdotes  plaisantes  et  en  traits  curieux;  il  met  en  scène 
quantité  de  personnages  connus  et  aussi  d'originaux.  Un  chapitre 
intéressant  est  consacré  au.  séjour  de  Thackeray  parmi  nous  et  à 
l'opinion  qu'il  s'y  fit  des  Français,  opinion,  on  le  sait,  fort  dure  au 
point  de  vue  moral,  plus  favorable  à  d'autres  égards.  Peut-être  M. 
Boutet  de  Monvel  eût-il  j)u  faire  ressortir  davantage  combien,  eu 
dépit  de  l'anglomanie,  l'imitation  de  l'Angleterre  est  restée  en  somme 
superficielle  et  extérieure,  et  surtout  à  quel  point,  tout  en  coudoyant 
tant  d'Anglais,  les  Français  de  ce  demi-siècle  ont  en  vérité  continué 
d'ignorer  presque  tout  de  l'Angleterre,  de  ses  mœurs,  de  sa  littérature, 
de  tout  ce  qui  constitue  proprement  l'âme  anglaise.  Contact  l>ien 
plus  que  pénétration,  voilà  ce  que  furent  les  rapports  des  deux  socié- 
tés chez  nou  ,  mais  il  est  vrai  que  le  contact  fut,  dans  certaines 
régions,  tout  au  moins  très  étroit,  et  il  valait  assurément  la  peine 
d'observer  la  juxtaposition  de  deux  tj'pes  nationaux  si  différents  et 
les  empi-unts,  même  légers,  que  l'un  a  faits  à  l'autre. 

A.  Barbeau. 


Histoire  de  l'Italie  moderne  (t9&0-l9lO),  par  Pirtbo  Orsi; 
Irad.  de  Hknri  Bbrgmann-  Paris,  Oolin,  1911,  petit  iu-12  de  xn-448  p.  — 
Prix  :  5  fr. 

M.  Orsi  a  réussi  à  donner  en  450  pages  une  histoire  sommaire  et  ce- 
pendant vivante  et  intéressante  de  ces  cent  soixante  années,  si  rem- 
plies et  si  diverses,  de  la  vie  du  peuple  italien,  et  surtout  il  a  rétabli 


257  — 

dans  son  exposé  ce  sentiment  du  synchronisme  dont  l'excellent 
Lekrbiich  de  Tivaroni,  plus  ancien  d'ailleurs,  est  si  fâcheusement  [dé- 
pourvu. C'est  là  un  double  mérite  d'ensemble  dont  il  faut  le  louer. 
Il  en  a  un  autre  :  c'est  d'avoir  franchement  adopté  le  point  de  vue 
nationaliste  italien  et  réduit  sans  ambages  l'importance  du  Pôle 
de  Napoléon  III.  Je  crois  qu'il  le  diminue  trop,  mais  je  le  félicite 
de  nous  le  montrer  tel  que  ses  compatriotes  se  le  figurent,  par 
amour-propre  national  ou  par  intérêt  politique  de  p^arti.  .Constater 
cette  différence  d'opinions  permettra  peut-être  à  quelques  Français 
de  mieux  comprendre  le  vrai  caractère  des  évolutions  ultérieures 
de  l'Italie,  et  de  renoncer  à  ce  ridicule  reproche  d'ingratitude  que 
la  presse  française  lui  a  si  souvent  adressé.  En  somme^  le  manuel 
d'Orsi  devra  faire  abandonner  celui  de  Crozals  et  soutiendra  hono- 
rablement la  comparaison  avec  le  manuel  anglais  (traduit  en  fran- 
çais) de  Bolton  King.  On  me  permettra  cependant  de  lui  préférer 
pour  la  hauteur  des  vues,  l'ampleur  des  synthèses  et  la  beauté  de 
la  forme  oratoire,  les  leçons  sur  le  Risorgimento  de  l'éminent  •  Jljis- 
torien  Costanzo  Rinaudo. 

Les  matières  sont  ici  réparties  en  vingt  chapitres,  dont  le  pre- 
mier, tableau  de  l'Italie  pendant  la  seconde  moitié  du  xviii^  siècle, 
n'est  à  vrai  dire,  qu'une  Introduction.  Les  temps  de  la  Révolution 
française,  de  la  domination  napoléonienne,  qui  alimentent  chacun 
un  volume  entier  de  la  publication  Vallardi,  sont  résumtjs  icii  en 
deux  chapitres  et  en  trente  pages.  Les  chapitres  IV  à  VI  (Res- 
tauration —  premiers  mouvements  -r-  dix  ans  de  réaction)  embrassent 
les  années  1815  à  1830.  Aux  chap.  VII  et  VIII  apparaissent  Mazzini 
et  la  Jeune  /ia/i'e,  les  Bandiera,  Gioberti,  Balbo,  l'opinion  publique, 
l'idée  unitaire  et  républicaine.  L'époque  de  Charles- Albert  et  de 
1848  occupe  les  chapitres  IX  à  XI  (Des  réformes  à  la  Révolution, 
guerre  de  1848,  guerre  de  1849).  La  plus  longue  période,  celle  des 
réalisations  et  de  la  formation  de  l'unité  monarchique,  qui  occupe 
les  vingt  premières  années  du  règne  de  Victor-Emmanuel  II,  rempHt 
cent  pages  et  cinq  chapitres  :  l'auteur  s'y  niontre  essentiellement 
italien  et  adversaire  déterminé  des  anciens  gouvernements,  mais 
il  en  parle  toujours  avec  beaucoup  de  modération.  Il  se  montre 
d'ailleurs  très  au  courant  des  publications  documentaires  italiennes 
et  étrangères  les  plus  récentes.  Sur  Cavour  et  Garibaldi,  comjne 
sur  pie  IX  et  François  II,  son  langage  est  toujours  impartial. 
Trois  chapitres  résument  les  quarante  aimées  1870-1910  et  four- 
nissent un  précis  très  exact  des  premières  épreuves  de  l'Italie  réu- 
nie, jeune  nation  qui  a  rapidement  pris  les  tares  financières  et 
morales  des  plus  anciennes.  Une  étrange  erreur  a  fait  reléguer  en 
un  chapitre  final  le  tableau  du  développement  des  lettres  et  des 
Mars  1912.  T,  CXXIV.  17. 


—  258  — 

arts.  Nulle  part,  cependant,  artistes  et  lettrés  n'ont  eu  plus  de 
part  à  la  vie  nationale;  comment  supprimer  Pellico,  Manzoni, 
Guerrazzi  et  tant  d'autres,  de  l'histoire  du  Risorgimento?  D'utiles 
appendices  complètent  ce  volume  qui  est  appelé,  à  côté  du  manuel 
de  M.  Havette,   à  rendre  de  grands  services. 

L.-G.    PÉLISSIER. 

IVnsiero  e  nzione  nel  Ri«or<fini«uto  italianc.  Gonferenze 
tenute  nel  Collegio  Romano.  Roma,  i9il,  seconda  edizioue.  Cilti  di  Cas- 
tello,  Lapi,  1911,  in-8  de  vni-173  p. 

Cet  élégant  volume,  qui  fait  honneur  aux  célèbres  presses  de 
Città  di  Castello,  est  un  livre  de  circonstance.  La  comtesse  Paso- 
lini,  en  1898,  désira  que  le  cinquantenaire  de  la  proclamation  du 
Statut  carlo-albortinien  de  1848  fût  commémoré  par  une  belle 
série  de  conférences,  pour  rafraîchir  les  souvenirs  d'histoire  natio- 
nale de  ses  corvtemporaines  de  la  terza  Italia.  Elle  en  demanda  le 
plan  et  les  sujets  au  philosophe- poète  Carducci,  qui  indiqua  les 
moments  principaux  du  Risorgimento  et  leurs  représentants  les 
plus  typiques.  La  réponse  autographe  du  poète,  d'une  écriture  nette 
qui  révèle  une  ferme  pensée,  orne  le  volume.  (Elle  a  été  reproduite 
aussi  par  Lumbroso  dans  sa  Miscellanea  Carducciana,  à  une  échelle 
plus'^  petite.)  Ces  sept  conférences  furent  faites  par  E.  Masi,i  G. 
Pompilj,  G.  Mazzoni,  Bonfadini,.Pinchia,  Bertolini,  Chimivri  (quatre 
desquels  sont  morts  :  Masi,  Pompilj,  Bonfadini,  Bertolini),  orateurs 
que  recommandent  ou  recommandaient  des  qualités  brillantes, 
même""  historiques,  avec  un  égal  patriotisme,  mais  qui  semblent 
s'être  quelque  peu  abandonnés  au  misogalhsme,  en  ce  qui  touche  au 
moins";  Alfieri  et  Napoléon  III.  Les  époques  racontées  —  parfois 
avec' un  lyrisme  bien  fatigant  —  sont  :  l'Italie  au  début  de  la 
Révolution  française  (Alfieri);  l'Italie  sous  la  République  et  le  ré- 
gime napoléonien  (Monti,  Foscolo,  Romagnosi);  souffrances  et  espé- 
rances'^ pendant  la  réaction  (Manzoni,  Leopardi);  pensée  itahenne 
et  coopération  au  mouvement  européen  (Gioberti,  Mazzini)  ;  tem- 
pête''de  1848-49  (I.  Charles  Albert.  Répubhque  romaine  et  Gari- 
baldi.  II.  Venise  et  Daniel  Monin)  ;  la  revanche  de  1860  (Cavour 
et  l'aUiance  française;  Garibaldi  et  l'expédition  de  Sicile;  Victor- 
Emmanuel  et  l'unité).  Il  ne  faut  évidemment  pas  demander  à  ces 
conférences,  destinées  au  grand  public,  la  rigueur  et  les  détails 
d'un  manuel  d'histoire,  mais  peulement  des  tableaux  et  des  portraits 
d'ensemble  qui  mettent  en  lumière  les  reliefs  les  plus  caractéristi- 
ques. Les  uns  et  les  autres  sont  bien  réussis  et  généralement  im- 
partiaux. Ils  forment  un  résumé  philosophique  de  l'histoire  du 
Risorgimento,  tel   que   pouvait   le  voir   un   poète  comme  Carducci. 


—  259  -^ 

Il  faut  remercier  la  comtesse  Pasolini  d'avoir  fait  revivre,  dans- 
un  temps  moins  idéaliste,  ces  figures  de  héros  dont  on  peut  ne  pas 
aimer  l'œuvre,  mais  dont  on  doit  respecter  la  haute  idéalité  : 
Alfieri,  Leopardi,  Mazzini,  Manin.  —  Aussi  l'éditeur  Lapi  fut-il 
bien  inspiré  d'éditer  ces  conférences  pour  le  cinquantenaire  de  1848, 
et  M.  Tommasini  Mattiucci  a  bien  fait  de  les  réimprimer  en  l'hon- 
neur du  cinquantenaire  de   1859.  L.-G.  Pélissier. 

>^uuv«nirfi}  d'un  vieil  Atliéuien,  par  Êmilk  Gebhart.  Paris,  Bloud, 
1911,  iii-16  de  x-300  p.  —  Prix  ;  3  fr.  50. 

Gebhart,  mort  en  1910,  n'avait  pas  été  le  seul  professeur  de  Sor- 
bonne  à  souffrir  des  coups  portés  à  notre  ancienne  éducation  classi- 
que; mais  il  avait  eu  le  courage  de  le  dire  tout  haut.  On  l'estimait 
précisément  à  cause  de  son  indépendance,  tandis  qu'autour  do  lui 
s'affichaient  d'étonnantes  docilités,  —  à  cause  aussi  de  ce  qu'avait 
de  piquant  son  tour  d'esprit  littéraire.  Il  se  retrouve  tout  entier  dans 
ce  volume  posthume,  où  des  letties  de  jeunesse  datant  de  son  premier 
pèlerinage  aux  terres  classiques  voisinent  avec  une  geibe  d'articles^ 
de  journaux  c[ui  s'échelonnent  entre  1877  et  1£07.  ^„. 

Un  livre  de  ce  genre  ne  se  prête  nullement  à  une  analyse  suivie  • 
c'est  une  profusion  de  remarques  spirituelles  et  de  boutades  joviales, 
ce  qui  ne  veut  pas  dire  que  les  réflexions  sérieuses  y  fassent  défaut. 
Gebhart  excelle  à  conter  l'anecdote  (voir,  par  exemple,  p.  31,  le  récit 
du  sacre  de  Mgr  Lavigerie  à  Saint-Louis  des  Français);  mais,  à  travers 
tant  de  petites  histoires  divertissantes,  il  se  plaît  à  approfondir 
certaines  tendances  d'une  portée  très  générale.  L'étude  intitulée  : 
La  Grèce  et  les  Grecs  (p.  257-273)  offre  un  véritable  intéiêt  elhnclo- 
gique. 

Mais  quelques  citations  aideront  à  mieux  juger  l'écrivain.  A  propos 
du  Charme  d'Athènes  plaquette  délicieuse  de  M.  H.  Brémond,  il 
laisse  tomber  de  sa  plume  les  lignes  que  voici  :  «  Sainte- Sophie  venait 
de  lui  rendre  h-  frisson  sacré  par  lui  éprouvé  dans  les  ténèbies  de 
Notre-Dame.  Et  cependant,  aux  premiers  jours,  le  Parthénon  gaidait 
son  secret  avec  le  froid  silence  du  sphinx  des  légendes  scphoclécnnes. 
Il  comprit  que  d'abord  il  fallait  pénétrer  le  mystère  de  poésie,  de 
sérénité,  d'harmonie  qui  afflue  de  toutes  parts  sur  cette  terre  où 
toutes  les  lignes,  toutes  les  foi  mes  ont  un  rythme  et  une  grâce,  où 
les  ombres  sont  traversées  de  transparences  vermeilles,  où,  en  cer- 
taines matinées,  la  mer  Egée,  les  hautes  côtes  de  l'Aigolidc  et  le 
ciel  s'étagent  et  ge  fondent  en  une  gamme  d'ineffable  azur  »  (p.  103). 
' —  Plus  loin  (p.  15(î),  c'est  le  contraste  mélancolique  entre  le  passé  et 
le  présent  de  ce  qui  fut  la  Grande-Grèce  :  «  Toute  tradition  noble 
a  été  rompue,  et  les  vieux  souvenirs  se  sont  effacés.  Au  xviii^  siècle, 


—  260  — 

on  a  découvert  avec  surprise,  au  milieu  des  marais,  les  temples 
doriques  de  Psestum,  mais  on  cherche  encore  l'emplacement  pro- 
bable de  Sybaris  et  de  Métaponte.  Grotone  est  un  village  sord'de, 
Tarente  s'est  réfugiée  sur  un  îlot  rocheux  qu'un  pont  relie  au  con- 
tinent... A  Misène,  à  Baies,  quelques  substructions  informes... On  voit 
encore  Herculanum  et  Pompéi,  mais  mortes  et  couchées  au  fond  de 
leur  tombe.  »  ■ — Enfin,  d'un  article  destiné,  il  est  vrai,  au  Gavdois, 
détachons  cette  définition  politique  assoz  inattendue  :  «  Dans  la 
présente  langue  grecque,  Dimocratia  signifie  simplement  République, 
Mais,  dans  la  langue  des  personnes  indifférentes  aux  nuances  délicates 
des  mots  quasi  similaires,  Anarchia  veut  dire  tout  à  fait  le  même 
régime.  U Anarchia  est  Télixir  de  la  Dimocratia.  Elle  est  ce  breu- 
vage terrible  que  Platon  dénonce  et  que  le  peuple  boit  longuement 
jusqu'à  la  folie  furieuse  »  (p.  295). 

Si,  selon  l'usage,  ce  compte  rendu  doit  se  terminer  par  quelque 
réserve,  j'exprimerai  le  regret  que  Gebhart,  à  l'exemple  de  Rabe- 
lais à  qui  il  a  consacré  un  de  ses  plus  curieux  volumes,  ait  en  plus 
d'un  passage  mêlé  de  trop  près  le  sacré  et  le  profane,  les  fictions  païen- 
nes et  les  souvenirs  chrétiens.  G.  Huit. 


lie  4'ardiiial  B.-I?l.  liangénieux,  areltevèque  «le  Reims, 
AR  "Vie  et  ses  œuvres,  par  le  chanoine  A.  Largent.  Paris,  Lecoffre, 
Gabalda,  lyll,  iu-8  de  vi-276  p.,  avec  portrait.  —  Prix  :  H  fr. 

Avec  le  juste  ton  de  panégyrist€  sans  doute,  mais  avec  une  sobre 
admiration,  l'auteur  décrit  la  longue  carrière  du  vénérable  et  zélé 
prélat  qui  a  marqué  aux  premières  places  de  l'Eglise  de  France  pendant 
le  xix^  siècle.  Le  plus  souvent,  il  suit  l'ordre  chronologique  de  cette 
belle  vie  :  le  séminaire  de  Saint-Sulpice,  le  vicariat  de  Saint-Roch,  la 
cure  de  Saint-Ambroise,  celle  de  Saint- Augustin,  le  vicariat  général 
de  Paris,  l'évêché  de  Tarbes,  l'archevêché  de  Reims,  le  cardinalat; 
parfois,  pour  la  meilleure  ordoimance  du  sujet,  il  groupe  les  épisodes 
qui  forment  un  ensemble  :  ainsi  tout  ce  qui  se  rapporte  aux  congrès 
eucharistiques,  spécialement  celui  de  Jérusalem  en  1893,  quand 
Mgr  Langénieux  fut  légat  du  Saint-Siège,  et  les  questions  capitales 
qui  en  furent  la  continuation  et  la  suite  :  le  protectorat  français 
en  Orient,  la  réunion  des  patriarches  orientaux  à  Rome,  l'encyclique 
Orienialium  dignitas  Ecclesiarum  (30  novembre  1894).  Les  chapitres 
XII,  XIII,  XIV  et  XV  du  livre  montrent  avec  une  éloquente  évi- 
dence l'importance  du  rôle  du  cardinal  en  ces  graves  affaires  de  la 
chrétienté.  La  part  qu'il  prit  aux  choses  religieuses  de  France  n'est 
pas  abordée  avec  moins  de  soin,  tantôt  aux  joufnées  joyeuses,  plus 
souvent  aux  heures  sombres;  et,  en  toutes  circonstances,  l'archevêque 
de  Reims  n'apparaît  pas  au-dessous  du  rôle  que  lui  imposait  sa  haute 


—  261  — 

situation.  Au  moment  du  14^  centenaire  du  baptême  de  Clovis,  qu'il 
occupe  la  première  place,  cela  va  sans  dire.  Les  pages  consacrées  aux 
grands  pèlerinages  ouvriers  à  Rome  le  montrent  également  à  la 
tête  deS' idées  sociales  de  son  temps.  Le  chapitre  X  offre  un  intérêt 
capital  et  fournit  le  récit  bien  informé  de  ce  bel  épisode  de  l'activité 
catholique  sous  Léon  XIII.  Au  reste,  tout  le  volume  s'appuie  sur  des 
correspondances,  des  mandements  et  les  notes  du  cardinal,  les  lettres 
pontificales,  et  présente  ainsi  d'irréfutables  arguments  propres  à 
bien  éclairer  plus  d'un  point  de  l'histoire  ecclésiastique  contempo^ 
raine.  G.     G. 

Vers  l'union.  iJes  Sillonii  et  rAcdioii  française.  E$<ai  de 
co'-cii'att>n  et  dha-monie^  par  JoSKPH  Shrre.  Paris,  Falque,  1911,  in-16  de 
70  p.  —  Prix  :  1  fr. 

A  travers   l'oeuvre  de  îfl.   Maurras,  par  Pbdro  Descoqs.  Paris, 

I.  Beauciiesiie,  1911,  iii-16  d,  xiii  480  p.  —  Prix  :  4  fr. 

La  conciliation,  vers  laquelle  oriente  M.  Joseph  Serre,  est  plutôt 
désirée  qu'indiquée.  Il  a  grandement  raison  de  penser  qu'entre  catho- 
liques, il  faudrait  admettre  d'assez  larges  diversités  de  points  de- 
vue  sans  se  déchirer  par  des  luttes  implacables.  Mais  il  ne  montre- 
guère,  et  c'est  assez  difficile  à  voir,  comment  la  mentalité  propre  du 
Sillon  pourrait  s'accommoder  des  éléments  excellents  qu'il  reconnaît 
dans  l'Action  française,  souci  dominant  de  l'ordre,  sens  très  vif  de  la 
hiérarchie,  de  la  continuité  et  de  la  tradition.  A  certains  égards,  il 
ne  déplore  nullement,  il  trouve  au  contraire  fort  heureux,  que  M.  Maur- 
ras  soit  incroyant  ;  il  souhaiterait  même  que  tous  les  royalistes  fussent 
athées,  afin  de  désolidariser  l'autel  du  trône,  ce  à  quoi  il  félicite 
encore  plus  les  chrétiens  démocrate  de  travailler  ardemment.  C'est 
donc  un  écrivain  fort  éloigné  des  doctrines  politiques  de  l'Action 
française  qui  donne  le  rare  exemple  de  s'essayer  à  parler  d'elle  avec 
calme,   avec  ouverture  d'esprit  et  avec  justice. 

—  Mais  c'est  à  M.  Pedro  Descoqs  que  nous  devons  l'examen  appro- 
fondi et  consciencieux  que  méritait  l'œuvre  de  M.  Charles  Maurras. 
Ce  travail  de  haute  valeur  avait  été  publié  en  grande  partie  dans  les 
Etudes  de  juillet  à  décembre  1909.  Son  importance  a  été  soulignée 
par  une  réponse  de  l'un  des  meilleurs  rédacteurs  de  la  Renie  critqiiei 
des  idées,  M.  Jean  Rivain,  qui  proteste- contre  ses  sévérités;  et  sur^ 
tout  par  les  attaques  passionnées  des  Annales  de  philosophie  chré- 
tienne, qui  l'ont  accusé  d'indulgence  scandaleuse.  De  là,  dans  ce  livre, 
des  répliques  à  Testis,  à  M.  Laborthonnière,  répliques  animées  et 
développées.  Cette  polémique  vraiment  pénible,  lorsqu'elle  s'étend 
sur  des  falsifications  de  pensée  et  de  texte,  touche  parfois  aux  ques- 
tions les  plus  graves  et  les  plus  délicates,  celle  du  rôle  respectif,  dans' 


—  262  — 

la  religion  catholique,  de  l'autorité  et  de  la  vie  intérieure  de  chaque 
âme,  celle  de  la  distinction  des  deux  ordres  naturel  et  surnaturel, 
questions  qui  ne  sont  pas  l'objet  propre  de  ce  hvre. 

L,\  double  tâche  que  l'auteur  me  semble  s'être  proposée,  et  avoir 
remplie,  est  la  suivante  :  d'une  part,  il  croit  équitable  de  reconnaître 
la  justesse  et  la  bienfaisance  d'une  partie  des  idées  que  propage 
M.  Charles  Maurras,  et  qui  doivent  à  la  vigueur  de  son  esprit, 
à  sa  maîtrise  d'écrivain,  un  renouvellement  de  puissance  con- 
quérante. Et  il  montre  que,  loin  d'être  solidaires  d'une  incroyance 
qu'il  déplore,  elles  ne  sauraient,  au  contraire,  trouver  de  fon- 
dement s:)lide  qu'en  s'appuyant  sur  la  notion  de  Dieu  et  de  la 
divinité  dt  ce  Christ,  contre  lequel  l'auteur  du  Chemin  du  Paradis 
(1895)  et  d'un  malheureux  article  de  l'Action  française  du  15  octobre 
1899  proféra  naguère  des  outrages,  que  ne  sauraient  excuser  sa  haine 
violente  des  Juifs. et  des  protestants.  Parce  que  M.  Maurras  et  ses 
amis  ne  sont  pas  démocrates,  «  nous  n'avons  pas  cru,  écrit  M.  Des- 
coqs, qu'il  fallait  renoncer  à  les  rapprocher  du  Christ,  ni  refuser 
d'avouer  les  points  de  contact  que  présente  leur  doctrine  avec  celle 
do  l'Église.  »  D'au're  part,  ne  se  croyant  pas  le  droit -d'interdire  aux 
catholiques  de  colaborer,  dans  la  campagne  que  mène  l'Action 
française,  avec  des  incroyants,  qui  d'ailleurs,  loin  de  menacer  l'Église, 
s'attaquent  à  ses  persécuteurs,  il  aperçoit  pourtant  que  de  ce 
rapprochement  et  de  l ascendant  exercé  par  un  chef  positiviste 
peuvent  résulter  certains  dangers.  Il  invite  spécialement  les 
jeunes  gens  à  se  mettre  en  g'arde  contre  eux,  à  ne  pas  concen- 
trer toute  leur  activité  dans  l'agl'ntion  politique,  à  ne  pas  croire 
que,  pour  renverser  la  République,  tous  les  moyens  soient  bons. 
Je  dois  observer,  en  terminant,  que  sur  la  que:>ion  de  savoir  si,  en 
fait,  l'alliance  entre  les  catholiques  et  les  royalistes  di,  l'Action  fran- 
çaise est  opportune,  si  c'est  le  meilleur  moyen  de  servir  aujuj.^d'hui 
les  intérêts  de  l'Église  de  France,  l'auteur  refuse  résolument  de  se 
prononcer.  Il  est  tout  à  fait  convenable  au  Polyhiblion  d'imiter  cette 
prudente  réserve.  Baron  Aîigot  des  Rotours. 


BULLETIN 

L.e  K  De  Itcnotn  ^Lltieraturn  m,  de  Jean  %Venck  do  Hori'enLer;; 
contre  :\'icolas  <le  Cnse,  von  E.  VaNSTBENBBKGHE  (Baiid  VI  II.  Ileft  6 
des  Heitrà  e  zur  Geschich'e  der  Philosophi'  des  Millelalte^s.  Munster, 
Aschen'IorfT,  1910,  in-8  de  43  p.  —  Prix  :  1  fr.  90. 

Ce  fascicule  contient  le  texte  inédit  de  l'ouvrago  que  JeanWenck  écrivit 
contre  le  De  Docta  ignorantia  de  Nicolas  de  Cuse,  avec  une  étude  sur  l'au- 
teur. Wenc'<  avait  été  professeur  do  théologie  à  Heidelborg,  et  par  trois 
fois  recteur  de  la  Faculté.  Il  avait  prêché  et  s'était  fait  une  certaine  repu- 


—  263  - 

tation  de  littérature.  Pourtant  c'est  un  traditionaliste  effrayé  par  les  idées 
nouvelles,  qui  défend  l'ancienne  théologie,  et  attaque  ceux  qui  sont  plus 
hardis  et  plus  personnels.  Dans  cet  opuscule,  Wenck s'en  prend  à  Nicolas 
de  Guse  qu'il  accuse  de  panthéisme,  de  manque  de  logique,  d'inintelligence, 
et  même  d'inconscience.  Nicolas  de  Guse  se  défendit  longuement,  et  dans 
son  Apoîogia  accuse  Wenck  de  n'avoir  pas  su  le  lire,  l'interpréter  et  com- 
prendre la  largeur  de  son  point  de  vue.  Gette  controverse  est  intéressante 
pour  l'histoire  des  idées  au  milieu  du  xv^  siècle.  A.  Clerval. 


El   nombre.  L.a  Vida,  lu  cieiicia,   el    »i*te,  por  ErnbSTO  HblLO  ;  trad. 

de  MiQUBL  s.  Olivbr.  Barceloua,  Subirana,  1910,  in-8  de  xxxvi-443  p.  — 
Prix  :  5  fr. 

L'ouvrage  d'Ernest  Hello,  qui  nous  est  offert  aujourd'hui  dans  une 
excellente  traduction  espagnole,  a  paru  en  France  en  1872,  avec  une  Intro- 
duction de  M.  H.  Lasserre.  G'est  le  livre  capital  de  ce  penseur  profond,  d« 
ce  mystique  ardent  et  souvent  sublime,  de  ce  chrétien  convaincu,  de  cet 
écrivain  étonnant  dont  le  style,  comme  la  pensée,  est  tout  pénétré  du 
sentiment  de  «  l'ordre  éternel  »  et  tout  vibrant  de  foi  religieuse.  Hello  appar- 
tient à  une  école  d'apologistes  catholiques  qui  a  formé,  sinon  une  école 
philosophique  proprement  dite,  du  moins  une  pléiade  de  littérateurs  élo- 
quents, tels  que  Jos.  de  Maistre  et  L.  Veuillot,  en  France,  Donoso  Gortès 
et  Aparis  y  Guijarro,-,  en  Espagne.  Il  serait  superflu  d'insister  ici  sur  la 
valeur  de  VHomme  d'Ernest  Hellc,  que  connaissent  et  ont  lu  certainement 
tous  les  fidèles  abonnés  du  Polybiblion.  Mais  nous  devions  signaler  l'impor- 
tance et  l'actualité  qu'a  gardées  ce  beau  livre,  après  plus  d'un^quart  de 
siècle,  et  le  bien  qu'il  est  appelé  à  faire  encore,  non  plus  seulement  chez 
nous,  mais  même  à  l'étranger,  où  il  est  traduit  et  admiré  comme  il  le 
mérite.  G.  Bernard. 


où  sommes- nous?  par  l'abbé  Th.  Moreux.  Paris,  Maison  •i'e  la  Bonne 
Presse,  s.  d.,  gr.  in-8  de  95  p.,  avec  dessins  et  photographies  de  l'auteur, 
—  Prix  :  1  fr. 

Après  D^oà  venons-nous  ?  (cf.  Poiybiblion  de  mars  1910,  t.  GXVIII, 
p.  2.'i9-260),  Qui  sommes-nous  ?  (cî.  Polybiblion  de  septembre  1911,  t. 
CXXII,  p.  270-271);  aujourd'hui  Où  sommes-nous  ?  est  le  titre  d'une 
troisième  plaquette  de  M.  l'abbé  Moreux,  non  moins  que  les  précédentes 
enrichie,  prefique  à  chaque  page,  de  nombreuses  gravures  et  figures 
pittoresques  ou  techniques. 

D'où  nous  venons  ?  De  Dieu  créateur  et  ordonnateur  de  tout  ce  qui 
existe.  —  Qui  nous  sommes  ?  Un  être  mixte  composé  de  matière  et  d'esprit, 
de  corps  et  d'àme,  mais  d'une  âme  raisonnable  et  libre,  donc  responsable. 

Où  nous  sommes?  est  une  autre  question.  Il  s'agit  de  savoir  quelle  place 
occupe  le  globe  qui  nous  porte  dans  l'immensité  sidérale  dont  nous  sommes 
entourés.  Et  nous  voilà  lancés  en  pleine  astronomie  physique. 

Supposons  un  observateur  placé  sur  la  planète  Mars  et  pourvu  d'une 
vue  assez  puissante  pour  voir,  dans  son  ensemble  et  ses  détails, comme  aux 
pi'emières  logos  d'une  salle  de  spectacle,  tout  notre  système  solaire,  astre 
par  astre,  en  commençant,  comme  de  raison,  par  l'astre-roi.  (■'H  J 

On  comprend  quel  charmant,  quel  attrayant  cours  de  cosmographie, 
l'auteur  développe  sur  cette  donnée. 


—  264  — 

ApTès  la  cosmographie,  l'autetiï",  s'élançant  à  travers  les  espaces  inter- 
sidéraux, nous  décrit  en  détail  ce  qu'il  appelle  la  «  géographie  du  ciel  », 
non  san^  nous  avoir  initiés,  en  passant,  à  tout  ce  qui,  dans  la  science 
opti(iue.  est  nécessaire  ow  utile  pour  une  étude  cosm«^gi"aphique  complète. 

Il  faut  lire,  dans  l'ouvrage  même,  cette  brillante  description  des  multi- 
tud\?s  di'  soleils  lointains;  séparés  par  des  distances  eiïrayantes  pour 
l'imagination,  et  de  tous  âges,  depuis  la  naissance  jusqu'au  déclin,  dont 
la  Galaxie  ou  \'oie  lactée  semble  êtrir  le  groupeniont  principal. 

C'est  à  peu  près  vers  le  centre  de  ce  groupement  que  se  trouverait  notre 
Soleil,  simple  étoile  par  rapport  à  l'ensemble,  et  notre  Terre  avec  lui. 

Mais  Cl-  groupem  nt  est  instable,  en  ce  sens  que  notre  Soleil,*  comw^ 
toutes  les  autres  étoiles,  a  un'  mouvement  propre,  ce  qui  implique  un  chan- 
gement cuntinu  de  l'ordre  actuel.  Reste  à  savoir  où  ce  mouvement  nous 
entraîne. 

Où  allons-nous^  Sera  donc  prochainement  le  sujet  d'une  quatrième 
publication  du  même  auteur.  |v,;  [  C.  de  Kirw.\n. 

I.«-^l*oi-t«»ui"s  tiii  riamboou  'd'Bontèi-e  à  Victor  Hi.iiso).  par   AUGUS- 
TIN CaBat.   P,iris,  Perrin,  1911,  iu-16  de  263  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Cela  paraît  bien  jeune  —  ou  bien  vieux  —  de  publier,  sons  ce  titre  :  Xe* 
Porteurs  du  flambeau,  des  notes  de  30  à  50  lignes  (Vigny  en  a  26  et  V. 
Hugo  seul  en  obiient  300)  sur  chacun  des  pcètes  de  tous  les  temps  et  de  tous 
les  payp,  Homère,  Eschyle,  Catulle,  Lucrèce,  Dante,  Shakespeare,  Gœthe, 
Hen:i  Heine,  Coppée,  INIallarmé,  etc.,  etc.,  en  faisant  entrer  dans  le  défilé 
r.on  seulement  Rabelais,  Cervantes,  Fénelon,  Rousseau,  Chateaubriand, 
mais  Tacite,  Balzac,  Flaubert,  et  aussi  la  Révolution  française  et  Napo- 
léon... Notes  d'un  ton  sentencieux  ou  lyrique,  pas  tor:jours  bien  écrites, 
qui  témoignent  d'un  esprit  cultivé,  d'une  âme  erthousiaste,  mais  qui  ne 
tranchent  ni  par  la  nouveauté  des  vues  ou  des  aperçus  ni  par  un  relief 
original  de  l'expression.  i  G.  A- 

Ba*-/por  el  P.^Luis  Coloma."  Madrid,  imp.  de  ?  Razon  y  Fe  »,  1910,  iD-12 
de  381  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

L?  P.  Coloma  est  connu,  comme  nouvellisU ,  surtout  par  son  beau  livre 
intitulé  Pequeiïeces,  qui  révèle  un  talent  supérieur.  L'éminent  académicien 
a  écrit  d<  puis  i^.r':  un  certain  nombre  de  romans  et  de  récits  qui  n'ont  pas 
amoindri  sa  réputaî'on  et  n'ont  pals  <fv.  moins  de  succès.  Dans  celui  qui 
u.:--is  occupe  aujourd'hui,  nous  retrouvons  les  mêmes  qualités  de  style 
impeccch'p  et  de  cmposit'cri  originale  et  artistique.  fioy( c'est  le  surnom 
familier  d'un  officier  de  marine)  a  été  tenu  éloigné  da  sa  famille  par  un 
fâcheux  malentendu;  il  a  fait  des  dettes";  il  est  faussement  accusé  d'un 
meurtre,  dont  l'accablent  cependant  toutes  les  apprjences.  Un  ami  vlévoué 
le  fait  échapper  à  temps  au  péril  de  la  ver.îr  ance  aveugh  de  ses  ennemis; 
son  innocence  finit  par  se  découvrir,  et  lo;sque  la  vérité"  est  connue  tout 
entière,  nous  retrouvons  le  chevaler':cque  Boy  chez  les  carlistes,  au  milieu 
desquels  il  périt,  \ictime  encore  d'une  fatale  erveur.  Cette  courte  analyse 
du  roman  du  P.  Coloma  ne  svjfît  pas  à  donner  une  idée  de  la  vie,  de 
l'intérêt,  du  naturel  et  de  ia  maîtrise  qui  inspirent  l'auteur  et  qui  lui 
attachent  le  lecteur  du  corPiYK3ncem''nt  jusqu'à  la  fin.  Espérons  que  bientôt 
il .::  '"^pnontr('»"j  "n  t;"cnl.;cijur  irançai.s  q-i  fera  passer  dans  notre  langue 
ce  chef-d'œuvre,  comme  il  s'en  est  rencontré  pour  UaJuIiV.:  d:?.  productions 
de  bien  moindre  valeur.  G.  Bernard. 


—  265  —  - 

caento*'y  ranta»«isisy  por  Fr.  Manuel Sanciïo.  Barcelona,  imp.  Subirana, 
1910,  in-i6  d«  203  p.  —  Prix  :  2  fr. 

Le  R.  P.  Manuel  Sancho  nous  donne  ici  une  série  de  27  petits  contes  à 
l'usage  des  enfants,  et  que  les  grandes  personnes  liront  elles-mêraes  avec 
intérêt  : 

Si  Pean  d'Ane  m'était  conté, 
J'y  prendrais  un  pJaisir  extrême. 

Le  brut  poursuivi  par  l'auteur,  qiw  est  un  religieux  de  N.-D.  de  la  Merci,, 
est  eS.seTrtiollement  moralivsateur  et  chrétien.  Quelques-uns  ds  ses  récits 
sont  de  vrais  petits  chefs-d'œuvre  du  genre.  11  y  a  des  contes  m;8rveilleux,, 
des  légendes  pieuses,  des  fables  satiriques  (voir,  par  ex.,  la  Souris  darwi- 
ni'ste,  p.  113-129),  d>'S  histoires  gracieuses  (comme  celle  des  Aventures  du 
Chardonneret,  p.  189-203).  Les  professeurs  de  langue  espagnole  trouve- 
ront dans  ce  petit  volume  des  lectures  à  faire  à  leurs  j  ^unes  élèves  et  des 
modèles  de  narrations.  G.  Bernard. 

Cenro-rénumé  <i'histoii-e  romaine,  rédigé  d'après  le  programme  de 
première  A,  à  Piisage  des  candidats  au  baccdauréat,  l''"  partie  (Lalin- 
grec),  par  H.  Cabanb.  Montpellier,  Manufacture  de  la  Charité,  1911,  iu-16 
de  130  p.  —  Prix  :  1  fr.  oii. 

Des  origines  d<:'  Rome  au  dém,'  mbrement  de  l'empire  de  Charlemagne, 
ce  résumé  constitue  un  mémento  commode  par  la  disposition  typographique 
de  chaque  leçon.  Il  nous  a  paru  clair,  complet  et  bien  au  courant.  Il  rendra 
service  non  seulem'^nt  aux  candidats  au  baccalauréat,  mais  à  tous  ceux 
qui  ont  b'  ?oin  d'*  se  remémorer,  avec  précision  et  rapidité,  les  grands  faits  et 
les  gj'and'^s  lignes  de  l'histoire  romaine  et  du  haut  moyen  âge.  Nous  lui 
souhaitons  bon  succès.  A.   B. 

iSitint  Jti'tiu,  sa  vie  et  sa  do<*(riiie,  par  l'abbé  A.  Béry.  Paris,  Blond, 
1911,  iQ-12'de  64  p.  (Collection  Science  et  Rdigion).  —  Prix  :  0  fr.  60. 

Ce  petit  résumé  de  la  vie  et  de  la  doctrine  apologétique  et  dogmatique 
de  saint  Justin  se  lit  agréablement  et  utilement.  Il  est  destiné  moins  aux 
savants  et  aux  spécialistes  qu'ai*!  public  désireux  d'avoir  sur  ce  Père  si 
attachant,  sous  un  petit  volum'^,  une  étude  aussi  documentée  et  complète 
que  possible,  et  il  rendra  service.  Sa  place  se  trouve  chez  les  ecclésias- 
tiques qui  font  des  conférences  ou  des  cercles  d'étude  ;  ils  en  tireront 
profit  pour  eux  et  pour  leurs- disciples.  A.  Clerval. 


i^oliiiqiio  <ie  rhUtoii-e  «le    Ff-ance,  par  Fagus.  Paris,  Bibliothèque  de 
l'Occident,  1910,  gr,  iii-8  de  35  p. 

Un  discours  sur  l'histoire  universelle  est  une  oeuvre  périlleuse;  un  dis- 
cours sur  l'histoire  de  France  en  35  pages  ne  l'est  pas  beaucoup  m(Hns. 
C'est  cependant  l'œuvre  que  M.  Fagus  a  entreprise.  Son  point  de  départ 
est  la  dislocation  do  l'impire  romain.  «  Le  vampire  romain,  dit-il,  métho- 
diquement suçait  le  monde  immobilisé  sous  lui.  Le  barbare  lui  arracha 
son  moribond  pour  le  dépecer.  »  La  conclusion  est  celle-ci  :  «  La  France 
ne  saura  se  sauver'  qu'en  recourant  à  sa  m'srion  :  la  croisade,  et  laquelle 
se  doit  entendre  pour  l'heure  actuelle,  croisade  non  contre  un  Orient 
géographique,  mais  croisade  centre  l'Oritnt  juif  et  maçonnique.  >.  L'au- 


—  266  — 

teur  nous  avertit  de  son  adnairation  pour  les  ouvrages  de  MM.  Dimier  et 
l'abbé  de  Pascal  et  de  son  désir  d'ailleurs  évident  de  tendre  vers  un  même 
but.  Je  doute  que  ces  messieurs  se  félicitent  d'un  concours  dont  la  forme 
est  bizarre  et  dont  l'argumentation,  encore  bien  qu'elle  s'appuie  sur  un 
certain  nombre  de  vérités,  ne  saurait  échappor,  sous  la  forme  elliptique 
qu'elle  revêt,  à  beaucoup  d'objections  sérieuses. 

Eugène  Godefroy. 

Un  I*roeareur  général  de  Clun;-,  agent  secnct  à  Rome  de  Philippe 

(l'Orléans  (iriy-iTis),    par  Dom  Paul   Denis.  Paris,  Jouve,  1911, 
gr.  in-8  de  56  p. 

Le  Régont  s'était  promptement  trouvé  aux  prises  avec  les  conflits  sou- 
levés par  la  bulle  Unigenitus.  Il  entreprit  de  négocier  avec  le  Saint- 
Siège  et  se  servit  pour  cela  d'un  religieux  de  Cluny,  Dom  Joseph  de 
Peint,  que  ses  supérieurs  avaient  envoyé  à  Rome  pour  défendre  les  intérêts 
de  l'étroite  observance.  C'est  la  correspondance  de  ce  religieux  avec  le 
duc  d'Orléans  ou  son  secrétaire  Doublet,  qu'a  retrouvée  aux  Archives  natio- 
nales et  vient  de  publier  un  bénédictin  du  r3g,'etté  monastère  de  Solesmes, 
dom  Paul  Denis.  La  négociation  dura  deux  ans  et  n'aboutit  pas  à  un  résul- 
tat sérieux.  Les  talents  diplomatiques  de  Dom  de  Peint  étaient  médiocres 
et  sa  tête  était  faible.  Pris  à  Rome  d'un  accès  de  fièvre  chaude,  on  dut 
le  ramener  précipitamment  en  France,  et  sa  trace  ensuite  est  perdue. 

M.^R. 

Lee  Confesaions  de  J.-J.  R0USSBA.U.  Ettraits  suivis,  nolices  cl  aanola- 
tioas  par  IIenrc  F.,EaR.vND.  Paris,  Larousse,  s.  d.,  petit  ia-8  de  220  p., 
avec  6  grav.  —  Prix  :  1  fr. 

S^Le  plan  de  ces  volumes  est  bien  établi,  la  typographie  en  est  agrécible, 
le  prix  modique.  Et  tout  va  bien  quand  il  n'y  a  qu'à  publier  in  extenso 
le  théâtre  de  Racine,  la  Princesse  de  Clèves,  ou  Eugénie  Grandet.  Dès  qu'on 
résume  ou  qu'on  fait  des  coupures,  le  travail  devient  délicat  et  si^j^t  à  récla- 
mations. Si  l'on  vis 3,  comm^  il  est  dit  dans  quelques  prospectus,  le  «  grand 
public  »,  il  ne  faut,  à  mon  sens,  qu'élaguer  les  longjo  irs  et  faire  tomber, 
en  le  disant  franchement,  les  obscénités  :  il  y  en  a.  oomme  on  sait,  dans 
les  Confessions.  Mais  gard3:>vous,  éducateurs,  sr  us  prétexte  que  c'est  une 
édition  abrégée  et  expurgée,  de  m^ttsv,  comme  d  c.-  très  circulaires  vous  y 
invitent,  ces  volumes  dans  des  bibliothèques  popu'.aires  ou  scolaires.  Trop 
de  pag  'S  de  ce  malheureux  névropathe  de  Roussea(, aventures  avec  M"""  Ba- 
sile, épisode  des  cerises,  amoiu^euse  amitié  avec  li'^^  de  Warens  et  ménage 
à  trois,  liaison  avec  Thérèse,  passion  pour  M"^  d'Houdetot,  etc.,  etc.. 
sentent  le  libertinage  et  même,  pour  employer  un  mot  de  lui,  l'érotisme. 
Le  volume  en  son  ensemble  reste  malsain,  corru^:>teur.  Et  je  ne  sais  pas  s'il 
est  possible  de  tirer  des  Confessions  200  pages  qi  i  ne  soient  pas  troublantes  : 
ce  ne  serait  plus  Rousseau  sans  doute,  et  ce  ne  seraient  plus  les  Confes- 
sions... Mais  c'est  encore  une  trahison,  et  douMe,  que  de  supprimer  le  pire 
sans  en  signaler  l'hor/eur,  que  de  laisse  sans  le  commenter  — ■  et  le 
flétrir  —  tout  ce  lyrisme  de  désir  et  de  i/assion,  et,  sans  les  dénoncer, 
tn.is  ces  sophismes  d'orgueil  et  d'apologie  personnelle  par  lesquels  Rous- 
seau se  vante  d'avoir  eu  raison  toujours  it  contre  tous,  d'avoir  goûté  le 
bonheur  avec  sa  liiCrèse.  et  d'avoir  bien  fait  d'envoyer  ses  bâtards  aux 
Enfants  trouvés!  Mais  le  trop  jeune  agr;gé  auqu-,'.  '^n  a  donné  ce  délicat 


—  267  — 

travail  à  faire  est  sans  réaction  contre  les  prestiges  de  son  auteur.  Il  juge 
donc  «  charmantes  »  les  annéas  où  Rousseau  fut  «  l'aniant  de  M°^«  de  Wa- 
rens  »;  l'accouplemant.avcc  Thérèse  «  un  lien  de  plus  avec  la  nature  fran- 
che, saine  et  fruste  »;  estime  que  la  sensation  «  dont  il  eut  toute  sa  vie 
l'ivresse  »  «  irradie  chez  lui  comme  une  lumière  »;  «  qu'il  n'a  jamais  rien 
écrit  qu'il  dût  désavouer  «;  que  «  son  œuvre  est,  moralement,  belle  », 
'(  une  œuvre  de  régénération  et  d'avenir  «;  que  M.  de  Malesherbes,  en 
favorisant  Rousseau  —  qui  devait  lui  faire  couper  le  cou  —  se  montra 
i(  un  esprit  droit  et  éclairé  »,  etc.,  etc..  J'ai  dit  dès  longtemps,  à  propos 
des  livres  de  cette  sorte,  que  les  écrivains  de  génie  ayant  déjà  par  eux- 
mêmes  bien  assez  d'empire,  c'est  toujours,  pour  qu'il  y  ait  chance  d'équi- 
libre, à  des  esp;-its  mûrs,  sans  complaisance  aux  routines  de  l'opinion,  et 
qui  n'